RAPPEL D'ORESTE ET DE BOJOANNÈS
moment, les troupes grecques venaient, en ellet, ainsi qu'on l'a vu plus liant, d'éprouver en Sicile un sanglant échec à .Messine i>ù ils avaienl été aussi inopinémenl que vigoureusement attaqués par les Sarrasins (1). Romain Argyros qui venait de succéder à Constantin s'empressa d'expédier îles renforts de Grèce et » 1 « * Macédoine en Italie pour remédier à ce triste état de choses, mais ces troupes nouvelles ne firent rien de bon nu s'enfuirent devant les Musulmans. Aucun résultai militaire important ou durable ne put être obtenu, grâce au déplorable commandement de l'armée.
La suite de tout ceci l'ut le rappel définitif, dans le courant de l'automne de l'an 1028 - du cubiculaire eunuque Oreste, malheureusement aus-i de l'habile et énergique s catépano » Bojoannès qui avait rendu à l'Empire, en ces parages d'Italie, dé si longs et si brillants services. Ce parfait capitaine fut remplacé dans son commandement par un certain Christophoros :i , qui fut certainement nommé sur place, car la Chronique du protospathaire Lupus, en mentionnant ce changement, ajoute Hue le grand hétériarque Eustathios (4) vint à Gonstantinople en qualité de « mandator « impérial, pour confirmer le nouveau « catépano » dans sa dignité et ramener à Constantinople les deux chefs disgraciés Oreste et Bojoannès (5).
l>e ce (llirisloplioros un souvenir nous est demeuré, souvenir très
(1; Amari, op. cit., II, |<. 367.
(2 Voy. Heinemann, op. cit., note 2 île la p. 34 : « entre le 1" septembre et le ;t novembre. »
(li) Et non « Christophari » comme il est écrit dans la Chronique du protospalluiire Lupus. Nous possédons de ce fonctionnaire, comme i catépano •> d'Italie, un document daté déjà du mois de janvier 1029. Voy. /// lices cod. dipl. del regno <li Carlo I et II di Angio, 1. app. 1, n" 5, p. XIV.
(4) Et non « Eustachios ", ainsi que le nomme la Chronique de Lupus. C'est certainement l'Eustathios de Skylitzès et de Cédrénus. La ''/ironique place par erreur ce remplacement de Bojoannès à l'an 1029. un an trop tard. Par un.' amusante erreur, prenant pour deux noms propres la fonction d'Eustathios, |3xcn).txo; aavSotTopï;, cette même Chronique raconte la venue de ce fonctionnaire à Bari « avec ses fils Basilisque et Mandateras •> ! MzvSdt- Topa; est une forme vulgaire néo-grecque pour (wtvSàtwp. Le « mandator » impérial — analogue aux « kramanatars » des rois persans, aux aides de camp de Saint-Pétersbourg ou aux « capidjis » de la Sublime Porte, — apportait les ordres émanant directement du souverain. — J'ai publié le sceau du grand hétériaque Eustathios à la p. 349 de ma Sigillographie byzantine.
(5 Le - Bugien « ou « Bugianus », des Chroniques de Bari et de Lupus. Lebeau, op. cit., XIV, pp. 240-241, a raconté tous ces faits d'une façon fort inexacte. — En l'an 1026, Othon Orseolo, doge île Venise, déposé par une faction puissante, fut tondu puis exilé à Constate
52 LES PORPHYROGÈNÈTES ZOÉ ET THÈODORA
précieux, parce qu'il nous confirme cette haute dignité de « catépano » d'Italie » dont ce personnage fut investi. C'est une inscription qu'on lit encore aujourd'hui gravée au-dessus de la porte de la charmante mosquée de Kazandjilar 1 , très ancienne église byzantine à Salonique. Cette inscription, fort mal lue par Texier, a été restituée depuis par ce tin connaisseur des choses de Byzance qui a nom le docteur A. Mordtmann, de Constantinople (2). Ce texte précieux raconte que « ce lieu autrefois profane a été transformé en temple de la Vierge, par Christophoros, le très illustre protospathaire impérial et « catépano » de Longobardie, par son épouse Marie et par ses enfants Nicéphore, Anne et Katakala, à la date de l'indiction XII de l'année du Monde 6537 », date qui correspond exactement à la fin de l'année 1028, la douzième indiclion commençant, en effet, exactement avec le mois de septembre de cette année. Il semble bien, nous l'avons vu, que Christophoros était déjà présent en Italie lors de son installation, car celle-ci eut lieu à Bari même en vertu d'un ordre souverain apporté par le « mandator » impérial Eustathios. Probablement, il avait servi primitivement en qualité de lieutenant de Bojoannès avant d'être appelé à lui succéder. La construction d'une église en l'honneur de la Sainte Vierge « llodigitria », « Celle qui conduit à la victoire », dit fort bien M. Mordtmann, paraît fort naturelle au début d'une carrière aussi dangereuse que l'était celle d'un * catépano » de Longobardie. Probablement Christophoros était originaire de Salonique ou bien il y avait du moins longtemps vécu, et il avait, au momefit de sa nomination de « catépano », écrit à sa femme de faire édifier ce temple à la Toute Sainte pour attirer les bénédictions de celle-ci sur sa nouvelle et si périlleuse fonction.
M. Mordtmann possède dans sa riche collection le sceau en plomb du
tinople, où lui et son frère avaient jadis paru avec tant d'éclat. Il fut remplacé par I'ietro Centranigo Barbolani. 11 trouva en Romain Argyros, frère de sa mère, un ardent protecteur. Quatre ans après, grâce à l'influence byzantine, on le rappela pour envoyer à sa place, dans cette même ville de Constantinople, Pietro Centranigo, qui lui succédait dans son exil comme il lui avait succédé dans sa dignité. Mais Orseolo mourut avant que de pouvoir retourner dans sa patrie. Une ambassade solennelle, envoyée à Constantinople pour le ramener en triomphe, le trouva mort. C'était en l'an 1030.
(1) Kazandjilar Djami. — Voy. la vignette de la p. 53.
1 Rev. archéot., n" de sept. 1878.