‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 54 sur 132 · PRISE DE SYRACUSE PAR LES GRECS · texte numérisé non relu

PRISE DE SYRACUSE PAR LES GRECS

Après ce complet triomphe remporté dans le cours du printemps ou de l'été de l'an 1040, la belle Syracuse I , elle aussi, fiimk-i auN mains du chef byzantin qui y lii une entrée triomphale. La pieuse dévotion de la population chrétienne de l'île lui joyeusement exaltée par la découverte qu'on lil dans cette cité, sur la révélation d'un citoyen, des ossements de sainte Lucie, vierge el martyre, martyrisée le 13 décembre 303, osseinenls cachés depuis de< siècles par la piété des fidèles pour les soustraire aux profanations des Musulmans. Le corps de la sainte fut retrouvé « entière et fresche comment lo premier jor qu'elle ï fut mise ». L'invention de ces précieuses reliques donna lieu à de grandes démonstrations d'allégresse el aux honneurs accoutumés, puis Maniakès expédia à Co'nstantinople le pieux trésor enfermé dans une châsse d'argent.

Saint Philarète, dont j'ai parlé déjà et qui se trouvait bien probablement à Traîna, peut-être sa ville natale, le jour de la grande victoire de Maniakès (2), nous raconte, par la bouche de son biographe, le moine Nil, l'enthousiasme des populations chrétiennes, enthousiasme hélas de si courte durée, si rapidement de nouveau transformé en deuil, les actions de grâce solennelles dans les églises, la joyeuse mise en liberté des captifs arrachés à l'esclavage sarrasin.

De ce retour éphémère sous la domination des basileis de la grande cité grecque qui avait vu jadis la défaite d'Alcibiade et la gloire de Platon, un souvenir encore nous est resté. Le grand château byzantin, dont les restes imposants couronnent, du côté de terre, les retranchements fameux devenus infiniment trop vasl es pour la cité moderne, porte encore de nos jours le nom de « Château de Maniakès ». Aucun récit contemporain ne saurait nous donner une preuve plus frappante de l'immense retentissement que durent avoir dans l'île de Proserpine et des Cvclopes les succès du vaillant jeune stratigos, illustré déjà par la défense d'Édesse et par tant d'autres hauts faits.

Et cependant, malgré tant de si complets et si rapides triomphe-, l'ambition de Maniakès n'était point satisfaite. Avant la dernière bataille

i El non i toute l'île de Sicile », ainsi que le disent par erreur Skylitzès et Cédrénus. Toul au plus Maniakès se rendit-il maitre de la partie orientale de l'île. 2 Voy. Amai'i, op. cit., II. p. 395.

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livrée au pied de l'Etna, il avait pris la précaution d'enjoindre à l'amiral Stéphanos de surveiller attentivement, avec ses bâtiments, les rivages de l'île pour empêcher la fuite de l'émir Abdallah. Malgré cela, le souverain arabe avait échappé. C'était de la part de Stéphanos moins une véritable trahison qu'une grande impéritie en face d'une tache impossible. Furieux de voir cette proie si importante lui glisser entre les mains, Maniakès en rendit Stéphanos responsable. Il le couvrit d'injures et l'accusa auprès du basileus de trahison et de lâcheté. La violence du généralissime était extrême. Il alla, dit Skylitzès, jusqu'à lever la main sur le beau-frère du basileus, jusqu'à le frapper de la pointe de sa lance « l'appelant lâche, efféminé et pourvoyeur des plaisirs du basileus ». Ce fatal accès de colère devait très promptement causer la ruine du brillant général.

Georges Maniakès fit immédiatement relever et agrandir les fortifications de Syracuse comme il avait fait au fur et à mesure pour chacune des villes de Sicile prises par lui afin qu'elles ne retombassent point aux mains de l'ennemi. Il allait maintenant, profitant de la victoire de Traîna, procéder à l'occupation de l'intérieur de l'île. Mais à ce moment même il fut subitement mandé à Constantinople pour y être jeté en prison. L'amiral Stéphanos, furieux du traitement humiliant qui lui avait été infligé, fort influent dans la capitale à cause de sa proche parenté avec l'empereur, n'avait pas manqué de se venger en faisant dire au tout-puissanl Orphanotrophe à Constantinople que Maniakès tramait une trahison, une « apostasie », comme on disait alors, et qu'il visait à la pourpre. Il n'en avait pas fallu davantage pour qu'oublieux de tant de services rendus, le gouvernement de l'eunuque ne sacrifiât le malheureux général. Ramené aussitôt dans la capitale chargé de chaînes en compagnie de Basile Théodorokanos, également prisonnier, le héros de tant de combats heureux fut jeté dans les fers (1). Ses successeurs à la tète de l'armée de Sicile,

(1) Aimé, II, chap. 10, explique tout autrement le départ de Maniakès de la Sicile. Il raconte que la basilissa Zoé voulut remplacer son époux Michel le Paphlagonien par l'heureux capitaine et lui fit dire d'accourir à Constantinople où elle lui promettait sa main et le trône. Quand Maniakès arriva, les deux époux s'étaient réconciliés, et le malheureux stratigos fut « crudelement taillé » et mis en prison. Il y a peut-être quelque chose de vrai au fond de cet obscur récit.

COUVERTURE DEVAXGELIA1RE de la Bibliothèque Royale de Munich. — Plaques d'ivoire d'origine byzantine du A"/"1' ou A7/ " siècle, enchâssées dans un cadre d'orfèvrerie de travail occidental.

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le louche et déplorable Stéphanos, le préposite eunuque lîasile Pédiaditès 1 él Michel Dokeianos commirent aussitôt faute sur faute La victoire qui ayait abandonné le camp des Musulmans leur revint aussitôt. Sous la conduite de ces chefs incapables, les Grecs eurent tût fait de reperdre les conquêtes faites en Sicile par ce chef habile autant qu'intrépide. Dans le but précisément d'occuper l'île d'une manière définitive, pour préparer des points d'appui solides à de prochaines opérations au cœur du pays, le brillant vainqueur d'Edesse avait, je l'ai dit, au fur et à mesure qu'il enlevait des places aux Arabes, édifié dans chacune un « kastron » puissant, pour prévenir toute tentative de soulèvement de la population musulmane. Hélas aussitôt après le départ forcé des Byzantins, toutes ces forteresses à peine terminées furent reperdues par la négligence et l'imprévoyance des successeurs de Maniakès. Seule Messine demeura aux mains des Grecs grâce à la belle défense du protospathaire Katakalon Kékauménos, stratigos du thème des Arméniaques qui, le 10 mai de l'an suivant 10H (2) , jour de la Pentecôte (3), à la tète de ses contingents provinciaux, trois cents cavaliers et cinq cents hommes de pied, remporta un brillant succès sur de très nombreuses forces sarrasines concentrées autour de ce dernier boulevard de la chrétienté dans l'île, augmentées encore d'importants renforts venus d'Afrique. Tout ce qui pouvait porter une arme parmi les Arabes était accouru combattre ici le bon combat de la Foi. Par une inaction totale de trois jours, Katakalon Kékauménos, demeuré invisible derrière les portes de la ville obstinément fermées, trompa si bien l'ennemi qu'il put le surprendre en pleine orgie le quatrième jour. Après avoir assisté avec tous les siens au service divin, il lit avec tout son monde une sortie foudroyante. Ce fut un affreux massacre. A la tète de ses cavaliers, le stratigos marcha droit à la tente du chef, un prince kelbite, peut-être Simsàm l , qu'on trouva ivre-mort. I >n l' égorgea; on pilla sa tente. Il en fut de même pour tous les guerriers sarrasins.

(1. Ce personnage est cité avec le titre de « catépano » de Sicile, xcaeitivo) SixeXûxç, au cliap. 58 du Strategicon 2' édition, p. 20).

(2) Ou 1042? Voy. Murait, op. cit., I. 619. Voy. surtout Amari, op. cit., II, p. 393. 3 Peut-être le Dimanche dus l'aimes ou quelque autre fête, mais non celle de la Pentecôte, comme le dit Skylitzès par erreur. Voy. Amari. op. cit., II, p. 394, note 1.

(4) Et non « Apolafar ». comme l'écrivent par erreur Skylitzès et Cédrénus. Voy. Amari, up. cit., II, p. 393, note 5.

Ê l ICUÂ TION DE LA SICILE 243

Les malheureux, alourdis par l'ivresse, cherchaient à fuir. On 1rs mas sacrail à plaisir. Dan9 leur affolement, ils allaientjusqu'à s'entretuer. Toute la campagne Fut couverte de leurs cadavres. Bien peu échappèrenl pour se réfugier à Palerme. Les vainqueurs se partagèrent l'or monnayé, les joyaux et les perles à pleins boisseaux. Bêlas, grâce à l'impéritie, à la lâcheté des au très chefs impériaux, ce brillani succès n'eut pas de lendemain! Vers la lin de celte même année 1040, l'île entière, sauf, je l'ai dit,

Messine, était déjà retombée aux mains des Inliilèlesel les indignes successeurs de Maniakès, destructeurs de son œuvre, Stéphanos, Pédiadites ot Dokeianos, rappelés en Italie à la fois par la déclaration de guerre des Normands et la révolte des « conterati », n'avaient eu d'autre alternative que de vider les lieux en bâte pour retourner en terre ferme italienne avec les débris de leurs contingents, accompagnés par une foule de malheureux chrétiens de Sicile fuyant la vengeance du vainqueur (1). Messine elle-même fut aussi perdue bientôt après, nous le verrons.

Lorsque commencèrent les revers de l'armée grecque, les Normands n'étaient déjà plus avec eux en Sicile. Ils avaient quitté l'île à la suite d'un affront infligé par Maniakès à leur interprète et compagnon d'armes, le longobard Ardouin dont il a été parlé plus haut (2). Ce dernier avait espéré garder pour lui un fort beau cheval qu'il avait pris sur le champ de bataille de Traîna, après avoir tué le Sarrasin qui le montait, mais Maniakès, qui décidément élail d'bumeur inquiète (3'1, lui lit redemander ce cheval. Ardouin refusa par trois fois de le livrer, malgré toutes les instances qui lui furent faites. Les Grecs alors le dépouillèrent de ses vêtements, le fouettèrent cruellement en lui faisant traverser le camp et lui enlevèrent de force le cheval. Ardouin dissimula prudemment le désir de vengeance qu'un tel châtiment fit naître dans son cœur, mais,

I De ce nombre était précisément la famille de saint Philarète, alors âgé lui-même de dix-sept à dix-huit ans. Le saint et les siens vécurent depuis à Reggio, puis à Sinopoli. Lui, à l'âge de vingt-cinq ans, entra au couvent d'Aulina, entre Seminara et Palmi, où il donna l'exemple de toutes les vertus. Il iinuiriit vers 1070, âgé d'environ cinquante ans. Voy. Amari, op. cit., II, p. 410.

2Ï Voy. p. 235.

(3) Voy. Delarc, op. cit., note I delà page 97, et Y&toire de li Normant, éd. Delarc, p.64, note - (et non 3). C'est par erreur que Guillaume de Pouille, Skylitïès ef Céd remis disent, à ['encontre des autres sources, que l'auteur de l'acte de violence commis sur la personne d' Ardouin fut Michel Dokeianos et que ce fait eut le continent italien pour théâtre.

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dès lors, il n'eut plus qu'une pensée: revenir sur le continent. De leur côté, les Normands furent indignés de ce mauvais traitement et de la part mesquine qu'ils avaient obtenue dans le partage du butin ennemi. L'avarice, la cruauté, la mauvaise foi des Grecs leur inspirèrent, comme à Ardouin, le désir de revenir en Italie. Ce dernier, qui connaissait le secrétaire de Maniakès, se lit donner par lui à prix d'or un permis de retour et lui et les Normands purent, sans être inquiétés, regagner clandestinement la côte italienne. Les Normands, en qui l'Empire avait désormais des ennemis irréconciliables, retournèrent à A versa et à Salerne, tandis qu'Ardouin alla au bout de quelque temps trouver le « catépano » Michel Dokeianos, pour préparer insidieusement un plan de vengeance qu'il ne devait plus perdre de vue.

J'ai dit déjà que l'unique allusion à la présence du héros Harald en Sicile contenue dans les sources byzantines se trouve dans le fameux traité manuscrit anonyme intitulé le « Slrategicon », récemment retrouvé (1). Par contre, le nom de la Sicile ligure dans la Saga consacrée au chef Scandinave. Harald y a lui-même chanté ses exploits dans cette île dans un poème en l'honneur d'Ellisifr, car, au milieu des fracas de la lutte, il n'oubliait pas sa blonde et lointaine fiancée. Voici quelques-uns de ces vers

étranges :

Ma carène a cinglé devant la vaste Sicile,

Nous étions tous là brillants;

Rapide, lé cerf de la poupe

Glissait, portant les jeunes guerriers:

Je sais que le paresseux

Ne fut pa< à beaucoup près allé si loin,

Et cependant la Gerdr (2) de Russie

La fille aux bracelets d'or me dédaigne

En outre ni veuve ni jeune fille

.Ne niera qu'un matin, dans le Sud,

Nous étions dans une ville

Où vibrèrent les glaives,

< lu le vide fut fait à la pointe de l'épée;

L'a monument de nos hauts faits y est resté

Et cependant la Gerdr de Russie.

La fille aux bracelets d'or me dédaigne !

(1) Voy. pp. 228 sqq.

(2) Gerdr, déesse de la guerre.

ÉGLISE du monastère de Saint-Lac en Phocide. — Vue d'ensemble. Appliquas de marbre. XI ■ Siècle. — (Millet, H"'-Études, fi. S68.)

« Cette poésie de Harald, dit l'abbé Delarc que je cite constamment ici, se borne à chanter la bravoure du héros Scandinave; elle ne précise aucun fait pouvant confirmer ou contredire ce que nous savons par ailleurs de l'expédition des Grecs en Sicile. H n'en est pas de même des

24(5 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET TUEODORA

nV.il s des Saisis. < ^-Iles-ci racontent qu'à l'aide de plusieurs ruses, Harald se serait emparé en Sicile de quatre grandes villes. La première fut prise grâce à la ruse des oiseaux englués. Harald lit saisir un grand nombre d'oiseaux venant de la ville dans la campagne chercher leur nourriture, leur lit attacher au dos des matières inflammables et y fit mettre le feu. Les oiseaux, rentrant à tire-d'aile dans la ville, incendièrent les maisons qui avaient des toits de chaume. Les habitants, occupés à éteindre ces incendies, ne purent empêcher l'ennemi de rentrer dans la place (1). Une mine creusée sous les remparts conduisit Harald et ses Va?rings jusque dans l'intérieur d'une autre ville qui semblait inexpugnable et qui dès lors ne put résister. Pour une troisième cité également inexpugnable, l'adroit Normand prescrivit à ses soldats de simuler des jeux non loin des remparts, les armes étant soigneusement cachées sous les vêtements. Les assiégés, voyant les Vaerings absorbés par ces luttes pacifiques, ne se tinrent pas sur leurs gardes, aussi furent-ils vaincus et mis en fuite par une attaque aussi rapide qu'imprévue. Dans la lutte, un compagnon de Harald, Halldor, fils de Snorra, fut blessé et resta défiguré le reste de ses jours (2). Enfin, pour une quatrième ville, plus forte encore que les précédentes, Harald feignit d'être mort. Ses compagnons obtinrent que le prétendu défunt fût enseveli en terre sainte dans l'intérieur de la ville assiégée, et, au moment où la bière contenant Harald était portée dans la place et barrait la porte d'entrée des remparts, les Vaerings se précipitèrent à l'intérieur et firent prisonniers les trops crédules Sarrasins. « Qu'y a-l-il de vrai dans ces données? Harald n'est pas le premier héros Scandinave auquel on ait attribué des ruses semblables; elles font partie de l'arsenal de guerre bien connu des peuple s du nord. Est-ce un motif suffisant pour les rejeter comme de pures légendes? On peut affirmer toutefois qu'en admettant même comme fondée une partie de ces récits, il faut du moins reconnaître que les villes prises par Harald et ses compagnons n'avaient pas l'importance que leur attribuent les rhapsodes du nord, pour rehausser la gloire de leur héros.

(1) On retrouve ce conte trait pour trait dans la Chronique dite de Nestor, dans d'autres chroniques encore.

2 Cette indication si précise semble bien un indice de véracité.

VORMANDS FRANÇAIS ET SCANDINAVES l\ SICILE 247

« L'épisode '1rs campements es! certainement le trait le plus véridique que les Sagas aient raconté sur l'expédition de Sicile. D'après la Heims/cringia, Harald el ses troupes faisant campagne avec Gyrger, c'està dire ce Georges Maniakès auquel la Saga de llarald donne constamment nuire héros pour compagnon inséparable, arrivèrent un jour les premiers ;i l'endroit où l'armée devait camper et plantèrent aussitôt leurs lentes sur une hauteur 1res salubre, laissant au reste de l'année des bas-fonds humides et malsains. Gyrger étant survenu, voulut forcer Harald à lui céder cet emplacement. Celui-ci refusa. De là une vive discussion. Pour éviter l'effusion du sang, on tira au sort pour savoir si llarald avait le droit de placer ses troupes à sa guise lorsqu'il arrivait le premier et le sort favorisa le héros Scandinave.

( Il y a là évidemment un écho fidèle de la mésintelligence qui exista entre Georges Maniakès et Harald, et qui, de même que pour les Normands d'Italie, décida ce dernier à se retirer avec ses troupes avant la fin de la campagne. La malaria qui alors plus que jamais ravageait la Sicile, l'air très pur dont on jouit dans cette contrée sur les lieux élevés, rendent celle anecdote encore plus vraisemblable.

« Quels furent en Sicile les rapports des Normands français de Salerne et d'Aversa avec leurs frères lointains, Harald et ses Scandinaves, issus de la même patrie, réunis dans le Sud par la plus curieuse des coïncidences accourus en Sicile les uns par l'Orient; les autres par l'Occident? Nous l'ignorons hélas! Nous savons seulement qu'ils ne parlaient plus la même langue. Si les premiers comme les seconds avaient abandonné le paganisme pour devenir chrétiens, en revanche tous ne parlaient plus le vieux norrois. Les (ils de Tancrède et leurs compagnons l'avaient oublié et parlaient français.

« Comme les Scandinaves, les Normands français, froissés par la rapacité, la brutalité et la cruauté des Grecs et par l'orgueil de Maniakès, avaient également quitté la Sicile avant la fin de la campagne. Ne peuton pas conclure de ce fait qu'ils ont eu entre eux des rapports suivis, créé-, non pas seulement par leur communauté d'origine et leur situation à peu près identique dans les rangs de l'armée byzantine, mais aussi par la nécessité de défendre leurs intérêts contre le même adversaire ? On

LES PnHPIIYIfuiiEXETES ZOE ET THEODnlïA

ignore à quelle date précise les uns et les autres abandonnèrent l'armée grecque, mais tout indique que ce dut être à des époques très rapprochées. Si, dès le 26 octobre 104 1 (I), Ilarald et les siens sont déjà à Salonique, les Normands sont aussi à ce même moment de retour à Salerne et à Aversa. L'harmonie de ces dates fait même qu'on se demande s'ils ne sont pas partis ensemble de la Sicile, pour prendre ensuite des directions différentes.

«. Nous allons voir ce qu'il advint des Normands français après leur départ de la Sicile. Quant à Ilarald et à ses compagnons, l'anonyme byzantin écrit, nous l'avons vu, qu' « Ilarald s'en retourna avec les siens chez le basileus et que celui-ci l'honora de la dignité de manglabite ». Michel le Paphlagonien pardonna d'autant plus facilement à Ilarald de s'être brouillé avec Georges Maniakès que, sur ces entrefaites, celui-ci tombait en disgrâce et était ramené en prison à Constantinople. D'après les Sagas, au lieu de revenir auprès du basileus, Ilarald aurait à AMULETTE byzantin ce moment fait voile pour l'Afrique (2) où il aurait

inê lit '■'< pâte de verre

portant l'effigie de la fait un long séjour, tué le roi drs Sarrasins, conquis

Panagia. — X^-XI»"' sic- , , ■•, , . i 1 1 >

cte - Mo C lie ti n quatre-vingts villes et amasse de grands trésors,

envoyés ensuite par lui à son ami Yaroslav et à sa fiancée (3). Un autre passage des Sagas le représente allant à Jérusalem (4) après son départ de Sicile, soumettant le pays, se baignant dans le Jourdain, poursuivant les brigands, etc., etc. §i, ce qui est infiniment peu

(1) Plutôt en 1040?

(2) Voy. entre autres Hopf, op. cit., p. Ii7.

(3) Ces combats en Afrique sont bien probablement une simple réminiscence des luttes en Sicile contie les noirs guerriers africains de l'émir Abdallah.

(4) Voy. aussi le pèlerinage à Jérusalem vers cette époque, sous le règne d'Olaf II de Norvège (1015-1028), de l'Islandais Tho'rdr Sjareksson, surnommé le Scalde noir. Tho'rdr, traversant une ville de Syrie avec d'autres pèlerins, rencontre un de ses compatriotes de taille gigantesque qui, en langue norraine, lui conseille de retourner sur ses pas, « car, dit-il, les chemins sont dangereux à cause de la guerre ».— Voy. encore les pèlerinages aux lieux saints de bien d'autres Scandinaves à cette époque, de Thôric Hundr, chef de la maison de Bjarkey entre autres, et aussi la légende constantinopolitaine de saint Olaf. Riant, Les Scandinaves en Terre Sainte, p. 122. Voy. encore les pèlerinages du comte Guillaume d'Angoulôrae et de l'abbé Richard de Verdun en 1026 et 1027 dans Gregorovius, Gesch. d. St. Athen, 1, p. 173, et Hopf, op. cit., p. 147.

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probable, Harald a accompli ers exploits extraordinaires, ce n'est pas dans tous les cas aussitôt après l'expédition de Sicile, car il était à peine de retour auprès du basileus qu'il se trouva engagé, nous le verrons, dans la campagne contre les Bulgares (1). »

Au moment où les Normands, puis les Grecs chasses de Sicile regagnaient la terre ferme italienne, les thèmes byzantins de Calabre et de Longobardie, des événements venaient de se passer dans ces provinces qui allaient ébranler gravement les bases mêmes de la puissance byzantine sur le continent italien en ces parages!

Après le second départ d'Italie de l'empereur germanique Conrad, le prince Guaimar de Salerne n'avait perdu, on le sait, aucune occasion pour s'efforcer de consolider la situation prépondérante que lui avait valu la venue de cet empereur. Si le Mont-Cassin lui avait définitivement échappé, Capoue, par contre, avait fini par tomber en son pouvoir vers la fin d'août ou les premiers jours de septembre de l'année 1038. En vain à Constantinople son vieil adversaire Pandolfe, réduit à l'impuissance, s'efforçait inutilement d'obtenir l'appui du basileus Michel. Lui-même était à ce moment persona ç/ratissima au Palais Sacré, auquel il venait de prêter pour l'expédition de Maniakès en Sicile le secours si efficace de ses invincibles guerriers normands. Il sut donc paralyser là-bas tous les efforts de son opiniâtre antagoniste. Même, nous l'avons vu, il serait parvenu à décider le basileus Michel à envoyer quelque part en exil ce fâcheux solliciteur (2).

(1) Dans son beau travail sur les Normands on Italie, dont il a bien voulu me communiquer le manuscrit, M. Chalandon a consacré à cette expédition de Sicile un chapitre important. Le temps me manque pour en faire l'analyse. Je me bornerai à indiquer les conclusions les plus marquantes de l'auteur. Les chroniques ont très exagéré le rôle des trois cents auxiliaires normands. De même le rôle des fils de Tancrède à leur tête a été amplifié alors que les laits montrent clairement que le rôle principal a appartenu à Ardouin. Dans les sources normandes, nous serions en présence de récits qui tiennent bien plus de l'épopée que de l'histoire. — Les Normands et les Scandinaves quittèrent très librement et nullement en secret l'armée byzantine. Leur départ, du uniquement au grand mécontentement qui régnait parmi eux à la suite de difficultés pécuniaires, n'influa guère, semble-t-il, sur la campagne que d'ailleurs la division entre les chefs des Byzantins arrêta bientôt. Rien ne prouve qu'à ce moment Ardouin et ses compagnons aient eu les grands projets qu'on leur a prêtés et l'idée d'attaquer les possessions byzantines ne leur est venue que plus tard. Ardouin était tellement peu révolté que le «catépano» Dokeianos, on le verra, lui confia le commandement delà place importante de Melfi.

(2) Léo. Cass., II, c. 63.

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