‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 23 sur 132 · DÉROUTE DE L'ARMEE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

DÉROUTE DE L'ARMEE CHRÉTIENNE

l lette fois encore cette nuée

de cavaliers, montés sur les

admirables chevaux du désert,

souples i't viles comme l'éclair,

commencent par prendre la fuite

devant la troupe ennemie. Puis,

soudain, se retournant à un

signal, bondissant de toutes

parts, ils enveloppent à grands

cris les (irecs dans un tourbillon effroyable de combattants

hurlant, et de chevaux emballés.

Attaqués en tète, en queue, serrés sur les flancs par des masses

sans cesse grossissantes, qui ne

luttent jamais en rangs serrés,

mais toujours par groupes éparpillés , qui ne s'écartent un

moment que pour revenir à la

charge plus nombreux et plus audacieux, les Byzantins, couverts de traits, commencent à flotter. C'est la répétition du combat précédent. Bientôt les soldats de Dalassénos sont eux aussi accablés par le nombre.

Hommes et chevaux, violemment isolés les uns des autres, sont hachés à coups d'épées et de lances. Le petit nombre qui parvient à se dégager rentre au camp impérial dans un tel état d'effroi et d'accablement, avec tant deblessés, qu'il jette incontinent la panique dans le reste de l'année. Certainement, l'imprudence folle du basileus avait produit ce résultat. L'armée,

IVOIRE BYZANTIN Je ma Collection.

La Crucifixion. — A'"'« ou JET"* Siècle.

avant que d'avoir vraiment combattu, était démoralisée par les souffrances et les fatigues intolérables du pire été syrien. Ce fut là l'unique cause de cette catastrophe qui demeurerait sans cria incompréhensible.

C'est une scène de désordre affreuse. Le basileus, après ce second échec, perd soudain courage. Personne ne songe plus à marcher à l'ennemi. Chacun s'occupe déjà de son salut. Les bruits les plus sinistres circulent, démesurément enflés par la terreur. Pour comble d'épouvante, les cavaliers arabes, enhardis par ce succès inespéré, apparaissent maintenant à nouveau tout autour du camp en groupes de plus en pins nombreux, poussant des cris de triomphe et de mort. Leur éparpillement même les fait paraître encore plus nombreux qu'ils ne le sont en réalité. On les voit mettre pied à terre par bandes, se ruer insolemment sur les retranchements, franchir le fossé du camp, arracher à pleines mains les palissades en défiant les chrétiens affolés. Alors, dans cette foule de soldats grecs débandés, le trouble grandit soudain à tel point que, phénomène inouï, personne ne s'occupe plus de se défendre.

Dominée par je ne sais quelle fatalité, par « la Déroute, géante à la face effarée », l'armée impériale tout entière, persuadée que toutes les forces de l'Islam viennent à la fois l'assaillir, abandonnant honteusement le camp, prend la fuite dès le point du jour, chacun courant pour son compte dans la direction d'Antioche, sans s'occuper des autres.

Le conseil suprême des chefs, assemblé' en hâte chez le basileus, avait déjà décidé la retraite. Il avait fait ouvrir toutes les portes «lu camp et ordonné, de reprendre en bon ordre la route d'Antioche. Mais les soldats n'écoutaient plus la voix des officiers qu'ils entraînaient à leur suite. Ce fut une des grandes paniques de l'histoire, une débâcle sans exemple comme sans motif. Ce fut un miracle surtout que les Sarrasins n'aient pas su ou pu profiter de cet immense désordre pour égorger jusqu'au dernier ce troupeau de fuyards épouvantés. Zonaras dit que la course haletante de toute cette armée les plongea dans une sorte de stupeur.

Ceux des soldats chrétiens qui étaient montés, fuyaient par groupes au galop. Ceux qui étaient à pied s'emparaient du premier cheval venu. « Ce fut vraiment, s'écrie Psellos, une chose sans nom! » Le basileus en

/ 1 ITE VERS A.\ TIOCHE 83

personne, éperdu jusqu'à ne plus se reconnaître, » presque expirant de terreur » dil Zonaras, abandonné par ses gardes, qui avaient été les premiers à fuir sans jeter un regard en arrière, eut certainement été fait

prisonnier, si un simple cavalier ne l'eut enlevé en croupe de sa monture et arraché ainsi à la mort ou à la pire des captivités.

La fuite horrible dura jusqu'à Antioche tout le long de cette mule interminable, à traversées sables infinis. C'était le dixième jour du mois d'août. La chaleur de celle journée d'été syrien était véritablement effroyable. Dès la sortie du camp retranché, les attaques îles cavaliers alépitains sur les liane- et en queue de celte infinie colonne de fuyards commencèrent à se répéter de plus en plus incessantes. Elles ne prirent lin que sous le- murs d' Antioche à bien des milles de là. Personne, chose étrange, ne songeait à résister à ce petit nombre d'ennemis (1)!

Petit a petit, la retraite qui avait de suite dégénéré en une fuite, se transforma en une complète déroute. Peu de soldats chrétiens furent tait s prisonniers, mais beaucoup furent massacrés. Les Sarrasins, au dire de Psellos, empêchés par leur marche en avant, ne conservaient que les captifs d'importance dont ils pouvaient espérer une forte rançon. Ils sabraient impitoyablement tous les autres. Beaucoup d'Impériaux aussi périrent foulés aux pieds sous les sabots de leur propre cavalerie.

Ceux qui parvinrent jusqu'à Antioche y arrivèrent à demi-morts de fatigue et de soif, après cette course folle, presque tous malades de coliques pour avoir bu de mauvaises eaux ou comme foudroyés par les lavons de ce terrible soleil. Il y eut maints incidents dramatiques. Chaque fois qu'on tentait de s,, reformer, les attaques des Sarrasins devenaient plus vives, plus pressantes.

Comme tous ces granits chefs chargés de gloire, entraînés dans la commune panique, fuyaient aussi vite que leurs soldats, un eunuque de

(1) Mathieu d'Édesse, qui parle de cette lamentable retraite dans son chapitre XLII, et qui, du reste, comme tous les chroniqueurs de sa race, se montre fort hostile au basileus Komain, va jusqu'à parler de trahison et de lâcheté voulue de la part des troupes grecques qui n'aimaient pas le nouvel empereur. Il ajoute que le complot destiné à faire périr le basileus dans cette fuite mémorable, suscitée à dessein, lui fut révélé par un de ses principaux chefs militaires étrangers, Aboukab, PApokapis des Grecs, qui jadis avait été un des dignitaires, le a comte de la tente », xôar,; t?,; *6pn)ç, du défunt curopalate Davith d'Ibérie. Romain, épouvanté par les révélations de ce personnage, se serait enfui déjà dans le courant de la nuit avec les principaux officiers de son entourage.

84 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA

la domesticité du Palais, attaché au service du basileus, voyant piller par quelques irréguliers sarrasins les bagages impériaux et massacrer les hommes qui les gardaient, incapable de supporter une telle honte, faisant rebrousser chemin à sa monture, se précipita à lui tout seul sur les cavaliers ennemis. Il en tua un d'une flèche et mit les autres en fuite. Après avoir ainsi sauvé les bagages et délivré les valets de camp, il regagna tout joyeux la colonne. A un autre moment, le basileus qui, lui, semble bien avoir complètement perdu la tête, fut de nouveau serré de si près que ses gardes Scandinaves, les fameux Vaerings tauroscythes, qui l'avaient enfin rejoint, eurent une peine inouïe à le dégager. Ces magnifiques guerriers du Nord avaient du moins retrouvé leur traditionnelle vaillance et ce fut en couvrant Romain de leurs boucliers, en luttant furieusement corps à corps contre ces noirs démons qui les assaillaient avec des cris furieux, qu'ils réussirent à sauver cette fois encore leur empereur (1).

Durant que la grande armée chrétienne fuyait ainsi sur la brûlante roule d'Antioche sous le sabre des Musulmans, de très nombreux Sarrasins, au lieu de s'acharner à sapoursuite, avaient envahi le camp déserté et s'étaient mis à le piller. Ils y firent un butin extraordinaire, caries fuyards n'avaient guère emporté que leurs armes et leurs effets les plus précieux. Pas une tente de soie, pas une pièce de la vaisselle impériale n'échappa aux pillards. Les Arabes y tirent encore prisonniers quelques retardataires, officiers et soldats, beaucoup de malades et de blessés aussi qui n'avaient pu suivre la retraite. Le splendide pavillon du basileus, véritable merveille d'art, semble-t-il, avec tout son mobilier somptueux, les provisions de joyaux, de colliers, de bracelets, d'étoffes, de perles et de pierres précieuses, destinés à être offerts en présents, tomba aux mains de ces pirates du désert. Toutes ces magnifiques dépouilles prirent incontinent à dos de chameaux le chemin d'Alep.

Aboulfaradj qui énumère les charges d'argent monnayé, de vaisselle d'or et d'argent, ajoute qu'on prit tant de mules au camp impérial qu'un beau mulet se vendit deux deniers au marché d'Alep.

(1) Voy. sur la présence de ces Russes au fond des solitudes de la Syrie : Wassiliewsky. La droujina vœrinyo-russe, etc., l°r art., pp. 136 et 137.

l\rlhl \ rs DE / I Dl ROV TE

« Si Dieu n'eut arrêté la fougue de l'ennemi, s'écrie douloureuse ini'iil Psellos, toute l'armée romaine eul été anéantie, le basileus en tête I . > Le même auti'ur raconte encore cri incident dramatique qu'à un moment le basileus, facilement reconnaissante de loin à ses rouges brodequins, le- fameux compacta 2 . gravissant une éminence de sable, résolut de s'arrêter et s'efforça de rassembler quelques fuyards pour faire tête à l'ennemi. Le groupe grossit peu à peu. Enfin on vit apparaître le porte-croix impérial portant le très saint palladium de l'armée qui lui servait d'étendard et de signe de ralliement, l'Icône miraculeuse de la Vierge Toute Sainte, « Image très vénérable, poursuit Psellos, que les basileus des Romains emmènent constamment à leur suite dans leurs campagnes comme sauvegarde de leurs années. » Cette fois la i très sainte, très vénérable et très vivifiante Icône » avait échappé miraculeusement aux mains des barbares sarrasin-.

A cette vue si pieusement, si

doucement réconfortante, le basileus, très dévot, et qui portait à celle Image fameuse entre toutes le culte le plus passionné, couvrit de ses baisers le précieux symbole, le mouillant de ses larmes. « Saisissant danses bras la chère Icône, il lui adressait du fond de son âme, dit Psellos, les plus reconnaissants discours, lui remémorant tant d'occasions fameuses

I Mathieu d'Édesse dit que les Sarrasins tuèrent près de dix raille chrétiens et que l'armée romaine s'étant débandée, chacun s'enfuit de son côté dans toutes les directions.

(2 [bu el-Atliirdit, au contraire, qu'il échangea ceux-ci cuntre des brodequins noirs pour ne pas être reconnu.

ICONE en stéatite avec l'effigie de saint A

— Très fin travail byzantin des XI ou XII

— M.t Collection.

où elle avait apporté le salut à l'Empire en péril ». Fortifié par cette apparition si inattendue, Romain, oubliant que lui aussi avait fui, se mit à invectiver furieusement les passants. « Il poussait des cris comme un jeune homme, poursuit notre chroniqueur, reprochant aux soldats leur pusillanimité, se m mimant à eux à haute voix, tâchant de se faire reconnaître d'eux. » Quand le groupe qui s'était reformé autour de lui fut assez nombreux, on résolut de prendre quelque repos. Le basileus se retira à cet effet sous une tente qu'on lui avait hâtivement dressée. On devait être à ce moment très proche d'Antioche et la poursuite de l'ennemi avait probablement cessé. Le lendemain, de très bonne heure, l'aveu unanime du conseil de guerre fut qu'en présence d'une telle situation : chaleur affreuse, armée si subitement démoralisée avant même que d'avoir combattu, le seul parti à prendre était d'abandonner aussitôt la campagne. Il fut en outre décidé que le basileus rentrerait de suite à Constantinople pour y pourvoir au plus pressé. C'est ce que Romain du reste jugea bon de faire aussitôt (1).

Mathieu d'Edesse (2) ajoute au récit de ce désastre des Grecs ce curieux épilogue dont il est impossible de contrôler la véracité devant le silence peut-être voulu des chroniqueurs grecs. « Quatorze jours, dit-il, après la panique de l'armée de Romain, un paysan de Gouris ou Kouris, — l'antique Cyrrhos de Cyrrhestique, ville forte syrienne, dans la montagne au nord d'Alep, le Coricium ou Corice de Guillaume de Tyr et des Croisés, aujourd'hui Khoros, au nord-nord-ouest d'Azàs — , trouva le basileus qui avait cherché refuge dans les bois tellement engourdi par le froid (3) qu'il paraissait mort. Cet homme quitta son travail pour

1) J'ai donné de cette grande et étrange déroute des armes byzantines le récit des chroniqueurs grecs et arméniens. Les historiens orientaux en parlent également. Le syrien Aboulfaradj, surnommé Iïar Hebraeus, en particulier, dit (op. cit., p. 229) que dans cette bataille deux chefs « sclaviniens ». c'est-à-dire évidemment deux chefs des gardes étrangers 'fui commandaient l'avant-garde de l'armée forte de cent mille hommes, furent mis en fuite par cent cavaliers maàdiens et dix mille fantassins. Serait-ce une allusion aux échecs subis par Ilalassénos et Léon Choirosphaktès ? Le chroniqueur musulman ajoute que le basileus se sauva à Antioche sur la nouvelle que d'innombrables troupes d'Kgypte et de Maàdiens, arrivaienl au secours de l'émir d'Alep. Voy. aussi le curieux récit d'Ibn el-Athir (op. cit., chap. IX, p. 27C) qui attribue la défaite du basileus à la trahison de deux de ses lieutenants : « le lils de Dukas (Ibn ad-Doùqas) et Ibn Loulou ».

(2) Op. cit., chap. XLII. Voy. aussi Sempad le Connétable, op. cit., p. 51.

(3) « Par la fatigue » plutôt. On était au mois d'août.

RETOUR PC BAStLEUS A CONSTANTINOPLE 81

transporter Romain dans sa maison, mais il ignorai! qui il était. Quel ques jours après, il le confia à des hommes qui le conduisirent à Marach. Là, les débris de son armée vinrent le rejoindre el l'accompagnèrent jusqu'à Constantinople. Humain lil ensuite appeler le paysan qui l'avait recueilli, le nomma gouverneur du districl de Gouris, et, après l'avoir comblé de présents el de remerciements, le lil reconduire chez lui ». Qui devons [nui- croire : ou les Byzantins qui disent que le basileus réfugié de suite à Antioche en repartit dès le lendemain pour rentrer à Constantinople, ou l'Arménien qui nous fait le récit étrange que je viens île reproduire? Gela n'a d'ailleurs que peu d'importance; dans une version comme dans l'autre, non- voyons le basileus échapper finalement au désastre avec la [dus grande partie de ses soldats et regagner presque aussitôt sa capitale.

« Le basileus Romain, disent tous les chroniqueurs byzantins, ne passa qu'une nuit dans Antioche. » Dés le lendemain, tant le sentiment général était, hélas, que tout était à recommencer, il reprit la route de sa capitale lointaine. Nous n'avons aucun détail sur ce retour mélancolique ni sur la rentrée de l'empereur à Constantinople; elle ne dut point être triomphale I

C'est à l'occasion de ces événements tragiques dont la Haute Syrie fut le théâtre en cette lamentable année 1030, que nous entendons pro-

QOi r pour la première t'ois dans les Chroniques le nom d'un des [dus

grands capitaines de cette époque, d'un héros militaire byzantin du \ie siècle dont les débuts guerriers devaient être aussi brillants que sa fin fut lamentable et tragique. Il s'agit du fameux Georges Maniakès qui, après s'être couvert de gloire d'abord dans les guerres de Syrie, puis surtout en Sicile et en Italie, devait un jour devenir un rebelle, aspirer à la pourpre et périr de mort violente dans sa marche vers la capitale où il espérait détrôner le basileus légitime!

La situation était demeurée fort critique à Antioche et sur la frontière de Syrie depuis la déroute d'Azâs. Les partis arabes franchissaient à tout moment la frontière sans être inquiétés et poussaient leurs reconnaissances jusqu'au pied du Taurus. lTn parti de huit cents cavaliers sarrasins qui s'en retournaient chez eux escortant le butin conquis après

88 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA

le désastre d'Azàs, iiers d'avoir mis si aisément en déroule le puissant basileus de Roum, arrivèrent un soir, raconte Skylitzès, sous les murs d'une petite place forte sise au pied du Taurus, que notre auteur nomme Télouch, et qui n'est autre que la Dolouch ou Delouch des Croisades, la Doliché antique, dans le voisinage d'Aïntab (1).

(ieorges Maniakès, fds de Goudélis, (2) officier d'origine barbare (3) jusqu'alors tout à fait obscur, semble-t-il, commandait en ce lieu en qualité de stfatigos du petit thème frontière dontcette forteresse était lacapilale. A ce moment, ce chef devait être tout jeune encore. Insolemment, les cavaliers infidèles lui annoncent, ce qui était faux du reste, que l'armée impériale vient d'être complètement détruite, que le basileus a été tué. Ils lui enjoignent de capituler incontinent s'il ne veut dès l'aube prochaine être passé par les armes avec tout son monde. Il fait mine d'obéir à cette impudente mise en demeure. Pour mieux tromper les Sarrasins, il leur envoie des vivres en quantité, surtout de l'eau et du vin, ô Mahomet! et les invite à se restaurer en paix, déclarant qu'il sortira de Télouch dès le lendemain matin et leur remettra la ville avec tout ce que les chrétiens y possèdent de précieux. Les Arabes, complètement trompés, assurés d'un fructueux butin, passent la nuit à festoyer sans même songer à se garder. Quand ils sont tout à fait ivres, au plus épais de l'obscurité, Maniakès et sa petite troupe fondent à l'improviste sur les imprudents qui se sont lourdement endormis. Ils massacrent jusqu'au dernier les cavaliers arabes.

On reprit de la sorte deux cent quatre-vingts chameaux chargés des infinies dépouilles du camp impérial. Puis, Maniakès, ayant fait couper le nez et les oreilles à chacun des huit cents Sarrasins égorgés, courut, chargé de ces nauséabonds trophées, après le basileus en route pour Gonstantinople, qui était déjà arrivé en Cappadoce, où il se trouvait l'hôte de la

(1) Je ne saurais rien dire de positif sur le petit thème du même nom dont cette place était la capitale, mais ce ne dut jamais être qu'un très petit thème frontière d'existence fort éphémère.

(2) Voy. un Goudélis impliqué dans une accusation de conspiration contre le basileus Constantin VIII: p. 18 du présent volume.

(3) Ainsi que le prouvent le nom de son père, Goudélis, et peut-être son propre nom qui, dans la langue turque, signifierait « noble ». Voy. G. Bréhier, Georges Maniakès, Tours, extr., 1902, p. 4. Gelzer, dans Krumbacher, op. ci1., p. 1000, note 1, proteste contre cette étymologie proposée par Vambéry.

ORIGINES DE MANIAKES

puissante famille des Phocas, la plus grande noblesse provinciale d'Asie. Pour récompenser le jeune héros d'un si brillant succès, qui dédommageai! un peu l'Empire de tant d'infortune, de ce trait d'audace qui faisait sortir subitement son autour de l'obscurité, le basileus, dit Skybtzès, le nomma » catépano • de la Médie inférieure I , c'est à-dire gouverneur militaire de toutes les villes de la vallée du Haut-Euphrate depuis peu reconquises sur lev Sarrasins, avec Siiinnsate pour résidence.

Nous avons quelques détails sur les origines de Maniakès avant cet événement guerrier qui fut le point de départ de sa grande fortune militaire.

Les voici tels que les a résumés M. Bréhier 2 .

Sa famille, dit cet érudit, appartenait probablement à ces tribus touraniennes de l'Asie centrale qui abandonnaient leurs steppes pour venir chercher, sinon la fortune, du moins des moyens d'existence dans les deux grands Empires de l'Ouest, chez les Romains ou chez les Arabe-. Suivant les hasards, des aventuriers de la même tribu devenaient de farouches musulmans ou des défenseurs de I Eglise chrétienne el de l'hellénisme.

i H est curieux de retrouver constamment encore dans ces chroniqueurs du xie siècle byzantin ces appellations provinciales de l'époque romaine.

2 Op. rit., pp. 4 ,^-t 5.

IVOIRE BYZANTIN Je la collection Martin I.e Roy. La Crucifixion. — XI ou XII 'SU

30 LES PORPBYROGÉNÈTES ZOÉ ET THÊODORA

« Georges Maniakès dut arriver sur le territoire romain à la fin du règne de Basile II, peut être nu moment où les hordes des Turks Seldjoukides faisaient leur première apparition en Arménie. D'après le portrait qu'en a tracé plus tard son ami Psellos, il avait la taille d'un géant, dix pieds de haut. Ses interlocuteurs étaient obligés de lever la tète pour lui parler. « Sa voix était forte comme le bruit du tonnerre, ses mains assez larges pour ébranler des murailles ». Ce fut d'abord de cette force physique qu'il dut tirer parti pour vivre. Il s'engagea comme valet de camp dans un des corps byzantins qui tenaient garnison en Asie-Mineure. Il est probable que sa belle prestance attira l'attention sur lui et facilita son enrôlement dans l'armée. Il devint, en effet, trompette, puis héraut chargé de proclamer les ordres des chefs. Ensuite, pendant longtemps, les historiens perdent sa trace. Il s'éleva, semble-t-il, très lentement dans la hiérarchie militaire, il reçut l'un après l'autre les diplômes de tous les grades. Peut-être prit-il ('■ut aux grandes expéditions qui amenèrent la conquête définitive de la Bulgarie sous Basile II, peut-être aussi resta-t-il en Asie dans un de ces postes de la frontière d'où l'on faisait d'incessantes incursions en territoire arabe. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on retrouve Maniakès comme nous venons de le faire, il est pourvu d'un grade relativement élevé ; il est chef de corps, dirige une phalange et depuis 1029 commande une petite province du Taurus. Il est stratigos de ce thème de Télouch ou Dolouch, d'où la gratitude impériale l'envoya en Basse-Médie. »

Le basileus, en quittant si précipitamment la Syrie, avait laissé le commandement de l'armée à l'ancien eunuque de son impérial beau-père, le domestique des Scholes Syméon, celui-là même qui avait été l'artisan de son mariage avec la basilissa Zoé. Il avait de même nommé duc, c'est-àdire gouverneur militaire d'Antioche en remplacement de Constantin Karanténos, Nicétas dit le Misthéen, ou de Misthée I , parce qu'il était originaire de cette petite ville de Galatie, près du lac Karalis. Romain, disent les chroniqueurs byzantins, avait chargé ces deux chefs de reprendre avant tout ce fameux château de Ménik tout récemment construit et si

(1) Ou encore Misthia.

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