RECONSTRUCTION OU SAINT-SÉPULCRE
reconstruction du temple du Saint-Sépulcre. Le basileus Romain prit activement à cœur cette œuvre pie, et envoya .1 cet effet à Jérusalem des
PLAQUE DE STÊATITE provenant de Saloniqa». Travail byzantin des XI** ou \l[me Siècles, — Saint Démétrius. — Le cadre d'argent repoussé est de travail également byzantin plus récent. — [CoU. de la Comtesse de Béarn.)
sommes très importantes. Les travaux étaient complètement engagés lorsqu'il mourut. Skylitzès dit qu'ils ne furent achevés que sous le règne de Michel IV, son successeur. Ils ne le furent, en réalité qu'en l'an 1048,
130 LES PORPHYROGÊXÈTF.s ZOÉ ET THÉODORÂ
sous Constantin Monomaque, grâce au mauvais vouloir fanatique persistant du gouvernement chiite du Kaire (1).
Cette année 1033 fut encore marquée par une nouvelle conspiration contre le basileus, signalée par le seul Skylitzès (2). C'est la cinquième indiquée par les chroniqueurs pour ce règne, sans compter celles dont le souvenir ne nous a pas été conservé. C'était bien probablement toujours la situation irrégulière de la basilissa Zoé vis-à-vis de sa sœur Théodora, maintenue à l'écart du trône malgré ses droits légitimes, qui encourageait les conspirateurs. Pour ce complot de 1033, nous ne possédons pas autre chose que ces lignes de Skylitzès: « Basile Skléros, fils de Romain, marié à une des sœurs du basileus, le même qui avait eu les yeux crevés par ordre du défunt basileus Constantin (3), personnage de caractère inconstant et versatile, bien qu'il eut été comblé de bienfaits par Romain Argyros et élevé par lui à la haute dignité de magistros, ourdit contre lui une conspiration. Lui et sa femme, bien que très proches parents du basileus, furent chassés de la ville et envoyés en exil » - - certainement dans quelque monastère. Nous n'en savons pas plus.
Toujours dans cette année 1033, la frontière d'Orient fut le théâtre de divers faits d'armes. Ibn Zaïrack, l'émir de Tripoli, le Pinzarach des chroniqueurs byzantins, dont j'ai parlé à plusieurs reprises (4), qui avait, on se le rappelle, accepté la suzeraineté byzantine, avait été, deux ans auparavant, assailli avec tant de violence par des forces égyptiennes, qu'il avait dû abandonner sa cité et se réfugier auprès du basileus. Tripoli avait été aussitôt occupée par les troupes du Khalife du Kaire. Romain se montra plein de sympathie à l'endroit de ce vassal détrôné. La politique impériale dans le Sud exigeait qu'on ne le laissât pas ainsi chasser de chez lui uniquement parce qu'il était l'allié de Ryzance. Il fallait le venger sur l'heure et le réintégrer dans sa capitale.
(1) Il y eut encore le 28 février de cette année un phénomène céleste effrayant, un bolide ou astre allant du nord au midi avec un bruit terrible, comme des éclats de tonnerre. On l'aperçut jusqu'au i.ï mars surmonté d'un arc de flammes.
(2) Cédrénus, II, p. 501.
(3) Voy. p. 17 du présent volume.
I) Pp. 91 et 92 du présent volume.
EXPÉDITION CONTRE [LEXANDRIE i:;i
L'étal de guerre i Ere les troupes d'Egypte repril donc toute ^m
intensité en ces parages. Tandis que le grand hétériarque Théoctiste, à la tète des bataillons mercenaires étrangers et de forces nombreuses, ramenait l'émir llm Zaïrack en Syrie et le réintégrait par force dans sa principauté, une flotte grecque commandée par le protospathaire Teknéas d'Abydos ou l'Abydénien, faisait voile directement pour l'Egypte avec la mission d'exercer le plus de ravages dans le delta du Nil, puis d'attaquer <i possible lagrandecité maritime d'Alexandrie ! Certainement le basileus Romain, malgré tant d'échecs si sérieux, rêvait encore grand. Il y avait beau temps qu'aucun armement byzantin n'avait été dirigé vers la côte de cette redoutable Egypte sarrasine avec un programme aussi audacieux. 11 fallait i[iie le basileus et ses conseillers eussent, par les rapports de leurs espions, reçu des informations bien précises sur l'état de faiblesse dans lequel le Khalifal d'Egypte était tombé sous le gouvernement d'Al Zahir. Teknéas et sa Hutte, après une traversée heureuse, parurent devant Alexandrie stupéfaite. Les soldats orthodoxes insultèrent de loin la grande cité sarrasine dont les richesses fabuleuses jouaient un si grand nde dans les récits légendaires de l'époque. Hélas, les choses en demeurèrent là! Probablement Teknéas estima que le basileus avait été mal renseigné et que ses troupes de débarquement n'étaient pas assez nombreuses. 11 se borna, paraît-il, à saisir de nombreux navires sarrasins. mais nous ignorons même s'il les prit en bataille rangée ou si ce fut une simple course de corsaires. Il revint sain et sauf avec toute sa Hutte, rapportant un grand butin. Nous n'en savons pas davantage sur cette curieuse expédition byzantine contre les rivages égyptiens. Skylitzès est seul à ii"iis en parler et, chose étrange, les sources musulmanes n'en soufflent mot.
Nous sommes, par hasard, un peu mieux renseignés sur l'émir de Tripoli, Ibn Zaïrack. ce Pinzarach des Byzantins souvent cité déjà. L'auteur anonyme, tant de fois nommé, du récit contemporain si précieux connu sous le nom de « CecaumeniStrategicon • I a, par un hasard pour nous très précieux, consacré son chapitre deux cent vingt et unième, intitulé
1 Ou encore : Conseils et récils d'un grand seigneur byzantin <m XI" siècle. Voy. surtout Èpop'e, I, pp. 620 sqq.
« Histoire d'un étranger » (1), à ce petit prince sarrasin. Ce passage est si curieux que je n'hésite pas à le reproduire en entier :
« Il y avait une fois, dit l'écrivain anonyme, un dynaste arabe nommé Apelzarach (2), qui vint trouver le basileus, notre seigneur Romain. Après avoir été comblé par ce prince de dons considérables et d'honneurs, il fut envoyé par lui dans son pays (3). Plus tard, il refit le même voyage, mais cette fois la réception qui lui fut faite fut tout à fait disgracieuse, à tel point qu'il voulut s'en retourner de suite, ce à quoi le basileus ne consentit point. Il passa ainsi deux années dans la capitale, s'attendant chaque jour à être envoyé en exil, même à un pire destin. Puis, au bout de ce temps, le basileus lui permit enfin de rentrer chez lui. Comme il s'en retournait et qu'il venait de franchir le Pont-de-Fer (4) au delà d'Antioche, il appela tout son monde, et se prenant la tète dans les mains, s'écria : « Qu'est ceci? (5) » Eux, riant, lui répondirent : «Mais, c'est votre tète, mon seigneur », « Eh bien, reprit-il, je remercie Dieu d'avoir, ayant encore cette tête sur les épaules, pu franchir le détroit à Chrysopolis (6) et atteindre les frontières d'Arabie ! »
« Qui tend le pied pour faire tomber autrui, tombe lui-même à terre victime de sa propre faute! » «Ainsi, poursuit le narrateur anonyme, fautil toujours parler et agir droitement et se contenter de ce qui t'appartient en propre! Si un jour l'envie te prend d'aller adorer dans son palais la Majesté impériale, ou encore d'aller te prosterner dans les saints temples ou, tout uniment, admirer la Ville Reine et le palais du prince, exécute une fois ce projet, mais garde-toi de recommencer une seconde, sous peine de ne plus être reçu en ami, mais bien en esclave. » ■
(1) « Ilep'v S<7Topta; È9v/)xo'j ». — On se rappelle que le noble auteur de ce traité manuscrit récemment retrouvé illustre ses récits de guerre, d'éducation familière et de morale, par des exemples empruntés le plus souvent aux souvenirs personnels de sa vie militaire ou de sa vie à la cour.
(2) C'est ainsi que l'écrivain anonyme orthographie le nom déformé de l'émir de Tripoli.
(3) Ceci se rapporte au premier voyage de l'émir à Gonstantinople, dont j'ai parlé à a p. 92 du présent volume.
(4) Le Pont-de-1'er, « Djisr el-Hadid » des Arabes, Si3/)poYÉ:pupov des Grecs, est aujourd'hui encore connu sous ce nom. Construit sur l'Oronte, à trois heures d'Antioche sur la route d'Alep, il est très fréquemment mentionné par les auteurs arabes. Voy. Uitter, Erdkunde, XVII, 1091, 1641.
(5) Tt toûto è<rxn ?
(6) Chrysopolis, on le sait, n'est autre que laScutari d'aujourd'hui sur la rive du Bosphore opposée à Constantinople.