‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 39 sur 132 · PIETE EXTRÊME DE MICHEL IV · texte numérisé non relu

PIETE EXTRÊME DE MICHEL IV

« Je suis certain de ne poinl errer dans mon jugement sur ce basileus, poursuit Psellos avec une touchante confiance en lui-même, et il m'esl vraiment impossible de médire de ce prince que j'ai si bien connu, que j'ai entendu parler et vu agir el donl j'ai pu apprécier de près toutes les belles qualités. Certes, il avait ses défauts dont nous parlerons plus loin. Mais pour le moment, continuons à établir la liste de ses vertus. Il accordait sa constante sollicitude au bon état el à l'amélioration incessante de

l'armée qu'A considérait comme les entrailles mêmes de la patrie. I' "les

finances, il en laissait le soin exclusif à son frère l'Orphanotrophe, si compétent en cette matière.

« A l'égal de Romain, son infortuné prédécesseur, Michel était infiniment religieux, mais, loin de se montrer comme celui-là un simple dilettante, il était dévot de toutes les forces de son .'une. Non seulement il pas-ail une grande partie de snn temps dans les églises, prenant un soin minutieux îles temples où se prêchait la parole divine, mais il cultivait avant tout la société des personnes pieuses et des ascètes I . Il avait pour ces derniers un penchant si marqué qu'il faisait sans cesse, avec une ardeur infatigable, courir les grandes routes et les chemin- de traverse. fouiller en un mot tout l'Empire par terre et par mer pour qu'on lui en découvrit. On peut affirmer que pas un seul de ces saints personnages ne lui est demeuré inconnu. El quand il en avait découvert un et qu'il se l'était fait amener au Grand Palais, il lui témoignait de la plus profonde et presque extravagante vénération, le comblant d'égards, frictionnant de ses mains impériales ses pieds sale-, le serrant dans ses lu-as, le couvrant de ses baisers, poussant la folie dévote jusqu'à s'envelopper secrètement de ses haillons fétides, jusqu'à le faire coucher dans son lit, durant que

lui-mèi lormait à ses pieds sur un matelas placé à terre, sa tête reposant

sur un oreiller aussi dur que la pierre. I leux mêmes parmi ces ascètes qui,

1 ('selles i|ui nomme ceux-ci des i théosophistes i les appelle aussi des « philosophes, ayant méprisé le monde pour vivre en compagnie des êtres surnaturels. •> Il les différencie avec honneur des « métaphysiciens » qui, eux, « ne se sont occupés nue de chercher le principe du monde, en négligeant celui de leur propre salut ». Tels étaient les saints personnages que ce basileus aimait à patronner. — Il faut citer parmi les religieux que Michel IV honorait le plu- Je son amitié, le pieux Antoine, fondateur du célèbre couvent de ce nom, sur le mont Saint-Auxence, et qui avait déjà précédemment joui de la faveur île Romain Arsivi-os. Voy. Sathas, op. cit., VU, p. |60.

176 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THÉODORA

par leurs infirmités ou leurs plaies, étaient devenus pour tous un objet de dégoût et que chacun s'efforçait d'éviter, étaient de sa part l'objet d'un culte spécial. Il se faisait littéralement leur serviteur, les lavant de ses mains, appuyant son visage sur leurs plaies, les soignant comme un esclave le ferait de son maître. » Et Psellos, achevant cet étrange récit, s'écrie : « Que les bouches de la médisance demeurent donc closes et que la mémoire de ce basileus subsiste indemne de toute calomnie ! »

Il nous faut, pour ne pas être tenté de hausser les épaules à l'ouïe de telles étrangetés, nous efforcer de nous mettre quelque peu au diapason de l'époque et du lieu. Ne voyons-nous point Psellos, certainement un des hommes les plus distingués de son siècle, faire le plus vif éloge de cette méthode extravagante employée par ce pauvre basileus pour tenter de réaliser cette prétendue vie spirituelle qui nous parait, à nous, enfants du vingtième siècle, une simple monomanie religieuse? Michel, en tout cas, était absolument sincère. Il espérait avec ardeur, par ces pratiques dévotes, obtenir la grâce de Dieu, le pardon de ce crime dont le souvenir le hantait affreusement, la guérison enfin de sa terrible maladie. N'oublions point qu'il était un illettré, ne possédant, au dire même de son panégyriste Psellos, « aucune espèce de culture hellénique » pour le préserver de ces aberrations d'un ascétisme « gymnosophique », absolument annihilateur du moi, ascétisme dont les pratiques ridicules nous semblent aujourd'hui d'autant plus risibles qu'il s'agit d'un souverain, d'un empereur qui régnait sur la moitié du monde connu!

Non content de mener une vie d'ascète, Michel s'efforçait d'encourager cette existence chez les autres, faisant l'impossible pour se rendre Dieu propice. Il dépensait des sommes énormes, une bonne partie du trésor de l'Empire, pour doter des monastères, tant d'hommes que de femmes. II fit élever à Constantinople un grand édifice appelé le « Ptôchotrophion » ou « Asile des pauvres », sorte de réfectoire immense pour les dévots mendiants. A tous ceux qui voulaient suivre cette existence, il donnait de l'argent en quantité. Son zèle à imaginer de nouveaux procédés pour sauver les âmes s'étendait jusqu'à ces malheureuses pécheresses, filles de joie, qui encombraient de leur foule les carrefours de la capitale. « Comme de telles créatures sont par nature

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