AFFAIRES DE GEORGIE :U
tallation de ce prétendant que le basileus avait envoyé le parakimomène en Géorgie avec une armée.
Le parakimomène, toujours au dire de cette même Chronique, ue lui pas heureux. C'était probablement du reste un fort mauvais général. Il commença par offrir de l'argent, mais ses offres furent rejetées. On se battît ensuite sous 1rs murs de la forteresse de Cldé-Carni, mais \\ m'y eut aucun résultat favorable. Alors, voyant l'inutilité de ses efforts, le chef impérial prit le parti de se retirer. Sur la route, il rencontra 1rs contingents îles « aznaours » demeurés fidèles au petit roi Pakarat. Il y eut à nouveau bataille, mais on lutta mollement. Puis il survint une nouvelle défection d' « aznaours d qui livrèrent leurs forteresses aux Impériaux. L' « éristhaw » du Ghawcheth, Tchantchoukha Phalel, livra celle de Tsephth I , et alla rejoindre les Byzantins auxquels il avait déjà auparavant remis son autre forteresse deGarqlob. Ardjéwan Eololis-Dzé leur abandonna également son château héréditaire. Par contre Saba, évêquede Mtbéwaroude Tbeth, demeuré courageusement dévoué à son roi légitime, sans se laisser troubler par l'état lamentable du Chawcheth, éleva un fort à l'entrée de Tbeth et bâtit auprès de l'église de ce lieu une porte fortifiée qu'il nomma Swéti. Par son énergie et son dévouement, ce prélat lidèle réussit aussi à reconquérir tout le Ghawcheth à son prince. c Dieu, île son côté, poursuit le chroniqueur national, honora le roi Pakarat et ne permit pas que ses ennemis lui enlevassent ses domaines ».
Cependant la guerre faisait rage. En dehors de ces quelques lignes de Yahia et d'Àrisdaguès de Lasdiverd, nous ne sommes plus renseignés sur cette expédition byzantine en Géorgie, sous le règne de Constantin Vlll. que par la seule Histoire de la Géorgie dont j'ai déjà cité quelques lignes racontant la cause et le début de ces hostilités. Les chroniqueurs byzantins, je le répète, passent ces faits absolument sous silence. Le récit de Y Histoire de la Géorgie est d'ailleurs aussi bref que confus.
Voici ce que je crois y démêler en combinant les versions assez différentes des deux manuscrits de cette Chronique : Le parakimomène après
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MINIATURE BYZANTINE da XI«" Siècle. — Le>- Israélites font une sortie contre l-s (ils de Benjamin et se lamentent. — Manuscrit des Homélies de la Nativité, de Jean Damascène, conservé à Jérusalem. — fPhot. de la Soc. Orthod. Palestin.)
après avoir complètement échoué sous les remparts de Cldé-Carni, organisa une nouvelle expédition fort nombreuse avec l'aide des contin-
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MINIATURE BYZANTINE da XI - Victoire des Israélites sur les (Us de Benjamin.
— Manuscrit des Homélies sur la Nativité, de Je<m Damascène, consen-é a Jérusalem. — {Phot. de la Soc. Orthod. Palestin.
gents géorgiens dissidents, sous les ordres de trois chefs nationaux, 1' i eristhaw » et chartulaire impérial [oané, de Bana, Withang ou
34 LES PORPHYROGÉNETES ZOE ET TIIEODOR I
Watang, également chartulaire, et Démétré, « 1 • i Klardjeth I , fils fie Soumbal 2 . Celle < -v jh'mI it i< n i , destinée surtout à razzier les campagnes et à faire des prisonniers, emmena une foule de captifs, principalement de malheureux paysans qui furent entraînés chargés de chaînes. D'autres villageois très nombreux se joignirent au contraire aux envahisseurs du Chawchetn. Mais les « aznaours » demeurés fidèles à la cause du petit roi, sous la conduite d'Ezra Antchel :> , retirés avec l'évêque Saba dans lanouvelle forteresse de Tbeth ou Swétidontje viens déparier, « opposant une invincible résistance à toutes les promesses de riches récompenses, et soutenus par Dieu et l'intercession des saints apôtres et des saints pasteurs », s'y défendirent aussi vaillamment que victorieusement contre les dissidents qui les assiégeaient avec la dernière rigueur, de concert avec les villageois soulevés. De même Ioané Abouser réussit à défendre laforteresse d'Artanoudj. « 11 n'y eut donc, poursuit le chroniqueur national, que guerres, combats, allées et venues, mais au milieu de tant d'agitations, Dieu continua à honorer Pakarat, roi des AphUhases el des (îéorgiens. Comme tout l'Orient était ébranlé par ces fléaux, l'injuste basileus Constantin, châtié par une grave maladie, comme l'impie Julien, à cause de sa cruauté envers notre roi Pakarat, et de la dévastation de notre pays, lit écrire en diligence au parakimomène i pour le rappeler, lui enjoignant d'avoir à se retirer sur-le-champ avec ses troupes et d'accourir à Constantinople. Celui-ci obéit incontinent. Mais avant qu'il ne l'ut de retenir dans la capitale, le basileus était mort (5) ».
Voici tout ce que nous savons, hélas, sur ces luttes obscures. On devine confusément à travers les récits si incomplets des rares chroniqueurs, l'éternelle intervention de l'adversaire byzantin si puissant dans les affaires de ce petit royaume lointain. Diviser pour régner, pour conquérir plutôt, telle est la constante devise de la diplomatie impériale.
(1) Province montagneuse île l'Arménie géorgienne. 2 Ou de Gourgen.
(3) Ou d'Antcha.
[4) M. Brosset se demande, fort à tort, si ce parakimomène ne serait point Constantin Dalassène. C'était Syméon.
5 Irisdaguès de Lasdiverd, de son côté, dit que le parakimomène Syméon, arrivé en Géorgie, ne put obtenir aucun résultat définitif, car, la nouvelle, de la mort du basileus étant survenue, il dut retourner en hâte à Constantinople avec son armée,
AFFAIRES D'ARMENIE 33
Aussitôt qu'un changement de règne, un avènement nouveau, une minorité surtout, devient une occasion de trouble ou de malaise, aussitôt on voit apparaître [es diplomates, puis derrière eux, 1rs soldats deRoum. Aussitôt, ils l'ont alliance avec la faction hostile au nouveau souverain. Ils lui prêtent un appui parfois déguisé, plus souvent à ciel ouvert. Ils combattent à ses côtés et ne s'en vonl jamais sans avoir annexé à l'Empire quelque forteresse nouvelle, quelque lambeau de territoire, présage certain île la conquête finale, définitive.
Pour ce qui est du royaume d'Arménie proprement dit, nous n'en savons de même que bien peu de chose durant le règne si court <lu basileus Constantin VIII. Cette contrée infortunée entre toutes, continuait à être en proie aux incursions de plus en plus incessantes, de plus en plus audacieuses, des Turks Seldjoukides. J'ai parlé au volume précédent «le ces terribles agresseurs et de leur grande invasion de l'an 1021 I à la suite de laquelle le pauvre roi Sénékhérim du Vaspouraçan, avait dû céder au basileus Basile sa petite souveraineté trop cruellement exposée aux attaques toujours renouvelées de cette diabolique nation de sauvages cavaliers accourus si récemment des plateaux de l'Asie centrale 2 .
Je rappelle encore que le roi d'Arménie, Jean Sempad, lils aîné et successeur de Kakig P'r, roi des rois, roi pagratide d'Ani, régnait depuis l'an 102(1 sur l'Arménie en compagnie de son frère Aschod IV, surnommé le Brave (3). Ce prince s'était fort imprudemment, on s'en souvient, allié contre le basileus Basile au roi de Géorgie, Kéôrki, qu'il redoutait fort, nous dit l'historien Vardan. Après la totale défaite de celui-ci en 1022, il avait été forcé d'implorer lui aussi la paix et
(1) Voy. Epopée, II, pp. 495 sqq.
2 Ibid., p. 500. — Sur les origines des Turks, voy. Neumann, n;>. cit., pp. 103 sqq.
3 Voy. Épopée, 11, pp. 4m3 sqq. et Mathieu d'Édesse, éd. Dulaurier, note 1 de la p. 374.
— « l.cs renseignements sur l'fiie époque de la vie politique et sociale de l'Arménie, dit avec raison M. Grène (op. cit., p. 117), sont incomplets et confus. Kirakos et Vardan ne citent que quelques faits isolés. Ajoutons que ce ne sont pas là des contemporains. Les Chroniques d'Arisdaguès de Lasdiverd et de Mathieu d'Kdesse fourmillent d'anaclironismes. Un grand nombre d'événements sont confondus, beaucoup sont embrouillés, [lest difficile de dire, dans l'état actuel de nos connaissances sur l'histoire d'Arménie, si les ouvrages de ces deux derniers auteurs sont altérés par les copistes ou bien si les auteurs ont introduit, dans un but intentionnel connu d'eux seuls, des anachronismes dans leur propre texte Nous ne pouvons donc, parmi ces renseignements, choisir que les plus topiques. »
d'envoyer à cet effet au basileus Basile le catholicos d'Arménie Pierre ou Bédros, surnommé « Kédatartz >< 1 . Le basileus s'était montré très hostile et, pour obtenir son pardon, Jean Sempad avait dû, par la bouche de sou pieux envoyé, accepter les conditions les plus dures et s'engager à léguer après lui son royaume à l'Empire (2). Après la mort du grand Basile, la situation du malheureux royaume dont les frontières étaient sans cesse violées par les Turks, était demeurée fort précaire, presque désespérée. A la suite des invasions constamment répétées des cavaliers delasteppe, une famine aussi était survenue, si atroce que beaucoup de cultivateurs avaient dû se décider à vendre femmes et enfants pour éviter la mort. Les voisins musulmans, tant les Turks que les contingents des dynasles arabes environnants, même les soldats byzantins sur la frontière du Sud, pillaient et dévastaient presque sans discontinuité les provinces limitrophes. Les deux pauvres rois, sans argent, sans ressources, demeuraient complètement impuissants au milieu de tant d'horreurs. Il ne restait qu'une force, le clergé, mais le catholicos Bédros, parait-il, bien loin de songer à porter secours à ses ouailles défaillantes, dépourvu de toute aptitude politique, absolument incapable de jouer le rôle qu'on lui destinait, avide de lucre par-dessus le marché, consumait ses jours en pratiques religieuses d'un ascétisme aussi extraordinaire que puérile.
En Italie, durant le règne si court du faible Constantin VIII, les affaires des Grecs, grâce à la valeur de l'intrépide « catépano » Bojoannès, se maintinrent dans des conditions assez favorables. J'ai dit au volume précédent (3) comment le trépas subit du glorieux Basile avait arrêté court les progrès de la grande expédition byzantine en Sicile. C'est à
(1) Epopée, II, pp. 490 sqq. « Bédros, frère ilu catholicos Kakig, dit M. Brosset, CM d'hist. armén., II, p. 442, élu en 1019, remplacé en 1035, par Dioscore, de Sanahin, qui siégea à peine deux ans, mort en 105S, siégea trente-neuf années. Il est connu sous le nom de « Kédatartz », « Celui qui fait rebrousser un fleuve », à cause d'un miracle qui lui est attribué. Voy. entre autres Kirakos, éd. Brosset, p. 50 et là même des notices sur la mort et le lieu de sépulture du personnage.
i Épopée, II. p. 199.
(3) Épopée, II, pp. 399 et 619. — Aboulfaradj place par erreur l'expédition d'Oreste en l'an 1027. Chez cet auteur, le nom du o catépano » Bojoannès se trouve déformé en « Vulcano ». De même la Chronique du protospathaire Lupus place par erreur seulement en 102S l'arrivée à Bari de la flotte amenant Oreste et son armée. Lupus place à cette même année le remplacement de l'évêque défunt de Bari par Byzantins qui fut à cette occasion nommé archevêque.
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MINIATURE BYZANTINE du XI ■ Siècle. Hérode envoie les Mages à Jérusalem.
— Manuscrit des Homélies sur la Nativité, de Jean Damascène, conservé d Jérusalem. — (Phot. de la -s'"'. Orthod. Palestin.)
l'occasion de cette expédition que le ziride Mouizz Ibn^Bàdis, qui régnail en Afrique, avait offert son secours au uouveJ émir de Sicile, Akhal. Il
38 LES P0RPHYR0GÈNÈ1ES ZOÊ ET THÉODORA
avait fait proclamer la guerre sainte dans ses Etats en même temps qu'il envoyait à son nouvel allié une Hotte de quatre cents navires qui, l'an d'après, dans le mois de janvier Hl2li, fut presque entièremenl détruite par un orage au large de l'île Pantellaria (1). Ce grand désastre aurait dû améliorer les affaires des Byzantins en Sicile. Il n'en fut rien, grâce à l'impéritie des chefs.
Par le fait de cette retraite désastreuse qui avait suivi la mort de leur grand empereur, les troupes byzantines, abattues aussi par la dysenterie qui les décimait cruellement, reperdirent en un moment les conquêtes si précieuses qu'elles avaient faites en Sicile dans un premier élan, sauf Messine cependant. Il semble que, déjà dans le courant de l'an 1026, le « catépano » Bojoannès soit rentré en terre ferme italienne avec le gros de ses forces. Quant au second chef île l'expédition, le kitonite eunuque Oreste, général incapable, il demeura bien encore en Sicile, mais enfermé avec quelques troupes mercenaires, varangues et autres, dans cette forte place de Messine d'où il n'osa rien tenter contre les Sarrasins.
Sur terre ferme italienne, le « catépano » fut plus heureux dans ses efforts pour y rétablir l'autorité byzantine très fort ébranlée par la récente expédition de l'empereur Henri II, mais aussi très vite redevenue prépondérante dans les principautés longobardes à la suite du retour de ce prince en Allemagne. L'assujelissement de ces petites seigneuries de l'Italie méridionale à .l'empire d'Occident ne pouvait jamais, par suite des circonstances politiques particulières de ces Etats, être que tout à fait passager. Aussitôt que l'empereur Henri et son armée eurent quitté le sud de la Péninsule, l'influence de Byzance, momentanément comprimée, se lit à nouveau sentir toute-puissante sur ces principautés. Aucune des mesures prises par le souverain germanique en ces parages n'eut la moindre durée. Les neveux de Mélès, les lils de Dattus, entrèrent bien pour un temps en possession de la comté de Comino, qui leur avait été donnée en liel' par Henri, (jrâce à leurs alliés normands de ce lieu et à Renier, marquis de ïuscie, ils tirent même bien encore quelques autres
(1) Qui venait d'être occupée par les Grecs. Ihn el-Athîr, op. ci/., IX, p. 245.
SIÈGE ET PRISE DE CAPOl I M
conquêtes. Mais aucun de ces résultats ne subsista el l'éphémère souveraineté des descendants de Dattus s'effondra en peu d'années. De même, ,i Capoue, la dynastie des comtes de Teano, qruî y avail été installée par Henri U, nese maintinl que bien peu de temps. On a vu dans le volume précédenl I qu'une ligue s'était formée après la morl de Henri II. sous la direct ii mi suprême «lu prince Guaimar de Salerne, pour reprendre cette ville el la restituer au beau-frère de ce dernier qui en avail été dépouilllé par Henri II. le fameux Pandolfe [V, enfin sorti des geôles d'Allemagne parla permission «lu nouvel empereur germanique ConradH, el cela sur les supplications de Guaimar 2 . Les Grecs, sous leur « catépano Basile Bojoannès, le comte <!<•> Marses, Guaimar de Salerne au service duquel se trouvaienl presque tous les Normands, aussi ceux de Comino, I < » 1 1 r— li'- mirions ennemi- île l'empereur Henri II, unis contre le prince imposé par lui, qui étail pour eux le plus incommode des voisins, avaient pris pari à relie expédition el donné leur appui à Pandolfe IV dans celle attaque contre Capoue, inaugurée vers la fin de l'an Mi2i. G'étail la reconstitution presque immédiate du parti grec dans l'Italie méridionale. Parmi ces Normands de Comino qui combattaient au service du prince de Salerne, il y en avait quelques-uns qui ne venaient pas de relie localité. Entre ceux-ci, Léo de Marsi en signale deux: Rainulfe et Arnould, ilniit le premier devait bientôt avoir la gloire de fonder en Italie la première ville normande. Capoue, défendue par Pandolfe de Teano qu'Henri n y avail établi en 1022. sachant d'ailleurs ce qui l'attendait si elle ouvrai! ses portes à son ancien souverain, résista durant un an et demi à ces forces très supérieures et à toutes les attaques de la ligue, présidée peutêtre par le « catépano 9 à partir de son retour de l'expédition de Messine. Basile 11 étail mort depuis quelque temps déjà, quand, en mai de l'an Hi2ii.
elle l'ut enfin forcée de capituler. Un reste, -i elle s mba, ce fut
moins par la violence que par la trahison des bourgeois. Pandolfe, d'ailleurs, n'eut point l'humiliation de remettre sa ville à son cousin, l'autre
(I) Épopée, II, p. 596.
C'était une lourde faute politique de relâcher a i 1 1 - i ce terrible prisonnier. Manuscrit Cbalandon, Histoire des Normands d'Italie, 1' partie, f. "t. Probablement Pandolfe avait du s'engager â renoncer à revendiquer sa principauté, mais bien naturellement, aussitôt ■ I" retour >'n Italie, il ne tint aucun compte de ses serments.
40 LES PQRPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
Pandolfe. 11 la rendil au « catépano » qui lui promit la vie sauve avec la permission de se retirer librement auprès du due de Naples, le magistros impérial Sergios IV, lequel devint responsable de sa personne (1). Quant à Pandolfe IV, l'ami des Grecs, celui qu'on nommait déjà le «. fortissime loup des Abbruzzes », tout frémissant encore de l'horreur des prisons allemandes, il reprit avec orgueil et joie, des mains du « catépano », possession de sa principauté. 11 avait associé à son pouvoir son petit-fils, Pandolfe V (2).
Je rappelle que je n'écris point ici ni l'histoire de l'Italie méridionale, ni celle de la conquête de ces provinces par les Normands. Je raconte uniquement le déclin de la domination grecque en ces parages sous les règnes qui m'occupent. Je serai forcément très bref sur les événements, si nombreux à cette époque troublée, qui ne concernent pas directement les (irees, événements dont le récit m'entraînerait beaucoup trop loin. Je les mentionnerai lorsque cela sera nécessaire, mais toujours très succinctement, renvoyant pour plus de détails aux ouvrages spéciaux très nombreux.
On voit par ce qui précède combien le « catépano » excellait à user habilement de la prépondérance naturelle de l'autorité grecque à l'endroit des seigneurs longobanls (3). Pour tenir en bride Pandolfe IV réintégré dans Capoue, ce Pandolfe dont il pouvait connaître déjà l'âme ambitieuse aux si liantes visées, Bojoannè< prit, nous venons de le voir, sous sa protection immédiate son rival et mortel ennemi Pandolfe de Teano, le mettant à l'abri de la vengeance de son plus redoutable adversaire, lui procurant un sûr refuge dans la ville de Naples fidèlement dévouée à Byzance. De cette manière, il eut constamment sous la main un excellent prétendant tout prêt à être replacé dans Capoue le jour où la fidélité de Pandolfe IV viendrait à faiblir ou bien encore où sa puissance deviendrait
(l)Delarc, op. cit., p. 68.
(2) Voy. Hirseh, op. cit., note de la p. 348. — L'intervention ilu « catépano », dit fort bien M. Chalandon, op. cit., f. 73, dût être fort désagréable aux princes longobards. Il est évident que la conduite de Bojoannès lui fut dictée par le désir d'avoir entre les mains un prétendant à opposer à Pandolfe IV dans le cas où celui-ci cesserait d'être fidèle à l'alliance byzantine.
(3) La suite de ce récit des affaires byzantines en Italie est empruntée presque constamment et presque textuellement, jusqu'à la fin du volume, aux ouvrages de L. de Heinemann et de l'abbé Delarc.
42 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
par trop menaçante pour le* Tirées (I). La suprématie byzantine dans l'Italie méridionale se trouva ainsi encore plus neltemenl confirmée. Elle ne fut même nullement ébranlée lorsque, à la mi-avril de l'an 1027, le m niveau roi élu de Germanie, Conrad II, successeur de Henri II, qui venait avec sa femme Gisèle de recevoir en grande pompe, le 211 mars, des mains du pape Jean XIX, la couronne impériale en présence des rois Rodolphe III de Bourgogne et Canut d'Angleterre et de Danemark, fil smi apparition dans le sud de la Péninsule (2).
L'empereur germanique, bien que vaillant et énergique, peu désireux d'entamer une lutte ouverte contre les Grecs, dut se contenter, dans une marche rapide, de faire reconnaître moitié de gré, moitié île force, sa suzeraineté par les princes longobards de Bénévent, de Capoue et de Salerne. Pandolfe IV de Capoue, qui promit tout ce qu'un voulut, l'ut reconnu sans conteste. De même Conrad semble avoir de très bon gré donné son assentiment à l'alliance des Normands avec les princes deCapoue et de Salerne et décidé, en outre, que ces guerriers seraient définitivement pourvus de résidences fixes dans le sud de son empire, comme protection toute-puissante pour ses vassaux longobards contre les prétentions de jour en jour plus actives de la grécité en ces parages (3). En tout cas, cette présence si courte, de quelques jours à peine, du nouvel empereur d'Occident dans l'Italie méridionale, ou plutôt en Campanie seulement, fut sans suite aucune comme il en avait été si souvent le cas déjà pour d'autres souverains germaniques. D'ailleurs, dans l'esprit de ce prince qui, dès la tin de mai, dans sa grande hâte du retour, avait aussitôt repassé les Alpes par la voie de Vérone, un plan hardi avait déjà alors pris forme qui n'était autre que celui d'une alliance matrimoniale entre son Empire et celui d'Orient. A peine quelques mois plus tard, Conrad, nous Talions voir, envoyait une ambassade à la cour de Byzance pour y
(1) Sur le rôle prépondérant de Pandolfe IV à cette époque dans l'Italie méridionale, sur sun génie politique odieusement défiguré par les récits de ses mortels adversaires, les moines du Mont-Cassin, voy. Chalandon, op. cit., ff. 73 sqq.
(2) Voy. dans Trinchera, op. cit., p. 22, un document (n° XXI) daté du mois de novembre 1026 à Tarente, conservé aux archives du Mont-Cassin, dans lequel il est fait mention d'un juge ou « kritis » de Longobardie et Calabre qui est en même temps « spathaire », candidat et « protoseeretis ». — Voy. encore Aar, op. cit., p. 134.
(3) Sur les premiers Normands installés dans l'Italie méridionale, voy. entre autres H. lireslau, lahrbïicher d. deutschen lleichs unler Konrad II, II, excurs VI, pp. 498 à 505.
IMBASSADE ALLEMANDE A CONSTANTINOPLE 43
proposer le mariage, d'ailleurs bien extraordinaire, de son filsel héritier, alors âgé de dix ans seulement, avec une des filles el héritières de Gons tantin VIII qui toutes deux avaient environ cinq fois l'âge de cet enfant. Ce fut certainement en considération de ce projet quelque peu fantas tique qui s' agitait déjà en son esprit que Conrad, lors de sa visite dans l'Italie méridionale, s'efforça de ménager le~ territoires encore soumis à l'autorité byzantine et de ne léser en rien dans ces régions lointaines le^ intérêts du basileus.
Voici à peu près tout ce que nous savons sur l'étrange ambassade matrimoniale dont je viens de parler : Il est très vraisemblable, ilit Breslau I . que ce fui au concile de Francfort, en liUT, que l'empereur ( lonrad chargea l'évêque Werner de Strasbourg d'aller en qualité d'ambassadeur à Constantinople pour y quérir auprès du basileus une épouse pour le petit prince Henri. Constantin, n'ayant pas d'héritier mâle, I empire d'Orient reviendrait naturellement après sa mort à qui aurait épousé une de ses deux tilles demeurées dans le monde, c'est-à-dire n'ayant pas pris le voile comme leur aînée, mais quelle immense disproportion d'âge entre les deux époux proposés et quelle manière de vivre si différente! 11 nous paraît aujourd'hui que ce fut une audacieuse et presque indéfendable folie d'avoir songé à unir un enfant de dix ans, né dans les brumes de la sauvage (îermanie, avec une vieille Porphvrogénète cloîtrée depuis tantôt un demi-siècle dans la molle el morne existence du Gynécée impérial de Byzance. Mais, à cette époque du xi'' siècle, les fabricants d'unions impériales, ne considérant autre chose en leurs projets chimériques que le but politique à atteindre, ne reculaient devant aucune invraisemblance. Nous ne savons laquelle des deux antiques princesses, Zoé ou Théodora, se trouva [dus spécialement visée. Probablement on songea surtout à Théodora, qui était la plus jeune et à laquelle plus tard Skylitzès dit qu'on offrit d'abord la main de Romain Argyros. Nous ignorons de même complètement jusqu'à quel poinl ce projet matrimonial avait pour objet principal dans l'esprit de ceux qui l'avaient pré-
1 Op. cit., I, p. iVt. Voyez pour les détails de cette ambassade, les sources aussi, un opuscule spécial Je Breslau <lans les Forsrhungen sur deutschen Geschichte, X, pp. 605 sqq., intitulé : Fin Beitrag zur Kentniss non Konrads II Beziehungen su Byzans und T)xnemark. — Voy. encoi Steindorff, Heinrich III, I. p. 13, n" 1.
44 LES PORPHYROGÊNÈTES ZOE ET THEODORA
paré, la grande pensée fie replacer à nouveau sous un sceptre unique les deux empires d'Occident et d'Orient. On ne peut que signaler ce fait curieux pour l'époque que l'empereur Conrad II et son entourage se montraient généralement favorables à des combinaisons de cet ordre tout extravagantes et atteintes de mégalomanie que celles-ci puissent nous paraître aujourd'hui. Ne savons-nous pas avec certitude que, bien peu d'années plus lard, aux fiançailles de la fille dedmirad avec le roi Henri de France, prit corps cette pensée que ce mariage amènerait un jour une union nouvelle des deux monarchies franques d'Occident et d'Orient! Et combien plus lointaine cependant cette dernière éventualité devait paraître, que celle qu'on pouvait dès maintenant prendre en sérieuse considération, au cas où ce mariage [projeté réussirait, entre l'héritier de l'Empire romain et l'héritière de Byzance!
Donc, l'évèque Werner de Strasbourg se mit en route, accompagné par une suite brillante. L'empereur lui avait donné comme collègue en diplomatie le comte souabe Manegold, de la maison de Dillingen-Wœrth I . Un énorme convoi de bagages, de véritables troupeaux de chevaux, de bœufs, de moutons, de porcs suivaient le poudreux cortège de dignitaires qui s'avançait à travers l'Europe orientale avec une solennelle lenteur, dans un fastueux déploiement de pompe impériale. Evidemment, on comptait en imposer à la cour byzantine qui tant aimait la représentation. On s'était, en haut lieu, décidé pour la grande voie ordinaire des pèlerins d'Orient à cette époque, la route de terre par la Hongrie et la péninsule des Balkans, et l'évèque Werner s'imagina qu'en faisant sémillant de se rendre en pèlerinage à Jérusalem, il ferait plus facilement route à travers ces contrées périlleuses. Mais, alors que le roi Etienne de Hongrie accueillait d'ordinaire de la manière la [dus amicale tous les pieux voyageurs se rendant en Terre .Sainte, les autorisant à traverser son royaume tout à leur aise, ce prince fit à l'évèque de Strasbourg, pour une raison qui nous échappe, une réception toute différente. Vraisemblablement, les relations entre le mi de Hongrie et l'empereur germanique n'étaient déjà plus aussi bonnes. En mitre, il était presque imposai Voy. dans Breslau, op. cit., I, note île la page 235, toutes les fausses légendes qui coururent l'Occident sur le compte de cette ambassade.
iMBASSADE ALLEMANDE l CONSTANTWOPLE
gjjjle que [e |in| vrai de cette mission fût demeuré entièrement caché pour Etienne. Le secrel étail bien difficile à garder, ei une fois qu'il se trouvait divulgué, ladéfiancede ce souverain en devait êtreforl excitée. Bref les choses tournèrent si mal que les envoyés impériaux, rebroussant chemin brusquement, résolurent, par la Bavière ei le Brenner, de gagner l'Italie pour s'embarquer à Venise. Naturellement, ceci non plus n'alla pas sans difficultés. Les ambassadeurs furent longuement retenus aux frontières de la marche de Vérone avant d'obtenir accès dans Venise, où on n'avait aucun intérêt à soutenir les plans extraordinaires du César germanique. Ils finirent cependant par atteindre leur but et, après une navigation orageuse, calamiteuse, semée «le |><>t-ils incessants, comme c'était presque toujours alors le cas dans ces parages, atteignirent enfin I ■ Ville gardée <le Dieu. Grâce à tant de traverses, ils ne durent guère v arriver avant les premiers mois de l'an 1028.
Par deux sources d'origine très différente, nous apprenons qu'on lil à Byzance, aux envoyés impériaux allemands, la plus belle réception. Les conceptions de la cour des basileis sur l'Empire d'Occident, sur sa grandeur et si m importance,
s'étaient notablement modifiées depuis les temps de presque byzantine de l'église cathé
Nicéphore Phocas et la réception humiliante que ce draie de Sainte-Sophie
, . . deKiev. — L'impératrice
prince n avait pas craint de taire suivante ans aupa- /•„/,/„;,.„•.
ravant à Luitprand, l'ambassadeur d'Otton Ier I .
Aussi les deux envoyés de l'empereur Conrad entretinrent-ils incontinent avec le basileus Constantin et son entourage les relations les plus intimes et les plus cordiales. Le comte Manegold, en particulier, par la splendeur de son maintien, par son entregent, son altitude Imite de sagesse et de prudence, s'attira, au cours de relations presque journalières, à un tel degré la faveur du souverain, (pie celui-ci lui lit don des
- 1' Vnv. Un Empereur byzantin au X siècle, pp. 397 sijq.
46 LES PORHYROGÉNËTEH ZOE ET THEODORA
plus précieuses reliques, d'un prix inestimable: un fragment de la Vraie Croix entre autres, certainement enchâssé dans quelque reliquaire de prix. Cependant, les véritables négociations à l'occasion desquelles ce voyage si lointain, si pénible, avait été entrepris, ne faisaient aucun progrès sérieux. Ou bien les ambassadeurs allemands, alors qu'ils eurent appris à mieux connaître les vieillissantes filles de Constantin, eurent-ils scrupule de réclamer sérieusement pour leur jeune souverain, dont l'avenir était si brillant, la main d'une de ces princesses antipathiques dont il n'y avait vraiment absolument rien de bon à dire, ou bien l'empereur Constantin lui-même, ainsi que cela avait été constamment le cas jusqu'ici, pour des raisons d'ordre politique I , ne pouvait-il en arriver, même dans les conditions présentes, à une décision définitive pour le mariage d'une de ses filles? C'est ce qu'il nous est impossible de démêler exactement. Une seule chose est certaine, c'est que mois après mois passèrent sans qu'on put aboutir. Le chroniqueur Wipo dit que l'évèque Werner songeait à nouveau à entreprendre le pèlerinage de Jérusalem et qu'il comptait bien mener celte entreprise à bonne fin avec l'appui du basileus, mais que, comme il se présentait chaque jour un nouvel empêchement, il finit par se trouver contraint de renoncer à son projet. Certainement, ce bruit, rapporté par cel historien, repose sur les récits des compagnons de l'évèque, après leur retour en Allemagne. Nous n'avons donc aucune raison d'en suspecter la véracité. Mais, par cela même, il doit nous fortifier dans la pensée que même Werner espérait à peine un heureux résultat des négociations à lui confiées par son empereur, sans cela il n'eut jamais songé à remettre à une date si éloignée et son retour en Allemagne et le rapport qu'il devait à son souverain sur le résultat de sa mission.
Sur ces entrefaites, dans le courant de l'automne de l'an 1028, survinrent successivement à Constant inople deux événements funèbres, qui modifièrent les circonstances du tout au tout et amenèrent très naturellement d'eux-mêmes la rupture définitive des négociations. Le 2S octobre expira, après une courte maladie, le pauvre évêque Werner,
[2) Voy. Gfrœrer, op. cit., III, pp. 121 sqq.
AMBASSADE ALLEMANDE A COXSTAXTIXOPLE 47
loin de son pays natal cl de ses ouailles, sans avoir même pu accomplir le désir secret de son cœur: le cher pèlerinage aux lieux saints. Il fui enterré à Byzance, en (erre étrangère I . Deux semaines plus tard à peine, le basileus Constantin tombait à son tour gravement malade. An bout de trois jours il rendait le dernier soupir, après s'être donné un successeur en mariant la seconde de ses tilles au patrice Romain Argyros.
Suivanl le récil du chroniqueur Berthold de Donauwœrth, ce changement de règne eut | rie second des ambassadeurs allemands, le comte
Manegold, les plus pénibles suites immédiates. Au couronnement même du nouveau basileus, le fragment de la Vraie Croix à lui remis par Cmislanlin se trouva égaré. L'injuste soupçon de l'avoir, non point reçu en don, mais simplement détourné, tomba sur l'infortuné envoyé allemand, dont on connaissait les relations intimes avec le feu basileus. Le pauvre homme fut jeté en prison. On perquisitionna dans sa demeure, mais comme il avait eu la prudence d'expédier d'avance dans son pays l'inestimable relique, on ne trouva rien. Les preuves pour le condamner tirent totalement défaut et il fallut bien le remettre en liberté et le laisser partir.
Il est très possible que le nouveau basileus, ainsi que l'affirme plus luinle même chroniqueur Berthold, ait tenté de prolonger sur des bases nouvelles les négociations pour le mariage allemand, en faisant offrir celle fois au jeune Henri la main d'une de ses sœurs à lui, devenues, par suite de ce changement soudain, princesses de la maison impériale 1 . Wipo -i . lui aussi, parle d'une lettre « en caractères d'or », un chrvsnhulle, adressé' par Romain Argyros à l'empereur Conrad. De même encore dans un document émanant de l'impératrice Adelhaïde, mère de l'empereur Conrad, au sujet du monastère fondé par celle princesse à QEhringen, où elle voulait avoir sa sépulture, nous lisons la mention de reliques précieuses envoyées par le même basileus Romain à ce prince. probablement toujours à celte même occasion, et cédées parce dernier à
(1) Voy. sur la date exacte de sa mort, Breslau, op. cit., 1, note 1 de la p. 273. J Skylitzès en mentionne seulement deux, mariées : l'une à Romain Skléros, l'autre à Constantin Karanténos, mai* ce n'étaient pas les seules. Voy. p. 02 du présent volume. I hap. XXII.
LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
sa mère (1 . Mais, tout naturellement aussi, on le comprend, Manegold, dans des circonstances aussi complètement modifiées, ne put que promettre au nouveau basileus qu'il ferait pari de ces propositions à son souverain. Sa propre mission était terminée. Honoré de riches et précieux présents, des reliques encore très vraisemblablement, il prit le chemin du retour. On peut, semble-t-il, fixer sa rentrée en Allemagne aux premiers
mois de l'an 1029. 11 est trop aisé de comprendre que Conrad ne se rendit point à l'invitation de Romain Argyros, après surtout qu'il eût entendu de la 1 louche de son envoyé l'exposé précis des circonstances de la cour byzantine, circonstances dont probablement il se doutait jusque-là fort peu. Ainsi le projet de mariage grec fut définitivement aban-
POLYCANDILON BYZANTIN de bronze, sorte de lustre donné à la Colll' imiiéou « lampier » porte-cierges en (orme de couronne. —
XI»* ou Xllme siècle. — Musée du [.mure. riale allemande. Cepen-
dant l'ambassade de Werner et de Manegold ne devait pas demeurer complètement sans conséquences politiques. Bien, qu'on ne puisse pas tenir pour certain ce qu'on ne peut actuellement encore que conjecturer 2 , que, dès cette époque ou peut-être seulement plus tard, une alliance formelle fut conclue entre l'empereur Conrad et Byzance, il demeure certain toutefois que l'attitude du souverain germanique durant sa seconde expédition en Italie prouva d'une manière fort claire que des relations s'étaient établies entre les deux Empires, bien plus amicales qu'aux temps des Ottons et des Henri.
(1) o ilultasque relit/nias, etc. » Voy. Breslau, op. cit., I, notn 4 de la p. 2> Voy. Giesebrecht, <//,. cit., II, pp. :12'.i .4 G42.
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MINIATURE BYZANTINE d'an manuscrit da XI*" aièjle de la Vie de saint Benoit et de mini Maar, provenant du Mont-Cassin et conservé à la Bibliothèque da Vatican. — Saint Benoit chez sainte Scholastique. — Saint Benoit voit l'àme de sainte Scholastique monterait ciel sons h (orme d'une colombe. — (Millet, Hf-Etudes, C. 1508.)
Reprenons la suite des événements qui se passèrent dans l'Italie méridionale sous le règne si court du basileus Constantin, A peine l'em-
50 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET TIIEODORA
pereur Conrad avait-il quitté, pour retourner en Allemagne, les marches méridionales de son Empire dans la Péninsule qu'un changement très important se lit dans les forces relatives des seigneuries longobardes, changement également destiné par la suite à transformer la situation de l'empire byzantin en ces parages. Dans ce même printemps de l'an 1027, en effet, mourut le fameux prince Guaimar de Salerne. Son fils, Guaimar V, associé à son pouvoir depuis l'an 1018, lui succéda, âgé d'à peine quatorze ans, d'abord sous la tutelle de sa mère Gaïtelgrima, puis seul à sa majorité, mais toujours sous L'autorité très directe de son oncle Pandolfe de Capoue. Neveu et oncle s'unirent à tel point que le premier s'inféoda étroitement à la politique du second.
Sentant sa puissance très augmentée par cette heureuse alliance, Pandolfe IV qui, déjà, s'était emparé du Mont-Cassin (1), s'enhardit jusqu'à venir attaquer et bloquer étroitement dans sa cité le protégé de la cour byzantine, le magistros Sergios IV de Naples, coupable, on se le rappelle, d'avoir jadis, sur la demande de Bojoannès, donné asile au rival du prince de Capoue, Pandolfe de ïeano, et à son fils Jean. Par de très habiles intrigues intérieures qui, probablement, amenèrent la trahison du parti de la noblesse, Pandolfe de Capoue réussit à prendre Naples dans les dernières semaines de l'an 1027 ou au commencement de l'an 1028. Pandolfe de ïeano et son fils durent s'enfuir à Rome devant leur mortel ennemi. Sergios IV, lui, se retira à Caète. L'heureux vainqueur prit possession de la ville et seigneurie de Naples dont tous les actes continuèrent à être datés des années du règne des basileis de Constanlinople. Ceci, a-t-on dit fort bien 1 , tendrait à faire admettre que cette conquête de Naples par le prince de Capoue eut peut-être lieu avec le consentement tacite de la cour de Byzance, ou bien plutôt encore que les Grecs, absorbés par d'autres tâches en Sicile et dans l'Italie méridionale, laissèrent faire Pandolfe sans soufller mol et acceptèrent sans protester cette augmentation de puissance de ce prince à condition toutefois qu'il consentit, dans sa nouvelle conquête napolitaine, à reconnaître, à l'égal de ses prédécesseurs, la suprématie byzantine. Précisément, à ce
(1) Voy. Delarc.op. cit., p. 68,
(2) Heinemann, op. cit., p. 53.