‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 24 sur 132 · ALLIANCE AVEC L'ÉMIR DE TRIPOLI · texte numérisé non relu

ALLIANCE AVEC L'ÉMIR DE TRIPOLI

lamentablement ravi aux Byzantins par la trahison de Mousaraf. Le traître faisail constammenl de là à la tête de sa troupe des incursions dévasta trices sur territoire chrétien. Q fallait à tout prix délivrer la contrée d'An

tioche de sa présence insupportable cl c'est ce qu'avait 1res liien compris le basileus. Mal lui en prit du reste. Le domestique des Scholes et le duc d'Antioche avant été assiéger Ménik avec toutes leurs forces -- ceci se passait encore, semble-t-il, dans la fin de l'été ou dans le premier automne de l'an 1030 — ne réussirent qu'à se faire honteusement battre par Mou saraf dan- une surprise nocturne. Toutes leurs machines de guerre lurent brûlées dans cette sortie. Ils durent rentrer précipitamment dans Antinclie.

A ces désolantes nouvelles, le basileus, violemment irrité, incapable de supporter pareille honte, destitua cette fois encore les deux officiers incapables pour ]e~ remplacer par le protospathairé Théocti-te. grand hétériarque, c'est-à-dire commandant en chef des troupes mercenaires composées principalement de contingents russes. Outre ces troupes étrangères, l'empereur expédia encore à Théoctiste de nombreux contingents purement grecs. Il lui confia les pleins pouvoirs de généralissime avec ordre de joindre avant tout ses forces à celles de l'émir Ibn Zaïrack de Tripoli, le « Pinzarach » (l) des Byzantins. Ce petit dynaste syrien, qui semble avoir commandé à des contingents assez importants, s'était révolté depuis peu contre son suzerain du moins nominal, le Khalife d'Egypte. Comme la nouvelle lui était parvenue que celui-ci envoyait contre lui une armée commandée par le fameux Anouchtikin AI-Douzbéri, gouverneur de la Syrie au nom du Khalife, se sentant incapable de résister à cette attaque avec ses propres forces, il avait adressé au basileus des dépêches suppliantes pour implorer son alliance et sa protection effectives. Romain, estimant qu'on ne pouvait dédaigner ces avances qui ouvraient du côté de la mer les portes de la Syrie aux forces byzantines, avait envoyé le nouveau duc d'Antioche, le grand hétériarque Théoctiste, à la tète de troupes nombreuses au secours de l'émir avec ordre de tenter d'enlever en passant le fort de Ménik.

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Le grand hétériarque exécuta incontinent les ordres de l'empereur.

Il fit si rapidement sa jonction avec les forces de l'émir de Tripoli que le généralissime égyptien, pris d'épouvante à l'ouïe de l'arrivée si subite de tous ces contingents ennemis, au lieu de les attendre, opéra une retraite précipitée. Mousaraf, livré à lui-même, n'osant pas davantage se mesurer avec les forces combinées du grand hétériarque et de l'émir, se sauva lui aussi de Ménik avec tout son monde. Poursuivi par les Grecs, il fut rejoint par eux dans la montagne de Tripoli où il s'était réfugié. Il fut pris et mis à mort. Son neveu, fils de son frère, remit aux mains du grand hétériarque cette fameuse forteresse de Ménik qui tant avait gêné les Grecs, plus un autre château construit sur la pointe d'un roc formidable, que Skylitzès désigne sous le nom du « château d'Argyros » : Argyrokastron.

Le grand hétériarque si facilement vainqueur regagna Antioche avec ses belles troupes russes, ramenant Alak, le fils de l'émir de Tripoli. Le basileus conféra à ce jeune bomme la dignité de patrice. Celui-ci ne faisait du reste que précéder son père, l'émir Pinzarach en personne, qui arriva à Constantinople sous l'escorte de l'ex-duc d'Antioche Nicétas de Misthée. Le basileus, fidèle à la traditionnelle politique de Byzance, fit à ce petit mais important souverain musulman, un accueil empressé. Il le combla de ses dons et le renvoya joyeux dans sa lointaine capitale après avoir renouvelé avec lui l'ancien traité par lequel l'émirat de Tripoli s'engageait à payer à son suzerain chrétien un tribut annuel de vassalité. Le chef des excubiteurs, Léon Choirosphaktès qui, on se le rappelle, avait été fait prisonnier en avant d'Azàs par les troupes alépitaines, fut racheté à cette occasion par les soins de l'émir reconnaissant.

Psellos s'étend très longuement sur l'état d'âme du basileus Romain à cette époque à la suite de l'avortement si douloureux et si humiliant de la grande expédition de Syrie. Ces pages quelque peu confuses et emphatiques du célèbre chroniqueur se trouvent fort bien résumées par M. Bury dans sa remarquable étude sur l'écrivain byzantin principal de cette époque (1). « Romain, dit Psellos, avait étendu les bras pour saisir des

(1) Bury, op. cit. lor art., pp. 54 sqq.

ETA'l D'AME DU BASILEUa ROMAIN

montagnes, mais ses main- n'avaient rencontré que l'ombre. II était, nous l'avons vu, monté sur le trône, rêvanl des plus fantastiques espoirs d'un règne aussi long que brillant, peut-être même delà fondation d'une dynastie nouvelle.

« InflnimenI soucieux de la grandeur de l'Empire, il avait tenu sa cour avec plus de magnificence, et dans les divers domaines des dépenses de la

MINIATURE J3YZANTINE d'un rouleau d'Exultet consen-é an Mont-Cassin. — Le Christ apparaissant à Madeleine. — Fin du XI" siècle. — 'Millet, Hf*-Études, C. 15S9.J

couronne comme des libéralités ou des donations impériales, il avait distribué des largesses plus abondantes que la plupart de ses prédécesseurs. Il avait inauguré son règne par des mesures éminemment populaires, avant tout l'abolition de YAllèlengyon. Mais le désastre d'Azàs fut une douche affreuse sur tant de beaux débuts. En outre les finances de l'Empire en turent terriblement affectées. Aussi, lorsque le basileus fut de retour dans sa capitale après cette campagne lamentable, sa politique intérieure en fut subitement transformée du tout au tout. Très douloureusement éprouvé par sa défaite, très repentant aussi, brusquement retombé à terre

9{ LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA

des sommets où il avait compté planer, il dit adieu soudain à tant de rêves grandioses. Il renonça à être un second Trajan ou un second Hadrien et eut pour ambition infiniment plus pratique et plus terreà-terre de devenir un parfait homme de finances byzantin. Pour ses sujets cela signifia, hélas, tout simplement, qu'il devint une sorte de tyran rapaee après avoir été un souverain aussi libéral que fantasque. Il se figurait qu'en poursuivant ainsi ce nouvel idéal il réussirait à recouvrer pour l'Etat les sommes immenses qu'il lui avait fait perdre dans sa fâcheuse entreprise syrienne. Désireux de faire argent de tout, il se mit à remuer des choses très anciennes « des choses plus vieilles qu'Euclide », comme disait un dicton populaire à Byzance à cette époque. Il exhuma de leur sommeil séculaire de vieilles créances d'Etat, oubliées autant que périmées, exigeant avec une extrême rigueur des fils, le paiement des dettes de leurs pères morts depuis de longues années. Et dans ces recherches aussi vexatoires que minutieuses, il ne sut même pas se montrer juge impartial, mais bien toujours l'avocat passionné de l'État et de l'unique avantage de celui-ci (1).

« Le résultat de toute cette belle politique linancière ne fut que désordre et confusion profonde. Pas plus la cour que la masse des sujets de l'Empire, ne profitèrent de cette quantité d'argent provenant de la spoliation de tant de gens. Ce fleuve d'or s'écoula dans d'autres poches. Car Romain avait une autre manie encore. Il n'avait pas seulement l'ambition de rivaliser avec Constantin-le-(Jrand ou le vieux Basile en tant que fondateur d'une dynastie nouvelle, avec Alexandre ou Trajan eu tant que général, avec Marc Aurèle en tant que philosophe couronné ; il entendait aussi devenir l'émule de Salomon ou de .lustinien surtout comme basileus bâtisseur d'édifices pieux et dévot constructeur d'églises. Au fond, toute cette piété officielle était en façade bien plus qu'en réalité ».

Le grand basileus .lustinien s'était acquis une gloire immortelle en construisant le temple de la Sagesse Divine. En conséquence, Romain

(1) Les historiens arméniens, Mathieu d'Édesse (par. XLII) en particulier, si sévères pour Romain, disent avec une injuste exagération qu'il fut « un prince efféminé, incapable, d'un mauvais naturel, impie, blasphémateur de la foi orthodoxe. » Tmit ceci est infiniment inexact. Ces calomnies ne sont que la suite d'ardentes haines religieuses.

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