‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 13 sur 132 · AFFAIRES DE GÉORGIE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE GÉORGIE

donnée au roi Kéôrki en relâchant son lils. De là sa précipitation à faire rechercher le royal otage avanl qu'il fûl trop tard. Mais il est bien probable que le motif principal de cette bâte fui la brusque nouvelle de la rébellion de Nicéphore Comnène el de l'alliance conclue entre ce prétendant ri le roi Kéôrki, événements donl j'ai parlé plus haut I ei sur lesquels nous sommes malheureusement à peine informés, puisque presque seul Arisdaguès de Lasdiverd nous en a dit quelques mots. Il y a là une coïncidence si frappante qu'elle devient presque une certitude.

Quoi qu'il en soit, les circonstances, quelles qu'elles aient pu être, ipii avaient accompagné le retour du petit prince Pakarat dans le royaume de son frère, avaient dû jeter an froid très vif, sinon créer un état dé complète hostilité entre les deux pays. En effet, nous voyons arriver presque aussitôt après à Constantinople une nouvelle ambassade géorgienne commandée par un '1rs principaux personnages du royaume, destinée certainement à ramener la bonne entente troublée par ces événements. Il e<t probable que l'effondrement de la conspiration de Nicéphore Comnène était pour beaucoup dans cette démarche si cruelle à l'orgueil du roi Kéôrki.

« Après cela, raconte en effet la Chronique, le patriarche Melkisédec se rendit à Constantinople auprès du basileus Constantin qui l'accueillit el lui lit don d'ornements d'église, d'icônes, de croix, et de tout ce <|iii sert à l'habillement des dignitaires ecclésiastiques et des prêtres. 9 C'était laseconde fois <pie le catliolicos d'Ibérie s'en allait ainsi à Constantinople reclamer pour son Église nationale l'aide toute-puissante du basileus de Roum. La première fois, cela avait été du temps du roi Pakarat, père du roi actuel Kéôrki sous le règne du grand basileus Basile 2 . Nous ne savons sur le second voyage du saint prêtre rien de plu- que ce que nous en dit Y Histoire de lu Géorgie.

Moins de deux ans après le retour de son flls Pakarat, dans la journée du lii août de l'an 1027. encore du vivant du basileus Constantin, le belliqueux roi Kéôrki, qui avait si vaillamment défendu ses Etats contre

1 Voy. pp. 10 à 12 du présent volume.

(2) Voy. Épopée, II, p. 471, le pécil de ce premier voyage 'lu patriarche. Voy. encore Histoire de la Géorgie, I, p. 301.

LES PORPHYROGÈNÈTES ZOÉ ET THÊODORA

le grand Basile cinq années auparavant, mourut tout jeune encore, âgé de trente à trente et un ans à peine (1). « Nul, parmi ses ancêtres, dit le chroniqueur national (2), ne s'était montré son égal en énergie, en héroïsme, en générosité, en perfection du corps et du visage, en habileté à gouverner. Il rendit l'âme dans un lieu du Thrialeth, nommé Mqinwarni ou Itsroni (3), laissant tous les peuples de ses domaines royaux en proie à l'affliction, chacun regrettant sa bonté, son héroïsme. » Ses restes furent rapportés et déposés en pompe dans la grande église royale de Koutaïs, dont les belles ruines existent encore (4). Aussitôt qu'il eût fermé les yeux, son fds aine, Pakarat, pour lors âgé de neuf ans, fut proclamé roi en sa place sous le nom de Pakarat IV dans tous ses domaines et royaumes, tant du Haut que du Bas Pays, c'est-à-dire tant du Karthli que de l'Iméréthie et delà Mingrélie. Sa mère, fille, on se le rappelle, de Sénékhérim, ex-roi du Vaspouraçan, fut régente en son nom. Ce petit prince devait régner presque un demi-siècle, exactement quarante-cinq années, sur toute la Géorgie, jusqu'en l'an 1072!

Dans ces petites monarchies chrétiennes asiatiques voisines du Caucase, soumises au régime le plus essentiellement féodal, le pouvoir ne se transmettait presque jamais d'un règne à l'autre sans quelque secousse violente. Toujours il se trouvait un parti qui s'opposait h l'avènement de l'héritier présomptif. Cette fois, les événements semblent avoir été particulièrement graves. « Au même temps, poursuit l'Histoire de la Géorgie, que le roi Pakarat IV de Karthli et d'Aphkhazeth, fils de Kéûrki Ier Pagratide, âgé de neuf ans, se fut assis sur le trône, les « aznaours » du Daik'h, Watché, Caridehis-Dzé, Joané, évêque de Bana, et avec eux une foule d' « aznaours » du même pays, s'en allèrent en Grèce — c'est-àdire se retirèrent sur territoire de l'Empire. Quelques-uns possédaient des citadelles. D'autres n'en possédaient point. S'étant révoltés contre le roi Pakarat, ils s'attachèrent à Constantin, frère et successeur du basileus Basile ». Voici, d'autre part, le récit de ces mêmes événements qui nous

(1) Il était âge de dix-huit ans en l'an 1015.

(2) Histoire de la Géorgie, I, p. 311.

(3) Ou encore Wironi, localité inconnue au dire de Brosset ; Histoire de la Géorgie, I, p. 311.

(4) Voy. Épopée, I, p. 752,

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