‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 25 sur 132 · CONSTRUCTION DE SAINTE MARIE DE PÉRIBLEPTE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DE SAINTE MARIE DE PÉRIBLEPTE

décida d'élever lui aussi une église admirable sous le vocable de la Mère de Dieu. Ce fui là la fameuse église dite de Périblepte, élevée non loin îles murs maritimes de Constantinople, sur l'emplacement de la maison dite ilf Triakontaphyllos acquise à cette intention par le basileus.

Ce l'uivnl des travaux gigantesques. « Toute une montagne fui éventrée, s'écrie Psellos avec emphase, pour fournir la pierre nécessaire :hi\ murailles. L'arl de creuser se trouva soudain élevé à la hauteur d'une branche de la Philosophie, et les ouvriers engagés à ce travail furent volontiers comparés à ceux de Phidias, de Polygnote ou de Zeuxis! i Cette construction devint la grande, presque l'unique affaire • In basileus. On roulait, on taillait, on polissait, on sculptait sans cesse de la pierre. Tous ceux qui ne se montraient pas fanatiques de cette pieuse bâtisse étaient immédiatement classés parmi les ennemis du basileus. ["ous ceux qui, par courtisanerie, en parlaient avec admiration, passaient aussitôt au rang d'amis du premier degré. Rien ne semblait assez beau, assez somptueux pour le cher édifice. Le trésor impérial tout entier lui était acquis. Le grand flot d'or se déversait uniquement de ce côté.

L'édification de cette belle et célèbre église dura indéfiniment. Bien loin de s'en tenir au plan primitif, le basileus le modifia, l'augmenta incessamment. Sans cesse on démolissait, sans cesse on rebâtissait à nouveau. L'argent mis de côté en quantités immenses pour élever ce temple si aimé, avait été dès longtemps gaspillé au fur et à mesure de tant de changements et cependant l'église que le basileus voulait plus superbe qu'aucune autre n'approchait pas de son achèvement. -Non content de la faire si brillante et si riche, Romain voulut y adjoindre un monastère d'hommes qu'il édifia avec un luxe extrême. Ce fut là le monastère fameux où plus tard lui comme tous ses successeurs eurent coutume d'aller célébrer la fête insigne de la Présentation de la Vierge.

Skylitzès se montre ici for! duc pour Romain Argyros et l'accuse d'avoir violemment irrité la population de Constantinople par ses demandes constantes d'argent, par les corvées incessantes pour la construction de son église de prédilection.

c Romain, nous dit encore Psellos qui consacre de longues pages à

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célébrer avec son ironie un peu lourde cette manie de la truelle dont était atteint le basileus, Romain était véritablement fou de son ouvrage. Il en était à tel point fier et amoureux qu'il ne quittait pour ainsi dire plus les chantiers. Désireux d'honorer son église de Notre-Dame d'une appellation encore plus belle, il commit l'erreur de lui donner un nom simplement humain, bien que ce mot de « Périblepte » signifie en réalité : (« La Vierge) qui doit être vue de tous et de toutes parts. »

Périblepte et son monastère, voilà le double orgueil de Romain. De même qu'il avait fait trop grand pour le temple, de même il en fit pour le monastère qu'il construisit immense et où il installa un nombre de moines beaucoup trop considérable. II entoura ceux-ci d'un luxe indigne d'aussi austères religieux, bien plutôt fait pour des hommes menant une vie raffinée, et, pour subvenir à cette existence somptueuse qu'il leur créait, il leur attribua les revenus de districts entiers parmi les plus riches et les plus fertiles.

Ce ne fut pas tout. Le basileus, dans sa passion quelque peu mélancolique pour les édifices pieux qu'il élevait en réparation de ses fautes, ne songeait littéralement plus à autre chose. Elever, réparer, embellir des églises et des monastères devint sa vie tout entière. C'est ainsi qu'il fit revêtir complètement de feuilles d'or et d'argent, au dire de Skylitzès, les énormes chapiteaux des colonnes de la Grande Eglise comme aussi ceux de la Très sainte Théotokos des Blachernes (1).

« Ces ouvrages d'une dévotion mal entendue, dit Lebeau, ruinaient les sujets du basileus par des impositions nouvelles pour fournir aux dépenses et par les corvées dont on les fatiguait incessamment, les employant à voiturer des pierres et d'autres matériaux. Compatissant et généreux aux débuts de son règne, Romain devint ainsi peu à peu un dur exacteur. Quantité de familles se trouvèrent, par la faute de ce basileus pieux en apparence, en réalité presque criminel, accablées de charges, réduites à une extrême misère, tandis qu'il enrichissait les moines et que, leur abandonnant en propriété des villes et des districts entiers, les plus

(1) Les chroniqueurs citent encore pour ce règne la réfection des aqueducs de la capitale et de leurs châteaux d'eau, puis encore celle du « Lobotrophion » ou grand lazaret des lépreux, et de « l'Orphanotrophion » ou maison d'orphelins principale de Constantinople.

OPINION* DE PSELLOS SUR LA VRAIE PII' il

riches, les plus fertiles de l'Empire, il contribuait ainsi à 1rs corrompre par l'opulence qui les faisait déplorablement sortir de leur austérité régulière. »

Romain, pour qui ces constructions d'églises étaient œuvres pies, ne lc> avait officiellement entreprises que pour des motifs de haute dévotion, mais naturellement Psellos nous redit j à satiété qu'au fond tout cela

MINIATURE BYZANTINE du célèbre Meuologion île la Bibliothèque Vaticane, exécuté sur l'ordre du basileus Basile II. — Abraham, Isdac et Jacob. — ■ (Millet, W's-Ètades, C. Jib'I.i

n'avait aucune base sérieuse dans la pensée du basileus, que c'était uniquement « de la frime » pour se servir d'une locution populaire. Les considérations du grand philosophe du xi'' siècle byzantin sur l'impropriété de dépenser trop d'argent en luxueuses constructions d'églises et île monastères, et sur la véritable manière selon lui de servir Dieu en toute simplicité et toute humilité, sont intéressantes. Elles ne manquent même pas d'un certain piquant, et nous montrent en tout cas combien les exactions du basileus, pour en arriver à satisfaire ses coûteuses manies, avaient violemment irrité contre lui l'opinion publique.

« Le basileus Romain, dit notre écrivain, s'intéressait passionnément

LE* PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA

aux syllogismes, aux problèmes divin- les plus cachés, aux énigmes des devins et de n'importe qui. Il aimait infiniment à en discourir avec les rhéteurs et les pseudophilosophes de cour et se donnait mille peines pour étudier en leur compagnie les questions les plus obscures, les plus alistraites. En réalité, il ne possédait aucune philosophie pratique. Certes, il est beau d'aimer avec le psalmiste la magnificence de la maison du Seigneur, et l'habitation de sa gloire et de préférer être malheureux en Lui qu'heureux ailleurs ». Celaestbien et qui est-ce qui contredirait à ceux qui sont consumés du zèle du Seigneur? Mais il n'en e-t vraiment ainsi que lorsque rien ne vient à l'encontre de ce mobile sacré, et qu'il n'en découle ni injustice, ni dommage pour le bien public, car le Seigneur ne veut pour ses églises, ni de l'argent de la tille perdue, ni de l'aumône de l'homme inique et dur. Il ne veut pas que se- temples soient somptueux quand la misère est partout. Une font à la vraie piété les parois superbes des temples, les colonnes admirable-, le- étojfes somptueuses et les offrandes magnifiques? Car toutes ces splendeurs ne sont rien en comparaison d'une âme vibrante de foi chrétienne, revêtue de la pourpre spirituelle, équitable dan- ses actes, à la fois modeste et -impie, et ce temple spirituel élevé en nous-mêmes plail autrement au Seigneur que les édifices de pierre taillée. Hélas, le basileus Romain excellait à disserter philosophie et à aligner des syllogismes, mais dan- ses actes, il ne témoignait d'aucune des vertus du philosophe. Au lieu de s'attacher à défendre partout le bien public, à restaurer et à maintenir la défense incessante des frontières, à garnir constamment le trésor pour que l'armée fut toujours en état, il ne songeait qu'à achever la construction de son temple qu'il voulait prodigieux. Il y a certainement dan- tout ceci beaucoup d'exagération.

Quoi qu'il en r-oit. la merveilleuse é-lise et le non moin- beau monastère de Sainte-Marie de Périblepte finirent par être achevé- et demeurèrent parmi les plus splendides joyaux d'architecture byzantine de la Ville gardée de Dieu, un témoignage somptueux de la ferveur exagérée mais certainement profonde du basileus Romain. Ce furent deux des plus importants monuments de la capitale. -Hué- tout près et au-dessous «lu Sigma, dans le lointain quartier actuel de Psamatia, tout au bas de la pente méri-

CONSPIRATION DE L'AN 1031 yy

dionale de la septième colline. Plus tard, Romain Argyros se lit enterrer dans cette église. Plus tard encore, Nicéphore Botaniate lit si bien restaurer le monastère qu'il mérita d'en rire nommé le second fondateur. L'église survécut ;i la conquête turque el demeura en la possession des Grecs jusqu'en l'an 1643, quand le sultan Ibrahim en fit don aux Arméniens qui la possèdent encore aujourd'hui. Depuis, elle a été deux fois complètement brûlée. Elle esl aujourd'hui entièrement reconstruite sous le vocable de Saint Georges et SOUS la désignation populaire de Soulou-Monastir, « le monastère de l'Eau », à cause de sa grande ancienne citerne toute voisine. Lors du siège de Wl'l par les Turks, le basileus -Manuel l'aléologue établit ses quartiers dans le monastère I .

Ce basileus, plutôt bon et clément, ne fut cependant pas plus que ses prédécesseurs à l'abri des conspirations si fréquentes en pays byzantin à cette époque, et que seule la terrible énergie de Basile II avait réussi à réprimer depuis si longtemps. Même dans les deux premières années du règne d' Argyros, alors que ce prince n'avait encore témoigné que de ses meilleures intentions, il y en eut deux. Nous n'en savons, du reste, que fort peu de chose. Les sources contemporaines n'y font que de très brèves allusions (2 .

Voici tout ce qu'elles nous disent delà première de ces conjurations qui eut lieu en l'an 1031 : le magistros Prusianos (3), dit « le Bulgare », le tils aîné du dernier souverain de Bulgarie, Jean Vladistlav, qui, après la mort violente de son père, s'était rendu au basileus Basile 11 avec ses deux frères, en l'an 1018, au camp de Deabolis (4) et qui avait été bien traité par lui. amené à sa cour de Gonstantinople et créé par lui patrice, magistros et stratigOS du grand thème des Buccellaires, après avoir été une fois déjà prisonnier dans l'îlot de Plati, sous le règne précédent •"> , fut accusé cette fois de prétendre au trône et de conspirer à cet effet avec

^1) Voy. la gravure de la p. 100. J'ai publié à la page 152 de nia Sigillographie byzantine deux sceaux de dignitaires du monastère de Périblepte.

2 Très probablement le coup de foudre de la déroute d'Azàs fut un grand encouragement pour les conspirateurs.

(3) C'est le nom bulgare « Fruzin » grécisé.

(*) Épopée, \\, p. 3'JU.

(5) Voy. pp. 14 sqq du présent volume.

ion LES PORPHYROGÉNÈTES ZOË ET THÉODORA

l'augusta Théodora, propre sœur de la basilissa Zoé, qui fut considérée comme sa complice. On relégua le malheureux au monastère de Manuel, ainsi désigné du nom de son fondateur, général illustre, vainqueur des Sarrasins au temps des basileis Théophile et Michel (1), puis on instruisit son

procès. 11 en ressortit, parait-il, les preuves les plus graves de sa culpabilité. 11 fut condamné à avoir les yeux crevés et à être enfermé, sa vie durant, dans un monastère. Par contre, Théodora parut complètement blanchie de toute accusation (2). La mère de l'infortuné Prusanios, l'ex-reine de Bulgarie, la « zôsta » Marie, ex-dame d'honneur de la vieille basilissa Hélène, fut honteusement chassée de la capitale. Transférée d'abord en Asie, dans le couvent de Mantineion du thème des Bucellaires, elle fut plus tard déportée dans le thème des Thracésiens.

Il semble bien probable que cette conspiration que les chroniqueurs mentionnent en termes si brefs, volontairement obscurs, devait se rattacher

L'ÉGLISE de Soulou Monastir, à Constantinople, élevée sur l'emplacement du fameux couvent dé Sainte— Marie de Périblepte, construit i«ir Romain Argyros. — (Phot. commun. par le Père Petit, de Kadiheuï.)

(1) Manuel avait fait construire ce monastère sur l'emplacement de sa propre demeure, située près de la citerne d'Aspar. Cet édifice avait été depuis magnifiquement restauré d'abord par le patriarche Photius, puis par le basileus Romain Lécapène.

(2) Zonaras, éd. Bonn, p. 574, dit, au contraire, probablement par confusion avec une seconde conspiration postérieure, qu'elle fut enfermée au couvent du Petrion.

à quelque mouvement de révolte en Bulgarie, dernière convulsion du terrible écrasement de cette malheureuse nationalité sou» le règne du grand Basile, ou premier tressaillement des temps nouveaux.

A peine cette affaire était elle étouffée que, dans le cours de cette même mim '■<•, mi en découvrit on affecta d'en découvrir une bien autrement dangereuse encore. Constantin Diogène, l'ancien héros de la grande guerre de Bulgarie, l'ancien vainqueur de Sirmium, nommé par Basile gou verneur de cette ville et provéditeur de Imite la Bulgarie I . après avoir

MINIATURE d'an très précieux marina mi byzantin de l'Histoire de Skylitzès, de la Bibliot Nationale de Madrid. — Prasianos tonsuré. — (Millet, Il !:. 1331.)

été comblé d'honneurs el marié à une propre nièce de l'empereur Romain, Mlle de sa sœur Pulchérie '2 . avait été finalement transféré «le son lointain gouvernement île Sirmium à celui de Salonique, le plus important de l'Empire à cette époque. Le duc de Salonique ou de Bulgarie, en effet, était le chef militaire suprême de ces grandes provinces de Thraee, de Macédoine et de la Grèce propre. Constantin Diogène n'en fut pas moins accusé secrètement par l'eunuque Oreste, l'ancien chambellan et général incapable de Basile 3 , de méditer quelque trahison contre le basileus. Les

i Épopée, II. p. 423.

'- Voy. p. 62 du présent volume. C'est la version de Du Cange et de Murait d'après Zonaras. Skylitzès dit probablement à tort : yauépo; ûv -oO Qanùl^z hà bvya-cpi toû iÔ£/io-: kÛtoù.

(3) Épopée, II, p. 599, et p. 38 du présent volume.

102 LES PORPHYRO.GÉNÈTES ZOÉ ET THEODORA

chroniqueurs n'en disent pas davantage et nous en sommes réduits à deviner. Il faut i[ue d'abord la chose n'ait point paru grave ou qu'on n'ait pas osé aller de suite aux extrémités, puisqu'on se contenta d'envoyer Constantin en quasi disgrâce en Asie comme stratigos du très grand thème des Thracésiens. Puis, son procès ayant été instruit en secret, sa complète culpabilité fut presque aussitôt reconnue. On le ramena enchaîné à Constantinople où il fut enfermé « dans une tour », vraisemblablement la fameuse prison des Anémas, sur la Grande Muraille. 11 semble presque certain que l'infortuné ait été la victime de quelque abominable et fausse délation. Parmi ses complices, on découvrit avec une épouvante plus ou moins feinte, quelques-uns des autres principaux personnages de l'Empire : le syncelle Jean qui avait été protonotaire ou premier ministre tout-puissant vers la tin du règne du grand Basile (l/; le patrice Eustathios Daphnomélès, stratigos de l'ancienne province bulgare d'Achrida, nommé de même par Basile a ce poste si important (2), Michel Théognoste et Samuel, tous deux petit-iils du fameux Michel Bourtzès, le conquérant d'Antioche aux temps de Nicéphore Phocas (3), l'arménien Georges Barazbatzé, fondateur du grand et célèbre monastère des Ibères au mont Athos, les cousins-germains enlin du patrice et « vestis » Theudatès. Le procès de tous ces hauts personnages dont nous ignorons du reste absolument le degré vrai de culpabilité, fut vite instruit. Les malheureux, après avciir failli périr sous le fouet, furent promenés honteusement à travers la Mesa, cette grande voie principale qui traversait Constantinople de part en part, probablement, comme c'était presque toujours le cas, assis à rebours sur des montures abjectes, ânes ou chameaux, au milieu d'un concours inouï de populace qui les bafouait et les couvrait de boue, de pierres et d'immondices. Ouels temps terribles ! On les exila ensuite dans des monastères lointains. Leurs noms ne sont dès lors plus jamais prononcés dans les sources, ce qui fait penser qu'on ne les revit point dans la Ville gardée de Dieu. Les chroniqueurs ne nous disent rien de plus sur ces tragiques événements dont nous voudrions tant savoir

(1) Épopée, II, p. 621, et p. 67 du présent volume.

(2,i Ibid., II, pp. 145 et 391.

(3) Un Empereur byzantin au Xe siècle, pp. 718 sqq.

THEODOHA /•.>"/' KSFERMEE AU PETRIOX 10.1

l'explication vraie. Ils ajoutent seulement que l'augusta Théodora, la propre sœur de la basilissa Zoé, héritière de la couronne avec elle, lui chassée du grand Palais el reléguée au couvenl du Petrion, sur la Corne d'Or, couvent dédié au Précurseur, tandis que Constantin Diogène était, lui aussi, rasé, l'ail moine el enfermé au Stoudion. Il semble, sous ce silence certainement voulu, qu'un devine tout un vaste complol dynas tique pour replacer d'une manière effective sur le trône à côté de sa sœur Zoé, la Porphyrogénète Théodora que Romain Argyros el sa faction tenaient jalousement écartée «lu pouvoir. Les partisans de celle princesse, probablement dévoués uniquement à la vieille dynastie macédonienne el violemment hostiles au uouveau bas iléus, avant été, à deux reprises successives, convaincus de conspiration et condamnés aux (lires supplices, il était tout naturel que la malheureuse Porphyrogénète, privée de ses appuis ordinaires, isolée au fond du (ivnécée, ne put éviter de partager jusqu'à un certain degré leur sort. Elle dut mener dans ce grand el sombre couvent du Petrion qui souvent déjà avait servi de prison à des princesses byzantines gênantes, où il était aussi très facile de la garder, au centre même de l'immense capitale, là où est le Phanar actuel, une vie anxieuse el misérable sous la jalouse surveillance de sa sœur impitoyable et de là faction victorieuse dans ces louches intrigues. D'après le peu que nous savons du caractère des deux sœurs, il esl impossible de ne pas soupçonner que la basilissa Zoé cherchait simplement à perdre sa sœur dont les vertus excitaient sa jalousie. Elle savait trouver à la cour assez de calomniateurs pour l'impliquer de force dans toutes ces conspirations.

Durant que le basileus était presque exclusivement préoccupé de se faire construire sa chère et magnifique église de la Panagia Péribleptos, la cour et le Palais étaient ainsi le théâtre d'intrigues incessantes que ce souverain bizarre semble avoir voulu intentionnellement ignorer. La vieille basilissa Zoé, l'impératrice légitime, que j'ai à peine mentionnée jusqu'ici, type accompli de souveraine orientale ayant vécu toute sa vie au Gynécée, était bien loin d'être une quantité négligeable. Ses sentiments à l'égard de son non moins vieil époux s'étaient vile et du tout au tout modifiés. Cette Porphyrogénète plus que quinquagénaire, infiniment

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sensuelle, éprise de tous les luxes, longtemps confinée dans sa vie de vieille fille au Harem, était surtout irritée contre son époux, raconte Psellos, pour deux nu dits qui lui tenaient également à cœur. Elle lui en voulait de ce qu'il avait brusquement rompu tout commerce charnel avec elle du jour où il avait acquis la certitude qu'elle ne saurait plus lui donner d'héritier et que ni charmes ni aphrodisiaques ne prévaudraient contre ses soixante et quelques années à lui. Elle lui en voulait encore presque autant parce qu'il ne mettait pas des sommes d'argent assez considérables à sa disposition.

« lîuinain, poursuit le chmiiiipieur, avail de sa propre autorité fermé l'accès du trésor impérial à la basilissa et celle-ci avait dû se contenter d'une pension annuelle qu'il lui était formellement interdit de dépasser. L'altière vieille femme, exaspérée par ce procédé qui entravait prodigieusement son goût excessif de dépense, ne pouvait contenir sa colère contre son époux, contre ceux aussi qui avaient été ses conseillers dans cette affaire. Au premier rang de ceux-ci figurait une haute et puissante dame, la propre sœur du basileus, Pulchérie, femme éminemment intelligente et fière, entièrement dévouée aux intérêts de son frère sur lequel elle exerçait une grande influence et auquel elle rendait les plus signalés services. Elle était naturellement fort hostile à la basilissa Zoé.

Pulchérie et les autres conseillers ordinaires du basileus n'ignoraient pas la haine que leur portait la basilissa. Aussi prenaient-ils d'avance leurs mesures pour se protéger contre elle au cas où Romain, dont le mauvais état de santé faisait prévoir la fin prochaine, viendrait à quitter la vie. Tout n'était au Palais qu'intrigues et sourdes menées auxquelles le basileus, comme s'il se fut cru éternellement garanti contre le sort et éternellement certain des plus glorieux lendemains, semblait, je l'ai dit, se refuser systématiquement à accorder la moindre attention. Bientôt les choses en vinrent au point que l'opinion publique s'émut. Des bruits de conspiration contre la vie même du basileus recommencèrent à circuler, mais cette fois on ne murmurait que tout bas, avec terreur, le nom de Celle qui, placée tout au sommet, devait armer le bras des conjurés. On se racontait à l'oreille que la basilissa, irritée à l'excès contre le basileus qui, s'obstinant à déserter sa couche, lui témoignait la plus vive aversion,

PERSECl I 10 \ S CON /'/;/ TIIEODORA

s'efforçanl de fuir même sa société, ne pouvail pardonner à son époux ce mépris pour sa royale personne, ni se consoler de sa solitude ei des plaisirs dont elle se trouvail -i tôl privée après 1rs avoir si longtemps désirés en vain. En conséquence, affirmait-on, elle ne songeait qu'à le faire assassiner. Joignez à cela d'incessantes inquiétudes du côté de Théodora et de ses partisans, car les moindres mouvements de cette sœur strie temenl confinée au fond de son cloître, semblenl avoir constamment cl violemment inquiété la jalouse Zoé . Il es) clair que Imis les mécontents de toute s< >rte, de Iniis temps si nombreux dans la capitale, se servaienl de cette vieille princesse comme d'un épouvantai! pour effrayer, par les prétentions de sa très proche légitimité, smi ainée jusqu'ici plus favorisée par le surf. Il ne suffisait pas que la pauvre femme lui étroitemeni renfermée au Petrion.

On redoutait à tout instant dans

M I .\ I \ 1 l RE 'l'un manuscrit byzantin de la

l'entourait' île la basilissa qu'elle Martienne de Venise. Évangêl.aire da XI Siècle.

... • . i cii ri ; — Le Christ bénit les Quatre Évangélistes. —

ne réussit a s évader, bkvlitzès ,,.,, ,„ .■. , ,. '

(Millet, Hks-Etudes, < . 556.

et aussi Zonaras racontent , en

termes malheureusement trop brefs, qu'en l'an 1031, après la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, le quatorzième jour de septembre, la basilissaZoé se transporta soudain de sa personne au Petrion. Elle se lit amener sa sieur et lui lit couper la chevelure en sa présence, c'est-à-dire qu'elle la lit religieuse de force. La basilissa, ajoutent ces chroniqueurs, n'avait pas trouvé d'autre moyen pour mettre décidément fin aux constantes intrigues de sa sœur et aux « scandales » de sa vie (1). Il ne faut

I i SxavâaXa > .

106 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET TJIÉODORA

pas prendre au pied de la lettre ces accusations exagérées. Il suffi! de se rappeler qu'à celle époque Théodora étail une vieille et sainte fille de près de cinquante printemps, dont toute la vie s'était écoulée jusqu'ici dans l'existence monotone du Gynécée impérial ou du cloître. Ce qu'un appelait les ce scandales » de sa vie, c'étaient les espérances communiquées par sa seule présence dans la capitale à tous les mécontents qui voyaient en elle une rivale à opposer à sa sœur au cas où celle-ci deviendrait par trop gênante.

C'est ainsi que la remuante Zoé profitait à tout propos de la faiblesse distraite et des préoccupations si absorbantes de son impérial époux pour tenter de reprendre quelque liberté et de ressaisir le maniement de ses propres affaires. Cela avait été à son instigation déjà que le bas iléus, sur le point de partir, dans le cours de l'an 1030, pour sa malbeureuse expédition de Syrie et alors qu'il rassemblait déjà son armée, avait marié deux de ses nièces, tilles de son frère Basile Argyros, l'une, Hélène, avec Pakarat IV (1), le fils et successeur du fameux Georges ou Kéùrki 1er, roi Pagratide d'Ibérie ou Géorgie et d'Abasgie, qui venait de mourir et qui jadis avait tenu tête si insolemment à toutes les forces du basileus Basile (2), l'autre (3), à Jean Sempad, roi des rois, ou exousiocrator de Grande Arménie (i). Les deux fiancées royales avaient été envoyées avec de riches douaires dans leurs royaumes respectifs. Marie, veuve du roi Kéôrki, était pour lors régente en Ibérie pour son lils encore mineur. C'était elle, nous l'avons vu, qui avait renouvelé avec l'Empire l'alliance et les traités de jadis et juré au nom de son fils obéissance au basileus (5). Une ambassade chargée de riches présents avait été par elle expédiée à Constantinople à cet effet, à laquelle le basileus avait de suite fait le meilleur accueil. Le jeune roi Pakarat, devenu ainsi par alliance le neveu de Romain, fut à cette occasion élevé à la haute dignité hérédi-

(1) Le « Pankratios » des chroniqueurs byzantins. Sur la série de ces rois Pagratides d'Ibérie, voy. Lebeau, op. cit., XIV, note de la p. 2i9. Certains chroniqueurs arméniens, Samuel d'Ani, entre autres, disent par erreur que Romain donna sa fille en mariage à Pakarat IV. Hélène n'était que sa nièce.

(2) Voy. p. 27 du présent volume.

(3) Peut-être seulement cousine et non sœur de la nouvelle reine Hélène d'Ibérie.

(4) Et non « à un petit prince d'Arménie », comme le dit faussement Murait pour avoir mal lu un passage de Gédrénus, II, 498, 10.

(5) Voy. p. 29 du présent volume.

[MBASSADE ALEPITAINE .1 CONSTANTINOPLE 101

taire de curopalate. Je reviendrai sur ces événements matrimoniaux alors

que je parlerai en détail de-; all'aires de (.iéorgie et d'Arménie sous ce régne.

Dans le courant de ce même mois de l'an lti'il. les habitants de Constantinople eurent le spectacle d'une de ces entrées solennelles d'envoyés sarrasins dont ils étaient toujours si friands. Le propre lil~ de I émir d'Alep, Chibl Eddaulèh, vint avec une suite nombreuse demander de la pari de son père la cessation des hostilités et le renouvellement de l'ancien traité de vasselage inauguré après les victoires de Nicéphore Phocas. Il offrait de payer désormais au basileus le même tribu! qu'avant larupture. Comme toujours dans ces circonstances, il apportait au basileus el à la basilissa les plus beaux el les [.lu- précieux dons, chefs-d'œuvre de toutes les industrie- d'art alors florissantes dans les bazars d'Alep el de Damas.

Le basileus lit au jeune prince arabe l'accueil empressé que la cour byzantine excellait à faire à de tels ambassadeurs. Puis, en échange de bons procédés, Romain dépêcha à son tour à Alep le protospathaire Théophylacte l'Athénien. Ce fonctionnaire, tils, hélas, bien dégénéré de l'antique cité de Minerve échangea avec l'émir les signatures pour la ratification du traité définitif. Il y eut de nouveau, à partir de ce jour, alliance offensive et défensive entre le puissant basileus de Roum et son vassal lointain I .

Les hostilités sur la frontière syrienne n'en furent pas complètement arrêtées pour cela. Nous lisons dan- Skylitzès que, vers ce même temps, probablement encore avant le terme de cette année 1031 2', le protospa-

1 Vi.y. le récil de la réception d'un ambassadeur byzantin à la cour du Khalife à Bagdad I ins VHisloire de Bagdad par El Kâtib ••! Bagdâdi, mort en 163 de l'Hégire Ui'.l . nui-. 2628

du fonds arabe de la Bile Nat. Autres exemplaires surtout au Biitis.li Muséum. Voy. G. le Strange, .-I greek embassy to Bagdad in 917, dans le Journal of l/te Royal Âsialic Society, 1897, pp. 3 i, 13.

2 Le 29 novembre de cette année 1031 était mort le vingt-cinquième Khalife abbasside de Bagdad, El-Kadir, âgé de presque quatre-vingt-sepl ans, après près de quarante el un ans de règne. Son Bis Abou Djafar Ab lallah ll>n El-Kadir Aikaim Biamrillah, qu'il avait dès l'année précédente associé au trône, lui succéda. Celui-ci fut obligé de vendre tous ses trésors pour satisfaire à la cupidité de ses mercenaires turks qui maintenaient à Bagdad la plu- désolante anarchie. C'est sous son règne agité que la puissance déjà si profondément abaissée des Bouiides devait faire place à celle des Seldjoukides eux-mêmes si rapidement vainqueurs i - Gazné\ idi s.

thaire Georges Maniakès, le même qui s'étail signalé l'an d'auparavant par le haut fait de Téloueh, devenu depuis, on le sait, stratigos des cités frontières de la région de l'Euphrate, ayant sa résidence dans la principale de celles-ci, Samosate, grande place forte sur l'Euphrate, d'où il pouvait à son gré surveiller les dynastes arméniens, vassaux de l'empire, et faire front contre les gouverneurs des villes arabes limitrophes, résolut d'attaquer la plus voisine, la plus riche, la plus commerçante et la plus grande de ces villes, Édesse, l'antique capitale de l'Osroène, très puissamment fortifiée dès le temps de Justin 1", sise à quelque dislance de la rive gauche de ce fleuve, dans une campagne admirablement fertile et magnifiquement arrosée, formée à l'est par le Djebel Tektek (1), sur la grande et antique route des caravanes qui, d'Iconium par Adana, Samosate et Harrân, s'en allait à Rakkah. Voici les circonstances dans lesquelles eul lieu cet étonnant fait de guerre. Elles nous sont longuement racontées en particulier par Mathieu d'Edesse au chapitre XL1I1 de sa Chronique. Lui-même a peut-être puisé dans celle d'Arisdaguès de Lasdiverd (2).

« Au commencement de l'an de l'ère arménienne 180 '■'< , donc au printemps de l'an 1031, périt sans laisser de postérité mâle l'émir 11 >i i Chibl d'Edesse qui était de la tribu des Kélabites, dans les circonstances que voici : il y avait à ce moment, dans

cette grande cité, deux émirs, Chebl ou Chibl, vassal d'Abou Nasser Ahmed Nasser Eddaulèh ibn Merwàn ou Marwân, le puissant émir de Mayyafarikin ou Diâr-Bekir, et [mis un autre nommé Othéïr ou Outaïr, qui était, lui, le chef de la non moins importante tribu bédouine des Beni-Nomair ou Numérites. Celui-ci, en vrai sheik bédouin, visitait rarement sa ville où il se faisait suppléer par un certain Ahmed, lils de .Mohammed. 11 lit périr celui-ci et s'attira de ce fait l'inimitié des habitants d'Edesse.

CRUCIFIX <lr stéatite.

Travail byi a ntin des Kl» ou XII"' Siècles. — Ma i i ilUsciù ">.

(1) Voy. P. Gindler, Graf Balduin ». Edessa, 1901, p. 37. La muraille de Justin 1" est encore debout aujourd'hui.

(2) Voy. encore Yahia, op. cit., éd. Rosen, p. 72 et notes 129 sqq, el aussi Ibn el-Athîr, op. cit., IX, pp. 2.S1 bis sqq.

I) 14 mars 1031-12 mars U)'-ïl. « Mois de dsoulkaddah de l'an i:!2 de l'Hégire », dit Yabia.

i / / [1RES D'EDESSE

lies trois forteresses qui s'élevaient dans la vaste enceinte de cette villr. deux, ainsi que l<> deux tirrs de la cité, obéissaient à Chibl. La troisième et l'autre tiers de la ville reconnaissaient l'autorité d'Outaïr. Ces deux chefs cherchaient réciproquement à se l'aire périr. Un jour Chibl, sous prétexte d'un festin, conduisit son rival hors de la ville, au monastère d'Ardjêdj, « en un point où s'élève une colonne de pierre en face de la forteres te s . Là il voulut le faire traîtreuse ment assassiner par les siens, mais ce fut lui qui périt. Les soldats d'Outaïr étant survenus tout a (•< mp en nombre, le massacrèrent.

Alors Outaïr, à la tête de tous ses contingents, chercha de toutes ses forces à s'emparer de la principale forteresse de

,..■,,, ^ , MOSAÏQUE BYZANTINE du Narthex de VégU

(.lnlil. Le turc .>alama, , ., , . „... . . . .. • , .

monastère de Ihiphni, près d Athènes. — La Vierge bénie

,,11 Salman I . le Sala- /""' ks /./v;r/v.s. — XI- Siècle. — (Millet. Btes-Études,

manès 'le Skylitzès, le

Soleîman-lbn-al-Rourdji, ou Ibn-al-Koufi de Yahia, qui en avait le commandement, et pour lequel, dit Arisdatruès de Lasdiverd, la femme de Chibl s'était éprise d'une passion si violente qu'elle l'avait établi en possession de la ville à la place de son mari, s'était retranché dans les étages supérieurs de ce château. Outaïr l'attaqua si vivement qu'il fut bientôt réduit à toute extrémité. 11 dépêcha alors des messages à Abou Nasser

I ■ ou encore Salaman.

110 LES PriRPHYROGÉNÈTES ZOE ET THÉODORA

Ahmed Nasser Eddaulèh ibn Merwàn, l'émir voisin de Mayyafarikîn et Diàr-Bekir (1), pour lui faire hommage de la forteresse d'Edesse.

Nasser Eddaulèh se hâta d'envoyer à son secours un corps de mille cavaliers, commandé par un chef que Mathieu d'Edesse désigne sous le nom de Bal-el-raïs (2) et le fit venir auprès de lui ainsi que sa femme en lui donnant de riches présents. Outaïr, furieux d'être ainsi arrêté dans ses succès, chercha, sous prétexte de négociations de paix, à faire assassiner Bal-el-raïs. Cette fois encore la victime désignée l'emporta sur l'assassin. Bab-el-raïs, avanl eu venl des projets d'Outaïr, le fit tuer dans un banquet en dehors des murs d'Edesse, puis il se rendit maître de toute la ville (3).

La femme d'Outaïr, après une résistance héroïque, arborant un drapeau noir, ne songeant qu'à venger son époux, s'en alla de droite et de gauche, quêtant partout le secours de la nation arabe, cherchant à la soulever tout entière contre les Kurdes qui venaient, par cet assassinat, de s'emparer d'une ville essentiellement sarrasine. Par ses paroles enflammées, cette virago guerrière réussit à ameuter une multitude de partisans qu'elle voulut guider en personne contre Bal-el-raïs. Nasser Eddaulèh, accouru au secours de son lieutenant, devancé par elle, fut cruellement battu et mis en fuite. Alors Bal-el-raïs, réduit à la situation la plus critique, vivement pressé par cette femme extraordinaire, fut rappelé par Nasser qui le remplaça par Salman (4). Celui-ci, épuisé à son tour par les attaques incessantes de ces hordes infinies, prit une résolution désespérée. Il expédia à Samosate, au stratigos byzantin Oeorges Maniakès, une lettre par laquelle il offrait au basileus Bomain, en échange de l'octroi d'une dignité palatine et d'un gouvernement provincial, de remettre Édesse entre les mains de si m lieutenant. A ces

Mï Skylitzès le nomme « Apomermanes >>. La dynastie des Merwanides, d'origine kurde, avait enlevé de force aux Hamdanides d'Alep les villes de Diâr-Bekir, Mayyafarikin, Hisn- Kaifi, et plusieurs autres dans 1rs contrées environnantes. Elle possédait encore Manazkerd, Khelàt et Ardjêseh, : i i n -. i que tout le pays situé au nord-ourst du grand lac Van.

(2) En arabe, chef, préfet. Ce titre, dit E. Dulaurier, désignait spécialement un ehef de tribu kurde.

(3) Aboulfaradj {op. rit., p. 23 1 1 dit que Bar Othéïr (Outaïr) vendit sa citadelle pour la somme de vingt mille sous d'or, plus quatre bourgs rn territoire <1<- l'Empire. Voy. plus loin la version d'Ibn el-Athir. — Sur toutes ces luttes obsnin-s mliv ers chefs arabes qui se disputaient Édesse, voy. Yahia. op. cit., éd. Rosen, note a de la note 430.

(4) Yabia, np. cit., éd. Rosen, notes 429 et 430. Voy. dans la dernière de ces notes les hypothèses sur les origines de ce personnage.

SALMAN LIVRE ÉÙESSE A MANIAKÈ8 111

ouvertures très inattendues, la joie deManiakès qui brûlait de se distinguer, fui extrême. Par serment solennel, il s'engagea vis-à-vis de Salman à obtenir pour lui du basileus toul ce qu'il réclamait, à lui faire restituer sa principauté héréditaire el ses dignités, à en assurer enfin la transmission a ses enfants.

i Édesse, aussi nommé Roha nu Orfa, dil M. Bréhier, était située a vingl lieues à peine de Samosate I . Adossée a l'ouesl a un massif montagneux dont les contreforts étaient unedéfense naturelle, elle commandait à la fois les routes de l'Arménie et de la Mésopotamie. Outre ers avantages stratégiques, elle était pour tous les chrétiens une villesainte. Elle avait r\r glorieuse autrefois île posséder l'Icône miraculeuse que le roi Abgare avait reçue, d'après la tradition, du Christ lui-même. Le basileus Constantin Vil. le Porphyrogénète, avait acheté celle [mage d'un émir arabe el l'avait l'ait transporter à Constantinople, mais un conservait encore dans les trésors îles églises d'Edesse d'autres reliques presque aussi précieuses. Depuis le règne d'Héraclius, depuis quatre siècles, Kdesse était perdue pour l'Empire. Maniakès eu! l'ambition île la lui rendre. »

Par une sombre nuit d'orage, Salman, infidèle a l'Islam, alla, le- clefs en main, livrer secrètement au chef byzantin, accouru en cachette avec quatre cents hommes d'élite, trois des plus fortes tours de l'enceinte d'Edesse, qui en comptait alors plus de cent quarante. Se prosternant devant lui, il lui fit hommage. Cette même nuit, le traître se relira a Samosate sur territoire de l'Empire avec sa femme et ses enfants. Quant à Maniakès, après s'être solidement installe avec les siens dan- ces trois tours et les avoir transformées en hâte en une imprenable citadelle, il commença sur-le-champ, en attendant l'arrivée des renforts qu'il avait préparés, à attaquer de là le rote de la cité' d'Edesse avec la dernière vigueur, l lertainement le hardi chef byzantin avait installé' sur les terrasses et les chemins de ronde de ces trois tours ses nombreuses machines de guerre, au moyen desquelles il couvrit la malheureuse cité sarrasine de ses projectiles lancés presque à bout portant. L'audace d'une telle attaque

(1) A quatre-vingt-dix kilomètres environ a l'est de la ville actuelle Je Biredjik surl'Euplirale.

avec quelques centaines d'hommes contre une des plus grandes cités de la Haute Syrie, tient du prodige.

La population sarrasine épouvantée avait commencé par sortir précipitamment de la ville. Les Syriens de leur côté — par ces mots Mathieu d'Edesse entend les habitants chrétiens — , s'étaient retirés et fortifiés dans la grande église cathédrale de Sainte Sophie (1) avec leurs familles cl leurs richesses. Bientôt les choses changèrent de face. A la première nouvelle de cette attaque extraordinaire, le puissant émir Nasser Eddaulèh de Mayyafarikîn , suzerain d'Edesse, rassemblant tous ses

MINIATURE BYZANTINE d'an très précieux manuscrit de {'Histoire de Skylitzès, de la Bibliothèque Nationale de Madrid. — Maniakès défend Edesse. — (Beylié, L'Habit, byzj

contingents, était accouru une fois de plus au secours de la malheureuse cité. Bientôt il apparut avec une grosse armée sous ses murs, et grâce à la connivence de la population sarrasine, qui avait repris courage, put presque aussitôt pénétrer dans la ville avec ses forces. 11 mit incontinent le siège à la fois devant l'église de Sainte Sophie occupée par les Byzantins et devant le groupe des trois tours défendues par les guerriers de Maniakès.

Le siège de Sainte Sophie fut d'une terrible violence. Les catapultes des assaillants eurent bientôt raison du vieil édifice. Alors les soldats sarrasins jetèrent du feu à l'intérieur, ce qui fit périr une multitude de ceux qui s'y étaient réfugiés. Toutes les richesses de ces infortunés,

'li Gindler (op. cit., p. 44) dit que l'église principale d'Edesse était dédiée à la Vierge et possédait les ossements de saint Thomas et ne place qu'au second rang l'égise de Sainte- Sophie.

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