‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 50 sur 132 · LUTTE DE GUAIMAR I ET PANDOLFE IV · texte numérisé non relu

LUTTE DE GUAIMAR I ET PANDOLFE IV

qu'il n'aboutirail à rien sans l'appui de ces fameux mercenaires, il réussit à en détacher un grand nombre du service dePandolfe pour les faire entrer au sien. Ici encore les Normands se montrèrent fidèles à leur presque constante et peu chevaleresque maxime de suivre le parti du plus offrant. Parmi ceux de ce- guerriers qui passèrent ainsi à la solde du seigneur de Salerne se trouvaient Guillaume el Drogon, deux de ces fils de Tancrède de Hauteville qui allaient bientôt jouer un rôle prépondérant dans la conquête de l'Italie par les armes normandes (1).

Cette rupture avec le prince de Salerne fut le point de départ de la ruine de Pandolfe IV. Bientôt la bannière de Guaimar V fut un point de ralliement pour tous ceux qui supportaient impatiemment dans le midi

de la péninsule l'hégë nie du prince de Capoue. En 1030 celui-ci échoua

complètement dans une entreprise contre Bénévent, et, de jour en jour. la situation en ces régions s'accentua davantage dans le sens d'un corps à corps imminent entre lui et Guaimar, tous deux également ardents à ambitionner la suprématie.

Du côté de Guaimar. on voyait le prince de Naples, fils et successeur de Sergios, grièvement assailli par Pandolfe, et les comtes de Teano, alli'par le sang à la maison princière de Salerne. Quant à Pandolfe, nous avons vu qu'il avait étendu son autorité au delà des confins de sa propre seigneurie de Capoue jusque sur (iaète, Amalfi et les possessions du Mont- Cassin. Les comtes des Marses, les seigneurs de Sora et d'Arpino, le duc de Sorrente aussi étaient certainement encore ses alliés. Les forces des deux partis étaient passablement équivalentes, si bien qu'en cas de conflit l'issue pouvait paraître fort douteuse. Les Grecs, nous l'avons vu, entièrement absorbés par leur lutte incessante contre le parti dit national, et par les préparatifs d'attaque contre la Sicde, ne pouvaient songer à faire pencher la balance d'un côté en y jetant leur épée. Cette fois encore, une autre puissance étrangère, avant même que les deux partis n'en fussent venus sérieusement aux mains, donna définitivement la prépondérance à Guaimar et précipita la défaite de Pandolfe bien plus qu'on n'eût pu le prévoir. Ce fut l'empire allemand par la nouvelle descente à cette époque

(1) Voy. Delarc, op. cit., pp. 7.S sqq.

LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA

dans l'Italie méridionale de l'empereur Conrad II d'Allemagne. La monarchie germanique ne pouvait laisser passer sans châtiment un attentat comme celui dont Pandolfe s'était rendu coupable contre la célèbre abbaye du Mont-Cassin qui relevait directement de l'empereur. Le terrible

tyran avait de même cruellement maltraité l'archevêque Aténulfe de Capoue.

En mai 1038, devant Milan, Conrad qui avait passé les monts pour la seconde fois au mois de décembre de l'an 1037, avait reçu des appels plus pressants que jamais, qui le décidèrent à aller dans l'Italie du sud y rétablir le prestige si gravement ébranlé de l'autorité impériale (1).

Je raconte ces événements compliqués le plus succinctement possible. Conrad II qui, sans pénétrer dans Rome, était parti pour le sud en plein hiver, entra d'abord en négociations avec Guaimar de Salerne pour s'assurer son concours contre Pandolfe. L'incorrigible prince de Capoue se montrait sourd à toutes les injonctions de l'empereur qui lui enjoignait de remettre à l'abbaye du Mont-Cassin l'ensemble des biens dont il l'avait dépouillé. Force fut donc à ce dernier de sévir contre cet indocile vassal. A la tête

MINIATURE BYZANTINE d'an Évangéliaire du XI""Siècle conservé a la Martienne, à Venise. — Canon. — (Millet, Ht*'-Étades, C. 551.)

(1) De son côté, le duc de Naples se rendit à Constantinople pour implorer le secours du basileus.

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de -"ii armée, il marcha droil sur Cap Il venait de célébrer la fête

de Pâques à Spello en compagnie du jeune pape Benoii IX, depuis tantôt six ans déjà honte de la pourpre romaine, le plus effroyable représentant de cette époque effroyable. Pandolfe, comprenant trop tard la gravité de la situation, envoya sa femme >'l son Bis en ambassade à la rencontre de Conrad. Il donna des otages et s'engagea à payer pour ses forfaits une amende de tmis cents livres d'or. Mais ces conditions ne furent point remplies et l'empereur germanique, malgré sa répugnance à faire campagne en plein été en ces régions brûlantes, dut poursuivre sa marche en avant.

11 lit d'abord arrêt au Mont-Cassin où il rétablit l'ancien ordre de choses ; puis il s'avança droit sur Capoue sous les murs de laquelle il arriva seulement le soir du 13 mai 1038, veille delà Pentecôte, tandis que Pandolfe se réfugiait dans son fort château de Santa Agatha au-dessus de la ville. Comme le vieux guerrier refusait de se rendre, il fut déposé et condamné à l'exil. L'empereur nomma à sa place son rival détesté Guaimar de Salerne, prince de Capoue et duc de Gaète. Il accorda de plus à ce feudataire qu'il faisait si puissant, la suzeraineté sur le nouveau comté normand d'Aversa, lequel se trouva dès lurs dans l'étroite dépendance de la principauté de Salerne.

MINIATURE BYZANTINE d'un Evangéliaire la \l •Siècle nne, à Venise. — Canon. — (Millet, H'" -Études, C. 551.)

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Guaimar V, qui n'avait pas hésité à accepter l'héritage de son oncle Pandolfe, savait que le vieux lion ne se résignerait pas facilement à cette spoliation. Aussi, pour s'assurer le concours des Normands devenu plus nécessaire que jamais, avait-il demandé à Conrad de leur accorder quelques marques de sa bienveillance. L'empereur, accédant à cette prière, avait confirmé Rainulfe dans la possession du comté d'Aversa et de son territoire et lui avait donné comme investiture une lance et un gonfanon sur lequel étaient gravées les armes de l'Empire (1).

« Cet acte, dit l'abbé Delarc,qui plaçait officiellement le chef des Normands parmi les feudataires du Saint-Empire, était, par une étrange ironie du sort, rendu sur la demande d'un prince dont les fils devaient être complètement dépouillés de leur patrimoine par les Normands, et promulgué par un souverain à la dynastie duquel ces mêmes Normands devaient porter les coups les plus terribles et les plus décisifs. »

Une créature de l'empereur, l'abbé allemand Richer, remplaça le fils bâtard de Pandolfe sur le trône abbatial du Mont-Cassin. L'archevêque Ali'nulfe fut rétabli à Capoue. Puis Conrad, dont l'armée était décimée par la peste en ce début d'été torride, par la vieille voie Appienne jusqu'à Bénévent, puis par les rives de l'Adriatique et Ravenne, regagna la Germanie où il devait mourir à Nimègue dès le i juin de l'année suivante, n'ayant pas encore cinquante-cinq ans. Il semble, durant cette seconde expédition dans le sud de l'Italie, avoir évité avec le plus grand soin toute occasion de conflit avec les Grecs devenus presque ses amis. Il laissait à la tête des intérêts impériaux en ces parages un prince longobard, Guaimar de Salerne, un guerrier normand, Rainulfe, et un moine bavarois, l'abbé Richer du Mont-Cassin. On vit aussitôt comment ces trois hommes entendaient exécuter leur mandat. Le duc de Sorrente fut chassé et remplacé par Guido de Conza, frère de Guaimar. La riche Amalfi, « ricca d'oro e di drappi », prise de force, fut en avril 1039 incorporée à la principauté de Salerne. Partout le triumvirat eut les plus excellents résultats. Pandolfe, après avoir essayé de fléchir Guaimar, finit par renoncer à la lutte. Abandonnant son rocher de Santa-Agatha à la garde de son fils,

(i) Voy. Chalandon, op. cit., f. 88.

PANDOI.Fi: IV .1 i d\s 1 a \ i iSol'LE

toujours encore dans le cours de celle présente année KKÎ8, il se réfugia en compagnie de son bâtard Basile, l'abbé déjiosé du Mont-Cassin, à Gonstantinople, pour y chercher secours auprès du basileus Michel I . Mais 1rs envoyés de Guaimar le suivirent dans cette ville et mirent au courant de la silualion véritable l'eunuque Joannès qui gouvernait en maître au Palais Sacré. Aussi les sollicitations de Pandolfe demeurèrentelles sans effet. Il l'ut même, sur les représentations de son opiniâtre ennemi, envoyé dans un lointain exil sur lequel nous n'avons du reste aucun détail, et dont il ne revint avec ses compagnons d'infortune qu'au bout de dcu\ années, peut-être seulement après la mort du basileus. H dut rentrer en Italie dans le courant de l'hiver de 1040 à 1041 (2).

A partir de ce moment, la puissance du prince de Salerne alla sans cesse en augmentant. Son alliance avec les Normands se resserrait chaque jour davantage. Quant à la cour de Gonstantinople, elle était d'autant plus disposée à le soutenir qu'elle eut sur ces entrefaites besoin de son concours pour une importante expédition organisée contre la Sicile musulmane (3).

On n'a pas perdu le souvenir des vaines tentatives des Byzantins sous Nicéphore I'hocas comme sous le grand basileus Basile pour reprendre pied dans cette ile si belle et si riche et pour en chasser les conquérants sarrasins, puis des incessantes et terribles agressions de ceux-ci contre les thèmes de la péninsule italienne. L'expulsion des Musulmans de Sicile était devenue une nécessité pour le gouvernement impérial. La dernière de ces tentatives des Grecs avait été brusquement interrompue dès

(1) Aimé, 1. II, c. 12.

(2) Aimé, 1. II, éd. Delarc, note de la page 62. — Voy. aussi Schipa, op. cit., XII, p. 519, note 1.

(3) Giesebrecht, op. cit., II, pp. 329 et 335, insiste avec raison sur les dispositions éminemment conciliantes de Conrad II envers l'Empire d'Orient à ce moment. Dès 11127, nous le savons, il avait envoyé l'évêque Werner de Strasbourg à Gonstantinople pour chercher à y nouer pour son fils une alliance matrimoniale (voy. pp. 43 sqq), et tout semble démontrer qu'à cette époque à Troja où bien déjà auparavant on en était arrivé entre les deux Empires a quelque accord politique très étroit. Cette fois encore si, dès son arrivée en Italie, l'empereur allemand se dirigea vers les frontières byzantines, ce ne fut point pour les menacer, niais bien certainement dans le but de conclure avec lus mandataires du basileus quelque traité de paix ou d'alliance ou de renouveler un traité déjà existant. Nous voyons encore la cour de Constantinople incarcérer l'andolfe, le mortel ennemi de Conrad. Tout enfin nous démontre dans quelle étroite union vivaient alors les deux Empires, mais aucune preuve plus éclatante ne nous en est donnée que le secours si puissant accordé dans ce moment aux Grecs par Guaimar de Salerne et ses Normands pour leur expédition de Sicile.

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son début par la mort imprévue du basileus Basile dans le courant du mois de décembre de l'an 102.*). Tout naturellement le gouvernement de l'eunuque Joannès, désireux de mettre un terme à un état de choses presque insupportable pour les thèmes d'Italie, n'attendait qu'une occasion pour tenter de prendre sa revanche et reconquérir la Sicile. Cette occasion se présenta déjà en l'an 1035.

A ce moment ce furent les Arabes de cette île eux-mêmes qui, en guerre les uns contre les autres, demandèrent aux Byzantins d'intervenir dans leurs affaires. II n'est pas très facile de connaître exactement les motifs qui firent naître en Sicile cette guerre civile. Nous savons seulement que depuis longtemps il existait d'une manière permanente un conflit vii dent entre les Siciliens et les Africains, c'est-à-dire entre les descendants des anciens habitants chrétiens de la Sicile devenus musulmans ainsi que ceux des vieilles familles arabes établies dans l'île depuis de longues années, y possédant des immeubles considérables, d'une part, d'autre part les immigrés berbères venus bien plus tard en très grand nombre de l'Afrique du nord dans l'île et nullement encore fondus avec le reste de la population. L'émir régnant, Ahmed al-Akhal I , proclamé en 1019 à la suite de la sanglante sédition du peuple de Païenne, qui avait contraint son frère, l'odieux Djafar (2), à abdiquer et à quitter le pays, avait repris à nouveau avec une grande énergie les expéditions de pdlage contre les cités byzantines du midi de la Péninsule. C'était déjà pour en finir avec ces odieuses et incessantes agressions, véritable enfer pour les malheureuses populations des thèmes de Longobardie et de Calabre, que Basile U avait organisé la grande expédition que sa mort avait interrompue en 102.J. Depuis lors, les incursions de pillage n'avaient jamais cessé, en étroite connexité avec les tentatives de soulèvement du parti hostile à Byzance dans le sud de la Péninsule (3). Nos guides principaux, pour les événements qui \ont suivre, sont les deux chroniqueurs arabes Ibn el-Athir et Nowairi, aussi Aboulféda et Ibn Khaldoun.

(1) Les Byzantins le désignent d'ordinaire sous le nom grécisé d' « Apolafar » ou « Aboulasphar ». AitoXâçop Moj/oju.£t, de son surnom arabe d'Abou Djafar, « père de Djafar ». Voy. Breslau, Konrad II, p. 294, n° 2, et Épopée II, p. CU2.

(2) Émir depuis 998.

(3) Voy. pp. 143 et 147.

VERTURE D'ÉVANGÉLIAIRE . •■ au, Mont Athos.

- A -XI siècle. — fi iments de l'art chrétien au Mont- Athos.)

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