‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 51 sur 132 · FF [1RES DE SICILE · texte numérisé non relu

FF [1RES DE SICILE

L'émir Akhnl , décoré par le Khalife Hakem du titre glorieux mais vain de « Soutien de l'Empire ». après d'heureux débuts, après avoir rétabli à la fois la paix dan- l'île ef le bon combal contre les Infidèles (1), avait été d'abord hostile à l'élémenl africain. «, Je veux, disait-il aux principaux Musulmans de l'île, vous délivrer de tous ces Africains qui possèdenl avec vous ce pays ; mon projet est de les expulser » 1 . Les Siciliens n'ayant pas accepté ces ouvertures, Akhal se retourna du côté des Africains auxquels il lit des propositions analogues contre les Siciliens. Ceux-ci les acceptèrent.

A partir de ce moment, l'émir J).

Akhal ne s'entoura plus que d'Africains qu'il favorisa outrageusement aux de pens du parti sicilien 3 .

Ensuite de ers événements, en l'an 1035, une révolte des Siciliens éclata contre l'émir. Son propre frère

Abou Hafs, l'Apochaps 'les Byzantins (4 , se mit à la tète des rebelles. Akhal chercha à conjurer ce grand péril par une alliance passablement impie avec les Byzantins. Dès le printemps de cette année, l'eunuque Joannès lui envoya pour traiter de la paix d'abord, d'une action commune ensuite, un habile ambassadeur, Georges Probatas. Celui-ci, fort bien reçu à Palerme, où il était arrivé après le mois de mai 1035, réussit

FRAGMENT de la Porte de brome de la Basilique

de S nnt-Paul-hors les-mars, à Rome, détraite dans

l'incendie de l'an 1823, qui anéantit cet édifv:e. Sur

ce fragment figure une portion de l'effigie du prophète Habacac (Haba-

hoam). Cette Porte de bronze damasquinée de nielles, fabriquée à Constan-

tinople, portât la date de l'an 1070.

l Voy. pp. 36 et 224 i1u présent volume et Aiuari, op. cit., II, p. 365, lignes 1 à 3. (2) Ilm el-Athîr <•( Nowairi.

3 Voy. sur tous ces faits qui n'intéressent qu'indirectement notre histoire, Amari, op. cit., II, pp. 368 sqq.

(4) « Atio/xJ/ ».

226 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA

pleinement dans sa mission. II décida même l'émir à envoyer son fils en sa compagnie, comme otage de sa bonne foi à Constantinople. En retour, Akhal reçut le titre toujours si prisé de magistros. Il reconnut vraisemblablement aussi la suzeraineté byzantine, ce pourquoi on lui promit le secours des troupes impériales dans sa lutte contre son frère, qui s'appuyait sur le parti vieux sicilien mécontent (1). Le traité fut probablement signé dans le courant de l'été de l'an 1035.

Ce frère rebelle, venait lui aussi, de réclamer à son profit, mais dans une direction bien opposée, l'intervention étrangère. A Tunis et Kairouan régnai! pour lors le Khalife Mouizz Ibn Bàdis, de la race des Zirides qui, à la suite de l'émigration en Egypte de la dynastie des Fatimites, avaient gouverné la côte berbère du nord africain, d'abord comme gouverneurs au nom de ceux-ci, puis comme souverains indépendants. C'est à ce prince, alors fort puissant, que s'adressèrent vers la fin de cet an 1035 les députés siciliens du parti d'Abou llafs. « Nous voulons être tes sujets, lui lirenl-ils dire : si tu n'acceptes pas, nous livrerons l'île aux Roùm (2). Cette démarche obtint un plein succès. Mouizz accueillit à merveille la députation sicilienne, fit proclamer la guerre sainte dans ses Etats, et envoya à l'émir six mille guerriers, moitié fantassins, moitié cavaliers, bien équipés, sous le commandement de son fils Abdallah (3). La seule condition était que le prince sicilien demeurerait à toujours son vassal. Akhal, battu par (•(■s redoutables troupes dans plusieurs rencontres, fut réduit à franchir le détroit et à se réfugier auprès du « catépano » byzantin, Constantin Opos, placé, on l'a vu, en mai 1034, à la tète de l'administration des thèmes italiens en place de l'incapable Oreste (4). Ceci se passait en l'an 427 de l'Hégire, qui correspond à peu près à l'année du Christ 1036.

Ce fut seulement en l'an suivant, en 1037, que Constantin Opos, à la tète de toutes les forces byzantines disponibles de l'Italie méridionale, passa en Sicile. Nous n'avons presque aucun détail. Seulement les chro-

(1) Cédrénus, II, :j13-314.

(2) C'est-à-dire « aux Chrétiens ».

(3) La cour de Constantinople avait également envoyé à Mmiizz un ambassadeur avec de riches présents d'étoffes de soie et autres raretés. Amari, op. cil., II, 368.

(4) Cédrénus, II, iilB. — Yoy. p. 148 du présent volume. Il avait été récemment créé patrice. — M. Chalandon, op. cit., f. 92, l'appelle Léon Opos.

EXPÉDITION BYZANTINE l\ SICILK 221

niqueurs grecs racontent que I satépano » battit à plusieurs reprises

les troupes africaines d'Abdallah el repoussa leurs vives attaques. 11 ne parait pas cependant qu'il se soit trouvé en état de résister longuement à un ennemi beaucoup trop nombreux et, d'aprèsce que raconte Skylitzès I , une réconciliation sémillant devoir se préparer entre les deux partis ennemis en Sicile, il se vit forcé de regagner l'Italie. Cette expédition n'avait eu qu'un seul bon résultat. Les Grecs ramenaient avec eux plus de quinze mille esclaves chrétiens délivrés de la captivité sarrasine, peut-être bien plutôt des habitants chrétiens de Sicile forcés de fuir leur patrie! Quelle odyssée dramatique dut être celle de ers infortune- !

La retraite du i catépano » assura dan- l'île la complète suprématie d'Abdallah, le lil- de l'émir ziridite de Tunis, et de ses partisans. L'émir Akhal, abandonné à ses forces, enfermé dans la forteresse de Palèrme, y tut tvn; par ses propres partisans qui apportèrent sa tète à l'heureux vainqueur. Eux ('gaiement reconnurent le jeune chef africain pour maître unique de la capitale et de la Sicile tout entière. C'est sur ces entrefaites que la nouvelle armée byzantine arriva !

Le gouvernement impérial àConstantinopIe, plutôt l'eunuque Joannès, délivrés de tout engagement par la mort du malheureux émir Akhal, avaient immédiatement résolu de profiter de ces dissensions entre Arabes pour organiser à nouveau une expédition définitive contre la Sicile el y rétablir l'autorité byzantine. Les plus grands préparatifs furent faits sous l'énergique impulsion du basileus el de son frère. Le commandement en chef fut confié à un des chefs militaires le plus en vue vue à ce moment, à ce jeune et déjà célèbre Georges Maniakès 1 qui. sous le règne précédent, aux campagnes de la lointaine Syrie, -'était couvert de uloire dans son expédition contre Edesse et dans le terrible siège qu'il avait soutenu aussitôt après dans cette même cité. Depuis, dans son commandement de la Haute-Médie, il s'était constamment distingué dans les luttes contre les Sarrasins sur la frontière d'Asie et avait relevé sur les deux rives de l'Euphrate le prestige des armes impériales. Les meil-

(i Cédrénus, II, 517.

ï -kyliizès. dit qu'il fut nommé ■■ stratigos autokrator des forces du thème de Longobardie ».

leures troupes de l'Empire formaient le corps expéditionnaire. On y voyait non seulement les belliqueux contingents du thème des Arméniaques sous la conduite d'un chef également déjà célèbre, Katakalon Kékauménos I , mais encore la « droujine » ni3se ou Scandinave, les fameux Vaerings, en

un mot, sous le commandement du héros Ilarald Hardrada (2), c-'est-à-dire le Sévère (3), fils de Signrd Syr, roi du Ringi, et d'Asla de Steig, frère utérin du roi de Norvège Olaf II le Saint, un des plus grands souverains de son pays, lui-même futur roi de Norvège et prétendant à la couronne d'Angleterre qui, après la mort violente de son royal frère à la bataille de Stiklastadr où luimême s'était couvert de gloire, échappé miraculeusement à la mort , avait, quoique grièvement

PLAQUE D'ORFÈVRERIE d'art byzantin du Xl<»< ou blessé , pour se SOUS- XII'" Siècle. — Lu descente du Saint-Esprit. — (Coll. . , ,,. „ . .

Martin Le Roy., traire a 1 influence triom-

phante du paganisme et ensuite à la tyrannie danoise, brusquement quitté, à l'âge de quinze ans, sa patrie boréale pour aller vivre en Russie d'abord, à Byzance ensuite. Il me faut ici ouvrir une parenthèse pour parler au lecteur de ce personnage encore à demi légendaire, que j'ai cité à plusieurs reprises

(1) Sur des « Kékauménos » plus anciens, voy. Épopée, I, pp. 624 sqq. et II, pp. 220 et 495.

(2) Ou Hard-radr.

(3) Plus exactement encore « au rude conseil ».

LE HEROS HARALD ll.\ nnit.i n.i

déjà I , si célèbre dans les récits nordiques par ses aventures extraordinaires, par sa mort tragique, en 1066, en Angleterre, à Stanfordbridge, près d'York, dans une bataille contre le roi Harold, comme aussi dans

l'histoire russe par >cs relations avec le grand due Yaroslav le Sage. Jusqu'à il y a très peu d'années, nous ne le

connaissions, lui et ses

fabuleux exploits au service du basileus, que par

les récits légendaires des Sagas islandaises ou nordiques , principalement de celle qui porte son nom (2), ou encore par ceux des poésies Scandinaves, récits qu'il est souvent impossible, toujours 1res difficile de ramener à de:- proportions historiques. Eux seuls jusqu'ici nous avaient dit sa fuite jusqu'à la Ville gardée de Dieu et ses hauts faits au service du basileus dans ses armées PLAQUE D'ORFÈVRERIE d'art byzantin du XI-- on

Xiï"" Siècle. — Le Christ enseignant. — (Coll. Martin

comme chef des \ aermgs Le Roy-J à sa solde, ses luttes héroïques à la tète des forces impériales contre les pirates sarrasins dans la mer Egée, contre les « Scythes » ou Bulgares dans la péninsule des Balkans, bien d'autres exploits encore. Aucun auteur grec venu jusqu'à

(1) Voy. pp. 193 et 202 du présent volume.

- Voy. Scripta historien Islundorum, VI, Copenhague, 1835, pp. 119 à 161, et Snore Sturleson, Heimskringla or Chronicle of the Kinjs of Norway, éd. anglaise de S. Laing, Londres, 1S4Î. t. III, pp. 1 à 16, Saga IX, chap. I à XV. — Voy. encore sur les sources concernant Harald : Bury, op. cit., note 66, et Krumbacher, op. cit., p. 269.

nous n'avait parlé de lui, aucun ne l'avait même nommé, et nous pouvions croire que ses actions d'éclat tant célébrées par les chantres Scandinaves tenaient surtout du domaine de la fable et qu'il avait fini par retourner dans le nord sans laisser de lui aucune trace ni dans les chroniques bvzantines, ni dans celles de l'Italie méridionale, lorsqu'une nouvelle source grecque aussi précieuse qu'inattendue est venue nous éclairer sur l'authenticité de ces récits nordiques d'une manière aussi frappante qu'irréfutable. Je veux parler du fameux traité manuscrit anonyme de la Bibliothèque Synodale de Moscou, intitulé le « Cecaumeni Straterjicon » (1), publié pour la première fois en 1881 par M. Wassiliewsky, que j'ai cité tant de fois déjà dans les volumes précédents comme dans celui-ci (2). Parmi les personnages contemporains dont parle l'auteur anonyme au courant de ses récits, personnages aux côtés desquels il a combattu dans les rangs des soldats du basileus, figure, chose bien extraordinaire, désigné par Sun nom, le héros llarald, le propre héros légendaire des Sagas ! Pour prouver combien les basileis de cette époque considéraient peu les chefs mercenaires étrangers, même ceux qui avaient rendu à l'Empire les plus signalés services, tout un chapitre du Strategicon' (3) est consacré à ce personnage par l'écrivain anonyme qui dit avoir servi à ses côtés dans les mêmes armées impériales (4). Son témoignage offre donc des garanties exceptionnelles. Ainsi se trouvent d'un seul coup confirmés tant d'autres renseignements sur ce personnage que nous pouvions jusqu'ici considérer comme entachés d'un caractère quasi légendaire (S). Voici le texte de ce précieux passage qui modifie quelques assertions acceptées jusqu'ici par les biographes du héros norvégien:

« Je vais conter à Votre Majesté, dit notre écrivain, une autre histoire et j'en resterai là. llarald était fils d'un roi de Varangie (6); il avait un

(1) Ou encore Conseils et récits d'un grand seigneur byzantin du XI"" siècle.

(2) Voy. surtout : Épopée, I, pp. 620 sqq. M. Wassiliewsky a publié une 2™e éd. en 18%.

(3) Ch. 246 intitulé « Une autre histoire ».

(4) Il écrit : « "H|at(v o£ xiy^ ~**~.z KYamaôpEvoç ûitèp to-j fiziC/iw; xaîà ~h 3uvcet6v. »

(5) Voy. sur ce sujet si passionnant : Delarc, op. cit., pp. VIII, note 3, et 553 sqq,- puis encore Amari, op. cit., II, p. 383; Wassiliewsky, Conseils et récits, i" éd., pp. 246 et 327 sqq el 2e éd., pp. 8, 14, 97, mais surtout le précieux mémoire du même savant russe intitulé : La droujina oaeringo-russe, etc.

6 Par cette expression, l'écrivain anonyme fait voir qu'a Constantinople, au xi™' siècle, ce nom de Varange, sur l'étymologie duquel on a tant discuté, avait une signification ethno-

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