‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 44 sur 132 · SAC DE MYRA PAR LES SARRASINS · texte numérisé non relu

SAC DE MYRA PAR LES SARRASINS

ment qu'il n'v avail là que des Sarrasins d'Afrique et de Sicile, ceux d'Kgyple et de In c «*> t • • «le Syrie ue pouvant ou ne voulant pas mettre à In mer des armées navales aussi puissantes. Les exploits de ces flottes dans l'Archipel semblent, d'après les indications de Skylitzès tragiques en leur extrême brièveté, d'après quelques mots aussi de Zonaras et de Glycas, avoir été véritablement efi'royubles. Un des plus fameux paraiî bien avoir été la prise et le sac de Myra en 1034. t. es Sarrasins pillards avaient certainement été attirés en ce lieu par la renommée des trésors accumulés dès longtemps par la piété et la reconnaissance îles malades e1 îles fidèles dans l'église ilu grand Ihauniaturge d'Asie. Les chroniqueurs cités plus linul disent uniquement que la ville fut prise par les hordes musulmanes descendues de leurs innombrables esquifs, mais il va de soi que le saint temple fut entièrement dévalisé et In partie la plus jeune de, la population emmenée en esclavage. Ce dut être une de ces terribles scènes de meurtre et de pillage dont les annales des malheureuses cités maritimes d'Orient fourmillent à cette époque 1 . Glycas ajoute ce renseignement que Myra fut prise ce même jour de septembre où parut la colonne de feu qui tant effraya les fidèles à cette époque (2).

Quelques lignes plus bas, Skylitzès revient encore sur cette cité de Myra (3) pour nous faire le bref récit que voici : L'Orphanotrophe ayant été atteint d'un ulcère malin à la bouche, probablement un cancer labial, mal qu'aucune médication ne parvenait à guérir, se désespérait de tant souffrir. Un jour de cette année 1034, il vit en songe le grand saint thaumaturge Nicolas qui lui ordonna de se rendre enhàteàMyra où il trouverait la guérison. 11 obéit aussitôt. Ce devait être presque immédiatement après le foudroyant passage des jurâtes sarrasins. L'illustre pèlerin fit don à l'église du saint d'une l'unie d'objets précieux, d'onguents el d'encens, certainement destinés à remplacer ceux dont elle avait été dépouillée. Il lit aussi entourer le pieux monument d'une liante et magnifique muraille, dans le but certainement de lui épargner un nouveau désastre comme celui qui

I Voy. In Empereur byzantin nu A"" siècle, pp. 35 sqq. i Voy. sur cotte colonne de feu, Murait, op. cit, I, 612, 1.

' t> sent tmijnius là les noirs fournies probablement par le métropolitain Jean Mauropos d'Euchalta. Voy. la note '.< de la p. 135 du présent volume.

venait de le frapper. A la suite de ces générosités, l'Orphanotrophe se

trouva miraculeusement guéri !

Les dévastations des pirates sarrasins en ces parages n'en cessèrent

point pour cela, semble-t-il,car Skylitzès y fait allusion deux fois encore. A

l'année 1035, ce chroniqueur note que les corsaires d'Afrique et de Sicile

dévastèrent à nouveau tous les rivages des Cyclades et du thème des

Thracésiens, certainement aussi ceux des thèmes de Samos et des Cibyr-

rliéotes, c'est-à-dire tout le littoral qui va d'Éphèse à Myra. Ils finirent

pourtant par être cernés et cruellement battus par les chefs militaires de

ces régions et, comme de rigueur, cinq cents d'entre eux, pris et liés tout

vifs, furent expédiés au basileus pour paraître dans le triomphe au Cirque

avant d'être vendus à l'encan. Tous les autres

prisonniers sarrasins fort nombreux, semble-

t-il, furent, châtiment effroyable évidemment

institué à titre d'exemple, empalés sur des

pieux fixés de distance en distance le long de

PIÈCE D'OR du khalife d'Egypte la côte qu'ils avaient tant ravagée, « depuis Al-Zahir, frappée au A'"/'/-.' (Misr) . t ... ■ ,, o. 1 -i /i\ rr .

enl'andeJ.-C. 1030. Adramytt.on jusqua Strobdos » (1). Très

peu de temps après, toujours au dire de Skylitzès (2), une nouvelle bataille navale eut lieu entre les mêmes adversaires, et cette fois le stratigos du thème des Cibyrrhéotes, Constantin Chagé, battit à nouveau les pirates. II détruisit entièrement leur armement, envoya cinq cents captifs au basileus et fit noyer les autres. Ce chiffre de cinq cents prisonniers qui se répète d'une manière si uniforme dans tous ces combats, ne laisse pas que d'être assez inquiétant. N'y aurait-il pas confusion, et, en particulier, ces deux derniers combats n'en feraient-ils qu'un? C'est bien probable. Ou bien ce chiffre de cinq cents captifs était-il une sorte de dîme prélevée au bénéfice du basileus sur

(1) Ou Termeron de Carie.

(2) Voy. Cédr., 511. — Dans cette même année 1035, à la suite d'un tremblement de terre, cinq localités du thème des Bucellaires furent englouties dans une monstrueuse fissure du sol. « l'eu s'en fallut, raconte Skylitzès, que le proèdre Nicéphore, haut personnage, ancien eunuque favori de feu le basileus Constantin, lequel se trouvait de passage en ces parages, ne périt. Il fut sauvé contre toute espérance, et, à la suite de ces émotions, se fit moine au monastère de Stoudion. » — Aboulfaradj (op. cit., p. i26) note pour la même année des inondations « en Perse ». — Voy. encore Mathieu d'Édesse, éd. Dulaurier, p. 53.

// I i: \l.l> Il SÉVÈRE

le bétail humain vendu à l'encan à la suite de ers grandes victoires? Ici, pour la première luis, s voyons apparaître parmi le cliquetis de

IVOIRE BYZANTIN du Musée Bodléien, a Oxford. — Le Christ bénissant

assis sur la trône. — XI 'ou .\7/«« Siècle.

ces événements militaires un m tu glorieux autant que mystérieux et lointain qui va devenir presque fameux, celui du héros Scandinave quasi fabuleux, Harald, le frère du roi de Norvège, saint Olaf. Ce royal aventurier qui avait ilù fuir son pays à la suite d'un meurtre, avait, nous le verrons,

194 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA

fini par entrer au service du basileus de Constantino]>le. Il devait s'illustrer infiniment dans ce poste. La première mention qui suit faite de sa présence dans la Ville gardée de Dieu, est celle-ci : le scalde, auteur de la « Saga » dite « de Harald », raconte que son héros, nommé par la basilissa Zoé chef des Vaerings, c'est-à-dire chef de la garde impériale varangienne ou russe, alla combattre les pirates dans l'Archipel, en Afrique et en Sicile! Nous reviendrons plus loin, à propos de l'histoire de ce héros légendaire, sur ses hauts faits, particulièrement dans la guerre de Sicile. Pour ce qui est de sa participation aux batailles navales dans l'Archipel, nous ne possédons que cette unique indication si brève. Elle n'en a pas moins son prix, puisqu'elle nous autorise à croire que Harald lit probablement ses premières armes an service du basileus dans ces combats que je viens de décrire, snus la haute direction du stratigos des Cibyrrhéotes (1).

J'ignore pour quelles raisons Michel et son frère l'Orphanotrophe, au dire de Skylitzès, retirèrent à Maniakès à cette époque son commandement d'Edesse où il avait si glorieusement fait son devoir (2) pour le remplacer dans ce poste si important par Léon Lépendrinos, tandis que luimême était nommé gouverneur de la haute Médie et de l'Aspracanie, c'est-à-dire de l'ex-royaume du Vaspouraean si récemment annexé à l'Empire et de toutes les contrées situées au sud de l'Ararat (3). Probablement le basileus et son frère, en agissant de la sorte, entendaient opposer ce jeune capitaine dont le nom commençait à devenir célèbre, aux progrès toujours croissants des ïurks Seldjoukides en ces parages et à leurs incessantes agressions tout le long des frontières chrétiennes. Mal leur en prit cependant, car Edesse allait avoir à souffrir presque aussitôt du départ de son énergique commandant. Dès la tin de cette même année 1035, ou

(1) Voy. sur ces faits si curieux: Wassiliewsky, La droujina vseriwjo-russe, ch. VII. Peutêtre même Harald fil-il partie, avec ses compatriotes, de l'expédition navale contre Alexandrie. Voy. p. 131 du présent volume.

(2) Skylitzès est seul à nous donner ce renseignement. Voy. Gédr., 512, 9. Toujours la même série de notes sur le thème des Cibyrrhéote3 et l'Asie en général fournies probablement par le métropolitain d'Euchaïta, le fameux Jean Mauropos.

(3) Mathieu d'Edesse (éd. Dulaurier, p. 51) note également la destitution du brave Maniakès de son commandement d'Edesse, mais il attribue cette mesure à Romain Argyros qui remplaça, dit-il, le jeune héros par un certain Aboukab, « comte de la tente » (x6|ju)Ç tt,ç xop-cr.ç) de Davith le curopalate, donc un Arménien ou un Géorgien, ancien fonctionnaire de ri- prince. Voy. la note 1 de la p. 83, ou il est déjà qu33tion de ce personnage.

comb i rs i i roi r d edi ssi 195

plutôt de l'hiver suivant, d'après Mathieu d'Edesse I , Ibn el-Athîr 1 el Aboulfaradj 3 . les émirs sarrasins 11m ou BarW;ithth;ïli le Numérite de Harràn el Ibn 1 (utaïr I . qui ne pouvaient se consoler de In perle de cette cité, probablemenl encouragés parle dépari de Georges Maniakès, donl ils avaient une terreur extrême, vinrenl attaquer le territoire d'Edesse avec des forces très considérables augmentées des contingents que leur amena Nasser Eddaulèh llm Merwàn en personne, toujours irrité contre les

Grecs à cause de leur injuste agressi le l'année précédente. Tous les

trois, ilil Ibn el-Atliir, marchèrent d'abord contre Smiwaidà que les Grecs venaient de rebâtir. .Même les habitants de la région s'adjoignirent à eux. Ils prirent cette ville d'assaut, tuèrent trois mille cinq cents de ses défenseurs, la mirent au pillage et emmenèrent de nombreux captifs. Ils allèrent ensuite assiéger Édesse où la disette grandit à tel point qu'une mesure de blé se payait un dinar. La -il nation devint même si critique que le patrice gouverneur d'Edesse, qui était alors certainement Lépendrinos, dut sortir secrètement de la ville pour aller informer le basileus de ce qui se passait. Le basileus le renvoya à Edesse à la tète de cinq mille cavaliers. 1 Ibn Waththàb, poursuit Ibn el-Athir, et le commandant des troupes de Nasser Eddaulèh en furent informés. Us préparèrent une embuscade dans laquelle les (irecs tombèrent. Beaucoup d'entre eux furent tués; beaucoup d'autres, dont le patrice, faits prisonniers. Les musulmans conduisirent celui-ci devant la porte d'Edesse et dirent à ceux qui lagardaient : ( Livrez-nous la ville, sinon nous tuerons le patrice et ceux qui ont été faits prisonniers avec lui. » La ville, qu'on ne pouvait plus défendre, fui livrée. Les troupes grecques se retirèrent dans la forteresse et les musulmans pénétrèrent dans la ville, faisant main basse sur tout ce quelle renfermait. Us en revinrent les mains pleines, emmenant de nombreux prisonniers, et firent un grand massacre. Ibn Waththàb envoya à Amida cent soixante chameaux chargés des têtes de ceux que l'on avait tués et continua d'assiéger la citadelle.

1 En l'année arménienne 484 (13 mars 1033 à II mars 11)36). (s) Op. cit., IX, p. 305.

(3) Op. cit., p. 127. En l'année i 7 de l'Hégire •'■ nov. 1035 à 24 octobre 1036 >lan* le iimis de redjeb.

I) Weil, op. cit., p. 89, 'lit i Ibn Attijah ».

196 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEQDORA

Hassan Ibn Mouffaridj DaghfaJ Ihn Djerrâh At-Tàï, le partisan des Byzantins, vint ensuite au secours tics assiégés d'Edesse, amenant avec lui cinq mille cavaliers arabes et grecs. Averti, Ihn Waththàb se hâta de marcher contre lui pour l'empêchi r d'opérer sa jonction. Une partie des Grecs d'Edesse sortit alors de la ville et s'avança jusqu'à Marràn; mais les habitants les attaquèrent et Ibn Waththàb, informé de ces faits, revint en toute hâte. 11 tomba sur les Grecs, dont il tua un grand nombre. Le reste revint à Edesse en désordre.

Deux ans plus tard, en l'an 42!) de l'Hégire (1) — c'est toujours au même écrivain arabe que nous devons ces précieux renseignements, qui nous montrent les guerriers grecs alliés aux Arabes contre les propres coreligionnaires de ceux-ci, — deux ans plus tard, le prince de Harrân, ne pouvant plus tenir tète aux Grecs d'Edesse, traita avec eux et leur laissa le faubourg d'Edesse qu'il leur avait enlevé auparavant, comme il vient d'en être fait mention. Les Grecs sortirent alors de la forteresse et affluèrent dans le faubourg, à la grande frayeur des gens de Harrân. Ils restaurèrent les édifices et les fortifications d'Edesse.

Mathieu d'Edesse, qui raconte ces mêmes faits fort brièvement et fort inexactement, ajoute que ces bandes sarrasines innombrables, véritable multitude « de Kurdes et de Mahadiens », après avoir quitté les abords d'Edesse, se précipitèrent tout du long de la rive orientale de l'Euphrate, semant partout le meurtre, le pillage, l'esclavage et la ruine. Ces féroces envahisseurs enlevèrent encore aux Grecs les localités d'Alar (2) et de Sévavérag ou Sivarag, ville de la Mésopotamie arménienne, au nord-est d'Edesse. C'est aujourd'hui Sévérek ou Siïverek, dans le pachalik de Diàr-Bekir. Ibn Waththàb ramena de ses incursions d'innombrables captifs.

Les historiens byzantins Skylitzès (3) et Zonaras (4), entre autres, tout en niant à tort la prise d'Edesse à ce moment par les Sarrasins, affirment que l'action de ceux-ci, qui avaient largement profité du découra-

1) 14 octobre 1037- 2 octobre 1038.

2) Localité non identifiée du territoire d'Edesse.

(3) Voy. Cédr., 520. — Skylitzès place la délivrance d'Edesse, par le duc Constantin, à l'an 1037.

(4) L. XVII, chap. 14.

/ ni:ssi: t'sy secdi iu i

gement amené parmi les chrétiens par la disgrâce de Maniakès, fut si

vii ilcn leçon Ire celte ville qu 'elle eût cerl ainenienl succombé, Lépendrinos,

successeur de Maniakès, n'étant pas en état de la défendre, si le nouveau duc d'Antioche, Constantin, le frère <lu basileus, parti de celle dernière

- V. ■ *-, -t.- - ■, t-, —f. .14 **-•.. ±, A~T,~,JT

■ I •■ •.'.--•■.•. Mu* :^tot»f|'«X,

\,— .~ I • ~ - v. • • UV T* PJ

1 1 < .y , , ft

v. j. -*. . ->,x'. ..». J v>i.— . i- t x-x- t- -, «ri r»f"*«iXl«' "Jt^f*

MINIATURE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de {'Histoire de Skylitzès, Je la Bibliothèque Nationale de Madrid. — Les Arabes tentent de reprendre Édesse par rose. — (Millet, 11' -'-Études, C. 12M.)

ville en haie extrême avec tous ses contingents, ne l'eût secourue in extremis et sauvée contre tout espoir (1). Nous n'avons pas, de ce côté, d'autre détail sur ce succès inespéré des armes byzantines qui dut être considérable (2). Le basileus récompensa ce service signalé en nommant le duc Constantin domestique des Scholes de l'Orient, autrement dit généralissime des forces impériales en Asie. Le gouvernement d'Édesse,

(1) Aboulfaradj, à l'année de l'Hégire 429 (14 oct. 1U37 —2 oct. 1038), raconte, de son côté, que les Turks Seldjoukides ou « Huns Gouzéens », après avoir fait grand carnage parmi les Kurdes et les Arabes de l' Arménie, s'étant retournés contre l'émir Bar-Waththâb, celui-ci rendit Édesse aux Grecs pour être tranquille de leur côté. Voy. dans Murait, op. cit., I, 615, 2, la mention des ravages exercés à cette occasion parles Turks Seldjoukides ou « Gouzéens ».

(2) Le récit de Mathieu d'Édesse (op. cit., p. 52) est moins glorieux pour le duc Constantin, a II arriva, nous dit-il, à la tète d'une nombreuse cavalerie jusqu'à Malatya; mais, redoutant les musulmans, il n'osa pas sortir de la ville pour en venir aux mains avec eux. Ceux-ci, ayant connu son arrivée, reprirent le chemin de leur pays. Les Romains en firent autant et rentrèrent chez eux, craignant de s'aventurer sur le teiritoire ennemi. Dans leur marche, ils plongèrent les chrétiens 'c'est-à-dire les Arméniens) dans le deuil, plus même que ne l'avaient fait les musulmans.

A cette même année 427 de l'Hégire (5 novembre 1035-24 octobre 1036), Ibn el-Athîr signal.'

198 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET TIIEODORA

enlevé à l'incapable Lépendrinos, fut confié à un vaillant officier d'origine géorgienne, Barazbatzé ou Waraz Watché(l) dit l'Ibère, ibérien par sa mère, mais né de père arménien. (Je chef intrépide faillit être pris peu après par les Sarrasins, dans une singulière surprise que nous racontent Skylitzès et Tchamtcbian et que ce dernier écrivain place à l'an 1038 (2). Douze d'entre leurs chefs vinrent un jour trouver le commandant impérial, suivis de cinq cents cavaliers et d'autant de chameaux, chargés chacun de deux grandes caisses, soit mille caisses en tout. C'étaient, disaient-ils, des présents que leur nation, dont ils n'étaient que les envoyés, adressait au basileus pour lui rendre hommage et se le rendre favorable. Waraz Watché lit dans Edesse à ces étranges voyageurs le plus aimable accueil. 11 convia les chefs à un festin, mais ne les autorisa cependant à faire entrer dans la ville ni leurs cavaliers, ni leurs chameaux. Durant que ces sauvages invités banquetaient aux frais du basileus, un vagabond arménien, qui comprenait l'arabe, s'en alla mendier au camp sarrasin. Tout en rôdant parmi les tentes de poil de chameaux, il eut la surprise d'entendre une des caisses s'entretenir avec sa voisine et une voix en sortir qui demandait : « Où sommes-nous? » 11 courut faire part de sa découverte à Waraz Watché qui, laissant ses convives à table, galopa au camp ennemi avec un détachement d'élite. Les cavaliers inlidèles étaient allés fourrager au loin. Le chef byzantin lit aussitôt ouvrir les innombrables caisses. Un trouva dans chacune un soldat tout armé (3). Us devaient ainsi, durant la nuit, s'emparer de la ville. A mesure qu'on ouvrait les caisses on tuait les hommes qu'on en extrayait. A mesure aussi que les cavaliers dispersés rentraient au camp, on les passait par les armes. Puis \\ araz M atché s'en retourna auprès des chefs qu'il trouva toujours

encore le fait suivant: Les « Sanàvina », Arméniens qui occupaient des châteaux forts aux environs de Khelàt, avaient assailli le convoi des pèlerins qui, de l'Aderbaïdjan, du Khorassan et du Tabaristan, se rendaient à la Mecque et pris tout ce qu'ils possédaient, cela par trahison, et avec la complicité îles autres tribus arméniennes. Les pèlerins furent massacrés ou réduits en esclavage. Les Arméniens firent ensuite hommage aux Grecs de la totalité des prises provenant de cette affaire. Nasser Eddaulèh châtia les Arméniens et prit des mesures de précaution contre les Grecs.

(1) Le même certainement qui avait été compromis dans une conspiration sous Romain III Voy. p. 102 du présent volume. — Voyez encore Epopée, I, 431 et Hist. de la Géorgie, add., p. 219.

(2) Op. cl., II, pp. 915, 917, 918.

(3) Skylitzès (voy. Gédr., 520) dit qu'il y avait deux guerriers dans chaque caisse.

Page 1