‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 35 sur 132 · LE BASILEUS ROMAIN TOMBE MALADE · texte numérisé non relu

LE BASILEUS ROMAIN TOMBE MALADE

entendu affirmer, di< je, que le basileus Romain feignit jusqu'à la lin d'ignorer la liaison de la basilissa avec Michel, mais qu'en réalité il était parfaitement au couranl de cette passion folle. Seulement, comme il connaissait bien le tempérament de la basilissa . il affectai) résolument de ne rien savoir. préférant encore que Zoé n'eût qu'un seul amant au lieu d'en avoir plusieurs, désirant surtout que sa vieille épouse pût se livrer en toute tranquillité à ses amours illicites. »

Si Romain se montrait ainsi d'humeur forl accommodante, il en était toul autrement de son impérieuse sœurPulchérie, que ce honteux scandale mettait hors d'elle, et aussi de la pluparl des intimes du basileus. Une campagne violente, sourde et secrète, se livrait incessamment autour du basileus contre le couple adultère. Elle cessa du reste subitement par la mort de Pulehérie. événement qui valu! à l'un des principaux acolytes de cette princesse dans sa lutte contre la basilissa. l'exil du Palais sur l'ordre de Romain. In autre mourut, lui aussi, presque à ce même moment (1). Parmi les <;ens de cour, quelques-uns acceptaient très facilement la situation. Les autres dissimulaient prudemment leur indignation, affectant de ne voir en celte intimité de la basilissa el de son tout jeune favori rien que de très régulier el de parfaitement normal.

La santé du basileus devint à ce moment de plus en plus mauvaise. « Romain, dit Psellos, tomba malade d'une maladie élrange qui lui fit perdre l'appétit et le sommeil. Toutes les infirmités semblaient l'accabler à la fois. Son caractère si égal, si affable et si doux, se transforma brusquequement. Il fut irritable, sombre et rude, sujet à de bruyants accès de colère. Il devint d'abord difficile à aborder, puis presque inaccessible, se défiant de tous, inspirant de même de la défiance à tous. Lui si généreux d'ordinaire, se transforma en un avare sordide, sourd à toute prière, le cœur fermé à toute compassion. Bien que sa santé' fût maintenant devenue si mauvaise, il continuait à tenir son cercle, à prendre aussi part aux processions comme aux fonctions solennelles, revêtu comme toujours des vêtements les plus splendides, tissés d'or, cousus de pierres précieuses. Son corps amaigri, courbé' sous le poids de ces lourdes étoffes,

I Voici encore deux personnages que nous .tarions intérêt h connaître et dont Psellos nous cache volontairement les noms.

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ne se mouvait plus qu'avec difficulté. Chaque jour son état empirait. « Je l'ai vu bien souvent, poursuit l'sellos, suivre 1rs processions solennelles dans ces conditions de santé si douloureuses, .le venais d'atteindre ma seizième année. Il semblait vraiment à le voir passer lentement que ce fut un cadavre en marche. Son visage, fortement œdématié, était d'une mortelle pâleur. Sa respiration si pénible le forçait à s'arrêter à tout coup pour reprendre haleine (1). Ses cheveux étaient presque tous tombés. Seules quelques touffes flottaient en désordre sur le front. Son entourage désespérait de le voir guérir jamais. Lui seul, bien loin de se croire perdu, étudiait avec ardeur les livres de médecine pour y trouver la guérison. A travers ses tortures physiques il traînait une vie lamentable, presque constamment alité. Il mena cette existence misérable jusqu'au bout, Unissant cependant par désirer la mort.

Nous touchons au drame final. Je laisse encore ici la parole à Psellos qui inaugure par ces paroles terribles son récit de la mort de Romain : « Ne voulant porter aucune accusation dont il ne me serait pas possible de faire facilement la preuve, je n'oserais jurer que les deux amants et leurs aflidés aient causé directement la mort du basileus, mais force m'est dédire que tous les contemporains, à l'unanimité, affirment qu'après l'avoir ensorcelé de leurs maléfices et de leurs puisons lents, ils lui donnèrent à boire de l'ellébore. Je ne discuterai pas le fait en lui-même, mais je crois pouvoir affirmer que ce furent bien eux les véritables artisans de sa mort.

« Voici comment les choses se passèrent : C'était le Jeudi Saint de l'an 1034. Le basileus se disposait à assister le lendemain aux offices solennels du Grand Vendredi. Romain se rendit seul et sans suite très tard dans la nuit (2) aux bains du Grand Palais, vastes et merveilleusement décorés, pour s'y laver et se faire frotter d'onguents. Une fois descendu dans la piscine, il se mit à nager doucement, prenant plaisir à cet exercice qui lui procurait quelque soulagement. A ce moment des gens de sa suite entrèrent comme de coutume pour l'aider à prendre son repos et à se

(1) Ce sont là tous les symptômes d'une affection cardiaque fort avancée ou encore d'une affection des gros vaisseaux.

(2) Skylitzès dit qu'auparavant il avait distribué aux sénateurs la « roga » accoutumée.

MORT DE ROMAIÏ* ARGYROS 151

rhabiller. Je ne saurais jurer que ce furent ceux-là qui furent ses assassins, mais je sais bien que tous ceux qui racontent cette histoire disent qu'au m. .m. Mil où le basileus plongeai) comme il en avait coutume, ces hommes le maintinrent longtemps dans cette position, la tête -eus l'eau, s'efforçanl de l'étrangler en même temps. Ensuite ils disparurent. <m trouva le malheureux basileus il. .Haut mu- l'eau comme un liège. Il respirait encore faiblement el d'un geste suppliant étendait la main pour qu'on vint le secourir. Quelqu'un, saisi de pitié, le prit dans ses bras, le retira de la piscine, el l'étendil sur un matelas. Aux cris poussés par les premiers arrivants, d'autres accoururent, la basilissa également, seule et sans suite, feignanl une immense douleur. Apre- avoir longuement considéré son époux, et s'être assurée qu'il était bien moribond, elle s'en alla. Le pauvre prince poussa un profond et retentissant soupir, jetant le< regards de tous côtés. Incapable de proférer un son, il cherchait à exprimer >a pensée par des signes incompréhensibles. Ensuite il ferma les yeux, pou— a à nouveau quelques gémissements précipités, puis, soudain, rendit par la bouche un flot de matière noire coagulée. 11 soupira encore deux ou trois fois et rendit l'âme.

C'était dans la nuit du II au 12 avril de l'an 1034 I). Romain Ary-yros était à-1' 'le plu- de -oixante ans. Il en avait régné cinq et demi (2).

En somme les contemporains ne surent jamais la vérité vraie. Ils ne purent qu'avoir des soupçons sur le point de savoir si le malheureux

1 SkyliUès Jit a tort « le 1S avril •>. En cette année 1034 le Jeudi Saint tombait le 11 avril.

(2) Capasso, Monum. ad ncapol. ducatus hist. pertin., II, pars prior. Naples, 1885 actes m a $48;, Trinchera, op., cit [actes XXII a X.WII . Beltrani, op. cit.. p. 11. doc. XI. publient un certain nombre d'actes conservés aux archives de Naples, de Traui et .lu Mont-Cassin, datés .les années .lu règne .le Romain Argyros. Il y est question, entre autres, du « catépano» l'tithos Argyros (acteXXHl de Trinchera . d'un certain liw.Uio; !, toO KpofjuxiSSou, à Xwpixàxot ■/.%: -puT&piavîiTiof =-'•. i&v [la<nXixûv àip(ia|iÉvndv, venu de la Ville gardée de Dieu acl ■ XXV Je Trinchera . Voy. encore Aar, op. cit., pp. 135 el 311, n° 5.

Je trouve Jans Heyd, op. cit., I, p. 83, l'indication suivante : Saint Etienne, roi de Hongrie, mort en l'an 1038, — contemporain, par conséquent; de Romain Argyros, — avait lu t construire à Constantinople la splendide église de Saint-Étienne. Il y avait donc dans cette ville, tte • poque, une importante colonie hongroise. Du Cange, Hist. byz. dupl. comment, illustra ta, éd. Venise, 1729, 2e partie, p. 96, n XCVII, mentionne cette église, mais rappelle que nous ne savons rien ni du vocable sous lequel elle fut dédiée ni Je l'emplacement qu'elle occupait. Il s.-mble probable cependant qu'elle dut être consacrée à saint Etienne.

. sur la descendance des Argyros, I b. Ml, op. cit., XIV, p. 259, et Du Cange, Hist byz. dupl. comment. Ulustrata, éd. Venise, 1729, i partie, pp. 130-131.

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basileus avait été empoisonné, puis noyé parce que le poison n'agissait pas assez promptement. Mais il faut bien reconnaître que ces soupçons même semblent avoir été aussi sérieux que justifiés 1 . Zoé était devenue si impatiente de posséder plus librement son amant en l'épousant après l'avoir fait basileus à ses côtés, qu'elle n'eut pas la patience, pour éviter un crime, d'attendre quelques semaines ou quelques mois que la maladie eût fait son œuvre.

On connaît fort mal la numismatique de ce règne. De Zoé, nous ne possédons aucune monnaie, ce qui semble pour le moins étrange. A Romain Argyros, on peut attribuer avec quelque certitude un unique et beau sou d'or sur une face duquel ce prince ligure debout, couronné par la Théotokos, avec cette légende en caractères grecs : Théotokos protri/r Romain. Au revers on voit toujours le même Christ assis de face des monnaies d'or impériales de cette époque avec la pieuse légende latine accoutumée 2 .

(1) Skylitzès dit expressément que Romain péril étouffé par les mains criminelles des affidés < 1» ■ Michel, dans la piscine ou « kolymbithra » du Bain du Grand Palais. — Il faut certainement faire toutes réserves sur le poison lent qui aurait été auparavant administré au malheureux |rince par l'Orphanotrophe poussé à ce qu'un croyait parla basilissaZoé, poison qui aurait mis Romain dans cet état de saut.' languissant. La vérité est très probablement que le pauvre souverain était atteint d'une maladie chronique mortelle, quelque affection cardiaque avec complication du côté des gros vaisseaux et des reins, et que Zoé, trouvant qu'il se mourait trop lentement pour ses désirs, le lit achever dans le Bain du Palais. — Mathieu d'Édesse (éd. Dulaurier, chap. XLV) dit également que Romain périt victime des embûches de sa femme qui lui fit servir un breuvage empoisonné. — Arisdaguès de Lasdiverd accuse surtout Michel. — Manassès se montre très circonspect. » L'empereur, dit-il, fut étouffé par des individus»; îvôps; tivs;.... oùx oï5o 7iû;, etc. (Ed. Bonn. p. 238.

2 S-,batier, op. cit. II, p. tôt. pi. XLIX, 2. — Voy. la vignette de la p. 61 du présent volume.

iD

INSCRIPTION ENCORE AUJOURD'HUI EXISTANTE SUB INC DES TOURS DE LA GRANDE MURAILLE DE CONSTANT1NOPLE, CÉLÉBRANT LA RESTAURATION DE CETTE TOUR PAR 0 ROMAIN IRGYROS . LE TRÈS GRAND BASILEUS DE TOUS LES ROMAINS ». — MILL1N- I.EN, BU. CONST., P. 1 10. ;

PLAQUE D'IVOIRE du a Uaseo civico ■■ à Bologne. - Imitation byzantine italienne tin \i Siècle. — Le lavement des pieds. — (Graa/en, II, T.)

OTAfiîR

Mariage el couronnement de Zoé et de Michel IV 1<- Papblagonien. — Caractère du nouveau souverain. — mement d-1 son frère l'Orphanotrophe. - Caractère de ce personnage. — Kamille du douvi leus. - Événements de guerre sur divers points: en Asie, à Antioche, â Alep, à Édesse, a Myra, en

1 gie. — Agressions des Petchenégues. Trêves renouvelées avec l'Egypte. - S ramine. — Le métropolitain de Salonique. — Événements de Pergri. — Affaires de l rgie et d'Arménie. — Avrn. -noir de Kakig 11 .i Ani. — Affaires d'Italie. — Expédition de Sicile. — Maniâmes et Harald Hardrada. — Victoires des Normands sur le continent. - Aggravation de l'état de maladie du basileus. — Gouvernement fort dur de l'Orphanotrophe. — Michel, neveu du basileus, est césaret adopté | u la

basilîssa. — Grande révolte bulgare. — Dolianos i I Alousi inos. — Conspirations. — Affaires de Serbie el de Dalmatie. — .Mort de Miche] IV.

SOU D'OR du m Michel 1\ le Paphlagonien.

tv l'aube de celle même nuit funèbre, comme on l^\ chantait en grande pompe la Passion ilans la Grande Eglise, on vint en bâte chercher le patriarche Alexis le Stoudite I au nom ilu basileus Romain mourant. Comme le vieux prélat accourait en hâte au Grand Palais, il fut mis en présence tout d'abord du cadavre du malheureux empereur.

Avant que cette première émotion ne se fut dissipée, les portes de la grande salle du couronnement, dite Chrysotriklinion, splendidement illuminer, s'ouvrirent soudain toutes grandes et le saint homme ahuri aperçut un spectacle inouï. La basilissa Zoé, en

I Voy. dans Zacchariœ v. Lingenthal, Gesch. d. gr.-rœm. Rechts, p. 28, la mention de

divers actes de ce patriarche S"ii- le n-L'iie ■ 1 > - l; ain ArL'yros, aussi celle d'un acti du

métropolitain de Gyzique, le syncelle Démétrios, sous ce même règne.

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éclatant costume impérial, avec la robe à grands carreaux des grands jours, diadème en tête, sceptre en main, couverte de joyaux, s'était placée sur le trône. A ses côtés était assis le jeune favori Michel, le frère de l'eunuque de Papblagonie. Alors, à la stupéfaction indignée du patriarche, la basilissa, veuve depuis une heure, lui demanda de l'unir sur-le-champ par les liens du mariage à son amant plus jeune qu'elle de près de trente années! Voici ce qui s'était passé dans ers rapides instants. (Test Psellos qui est notre guide :

A la minute où Zoé eut appris que le basileus venait d'expirer — elle n'était plus présente, au dire de Psellos, au moment précis où Romain avait rendu le dernier soupir — elle avait fait convoquer d'office les hauts dignitaires avec les principaux conseillers de la couronne. Parmi ceux-ci accourus aussitôt, tous ceux qui, en majorité, avaient été de tout temps les très lidèles serviteurs de la famille du hasileus Basile, tous ceux aussi qui avaient été les familiers du défunt hasileus Romain ou avaient été liés jadis avec le père de celui-ci, supplièrent la basilissa de prendre quelques jours de réflexion avant d'élever au trône un nouveau hasileus, pour pouvoir choisir en toute tranquillité, sans éveiller de soupçons, le meilleur de tous et en faire à ses côtés, non pas un véritable souverain, mais un simple époux qui lui en même temps le premier de ses sujets. Dans l'espoir de convaincre Zoé, ils la pressaient de toutes façons. Mais le siège de la vieille amoureuse était fait. Elle était entièrement décidée, malgré le scandale sans précédent qui en résulterait, à satisfaire sa passion et h élever à côté d'elle son jeune amant. « De toute son âme et de toutes ses pensées, poursuit Psellos, elle ne songeait qu'à Michel, le jugeant non point avec sa raison, mais avec sa passion. Mais il y avait autre chose encore, car, derrière elle, le subtil eunuque Joannès, cet homme si intelligent, si avisé', si actif, en même temps si totalement dépourvu de scrupules, véritable « drus ex machina » de tout ce drame, enivré d'une joie secrète par cet événement qu'il avait tant contribué à amener et qui allait donner à un des siens, à lui par conséquent, le pouvoir suprême, faisait mouvoir avec une rapidité diabolique, une précision acharnée, les fils de cette foudroyante intrigue. Saisissant d'un éclair de sa pensée l'intense nécessité qu'il y avait pour lui et les siens à précipiter les événements, il

COURONNEMENT DE ZOE ET Mlcnr.l. IV

avait, dans une entrevue haletante de quelques instants avec sa souve

raine, excité celle-ci à ne pas perdre une heure et à fixer à ce mal m même le mariage cl le couronnement de son amant. Si l'on tardai) de quelques moments, on permettrait à une opposition formidable de prendre corps. Il y allait de la vie de Michel et de scs frères, de celle de Zoc aussi, peut-être. Zoé, elle, ne demandait qu'à être convaincue. Ainsi fut dit

' OOPOLE di ïéglis: da couvent de Saint-Luc en Phocidt — (Millet, W^-Êtades, C. 1287.)

— XI"" Siècle.

et fut fait. Le patriarche avait été incontinent mandé, comme on l'a vu, qui avait trouvé Michel l'attendant sous la robe lamée d'or assis avec son impériale fiancée sur le trône des basileis. Elle-même, de ses mains, avait déjà placé sur le front de son amant le diadème des successeurs de Constantin, avant de prendre place à ses côtés dans l'attitude immobile et hiératique consacrée par les siècles. En même temps, les employés du Palais, préposés aux cérémonies mortuaires, s'étaient emparés du cadavre du malheureux Romain pour procéder à la toilette funèbre.

S'adressant au vieux patriarche épouvanté, Zoé, lui montrant son

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nouveau maître, cet adolescent aux joues roses, lui ordonna de les unir séance tenante. Lui, affreusement troublé, tremblant de peur, hésitant cependant devant l'énormité du forfait, balbutia quelques paroles inintelligibles. Psellos dit qu'il ne parvenait pas à pn >férer un son. Mais l'eunuque Joannès possédait admirablement la connaissance des hommes. Sur son conseil, Zoé remit incontinent de ses mains au prélat timoré la somme énorme de cinquante livres d'or, plus une somme équivalente pour son clergé (1). Alors le vieillard, ainsi convaincu, cessant toute résistance, sembla revenir à lui. 11 lit aussitôt tout ce qu'on exigeait de lui, maria les deux époux, appelant la bénédiction divine sur ces deux meurtriers, de situation et d'âge si fantastiquement disproportionnés, et finalement couronna l'aventurier de Paphlagonie, l'ancien fabricant de fausse monnaie, le frère de l'eunuque. Il fit de cet homme infime un basileus des Romains, la plus haute dignité du monde à cette époque avec le pape et l'empereur germanique! Constantinople seule pouvait voir cette chose extraordinaire : un adolescent de naissance obscure, hier encore inconnu, assis sur le trône séculaire des basileis successeurs de Constantin, représentant de Dieu sur la terre, devenu ainsi le maître absolu d'une moitié du monde connu par le caprice insensé de sa vieille amante, héritière de l'illustre dynastie macédonienne !

Immédiatement après le couronnement, un rescrit du nouveau basileus et de la basilissa, expédié au Préfet de la Ville, invita la foule des dignitaires, des sénateurs, des fonctionnaires tant palatins qu'urbains, à venir dans la soirée du même jour, dans le Chrysotriklinion admirable, adorer leur nouveau maître et prêter aux souverains le serment d'allégeance accoutumé. Beaucoup parmi ce docile troupeau durent apprendre à la fois, dans une stupéfaction profonde, que le basileus Romain III était mort et que le jeune favori d'Asie l'avait remplacé sur le trône. Prosternés laface contre terre, les longues théories de courtisans, vieillards blanchis dans les délibérations du Sénat, généraux couverts de blessures et de lauriers, ministres, magistrats, adorèrent I'éphèbe couronné qui, quelques mois auparavant peut-être, leur avait rendu les plus vils services, perdu dans

(1) Ce renseignement, qui entache gravement la moralité ihi patriarche Alexis, ne se trouve ni dans Psellos, ni dans Zonaras. Il nous est fourni par le seul Skylitzès.

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