‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 27 sur 132 · LETTRE DV CHRIST AV ROI ABGARE U · texte numérisé non relu

LETTRE DV CHRIST AV ROI ABGARE U

Le traître Saliii:ui i't sa famille, mandés à la cour du basileus, se firent chrétiens. On leur conféra de hautes dignités avec le commandement de plusieurs districts. Arisdaguès de Lasdiverd dit que le transfuge fui créé par Hoinaiii patrice el « anthypatos s ei que sa femme fui comblée d'honneurs et de distinctions.

Parmi le grand butin pris dans Edesse par les soldats de Maniakès, il faut faire une place à part à une relique insigne dont la conquête demeura infiniment illustre dans les fastes des guerres orientales en comblant de joie les innombrables dévots de l'Empire, c Maniakès, raconte Skylitzès, trouva à Edesse la Lettre olographe écrite en langue syriaque par Notre Maître et Seigneur Jésus < . 1 1 1 - î — I au roi Abgare et l'envoya au basileus Romain à Constantinople ». Une nuire célèbre relique d'Edesse, je l'ai <lil déjà, avait, près d'un siècle auparavant, sous Romain Lécapène, pris, elle aussi, le chemin de la Ville gardée de Dieu I . Je veux parler du Saint- Suaire de Jésus-Christ, autrement dit l'Image d'Edesse, une des reliques les plus vénérées dan- tout l'Orient. Cela avait été pour Romain Lécapène un coup de fortune de pouvoir mettre la main sur un pareil trésor 2 .

L'arrivée de la Lettre du Christ fut célébrée à Constantinople par des fêtes splendides. « Le basileus, dit Yahia, le patriarche, tous les dignitaires sortirent professionnellement à sa rencontre. Romain reçut la sainte missive à genoux avec les démonstrations de la plus humble dévotion et la plaça au Palais Sacré à côté des plus illustres reliques qui s'y trouvaient déjà assemblées. Il fit faire des deux lettres une traduction en grec et une en arabe :'! .

Nos renseignements sur ces faits si curieux sont, on le voit, bien clairsemés. Rien qu'il semble qu'à ce moment Maniakès fut entré définitivement en possession d'Edesse. le seul Skylitzès 1 parle pour cette même époque d'une nouvelle expédition de Romain contre les Arabes de Syrie. Quelles furent les raisons qui purenl décider le basileus déjà vieilli, fatigué, même

(l'1 Murait, op. cit., I, p. 608. Yahia parle de deux lettres, une d'Abgare au Christ et une autre qui était la réponse du Christ, toutes deux sur parchemin, toutes deux écrites en langue syriaque.

: Voy. dans Rambaud, op. cit., pp. 10b sqq., l'histoire de e.'ite translation fameuse qui mit en mouvement toutes les populations de l'empire. Voy. Yahia. op. cit., éd. Rosen, nut^- 430.

[i Suivi naturellement par Cédrénus.

LES PORPHYROGÉNÊTES ZOÉ ET TIIÉODORA

malade, à entreprendre une fois de plus, à la tète de l'armée, cette marche si longue si pénible, si dangereuse de Constantinople au delà du Taurus? Hélas, nous n'en savons rien absolument. Probablement l'effort du monde musulman pour prêter assistance à Edesse, effort que nous ne pouvons que deviner par la longue énùmération, dans Mathieu d'Édesse, des chefs <h' l'armée de secours, avait été beaucoup plus considérable et plus redoutable qu'où ne pourrai! le supposer. Dans notre complète ignorance, force nous est de ne donner sur cette seconde expédition impériale si

RELIQUAIRE BYZANTIN d'or émaillé trouvé au village d'Elena,

:lrp,,rir,,,rni île Vivnovfi, rn Bulgarie. ■ XI- <>» Ml Siècle. Musée de Sofia. — (Communiqué par M. Dobrusky.)

obscure que le texte même si bref de Skylitzès, en nous gardant de vouloir l'interpréter tant que nous ne serons pas en possession de documents nouveaux, ce qui n'arrivera, hélas, probablement jamais! Voici exactement ce que rapporte le chroniqueur byzantin :

A une époque qui, par la place même que ce récit occupe dans la Chronique, semble correspondre au printemps de l'an 1032 (1), le basileus Romain se mit précipitamment en campagne pour une nouvelle expédition en Syrie (2). Le basileus — qui, très certainement, avait suivi la route ordinaire par Kotyaion et Polybotos — venait d'arriver à Mesanakta, qui

(1) Murait, op. cit., I, 608.

(2) Peut-êtru pour venger l'affront de la première.

EGLISE BYZANTINE du Cuvent de Saint-Luc en Pliocide. — Faça le "ford; niche et fenêtres. — XI • Siècle. — (Millet, W"-Êtodes, B. S51.)

est Dipotamon, vaste domaine impérial proche du lac des Quarante Martyr- 3 , lorsqu'i] fut rejoint dans cette localité par les plus graves

:t IiamsaJ, The Instar, geogr. of A«ia Minor, p. 140.

122 LES PORPHVkOGÉyÈTES ZOE E<T THEODORA

nouvelles de la capitale. La basilissa Zoé, qui, probablement, avait été investie de la régence en son absence, lui mandait qu'elle avait été informée par le métropolitain Théophane de Salonique, nous ignorons dans quelles circonstances, d'une conspiration nouvelle ourdie bien extraordinairement, semble-t-il, entre l'infortuné Constantin Diogène, prisonnier au Stoudion dans les conditions que l'on sait, et la non moins infortunée princesse Tbéodora, captive elle aussi dans un monastère et dont le nom continuait, on le voit, à être incessamment mêlé à toutes ces intrigues. C'était toujours sur la légitimité de la vieille femme que tous les mécontents cherchaient à s'appuyer. Chose plus étrange encore : les deux conspirateurs, l'ancien généralissime des guerres de Bulgarie et la vieille Porphyrogénète devaient, parait-il, se réfugier en Ilivrie, c'est-à-dire probablement gagner par mer Dyrrachion, peut-être pour y faire proclamer la princesse et tenter de là, en s'appuyant sur les Serbes révoltés, une marche sur Constantinople à la tète de leurs partisans. Deux hauts prélats, ajoutait le dénonciateur, étaient de connivence avec eux : le propre métropolitain de Dyrrachion, probablement une des âmes du complot, et l'évêque de Périthéorion, petite cité de Thrace dépendant de la métropole de Trajanopolis (1). La basilissa avait fait aussitôt arrêter Constantin Diogène et les deux prélats. Constantin, malgré tant de hauts faits, tant de services rendus, avait été soumis à la question au Palais des Blachernes en présence du préposite Joannès, celui-là même qui, plus tard, devait être si célèbre sous le nom de Jean l'Orphanotrophe sous le règne de son frère le futur basileus Michel IV. Le malheureux, poussé par le désespoir de ses terribles souffrances, craignant aussi de livrer les noms de ses complices, s'était précipité du haut des murs de sa prison. On l'avait relevé le crâne brisé et sa lamentable dépouille avait été enfouie au champ maudit des suicidés (2). Quant à ses deux complices, les deux prélats, la basilissa n'avait rien trouvé de mieux que de les expédier enchaînés à son époux en compagnie des messagers chargés de lui faire part de ces fâcheuses nouvelles. Le basileus, ajoute simplement Skylitzès, les fit mettre en liberté. Peut-être le clément Romain était-il

(1) Aujourd'hui Orikhova.

(2) Voy. sur ce personnage, Maedler, op., cit., p. 2.

ARABES ET PETCHENÈGl 12.1

nu >i ii- vindicatif à l'égard de la pauvre Théodora que son impérieuse

épouse ([ni, obsédée par la jalousie, \n\ait sa sœur toujours conspirant. Skylitzès ne nous 'lit pas ce qu'on lit de la malheureuse princesse après

ce nouveau dn Très probablement clic continua à mener sa triste

existence de nonne au couvent du Petrion où elle lui encore plus strictement surveillée hien qu'elle ne fût plus guère dangereuse.

Il semble que le basileus, probablement retenu à Mesanakta par tous ces inquiétants messages, désireux de ne pas s'enfoncer [dus avant du côté de la Syrie axant que tout ne Fût rentré dans l'ordre dans la capitale, lit dan- celte lointaine cité d'Asie un assez long séjour.

D'après le récit de Skylitzès. il paraît bien qu'il s'y trouvait encore à la date du 28 juillet, journée qui fut, au dire de ce chroniqueur, marquée par l'événement que voici : o Ce jour-là, dit-il, un vendredi à deux heures de la nuit, une étoile — probablement un bolide — traversa le firmament dans la direction du sud au nord, illuminant de sa lumière toute la contrée. »

L'écrivain superstitieux ajoute que, peu après ce phénomène redoutable, on annonça simultanément divers échecs des armées impériale-, échecs que 1res certainement, suivant lui. cette lueur miraculeuse prédisait. Non seulement les Arabes que le basileus allait précisément combattre avaient, parait-il, une fois de plus semé la dévastation dans tous les districts frontières, toute la vallée du Haut Euphrate jusqu'à Malatya, l'antique Mélitène, bien au nord de Samosate (1), mais encore la nouvelle autrement inquiétante était également parvenue à Mesanakta que la barbare nation des Petchenègues, demeurée depuis quelque temps

I Mm el-Athir IX, p. 286 flxe cependant à cette date année 122 de l'Hégire) la prise parles Grecs de la place forte d'Apamée de Syrie. Voici le paragraphe consacré à cet événement par le chroniqueur arabe : « Cette année-là les Grecs s'emparèrent de la forteresse d'Apamée de Syrie. Voici comment : le Khalife d'Egypte, Al Zahir, envoya vers la Syrie une armée commandée par son vizir Al-Douzbéri, qui s'en empara et voulut faire mettre à mort Hassan Ibn Al-Moufarridj, qu'il s'efforça d'amener auprès de lui. Celui-ci prit la fuite, vint en Grèce, revêtit le costume que lui donna l'empereur et sortit du palais de celui-ci, ayant sur la tète un insigne où l'on remarquait une croix. Il se dirigea vers A pâmée avec mie puissante armée, prit cette forteresse, s'empara de tout ce qu'elle contenait, réduisit en esclavage ses habitants et repoussa Al-Douzbéri vers des récinns d'où, par ses ravages, il chassait les habitants. »

tranquille sur l'autre rive du Danube sans faire autrement parler d'elle, venait de franchir une fois de plus ce fleuve en grandes masses et ravageait maintenant les campagnes de la Bulgarie transbalkanique. C'était là un fait infiniment grave, car les Petchenègues étaient des adversaires forl redoutables qu'on avait cru bien à tort pacifiés à jamais depuis les temps lointains de la régence de Tzimiscès.

Ce n'était pas tout encore. En même temps les hauts fonctionnaires impériaux du thème d'illvrie mandaient au basileus une autre calamité pour le moins aussi grave! Une flotte immense de corsaires sarrasins venus des rivages d'Afrique, très probablement aussi de Sicile, plus de mille bâtiments, montés par d'innombrables guerriers maugrebins, avait paru subitement dans la mer Adriatique. Une foule d'îles, beaucoup de lieux habités sur le littoral avaient été cruellement pillés et saccagés, réduits en déserts par ces hordes infernales. Maintenant celles-ci venaient de débarquer dans la riche, paisible et grande île de Corfou et ces bandes abominables mettaient à feu et à sang les campagnes sans défense de cette terre si belle.

Nous ignorons presque tout de l'issue de ces agressions de ces diverses nations barbares contre la sécurité de l'immense Empire, tant sont, hélas, misérables nos sources d'information. Skylitzès dit seulement que les Sarrasins de Mésopotamie et les Petchenègues du Danube qui avaient les uns comme les autres insolemment violé les frontières de l'Empire purent se retirer sans dommage après avoir saccagé tout à leur aise les terres chrétiennes, mais qu'il n'en fut point ainsi des corsaires d'Afrique apparus dans l'Adriatique avec cette (lutte immense.

Attaqués simultanément par les forces de la naissante république de Raguse, pour la première fois ici figurant dans l'histoire, unies aux troupes impériales accourues sous le commandement du patrice Nicéphore Karanténos « stratigos de Nauplie » (1), c'est-à-dire gouverneur du thème du Péloponèse, beau-frère du basileus, les Sarrasins furent, malgré la grande disproportion des forces, taillés en pièces. Dans une ou plusieurs batailles navales dont nous ignorons tout, hélas, la plupart de leurs

< 1 Hopf. [op. ri/., p. 139, note 38) pense qu'il faut lire plutôt « stratigos de Naupacte ».

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MINIATURE d'an manuscrit byzantin du A7 <■' Si'écfe des Homélies de Grégoire de Naxianze, conservé à Jérusalem. — Scènes du Printemps. — [Phot. de la Soc. Orthod. Palestin.)

navires furent détruits cl le patrice [ml envoyer au basileus un présent de cinq cents esclaves arabes enchaînés. La malechance qui poursuivait ces

pirates de la mer ne s'arrêta point là. Sur la route du retour, presque tous ceux de leurs bâtiments qui subsistaient encore furent brisés par une tempête dans les parages de la Sicile. 11 y a probablement dans ces indications de Skylitzès de fortes exagérations. Il n'en est pas moins certain que cette redoutable expédition île corsaires éprouva un échec complet.

A tous les maux de la guerre répandus sur tant de points de ces mouvantes frontières se joignaient à ce moment ceux d'une terrible famine qui désola, parait-il. l'ensemble des thèmes d'Asie durant que le basileus v séjournait. Les deux chroniqueurs, Skylitzès et Zonaras, citent comme avant été plus particulièrement éprouvés par cette calamité les thèmes riverains de la Mer Nuire, plus la Cappadoce et le thème arméniàque.

Mathieu d'Édesse insiste an<<i sur l'horrible famine qui régna en Arménie à cette époque (1). Les gens mouraient comme des mouches. On vendait femme et enfants pour se procurer une misérable nourriture. Les souffrances étaient telles que les malheureux expiraient sur les routes et dans les champs. La peste naturellement se mit de la partie. Pour comble d'horreur, des nuées de sauterelles dévorèrent toutes les semences et les fruits de la terre •> . Le dimanche 13 août enfin, à une heure de la nuit, un terrible tremblement de terre épouvanta les populations de l'Empire déjà énervées par tant de maux (3).

Tant de causes de troubles, tant de périls sur les frontières, tant de

(1) Op. cit., éd. Dulaurier, p. 51 : année de l'ère arménienne 480 (14 mars 1031-12 mars 1032). Aboulfaradj, pour l'année de l'Hégire 423 qui commençait en décembre de l'an 1031, parle de sécheresse, de glaces, de famine et de mortalité.

ï Seulement après trois ans de ravages en Asie-Mineure un vent véhément enleva ces insectes destructeurs et les noya dans l'Hellespont, d'où les eaux les rejetèrent en amas sur les sables du rivage. Au dire de Skylitzès elles restèrent endormies deuxans, puis, réveillées, recommencèrent à tout dévorer. C'en étaient plus probablement d'autres. Celles-ci. ayant encore détruit durant trois autres années tcites les productions des anciennes provinces de Lydie et de Phrygie, s'en allèrent périr près de Pergame.

: Zonaras 1.XV1I. 12' dit qm ce tremblement de terre jeta bas, à Constantinople, sur la rive d'Asie, les hospices réservés aux lépreux et aux malades atteints du mal sacré, c'est-àdire les épil sptiqnes. Le basileus Romain fît reconstruire ces pieuses maisons, comme aussi

1rs aqueducs égalé rit éboulés. — Voy. Murait, op. cit., I. 610, 13. — Le mardi 6 mars 1033

on ressentit encore un tremblement de terra. De même. le 17 février 1034, nouveau tremblement de terre qui dévasta la Syrie et l'Egypte et renversa beaucoup d'édifices à Jérusalem. Cédrénus, 503, 16 et 511, 15; Aboulfaradj, op. cit., p. 232.

SCÊXES DE FAMINE 127

malheurs accumulés, ne permettaient pas au basileus de poursuivre ses projets de revanche en Syrie. Il se décida à regagner en hâte Constantinople, où son absence se faisail si durement sentir. Nous ignorons si les troupes qui l';ic«-i >ii]|i;iiiii;iicnt poursuivirent leur course vers Antioche. Skylitzès raconte seulement en passant que tout le long e!e la route du retour à travers les théines d'Asie, le basileus lit la rencontre émouvante de groupes d'habitants errants et faméliques. Chassés par la lamine accrue par les terribles ilégàts des sauterelles, mourant littéralement de faim, vendant leur- enfants pour vivre, ils marchaient à l'aventure, cherchant une nouvelle pairie où ils trouveraient de quoi se nourrir, voulant dans leur ignorance naïve franchir le Bosphore pour aller habiter en Europe la grande plaine île Thrace où ils espéraient trouver plu^ de bien-être. Ce spectacle douloureux, lit une impression profonde sur l'àme de cet empereur charitable. Il lit taire a ces foules lamentables d'abondantes distributions de vivres et d'argent, jusqu'à trois sous d'or par tête, somme bien considérable, semble-t-il, pour être vraie. Ainsi, il décida ou plutôt contraignit tous ces malheureux à regagner leurs misérables demeures. Ces bandes infortunées trouvèrent, parait-il, encore plus de secours dans l'inépuisable charité île l'évêque Michel d'Ancyre. Ce saint prélat se couvrit d'une gloire méritée en n'épargnant ni soucis, ni dépenses pour sauver tant de pauvres gens du double fléau de la peste et de la famine.

Le basileus rentra dans le courant de l'hiver de l'an 1033 dans la capitale. Il la trouva encore fort émue du grand tremblement de terre qui avait causé tant de ruines au mois d'août. Sa première épouse. Hélène, étant sur ces entrefaites morte au monastère où elle s'était enfermée pour y cacher sa douleur, il fit distribuer à cette occasion de très abondantes aumônes, dans le désir pieux d'obtenir de nombreuses prières pour l'âme de la défunte (1).

Le printemps de l'an 1033 fut marqué, au dire de Skylitzès et deZonaras, par une seconde grande victoire du patrice Nicéphore Karanténos contre une nouvelle agression de la flotte de Sarrasins africains qui

(1) Skylitzès. Voy. Cédrénus, II, p.

128 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET TI1EODORA

sY-hiil signalée l'an dernier par ses déprédations dans l'Adriatique et à Gorfou. dette Hotte, reconstituée au même chiffre de mille navires, et montée par dix mille guerriers, fut de nouveau cruellement battue par l'heureux stratigos qui envoya cette fois encore cinq cents prisonniers enchaînés à Constantinople.

Ou bien la première victoire a été très exagérée par ces chroniqueurs, puisque la flotte n'avait pas été complètement détruite, ou, ce qui paraît en somme plus probable, il y a là quelque confusion, et il ne s'agirait, en somme, que d'une seule et même affaire. Ce qui le ferait croire, c'est que, toujours suivant Skylitzès (1), à la fin de cette même année, Nicéphore Karanténos aurait remporté un troisième succès sur les corsaires sarrasins 2). dette fois, le nombre de prisonniers expédiés au basileus fut de six cents. Un fait est certain : c'est que la flotte impériale finit par avoir raison de ces audacieux écumeurs des mers.

On se rappelle que la célèbre église de la Résurrection ou du Saint Sépulcre de Jérusalem, avait été horriblement détruite et renversée jusqu'aux fondements ainsi qu'une foule d'autres édifices pieux de cette cité dans les années 1000 et 1010 par ordre du terrible ennemi des Chrétiens, le Khalife d'Egypte, l'insensé Hakem, devenu le Dieu adoré par les Druses (3). Cette destruction impitoyable avait eu par tout l'Occident un immense retentissement. Hakem avait disparu le 13 février de l'an 1021, âgé de 31 ans seulement (4). Son successeur, Al Zahir, fils d'une chrétienne, avait traité les disciples du Christ avec moins de cruauté. .Même Skylitzès affirme que, vers cette époque de l'an 1033, il autorisa la

(1) Cédrénus, II, p. 503, 12.

2i Une inscription dédicatoire d'une église tï)ç 'l'uEpa-p'a; ©eotoxo'-i de la localité de Kotasrh en Pisidie, inscription encore aujourd'hui existante, publiée par M. Sterrelt, dans les Papers

of the american School al Athens, II, 165, porte le nom d'un Théodore Karand (e'nos?),

magistros. Voy. F. Cumont, Les inscr. chrét. de l'Asie-Mineure, Mél. iVarchéol. et d'hist., de l'École ïr. de Rome, XV, pp. 280 et 292. Voy. encore Clermont-Ganneau, Le magistros Théodore Carandénos, liée, d'archéol. orient., V, p. 173. Voy. aussi Épopée, I, p. 388.

(3) Voy. Épopée, II, pp. 442 sqq. Voy. dans le Recueil d'archéologie orientale de Clermontdanneau, t. IV, par. 57, l'article intitulé: La destruction du Saint Sépulcre par le Khalife Hàkem et l'inscription coufique de la basilique de Constantin. Cette inscription hostile aux chrétiens, encore aujourd'hui subsistante, pourrait être attribuée au Khalife dément, leur impitoyable adversaire.

(4) Ibid., p. 004.

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