L'EMIR DE TRIPOLI .1 C0NSTANT1N0PLE
Dans sa préciosité byzantine, ce chapitre esl instructif. 11 nous fait voir clairemenl que, lors de son second voyage, le pauvre émir tripolitain fut considéré à Constantinople comme un hôte au»>i impni'tun ipie peu désiré. Ce ne tut que par pur intérêt politique que Humain, bien à contrecœur, s'employa à replacer sur son trône un vassal auquel il témoignait une défiance telle, que celui-ci pouvait remercier Dieu avec effusion de lui avoir conservé la tête sur les épaules lors de cette seconde visite dans la capitale.
r'r^-r.-^-iO.iT^TÔOpwpW— ■&■■ - T-^^^.-^-^^'-r^-.
yu<:?-i.)'i û.^:::.uS;*?7TL:i--.y--^XF?*~-rûïC.-a*'-sï4 «*7 K'~W'tk.m
MINIATURE BYZANTINE d'an très précieux manuscrit <le ('Histoire de Skylitzés, de l< Bibliothèque Nationale de Madrid. — L'émir Pinzarach reçu par Romain .\njyros. — (Millet, Bf-Étades, C. 1230. j
A l'autre extrémité de la mouvante frontière d'Asie, en face de l'immensité musulmane, Skylitzés nous fait encore part, pour cette année 10 33, d'un autre fait de guerre important. Le chef arabe Alim. gouverneur ou châtelain île la forteresse de Pergri I . dans les marche-. d'Arménie,
(1) Skylitzés écrit Qgpxptv. Mathieu d'Édesse écrit » Pergri ». — « Pergri, dit M. Dulaurier, Mathieu d'Édesse, op. cit., note de la p. 396, place forte du district d'Ar'pérani, dans le Vaspouraçan, située au nord-est du lac Van, à l'esl d'Ardjigch. » — C'est par erreur que Skylitzés dit que cette forteresse était située près de « Babylone », c'est-à-dire près de Bagdad, à moins que cette fois par Babylone le chroniqueur byzantin n'ait entendu Mossoul, qui était, du reste, encore infiniment éloignée de Pergri. — Ibn el-Athîr, qui a raconté brièvement les mêmes hits IX, pp. 297, 298) àl'année 12.. de l'Hégire 26 nov. 1033-15 nov. 1034), dit que le gouverneur de Pergri s'appelait Âbou 1 Haidjâ Ibn Habib Eddaulèh et qu'il elait fils de la sœur de Wahsoudân Ibn Mamlftn.
aujourd'hui la ville de Barkiry, dans le pachalik de Van, livra sa cité au patrice Nicolas le Bulgare, surnommé Chrysélios (1), commandant les troupes impériales en ces parafes, cl expédia son fils en ambassade auprès du basileus, espérant recevoir incontinent de celui-ci, pour prix de sa trahison, la dignité de patrice avec d'autres duns et honneur . Mais le jeune chef sarrasin, arrivé à Byzance, y trouva Romain de plus en plus gravement malade. l'as plus au Palais qu'à la Ville on ne fit la moindre attention à lui. II s'en alla furieux, et, aussitôt de retour à Pergri, conseilla à son père de tenter de reprendre aux Grecs la forteresse qu'il leur avait si inutilement cédée. Alim n'hésita pas à suivre cet avis. 11 entra secrètement en pourparlers avec les autres dynastes turks de la région (2) et, grâce à l'appui matériel qu'ils lui fournirent, grâce aussi à l'incurie et à la négligence de Chrysélios, à qui le basileus avait confié la garde de cette conquête, il réussit à pénétrer nuitamment dans la ville. Ce dut être pour les Grecs un grand désastre. Skylitzès affirme que six mille Impériaux furent massacrés en cette nuit funèbre. Il ne dit pas ce que devint le Bulgare Chrysélios. En faisant la part de l'exagération, il n'en reste pas moins le fait certain d'un grave échec des armes byzantines.
Le basileus ne pouvait demeurer sous le coup d'un aussi sanglant affront sur cette frontière si difficile à défendre contre le perpétuel effort de l'agression sarrasine. Le patrice Nïcétas Pégonitès (3), nommé en remplacement de Chrysélios, fut de suite envoyé par Romain, déjà presque mourant, pour faire le siège de Pergri avec toutes les forces de la région, « augmentées, dit Skylitzès, de troupes russes ». C'était bien là certainement la fameuse « droujine .< russe de six mille hommes (4) qui, pour lors, on le sait, ne cessait de servir sur la frontière d'Asie (o). Après un siège
1) Voy. un Chrysélios, dynaste de Dyrracbion, dans Épopée, I. p. 14:i.
(2) Skylitzès appelle constamment les Turks des « Perses ».
(3) Je possède dans ma collection le sceau d'un Pégonitès. Voy. Sigill. byz., p. 692.
(i) Et non la garde impériale, ce qui serait la plus absurde des confusions. Voy. Wassiliewsky, La Droujina vseringo-russe, etc., 1" art., p. 139.
(5) Voy. lbid., 1" article, pp. 137 sqq. — Skylitzès Cédrénus, II, p. 508) et Glycas, p. 586, racontent comme digne de mémoire l'histoire, tout au début du règne de Michel IV, dans la première année, d'un soldat varangien •< parmi ceux qui, cantonnés en « Lydie », c'est-àdire dans le thème des Thracésiens, étaient, a cel effet, dispersés dans ces régions », lequel tenta de violer une femme de ce thème qui résistait à ses instances. Celle-ci, ayant arraché du fourreau sa hache d'armes (àxivâxijc , te tua en la lui enfonçant dans le cœur. Ses compatriotes assemblés donnèrent raison à la femme, à laquelle ils rendirent honneur solennellement.