CARACTÈRE VRAI DE MICHEL IV
Michel IV. poursuit l'écrivain anglais, esl un exemple très rare d'un caractère qui mûri! presque subitement, Pour un temps très court, tmil au commencemenl île son règne ipii, il faut l'avouer, eut «les débuts infiniment fâcheux, il semble avoir fait du Palais un lieu de plaisir, laissant courir le temps, se prêtant aux futiles caprices de la hasilissa, insouciant de toute chose sérieuse à l'égal d'un enfant.
Puis, soudain, il devint comme conscient de la grandeur du pouvoir suprême dont il était investi, conscient surtout des responsabilités multiples qui pesaient sur sa tête. Grandi surle-champ à la hauteur de la situation qu'il occupait, d'un enfant il devint subitement un homme. Délaissant pour toujours toutes ces puérilités qui l'environnaient, il lit voir à tous qu'il n'y avait en lui rien de superficiel. Psellos note avec raison, comme une chose digne d'admiration, qu'il ne bouleversa pas brusquement toute l'administration ilès cette première année de son règne, mais qu'il procéda graduellement a des changements successifs. Il n'introduisit de même aucune nouveauté dans les pratiques gouvernementales accoutumées, n'annula ou ne modifia subitement aucune des lois promulguées par ses prédécesseurs, n'opéra aucun rajeunissement trop prompt dans les rangs du Sénat. Certes, il tint parole à ceux de ses amis personnels auxquels, ainsi que cela arrive
ÉGLISE du monastère de Daphni, près d'Athènes. — Détails de (enètre. — XI"' Siècle. — (Millet, II "-Études, C. 1323.}
174 LES PORPHYROGENETES ZOE ET THEODORA
presque toujours lors d'un règne nouveau, il avait engagé sa parole avant son avènement, mais il ne les mit point pour cela immédiatement au premier plan. Il les laissa s'exercer d'abord dans des emplois inférieurs en vue de préparer leur avancement futur. Son infatigable sollicitude ne cessa de veiller à la fois au bon gouvernement de l'Empire comme à la parfaite défense des frontières contre les attaques sans cesse imminentes des nations barbares. »
« Pour ce qui était de l'application des lois, poursuit ce chroniqueur si précieux, Michel se trouvait assez embarrassé. Ses talents naturels ne lui étaient ici d'aucune utilité, mais pour juger de ces lois et de l'emploi qu'il devait en faire, les arguments lui venaient en foule à l'esprit. Il les accumulait à plaisir et son intelligence suppléait alors largement à son inexpérience.
« J'admire surtout ceci, s'écrie l'sellos, préoccupé de nous fournir de son prince un portrait sincère, j'admire que ce basileus, bien qu'il eût été élevé de si bas à une fortune aussi étonnante, ne s'en montra point ébloui et ne fut en rien inférieur à cette toute-puissance dont il se trouva si subitement investi. Il sut. je le répète, ne rien modifier de suite à l'ordre de choses établi de toute antiquité. On eut pu croire vraiment qu'il avait été dès longtemps préparé à cette insigne fortune et qu'il y avait accédé par degrés et non point soudainement par cet extraordinaire coup du sort. »
Autant Michel se montra un basileus bon et généreux, autant ses frères furent exactement le contraire. Passionnément avides de toutes les jouissances du pouvoir, chacun d'eux voulut atteindre à tout. « Vraiment, s'écrie Psellos, il semble que ces insatiables eussent désiré absorber le genre humain et supprimer l'univers pour leur avantage particulier. Souvent leur frère, le basileus, s'efforçait de les retenir par les plus violentes réprimandes, même par des menaces, mais il n'y réussissait jamais, ce dont il se désespérait. L'aîné de tous, Joannès l'Orphanotrophe, qui dirigeait si habilement les affaires de l'Etat, s'interposait alors pour le calmer. Cet homme si avisé aimait cependant à laisser la bride sur le cou à ses autres frères, non pas qu'il fût constamment de leur avis, mais parce qu'en réalité le bien-être des siens l'occupait incessamment et presque exclusivement.