LE HEROS HARALD HARDRADA
frère nommé Olaf qui, après la morl du père, béritadu royaume, et destina Harald à être le second après lui dans le royaume-, m;iis Harald étanl encore jeune, con ni le désir d'aller rendre ses hommages au basileus
Kyr Michel le Papblagnnien, de bienheureuse mémoire, et, à celle occa sion, de prendre connaissance du régime romain. Il amena avec lui un détachement de cinq cents hommes vaillants. A son arrivée, l'empereur le recul comme il convenait el l'envoya en Sicile, car il se trouvait déjà dans celle ile une armée romaine occupée à faire la guerre I . Arrivé' là, Harald accomplit de grands exploits, et, après la conquête de la Sicile, il s'en retourna avec ses gens chez le basileus, qui l'honora de la dignité de » manglabite » (2 . Après cela, Dolîanos s'étant insurgé' en Bulgarie, Harald partit en campagne avec le basileus suivi de son détachement. Ici encore il lit preuve contre l'ennemi d'une bravoure digne de sa noblesse. La Bulgarie domptée, le basileus s'en retourna chez lui. Moi-même, je combattais alors pour le basileus au gré de mes forces et je m'y trouvais en personne. Quand nous lûmes à M<>s\ impolis, le basileus, pour récompenser les exploits militaires de Harald, le créa spatharocandidat. Après la mort du basileus Kyr Michel el de son neveu le Kalaphate, il demanda au basileus Monomaque lapermission de retourner danssa patrie, mais cette permission lui fut refusée, et son départ devint très difficile. Il parvint néanmoins à partir furtivement et obtint dans son pays la couronne à la place de son frère Olaf. Au lieu de témoigner du mécontentement d'avuir été seulement manglabite et spatharocandidat, il a conservé', même sur le trône, les sentiments de fidélité et d'affection envers les Romains. »
Si ce fragment, dit fort bien l'abbé Delarc, a une incontestable autorité pour les faits concernant Harald dans l'empire d'Orient à l'époque nù il a été écrit, il ne saurait en être de même quand il parle du nord de
graphique et n'était pas simplement la dénomination d'une classe de soldats au service de l'Empire d'Orient. Le nom de Varange n'était donc pas pour les Byzantins du xi"c siècle le titre d'une charge militaire dans l'armée impériale, niais avait un sens géographique. Il désignait les mercenaires venus surtout de la Norvège el dis autres contres Scandinaves. C'esl an Stralegicon que nous devons cette découverte! Voy. -" éd., p. 14.
i Voy. dans Wassiliewsky, La droujina vaeringo-russe, en. VIII, p. 81, l'opinion de cri érudit sur l'arrivée forcément tardive en Sicile, vers le printemps ou l'été de l'an loin seulement, de Harald et de son contingent.
. Vuy. dans ma Sigillographie byzantine le chapitre sur les sceaux dis Manglabites.
232 LES PORPHYROGENÈTES ZOÉ ET THËODORA
l'Europe, de la patrie du célèbre chef. De là des erreurs du début qu'il est facile de rectifier grâce aux sources Scandinaves, dont les principales, je l'ai dit déjà (1), sont la Heimskringla Sa'ja de Snorre Sturleson (2) et les Scripta historica Islandorum.
Voici d'après celles-ci le résumé de l'histoire de Harald avant son arrivée à Constantinople. J'ai dit déjà ses royales origines. Les Sagas le représentent comme un des plus beaux types du Northmann d'origine Scandinave C'était un géant mesurant sept pieds et demi, c'est-à-dire deux mètres quinze centimètres. Il était d'ailleurs bien proportionné, quoique ses pieds et ses mains fussent très grands et ses jambes fort grosses. Il avait le teint clair, le visage beau, les cheveux d'un blond pâle, la barbe courte et rousse, les moustaches très longues, un sourcil plus haut que l'autre.
A l'âge de quinze ans, il avait pris part à la bataille de Stiklastadr, livrée le 31 août de l'an 1030, qui coûta la vie à son frère le saint roi Olaf de Norvège. Le lendemain du combat, tandis qu'il s'enfuyait en Suède, à peu près seul et blessé, il composa ces vers quasi-prophétiques :
Je chevauche et mes blessures saignent ; J'ai vu bien des paysans :
Par le glaive (3) la garde était menacée de la perte de la vie en restanl au combat. Maintenant que j'erre de bois en bois entouré de bien peu d'honneurs, Qui sait si je ne deviendrai pas célèbre au loin un jour à venir !
De Suède, Harald s'était rendu à Kiev à la cour du grand duc Yaroslav qui lui avait fait bon accueil. Pour mériter la main de la jeune princesse Ellisifr, fille du grand duc, il avait combattu un an dans les furets de la Pologne contre les Slaves Lèches. Il s'était ensuite fiancé à la jeune femme, mais son futur beau-père lui avait déclaré qu'avant le mariage il devait conquérir encore gloire et fortune. Comme la paix régnait pour
(1) Voy. la note 2 de la p. 229.
(2) Le poème intitulé : Sagan of liaralda Hurdrada.
(3) Littéralement « Par l'ennemi des tilleuls », c'est-à-dire le glaive ennemi des boucliers faits en bois de tilleul.
LE HÉROS HARALD IIM;hl:\hA
le moment en Russie, il étail pptrti pour Constantinople ei l'Asie où ses
c patriotes se battaieni au service « I » i basileus. I-es Sagas ne si >nl pas
d'accord sur le chemin qu'il prît pour gagner ainsi la belle Miklagard,
c'est -à-dire (ionstantinople I .
Les motifs qui, suivant les récits nordiques, util l'ait venir Harald des pays du nord à Constantinople ne sont doue pas ceux allégués par l'écrivain byzantin anonyme que je viens de citer.
Tout au contraire, ce même écrivain montre qu'en venant s'enrôler dans les années du basileus, notre héros ne cacha pas son nom et son origine royale sous le sobriquet de Nordbrikt, ainsi que plusieurs Sagas l'allii'inent à tort 2).
A l'exposé un peu laconique de l'Anonyme byzantin sur les débuts de Harald dans l'Empire
d'Orient , les Sagas, d'au- PLAQUE D'IVOIRE représentant l'Annonciation et la
Nativité. — Travail byzantin du A7">' Siècle de l'Italie très Sources occidentales Méridionale. - (Coll. Martin Le Roy.
(1) Un certain nombre lui prêtent en ce moment des hauts faits et des séjours probablement fabuleux en Pologne, en Germanie, en France, en Italie déjà.
(2) Ces mêmes Sagas se trompent en disant que Harald arriva à Constantinople sous le règne de Michel V Kalaphate. L'écrivain anonyme du Strategicon nous montre qu'il y vint déjà sous le règne de Michel IV le Paphlagonien, prédécesseur et oncle de Michel V, puisqu'il prit part à l'expédition byzantine en Sicile, expédition terminée dès le 10 mai 10U par la rentrée des Sarrasins à Messine.
encore (1), ajoutent quelques précieux détails qu'il me serait agréable de développer ici plus au long si la place ne me manquait; on y lit entre autres comment le jeune héros remplaça Masr Ilundrodarson de Bandadal dans la charge de chef des Vaerings, sa première rencontre avec la basilissa Zoéquiseraittombée amoureuse de lui et lui aurait demandé de ses cheveux, la guérison de la femme du Vaering Erlendr, les aventures de Bolli Bollason, chef des gardes Scandinaves du basileus à cette époque, les courses enfin de Harald avec Girger .larl dans les mers de Grèce, ce Girger Jarl dans lequel on a reconnu l'autre fameux héros Georges Maniakès. Ces dernières allusions se rapportent aux premiers exploits de Harald sous la bannière du basileus, lorsqu'il combattait les Sarrasins sous les murs d'Edesse ou dans les mers de l'Archipel. J'ai rappelé les glorieux débuts du héros Scandinave (2). Suivons-le maintenant avec ses cinq cents compagnons et le reste des troupes grecques aux rivages éclatants de l'île de Proserpine. La belle armée byzantine placée sous les ordres de Maniakès devait être appuyée par une flotte puissante commandée par le patrice Stéphanos, un beau-frère du basileus Michel, chef absolument incapable (3). En outre, Michel Spondyle, patrice et duc, « catépano » actuel des thèmes byzantins d'Italie, probablement le successeur de Constantin Opos dans cette dignité et très probablement le même personnage qui avait été quelques années auparavant duc d'Antioche et qui s'y était fait honteusement battre par les Sarrasins (i), avait été chargé de lever de gré ou de force les milices de la Calabre et des Pouilles pour les joindre aux forces arrivant de la Mère patrie. Cette opération de recrutement semble avoir excité chez les habitants de l'Italie du sud un grand mécontentement. Enfin, ce
(1) Voy. Murait, op. cit.. M, 611, 6 et 613, 8.
(2) Les Sagas racontent bien d'autres choses encore, pour lesquelles la place me manque, hélas, ainsi la venue à Gonstantinople, sous le règne du Kalaphate, de Thornbiorne Aungul, meurtrier du fameux scalde Grettir. Thornbiorne était venu à Miklagard avec beaucoup de ses compatriotes pour s'y engager au service du basileus. Il y fut tué dans une revue par le frère de sa victime, Thorstein Dromund. Celui-ci, emprisonné à la suite de ce meurtre, fut sauvé par l'amour d'une grande dame byzantine qu'il finit par épouser. Il s'était lié d'étroite amitié, à Gonstantinople, avec Harald Hardrada. Il finit par retourner dans sa pairie neuf ans avant Harald.
(3) C'était un personnage de la plus basse origine.
(4i Voy. pp. 71 sqq. du présent volume. —Voy. dans Trinchera, op. cil., p. 32, n" XXVIII, un acte conservé à la Bibliothèque de Naples, acte daté du mois de novembre de l'an 1034, par lequel Constantin Opos, patrice et « catépano » d'Italie, confirme diverses immunités accordées par les « catépano » ses prédécesseurs.
LES IUXILIAIRES NORMANDS 235
dernier chef avait également reçu avec l'autorisation < le (iuaimar de Salerne auquel le bas iléus Michel avait demandé ce secours contre les Sarrasins, le précieux appui d'un corps de trois cents guerriers normands d'élite, de cinq cents même suivanl une autre source. Parmi ces magni fiques soldats brillaient au premier rang deux des lils de Tancrède de llanleville. Guillaume liras de Fer et Drogon, récemment arrivés de Normandie I . (iuaimar avait été fort heureux de la demande du « catépano » - . La turbulence des .Normands, surtout de ceux qui, moins heureux que Rainulfe d'Aversa, n'avaient pas encore de fief, le peu de cas qu'ils faisaient souvent de son autorité, causaient déjà beaucoup d'inquiétude au prince de Salerne, aussi les engagea-t-il vivement à se, joindre aux troupes de Georges Maniakès pour faire la guerre aux Infidèles. Il leur promit qui n seulement les Grecs, mais lui-même, les récompenseraient s'ils consentaient à aller en Sicile. 11 n'en fallait pas tant pour décider les vaillants aventuriers, toujours disposés à entrer en campagne. Snus la conduite des fils de Tancrède, ils allèrent rejoindre à Reggio l'armée de Maniakès.
A ces fiers guerriers normands se joignit encore dès ce moment, semble-t-il, un Longobard du nom d'Ardouin (3), ancien serviteur ou vassal de l'archevêque de Milan, peut-être, comme il l'est dit dans une source contemporaine, pour servir de drogman ou truchement aux hommes du nord pendant la durée de l'expédition de Sicile. Les troubles de son pays avaient déridé cet homme habile et rusé avenir dans l'Italie du sud, où nous le verrons jouer bientôt un rôle des plus importants.
A la tète de celle belle armée, vers le milieu de l'année 1038 environ i , après près de deux ans de préparatifs, le généralissime Georges Maniakès, quittant Reggio et traversant le détroit du Faro, débarqua en Sicile et marcha sur Messine. Un combat d'avant-garde dans lequel les Normands, toujours en tète de tous, se couvrirent de gloire en commen-
I Et non Hunifroy, le troisième frère. Voy. Heinemann, op.cit., note 9. — On se rappelle que ces deux chefs avaient quitté le service de Pandolfe pour celui du prince de Salerne.
S limé dit que s lapotesté impériale se humilia a peorer l'aide de Gaimere ». - o Guaini.ir, dit M. Chalandon, op. cit, f. 94, avait besoin du basileus qui avait en son pouvoir Pandolfe IV. 11 n'osa refuser le service dont il fut requis. »
3 Voyez Heinemann, op. cit., p. 76.
i Voy. Aine-. Ystoire de H Normant, éd. Delarc, p. 59, note 1.
çani par repousser une tumultueuse sortie des défenseurs, puis en entrant dans la ville sur leurs talons, lui livra cette grande cité dont la population chrétienne, très nombreuse, avait constamment été épargnée par les Musulmans 1 . La campagne n'en fut pas moins difficile et meurtrière pour les Impériaux et leurs alliés. Leur arrivée avait mis fin subitement aux discordes des Musulmans unis désormais pour repousser l'ennemi commun. Non loin de Rametta, point stratégique le plus important de l'île (2), au sud-esl de Messine, dans ces régions illustrées par les luttes héroïques sous Xicéphore Phocas '■'• . l'armée d'invasion fut attaquée par l'émir Abdallah lbn Mouizz à la tète de cinquante mille hommes, défenseurs enthousiastes île cette clef de File entière. Après une bataille acharnée, après les plus grands efforts, la victoire demeura aux Grecs. Ceux-ci infligèrent aux Arabes de telles pertes que le sang des vaincus aurait fait déborder la rivière coulant sur le lieu du combat. Ceci n'est, du reste, qu'une monstrueuse exagération de Skylitzèsqui est seul, avec Cédrénus, à nous parler de cette bataille 1 . Ce succès considérable sur lequel nous ne savons malheureusement rien de plus, mit en quelques jours aux mains de l'heureux Maniakès la plus grande partie de la Sicile. Le gouvernement byzantin fut aussitôt rétabli dans toute cette région, après une interruption séculaire. Longeant la côte orientale qui fut toujours la plus riche et la plus peuplée de l'île, Maniakès, avant la fin de cette année 1038, avait déjà soumis treize villes. « La nature montagneuse de cette côte, dit fort bien M. Chaland on .v> , explique en partie la lenteur des opérations, mais il est certain que beaucoup de faits nous échappent. Au commencement de l'an 1040, on retrouve Maniakès et son armée devant Syracuse. Le chef grec commença aussitôt le siège de cette antique cité très fortifiée et fort bien défendue. Impériaux et Arabes rivalisèrent de vaillance. Guillaume Bras de Fer s'y illustra en tuant en
(1) Voy. Delarc, op. cit., note 1 de la p. 94.
(2) « Messine, dit M. Chalandon, op. cit., (I. 95 et 96, ne présente pas une grande importance. Dans toutes lus guerres de si. -de de cette epuipie, le point stratégique capital a toujours été la place forte de Rametta qui commande la route conduisant parle littoral nord de Messine à Païenne. »
(3) Lu Empereur byzantin au Xm° siècle, pp. 442 sqq.
(4) L'abbé Delarc, op. cit., note 2 de la page 94, donne une raison excellente du silence des écrivains normands sur cette bataille.
(o) Op. cit., f. 96.