‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 53 sur 132 · B ITAU LE DE TR I /.Y · texte numérisé non relu

B ITAU LE DE TR I /.Y

combal singulier un k;iï<I qui étail devenu la terreur des chrétiens par s;i bravoure et sa force colossale. Mais la puissance extrême de ces remparts arrêtèrent les opérations qui traînèrent en longueur. L'émir Abdallah en l ainsi le temps de réunir, dans la région montagneuse de l'île, une nouvelle armée accourue non seulement de t"ns les cantons de la Sieile, mais surtoul des ciMes d'Afrique. A la tête de plus de soixante mille hommes, il tenta d'attaquer les l îrecs par derrière. Maniakès, forcé de lever le siège de Syracuse et de rétrograder pour aller le combattre, contournant les pentes occidentales de l'Etna, le joignit avec son armée dans la plaine àTraïna I , entre Cesaro, Moletto et Randazzo, sur la pente nord-ouest de l'Etna, en une localité où plus tard devait s'élever un château nommé en souvenir de lui « Maniaci ».

Abdallah avait établi en cet autre point stratégique si important, ses soixante mille hommes dans un camp fortement retranché. Nous lisons dans la Vie du saint contemporain, le moine Philarète (2), que pour mieux en défendre les approches, il avait fait semer tout alentour, devant sa ligne de combat, de petits appareils à pointes, peut-être des tessons, destinés à paralyser la marche des cavaliers en

RELIQUAIRE BYZANTIN de la Vraie Croix. — Œuvre du XM "a A/ Siècle >l>ins un encadrement d'orfèvrerie émaillée de travail occidental. — (Coll. Martin Le Roy.)

(1) Que Skylitzès et Cédrénus (p. '.ii'l nomment « Draginte », Apayïvai. S Boll., Acta Su net., April., I, pp. 603 sqq. Amari, op. cit. , II, p. 41 0. Krumbacher, op. cit. . p. 196.

238 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET TSÉODORA

déchirant les pieds des chevaux ennemis. Il ignorait, lisons-nous dans ce curieux document, que les Grecs avaient coutume de protéger la plante des pieds de leurs chevaux avec des plaques de fer, c'est-à-dire de les ferrer, aussi, quand ils donnèrent l'assaut au camp, la précaution imaginée par Abdallah fut-elle totalement inutile.

Une grande bataille fut donc livrée dans laquelle les destinées de la Sicile semblaient devoir se jouer une fois de plus. Maniakès, suivant la coutume byzantine, avait partagé son armée en trois divisions qu'il lança successivement au combat. Les éléments parurent vouloir venir en aide à la valeur de ses soldats. Un très violent orage s'éleva, poussant d'immenses masses de poussière au visage des combattants sarrasins terriblement iiènés par un vent furieux que les Grecs avaient, eux, dans le dos. Maniakès remporta cette fois encore la plus brillante victoire. Les auxiliaires normands, Guillaume Bras de Fer en particulier, tous ces valeureux chevaliers d'Occident, revêtus du heaume et de la cotte de mailles, qui figurent sur la broderie de Baveux, se distinguèrent par leur irrésistible vaillance. Busses et Scandinaves, Normands d'Italie, Grecs d'Europe et d'Asie, miliciens des thèmes d'Italie (''gaiement, égorgèrent des Sarrasins par milliers. Skylitzès donne le chiffre certainement très exagéré de cinquante mille morts « carthaginois », c'est-à-dire Arabes venus d'Afrique. A grand peine, presque seul, l'émir Abdallah, grâce à la vitesse de sa monture, put gagner le rivage septentrional de l'île et échapper ainsi, en s'embarquant à Cefalu ou à Caronia sur une barque, à ceux qui le poursuivaient. Il rentra piteusement à Païenne, centre de sa puissance dans l'île I . Le souvenir éclatant de ce grand succès des armes chrétiennes, commandées par le vaillant chef d'Asie, de cette grande déroute des fds de Mahom, est demeuré si vivant jusqu'à nous dans ces régions écartées de cette île superbe qu'aujourd'hui encore, cette plaine arrosée de tant de sang sarrasin se nomme « Fondaco dei Maniaci (2). Au moyen âge il s'y trouvait une abbaye de ce nom.

1 Le fugitif, mal reçu par la population palermitaine, dut se réfugier en Afrique. Les

révoltés lui donnèrent pour successeur l'ex-éniir Hassan, surnommé siiusàiu Kddaulèh, le

frère d'Akhal, déposé lui-môme en 1052 ou 1053. Ce fut la fin de la dynastie kelbite de Sicile.

(2) Au m° siècle, le géographe arabe Édrisi l'appelle» Manyaq». Les diplômes du xi™* siècle

l'appellent « Maniaci » ou « Catana Maniaci ».

Page 1