‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 55 sur 132 · PROGRÈS DE LA PUISSANCE DE GUAIMAR · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA PUISSANCE DE GUAIMAR

L'an 1039 avail été signalé, je le rappelle, par de nouveaux progrès de l'heureux prince de Salerne I . Dès le mois d'avril il s'étail emparé d'Âmalfi, don! le prince .Iran II, forcé d'abdiquer, partit, lui au— i, pour Constantinople. Peu de mois après, dans le courant de juillet de cette même année, il s'emparait de Sorrente, grâce toujours à l'assistance précieuse de Rainulfe et des Normands d'Aversa. Il en donna la seigneurie à s< n frère, le comte Gui de Gonza, sous sa baute suzeraineté. Dans le même temps, il était entré encore en possession de Gaète.

Dune, vers la lin de cette année 1039, toutes les petites seigneuries indépendantes de l'Italie méridionale, sauf Bénévent, Naples, el le comté d'Aversa, lequel du reste étaii vassal de la principauté de Salerne, se trouvaient sons l'autorité de Guaimar V. Les immenses progrès réalisés en si peu de temps, en ces deux années, par ce prince ne peuvent s'expliquer, a-t-on dit fort bien 1 , que par l'état si critique dan- lequel se trouvaient à ce moment les affaires des Grecs tant en Italie qu'en Sicile. L'empire d'Orient, nous venons de le voir, avait concentré dans ces années 1038 et 1039 toutes ses forces disponibles dan- cette île pour tenter d'en chasser les Sarrasins. Il fut donc bien forcé de laisser Guaimar, qui d'ailleurs lui fournissait l'appui de ses Normands, poursuivre en paix ses fructueuses opérations de conquête. La faiblesse des Grecs ne leur permettait point de s'opposer à son agrandissement, précaution que la plus vulgaire prudence leur conseillait.

Une autre conséquence fâcheuse pour Byzance de la grande expédition de Sicile fut le réveil dans toute la portion la plus méridionale de l'Italie des espérances de la faction dite nationale opposée aux Grecs. Les villes obligées de lever des troupes à cet effet étaient fort mécontentes. En même temps la diminution des forces byzantines dans le midi de la Péninsule avait relevé tous les espoirs des mécontents, et nous pouvons, à travers la pénurie lamentable des sources contemporaines, deviner à peu prés que le parti national se souleva vers le milieu de l'année 1038, donc presque aussitôt après que le départ de Maniakès et de toutes ceforces si considérables pour l'expédition de Sicile eut dégarni de troupes

1 V'ïv. [). 222 du présent volume.

(2) Heinemann, op. cit., p. 82.

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grecques les deux thèmes italiens. Pendant tuute la campagne la Pouille

fut très agitée. Dans le propre palais du « catépano », à Bari, la curlis donvnica, un personnage grec des plus considérables, Capozatti, fut massacré dans le courant de l'an 1038 en compagnie de son iils et du protospathaire Judas, et la demeure du turmarque Mataldos, celles aussi d'un certain Adralistos et d'autres habitants grecs de marque, furent saccagées et livrées aux flammes. Probablement à la suite de ces troubles graves la cour de Constantinople se décida en février 1039 à expédier en Italie, avec la mission de reprendre la politique de résistance si fâcheusement abandonnée, un nouveau « catépano », Nicéphorè Dokeianos, lequel parait avoir réussi à étouffer pour quelques temps la révolte des « conterati » Iongobards. Mais, comme ce personnage mourut déjà à Ascoli au début de l'an suivant, le parti antigrec releva aussitôt la tète I .

Le S mai de l'an 1040 le juge impérial Michel Clnerosphactes (2) fut tué par des « conterati» mutinés dans le «kastron» de Mottola(3), et un autre haut personnage grec, Romanos ou Romain, massacré à Matera. La rébellion dut prendre de suite une grande extension, car la ville même de Bari tomba un moment aux mains des révoltés, événement qui dut produire dans toute la région l'impression la plus funeste.

Nous lisons, en effet, que le septième jour de ce même mois de mai, Argyros, le fils du fameux patriote Mélès dont j'ai si souvent parlé au volume précédent, revenu de Constantinople en 1029, assiégeait la capitale pour la reprendre au nom du basileus! Elevé à Constantinople au Palais Sacré, ce jeune homme, bien loin d'avoir jusqu'ici suivi la voie de son glorieux père, était au contraire revenu en Italie en qualité de fonctionnaire impérial! 11 arracha Bari aux « conterati » après une lutte dont nous ne savons rien, fit prisonnier leur chef Musondus avec Jean « Stonensis » et écrasa ou dispersa par la force toute cette obscure rébellion fort dangereuse, semble-t-il.

(1) Voy. flans VArchivio slorico per le pror. napol., VII (1882), pp. 608-620, un article de G. Beltrani intitulé « Due relxquie del Bizantinismo in Puglia », décrivant un bas-relief de marbre aujourd'hui encore conservé dans une église de Trani, bas-relief représentant la Panagia avec cette inscription en grec : « Seigneur, protège ton serviteur Deltérios, turmarque (turmarque byzantin à Trani en août 1039). Voy. la vignette de la page suivante.

2 >■ Chirosphactira ».

(3) Ou Mettola, Mutula.

INTRIGUES l'i LONGOBARD ARD0U1N

Malgré ce succès considérable, la situation des Impériaux dans les thèmes de l'Italie méridionale n'en demeurai! pas moins terriblement précaire. Elle le demeurai! d'autanl plus que, comme nous venons de le voir, les Sarrasins de Sicile allaient à leur tour, dans le cours de l'année 1040, marcher de victoire en victoire et chasser entièrement de presque toute l'île les troupes grecques si récemment triomphantes. En ce moment même il se peut que ce longobard Axdouin <l<nil j'ai parlé plus haut I , (Imil Maniakès avait tant froissé l'orgueil et qui avait regagné l'Italie depuis quelque temps ail déjà conçu le projet dise venger de son chef en amenant l'expulsion délinitive des (irecs d'Italie.

Nous avons vu qu'il avait été retrouver aussitôt le nouveau « catépano »

d'Italie, le protospathaire Michel Dokeianos (2), ■ [ni, dans l'automne de l'an 1040, avait été envoyé dans l'Italie méridionale pour y commander les troupes de Sicile. Il était allé trouver ce fonctionnaire pour tâcher de le gagner à sa cause et de préparer insidieusement, avec son appui, son plan de vengeance contre les Byzantins.

« Les riches présents que le rusé Longobard remit à Michel Dokeianos les flatteries qu'il lui adressa, son zèle affecté pour la consolidation de la

BAS-RELIEF BYZANTIN de marbre portant l'effigie de la Panagia et le nom de Deltérios turmarque en 1039, conservé aujourd'hui encore dans une église de Trani. — (Voy. p. 353, note 1.)

(1) Voyez pp. 235, 243 et 250.

(2) Dit « le jeune » pour le distinguer de son prédécesseur Nifcéphore Dokeianos qui venait de mourir.

254 LES PORPHYROGÊNÈTES ZOÉ ET TBÈODORA

puissance des Grecs dans la Péninsule, décidèrent le « catépano»à confier au traître le gouvernement, la « topotérésie » suivanl l'expression byzantine, de quelques villes, notamment celui si important de Melti, la clef et la porte de la Pouille. Ardouin, se rendant compte qu'un soulèvement des Longobards serait facile à exciter, se servit aussitôt de celte autorité pour indisposer les populations contre la domination grecque. Quanti il était avec les Italiens, « il feingnoit, dit Aimé, qu'il estoit dolent de la grevance qu'ils souffroient de la seignorie de li Grex, et l'injure qu'ils faisoient à lor moilliers el à lor famés, et faingnoit de souspirer et de penser à l'injure qu'ils souffroient de li Grex; et lor promettait de vouloir fatiguier et travailler pour lor délibération. »

« A peine donc, vers la fin de cette même année, Dokeianos avait-il quitté la péninsule pour la Sicile, à peine avait-il repris à son tour l'œuvre détruite de Maniakès, qu'Ardouin, croyant le terrain assez préparé pour agir et prétextant, pour ne pas éveiller les soupçons, d'aller à Rome en pèlerinage, volait à Aversaoù en mars 1041 il sommait Rainulfe et les antres chefs normands de lui prêter assistance pour faire la guerre aux Grecs et reconquérir sur eux l'Apuue. Il proposait aux Normands de leur livrer Melfi, de commencer parla la conquête de la Pouille, d'expulser les Grecs d'Italie et de se partager ensuite le pays par moitié.

«Le moment était opportun pour une pareille ouverture. La majeure portion de l'armée grecque était encore avec son chef à Messine. Les thèmes italiens se trouvaient presque vides de troupes impériales. En outre, la Pouille était, nous venons de le voir, agitée par d'incessantes insurrections contre la domination grecque détestée et les révoltés, les « conterati », n'étaient pas plutôt vaincus et dispersés sur un point qu'ils reparaissaient et se reformaient sur un autre. Ville après ville se soulevait. Grâce à cet élément iniligène qui leur était si favorable, grâce surtout à leur bravoure légendaire, les Normands pouvaient espérer compenser l'énorme disproportion des forces. Avec cette finesse politique dont ils donnèrent tant de preuves au xi"'e siècle, même lorsque leurs expéditions semblaient, au premier abord, des plus aventureuses, les Normands acceptèrent donc les propositions d' Ardouin. Rainulfe ayant

LES VORMANDS S'INSTALLENT I VELF1 255

demandé l'avis de ses guerriers, leur réponse fui aussi unanime que favo rahlc Une convention fui signée par serment en vertu de laquelle une moitié des conquêtes faites par les alliés reviendrait à Ardouin, l'autre aux Normands. Puis Rainulfe envoya un corps de trois cents cavaliers commandés par douze chefs pour commencer la guerre contre l'im-

use empire d'Orienl el conquérir sur lui l'Apulie en commun avec

Ardouin !

« Rainulfe, qui demeurait dans la coulisse, restaà Aversa à la tête de -en Bef. Humfroy ne lil non plus pas partie de l'expédition. Les principaux des douze chefs furent Guillaume liras de Fer et Drogon, les Bis de Tancrède, Gauthier et Pétrone, lils d'Amicus, et enfin Ardouin.

«La petite armée se mit en marche dans le courant de mars 1041, arriva devant Melli, qu'Aimé appelle justement la porte delaPouille, et, grâce à l'autorité donl était revêtu Ardouin, grâce aussi aux intelligences qu'il avait dans la place, pénétra de nuit dans la ville. Les habitants, effrayés à la vue de ces hommes qu'ils ne connaissaient pas, voulurent courir aux armes pour se défendre. Mais Ardouin calma leurs craintes par une habile harangue. « Nous venons en amis, leur dit-il, vous délivrer du joug odieux qui vous opprime. » Ces paroles, probablement aussi l'impossibilité de la lutte, décidèrent les habitants de Melli à se reconnaître tributaires d'Ardouin cl des Normands, dette ville, dominant toute la vallée de l'Ofanto sur un contrefort du Vulturne, était une excellente position pour les nouveaux conquérants. Aussi s'appliquèrént-ils d'abord à la fortifier pour en faire le pivot de leurs opérations. Gomme elle couvrait la frontière de la Pouillè du côté de Bénévent, les Grecs l'avaient déjà entourée de murs, peu élevés à la vérité, mais complétés par des tours et des ouvrages militaires. »

« Les Normands, dit fort bien Fr. Lenormant I , par la prise de Melli, avaient désormais une place d'armes et une base d'opérations inexpugnable. Leur audacieuse aventure, d'un coup de tète de colère, devenait une grande entreprise de conquérants. Ce n'était rien moins qu'un empire nouveau qui venait de naître, un État destiné à durer huit siècles,

I A travers l'Apulie el lu Lucanie, l, pp. 11'.' sqq.

256 LES PORPHYROGENËTES ZOE ET THEO DORA

jusqu'à ce qu'il se fondit (huis l'Italie unifiée et parvenue à la condition de nation. »

« Lorsqu'ils furent solidement établis àMelfi, les Normands commencèrent à rayonner dans les environs : ils allèrent successivement à Venosa dans le sud, à Lavello à l'est, à Ascoli au nord-est (1), pillant partout ce qui leur plaisait et rapportant leur butin à Melfi sans que l'on songeât à le leur disputer, car, à la vue de ces étrangers, les habitants « s'en merveilloient et orent paour ». « Les Chroniques encore ici, dit M. Chalandon (2), ne parlent que des Normands et de leurs exploits, mais il faut tenir compte de la présence dans leurs rangs des insurgés Iongobards qui jouèrent, comme nous le verrons plus loin, un rôle prépondérant. »

« Tout alla donc bien au début. Le moment était, je l'ai dit, admirablement choisi. La Gapitanate était vide de troupes. Toutes les forces grecques étaient en Sicile avec le « catépano ». L'une après l'autre les villes rejetaient le joug de Byzance. Les Normands, accueillis à bras ouverts par le parti national, heureux de voir qu'on ne leur résistait pas, et se liant en outre « en la potence de Dieu et en lor vertu », croyaient avoir déjà partie gagnée. Ils s'emparèrent de force des femmes de Melfi et menèrent joyeuse vie, mais la situation changea rapidement. Les habitants de la Pouille s'aperçurent bientôt qu'au lieu d'être des libérateurs, ainsi qu'Ardouin l'avait assuré, les Normands étaient surtout des pillards et des aventuriers. Ils firent parvenir au « catépano » Michel Dokeianos l'expression de leurs craintes et lui demandèrent de venir à leur secours!

« A ces graves nouvelles, nous l'avons vu, Dokeianos, interrompant subitement la campagne de Sicile, s'était résigné, la mort dans l'âme, à évacuer définitivement cette île. Ne laissant de garnison qu'à Messine, qui fut abandonnée, du reste, peu après, malgré l'éclatant succès de Katakalon, il ramena précipitamment toutes ses forces en Italie pour y combattre l'insurrection triomphante et ses redoutables alliés. Il était de retour à Bari dans les derniers jours de l'an 1040.

Marchant en hâte vers le nord, malgré les rigueurs de la saison, le

(1) Il y avait là un parti de mécontents auxquels Ardouin voulut probablement s'unir.

(2) Op. cit., f. 100.

LES GRECS REPRENN1 VT ISCOLl ET BITONTO

i catépano » réussi! d'abord à reprendre Ascoli, ['antique Ausculum, à quelques lieues à l'ouest «le Foggia dans la vallée de l'Ofanto. Ces) dans cette ville, semble-t-il, qu'avail eu lieu la jonction des « conterati »

MOSAÏQUE BYZANTINE de l'église du couvent de Saint-Luc en Phocide

Zacliarie. — XI"" Siècle. — (Millet, 11 '-"-Études, B. 271.)

l 'hœur sud.

révoltés d'Apulie avec leurs nouveaux auxiliaires. De là le « catépano » marcha sur Bitonto, qu'il reprit également. Dans ces deux villes de cruelles exécutions jetèrent la terreur au cœur des rebelles. Le « catépano » y lit pendre sur la muraille quatre citoyens importants. Puis Michel Dokeianos, n'osant se mesurer immédiatement en bataille rangée avec les

258 LES PORPIIYROGENËTES ZOE ET THEODORA

Normands, probablement parce qu'il attendait des renforts qui devaient lui parvenir de Constantinople, alla prendre ses quartiers d'hiver dans sa capitale de Bari.

Les Grecs ne reprirent la campagne qu'aux débuts du printemps de l'année suivante, 1041. Dans les premiers jours de mars, sur les ordres venus de Constantinople (1), le « catépano », à la tête d'une forte armée formée en partie de mercenaires russes ou vaerings et de contingents des grands thèmes asiatiques des Thracésiens et de l'Opsikion, aussi des milices régulières des thèmes italiens, marcha droit aux Normands. Les deux adversaires se trouvèrent en présence le 16 mars, non loin de Venosa, l'antique Venusia, patrie d'Horace, sur les bords de l'OIivento, petit affluent de l'Ofanto. De nombreux Apuliens « conterali » révollés contre Constantinople (2), enrôlés par Ardouin, avaient grossi les rangs de l'armée des envahisseurs normands accourus de Melfi avec beaucoup de nouvelles recrues venues de Normandie. Le protospathaire Lupus évalue les forces des hommes du nord à trois mille guerriers, tandis que Guillaume de Pouille ne parle que de sept cents cavaliers et de cinq cents hommes de pied.

« Aimé, et Malaterra surtout, qui donne le chiffre certainement très inexact de soixante mille hommes, ont probablement exagéré de beaucoup le chiffre de l'armée grecque. Il est certain toulefois que les Impériaux avaient sur leurs adversaires une grande supériorité numérique (3). Dokeianos était si assuré de vaincre qu'à la veille de la bataille il voulut, pour éviter l'effusion du sang, entamer encore des négociations avec l'ennemi. Un parlementaire grec se rendit au camp des Normands, et leur déclara, au nom du « catépano », que s'ils consentaient à quitter

(1) Aimé, II, 21.

(2) Il est impossible, a fort bien dit l'abbé Delare, de déterminer avec les documents qui nous restent dans quelle proportion les « conterati » se joignirent aux Normands. Mais il est incontestable qu'ils furent un appoint très considérable. D'après Lupus, il y aurait eu, dès le début, neuf Apuliens et, d'après Guillaume de Pouille, trois pour un Normand.

(3) Pourtant Skylitzès (voy. Cédrénus, II, p. 546) reproche au « catépano » d'avoir attaqué les Normands avec une partie seulement de ses forces. — « Dokeianos, dit M. Clialandon (op. cit., f. 101), a certainement cru au début qu'il se trouvait en présence d'un simple soulèvement analogue à ceux qu'il avait réprimés l'année précédente, et il est certain qu'il a pensé pouvoir en venir à bout avec l'aide des troupes qu'il avait sous la main. Il y a dans tous les récits de ces événements qui nous sont parvenus une exagération contre laquelle on ne s'est pas assez tenu en garde »,

fi I TAILLE DE VENOSA

immédiatement le territoire grec en abandonnant toutes leurs conquêtes, il- pourraient le faire sans être inquiétés par 1rs troupes impériales. Dans le cas contraire, la bataille s'engagerail dès le lendemain matin.

« La réponse îles Normands fut singulièrement énergique, telle qu'on pouvait l'attendre de ces vaillants aventuriers. Le parlementaire du « catépano » montai! un beau cheval qu'un Normand nommé Hugues Tudextifen ou Tudebufem I , un des douze élus d'Aversa, chefs de l'expédition, se mit à caresser de la main. Lorsque ce guerrier eu I entendu les propositions du Grec, pour montrer clairement à ce dernier à quels hommes il avait affaire et pour qu'il le fit connaître à ses compagnons d'armes, il imagina, -ans uanter sa main, d'asséner brusquement sur la tête du cheval du parlementaire un si rude coup de poing que le cavalier fut immédiatement désarçonné et que la pauvre bête tomba à terre, à demi-morte. Il fallut, pour abréger son agonie, la traîner près de là et la jeter dans un précipice. Les Normands, après avoir eu grand' peine à rassurer le parlementaire qu'un aussi étrange procédé avait mis complètement hors de lui, le renvoyèrent, non sans lui avoir donné un aussi beau cheval que celui qu'il avait perdu. Rentré au camp byzantin, il raconta aux chefs grecs l'accueil qu'il avait reçu, mais ceux-ci, craignant avec raison que leur armée n'eût peur, si elle connaissait la vigueur des Normands, prirent toutes les précautions pour que rien ne transpirât de l'exploit de Hugo Tudextifen.

i La bataille s'engagea le lendemain matin 17 mars! « Les Gaulois, dit Guillaume de Pouille, qui raconte cette journée avec une remarquable précision, n'avaient que cinq cents hommes d'infanterie et sept centcavaliers; bien peu parmi eux étaient munis de cuirasses et de boucliers. Ils disposèrent à l'aile droite des fantassin- armés et, pour leur donner plus d'assurance, les firent appuyer par un peu de cavalerie. Us prescrivirent à ces troupes de réserve de ne s'éloigner du camp sous aucun prétexte, afin de les avoir sous la main dans le cas où ils devraient battre en retraite. Ces dispositions prises et les hommes établis à leurs postes, un corps de cavalerie, en forme de triangle, marcha à l'ennemi. Les

(1) Ou encore i Tutabovi i ou ■ Toutebonne. »

LES PORPBYROGÉNÈTES ZOE ET TI1EODORA

Grecs firent avancer un seul escadron, disposé de même. « Ces derniers, dit le chroniquenr, ont, en effet, la coutume de ne pas engager toutes leurs troupes dès le début; ils ne lancent leurs légions que successivement (1) afin que, leurs forces augmentant graduellement, l'ennemi se décourage et prenne peur. Lorsque le chef de la cavalerie grecque croit le moment opportun, il se précipite dans la mêlée avec ses meilleures troupes, pour mettre ses adversaires en pleine déroule!

« Ce fut en vain que sur les rives de l'Olivento, le « catépano » Michel Dokeianos mit en pratique les antiques principes de la tactique byzantine. Tous ses assauts successifs furent repousses. Il fut complètement

vaincu. Les guerriers normands tuèrent une foule de ses braves soldats, Husses et « Obsequiani (2) » surtout, qui, probablement, résistèrent mieux que le reste de l'armée. D'autres Impériaux en nombre se noyèrent en vou-

SCEAU DE PLOMB d'un directeur de l,i Grande Maison d'Orphelins ou « Or-

phanotrophicm » à Constantinople un XI""- Siècle. — Ma Collection.

lant traverser l'Olivento, fort grossi

à cette époque de l'année. Le « catépano » avec les débris de son armée se retira précipitamment sur Montepeloso (3).

« Michel Dokeianos ne se tint pas pour délinitivement vaincu. Aimé assure peut-être à tort que le basileus Michel le Paphlagonien, désespéré de l'affront fait à la gloire de ses armées (4), lui envoya des troupes levées avec l'argent du trésor impérial; mais ce fut surtout en Italie que le ce catépano », drainant ses dernières ressources en hommes, arriva à recruter les éléments d'une nouvelle armée. Le 4 mai, sept semaines à peine après la défaite du mois de mars, le vaillant chef byzantin offrait de nouveau la bataille aux Normands et à leurs alliés apuliens sur les bords de

(1) En trois corps successifs.

(2) C'est-à-dire « soldats du thème asiatique de l'Opsikion ».

(3) Voy. sur cette première bataille dite de Venosa, première victoire des Normands sur les Grecs, Heinemann, op. cit., note 13, pp. 358 sqq, et Lenormant, A travers l'Apulie et la Lucanie, I, pp. 204 sqq. — « Elle semble avoir été en réalité peu importante. Skylitzès ne la mentionne même pas (Ghalandon, op. cit., f. 102).

(4) A la nouvelle de la défaite de Venosa le basileus aurait déchiré ses vêtements en poussant contre les Normands des exclamations de désespoir et de fureur.

/M TAILLE DE *' i \ \ />

l'Ofanto, l'Aufîdus des anciens, prèsdeMonte Maggiore, dans ces plaines de Cannes qui n'avaient pas seulement vu la défaite des Romains par Annibal, mais aussi, en octobre de l'an lois, celle des Normands de Mélès par le fameux « catépano » Basile Bojoannès I . Si Michel Dokeianos l'ut moins beureux que smi prédécesseur, ce n'était pas faute d'avoir beaucoup plus de troupes que ses adversaires. I !eux-ci, au dire de l'annaliste de Bari, étaient deux mille seulement, lundis que l'armée impériale comptait , sans parler des serviteurs du camp et de tous ceux qui pourvoyaient aux subsistances, des combattants neuf fois jilus nombreux, dix-huit mille en tout, fantassins russes, contingents des grands thèmes asiatiques îles Anatoliques, de l'OpsiUionet desThraeésiens, milices des Calabres et de la Capitanate, mercenaires longobards enfin ! « Mais, dit Guillaume de Pouille, de même que le vautour, longtemps habitué à ne fondre que sur les petits oiseaux, ne craint pas d'attaquer le cygne lui-même, s'il a déjà éprouvé sa force contre une grue, de même les Normands, se souvenant de leurs récentes victoires, attaquèrent les Grecs avec une intrépidité et une assurance plus grandes et la victoire, qui aime les audacieux, se rangea de leur côté. »

Les Grecs vaincus s'enfuirent. Beaucoup cette fois encore périrent

ÉGLISE BYZANTINE à Chio.

A7""-A7/'- Siècle.

I V.iy. Épopée, II, p. 570.

262 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THÉODORA

noyés dans l'Ofanto. Le « catépano » fut précipité de son cheval au moment de franchir le fleuve. Il allait tomber aux mains des Normands lorsqu'il fut sauvé par son écuyer qui lui céda sa monture. Il courut ainsi jusqu'à Montepeloso avec très peu de monde (1).

Au nombre des morts laissés par l'armée grecque sur le champ de bataille se trouvaient les évèques de deux drs principales cités de la Pi mille, Angelos de Troja et Stéphanos d'Acerenza. « Cette curieuse particularité, dit l'abbé Delarc, est une preuve que le clergé de l'Italie méridionale prit, du moins au début, chaudement parti pour les Grecs contre les Normands, probablement parce que dans les Normands il voyait surtout des adeptes de l'Eglise latine, et qu'il redoutait leur domination comme pouvant introduire dans le pays les modifications disciplinaire- qui distinguaient l'Eglise d'Orient de celle d'Occident » (2).

ce La victoire de Cannes valut aux vainqueurs un butin fort considérable. « Kl li vaillant et puissant Normant, dit Aimé, de diverses richesses sont fait riches de vestimens de diverses colorouz, de aornemens, de paveillons, de vaisselle d'or et d'argent, de chevaux et de armes préciouses ; et espécialement furent fait ricche, quar l'usance de li Grex est quant ils vont en bataille de porter toute masserie nécessaire avec eaux » (3).

Même après cette seconde si complète et si douloureuse défaite, le vaillant « catépano » ne désespéra pas encore de la fortune. Retiré à Montepeloso ou plutôt à Bari avec ses troupes décimées (4) ainsi qu'il avait fait déjà après la journée de Venosa, il écrivit en Sicile pour faire revenir sur le continent la plus grande partie des troupes impériales encore enfermées dans Messine. Il ne s'agissait plus, en effet, de songer à conquérir de nouvelles provinces, mais bien de conserver à l'Empire

(1) M. Chalamlon (op. cit., f. 102) estime qu'il s'enfuit à Bari. « Guillaume de Pouille, qui lui fait gagner Montepeloso, a certainement confondu la deuxième bataille avec la première. »

1- lleinemann, op. cit., p. 360, révoque en doute cette opinion du l'abbé Delarc.

(3) Sur cette seconde victoire des Normands, voy. lleinemann, op. cit., fin de la note 13, pp. 359-360. Voy. aussi Delarc, op. cit., note 1 de la p. 108. — Voy. le prétendu miracle raconté par Aimé, de l'Ofanto presque à sec, grossissant soudain pour noyer les Grecs fuyards. — Skylitzès et, d'après lui, Cédrénus, qui mettent à tort à Cannes le lieu de la première rencontre, placent cette seconde bataille iiep\ Ta; >.Eyo[iÉva; "Upa;.

(4) Le protospatbaire Lupus dit que ce fut à Bari que le « catépano » se réfugia après le désastre de Cannes. Voy. la note 1.

LE tCATÉPANOt EXAUGUSTOS IlOJOANNÈS 263

celles i|ui menaçaient de lui échapper définitivemeni en Italie. A l'appel iiu « catépano » on vil accourir de là bas pour se joindre à et; qui restai) de son armée des troupes » de Macédoine », c'est-à-dire des thèmes d'Europe, « de Galabre », c'esl à dire des contingents italiens proprement dits, < des contingents Pauliciens » enûn, ces célèbres hérétiques du centre de l'Asie -Mineure qui comptaienl parmi les meilleures troupes de l'Empire. Guillaume de Pouille, qui nous fournit ces curieux détails, donne aux Pauliciens le nom de Patripassites, c'est-à-dire « des hérétiques croyant que le Père avail souffert autant que le Fils les douleurs de la Passion et que le l'ère, le Fils et le Saint-Esprit ne sont qu'une seule et même personne ».

«Tandis que l'inlassable Michel Dokeianos préparait ainsi activement une fois de plus sa revanche et exhortait ses soldats à venger leurs frères d'armes, don) les corps, privés de sépulture, disaient épars dans les plaines delà Pouille, la cour de Constant inople, furieuse de tant d'échecs l . résolue à ne pas conserver son commandement à un général ainsi deux lois vaincu en bataille rangée, envoyait pour lui succéder un nouveau ii catépano » du nom d'Exaugustos, le ûls de ce même Basile Bojoannès qui, en 1018, avait vaincu Mélès et ses Normands à la bataille de Cannes et, en écrasant celle première rébellion, rétabli pour un temps le prestige gravement atteint du nom impérial en Italie. On espérait au Palais Sacré que le fils aurait hérité des talents et du bonheur du père. Quant à l'infortuné Michel Dokeianos, disgracié, il fut réexpédié en Sicile, nous disent les Annales de Bari, pour y commander les derniers débris de l'expédition contre les Arabes de cette île, débris certainement renfermé-, dans quelques « kastra » de la cote orientale.

« Skylitzès dit expressément que le nouveau « catépano » n'amena de Constant inople aucune troupe fraîche, mais qu'il se vit réduit à reprendre la lutte avec le peu qui restait de forces impériales en Italie. Le même auteur ajoute ce fait intéressant qu'entre la première et la seconde victoire des Normands sur Dokeianos, ceux-ci avaient reçu des renforts * venant des rives du Pô et du pied des Alpes! » C'était là probablement une nou-

(1) Voy. dans Aimé et aussi dans Léon d'i Istie le récit de la grande colère du basileus.

velle émigration normande ayant comme les précédentes traversé les Alpes et la vallée du Pô pour rejoindre les Normands de l'Italie méridionale. Tout au contraire de Skylitzès, Aimé et Léon d'Ostie affirment, probablement à tort, que le basileus envoya à Exaugustos de nouveaux contingents vœrings, c'est-à-dire russes (1). Il envoya aussi de grandes sommes en numéraire.

« L'union des Normands avec les « conterati » d'Apulie, soulevés contre le joug étranger, rendue plus solide par une fidèle confraternité d'armes, fut encore bien davantage accrue par tous ces combats heureux. Les alliés, eux aussi, se préparèrent à des luttes nouvelles. En même temps il leur parut utile pour poursuivre avec plus d'avantage la guerre contre les Grecs de donner aux forces alliées un chef unique agréable aux deux partis. Revenus à Melfi après la victoire de Cannes, les Normands, qui avaient employé le butin fait par eux à recruter des alliés (2), pour ne pas rester isolés dans un pays étranger, en même temps pour s'assurer contre le nouveau « catépano » débarqué dans l'été de cette année le concours d'une des plus puissantes familles de l'Italie méridionale, eurent le sens politique dans l'attente de nouveaux combats d'accepter à la tète de leur armée, et cela sur l'invitation de leurs alliés, le prince longobard Aténulfe, un frère de Pandolfe II, le prince régnant de Bénévent (3).

« Guillaume de Pouillc blâme cette nomination d' Aténulfe et insinue qu'elle fut la suite des sommes versées aux Normands par ce prince. Mais, abstraction faite de ce point, la situation géographique de Bénévent était le trait d'union qui permettait aux Normands de la Pouille de correspondre avec leurs frères d'Aversa sans avoir à traverser des terres ennemies, et, a supposer même que les Grecs viendraient enfin à l'emporter sur eux, ils étaient du moins assurés que la retraite ne leur serait pas coupée. La possibilité d'une défaite dut, en effet, quoi qu'en disent les

(1) Voy. Wassiliewsky, La droujina vœringo-russe, etc., chap. VIII, p. 85.

(2) Aimé mentionne l'activité îles Normands après la victoire de Cannes pour recruter dans le pays des soldats contre les Grecs. « Et li Normant d'autre part non cessoient de querre li confin de principat pour home fort et sofflsant de combatre : et donnoient et faisoient doner ehevauz de la ricchesce de li Grex qu'il avoient veinchuten bataille, et prometoient de doner part de ce qu'il acquesteroient, à ceaux qui lor aideraient contre li Grex. Et ensi orent la sent cucr et volenté de combatre contre li Grex. »

(3) Voy. Heinemann, op. cit., note 2 de la p. 86.

BATAILLE DE MONTEPELOSO

chroniqueurs, préoccuper plus d'une fois les chefs normands, el le sorl de Mélès ri de ses alliés francs, complètement battus après deux brillantes victoires, étail encore présent à bien des mémoires. Les journées de Veiinsa cl de Cannes leur avaient déjà coûté beaucoup de monde, et il

est certain qu'ils se présentèrent à la troisième bataille bien moins i

breux qu'auparavant (1).

« Ce lui même pour éviter que l'ennemi, las île les combattre en bataille rangée, ne vînt les surprendre el les envelopper dans Rfelfi, qu'ils prirent le parti de sortir île la ville el de marcher vers le sud, c'est-à-dire vers Montepeloso où campait l'armée du nouveau « catépano i qui avait rassemblé en ce point toutes se-

troupes disponibles. Us occupèrent en face de l'ennemi la forte position de Monte Siricolo, dont ils essayèrent vainement de prendre le château fort. Afin de forcer les Grecs à abandonner la défensive où les maintenait probablement l'attente de nouveaux renfiu-ts, à quitter leurs retranchements et à accepter le combat dans la plaine située entre les deux hauteurs, les Normands interceptèrent un grand convoi de bétail destiné a l'ennemi. La manœuvre réussit parfaitement. Les Grecs, irrité- de cet échec, craignant peut-être de manquer de vivres, engagèrent la lutte le 3 septembre après avoir été, racontent le- chroniqueurs, baranuués par Exaugustos : « Vous êtes des hommes, leur dit-il, n'ayez donc pas un cour de femme. Quelle est cette lâcheté qui vous fait toujours prendre la fuite? Souvenez-vous de vos ancêtres, dont la bravoure a soumis l'univers. Le puissant Hector a succombé sous les coups d'Achille. Ce sont les feux allumés par les Grecs qui ont réduit Troie en cendres. L'Inde a

JETON DE CUIVRE servant aux distributions charitables des moines du fameux Monastère de Stoadion, à Constantinopte.

— XI -XII u Siècle. — Ma Collection.

(1) « Le choix que les Normands firent d'Aténulfe, frère du prince de Bénévent. dit M. Chalandon, op. cit., f. 103, montre clairement combien l'élément longobard a, en réalité, dominé dans tous ces événements. On voit par là combien l'insurrection était encore à ce moment avant tout nationale. Les Normands ne sont encore que des auxiliaires et sont loin de jouer le pôle principal. Ils doivent subir le chef qu'il plaît aux Longobards de leur <l"ii[>er. »

266 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET TJIEODORA

connu le courage de Philippe, et son glorieux fils Alexandre n'a-t-il pas soumis de puissants empires à la domination des Pelages? En Occident, le nom des Grecs inspirait à tous une terreur profonde. Quelle est la nation qui, en entendant ce nom, eût osé résister? C'est à peine si elle se serait crue en sûreté dans ses camps retranchés, dans ses forts et dans ses villes. Soyez donc fermes, je vous le demande; souvenez-vous du courage de vos aïeux; montrez-vous dignes d'eux! Celui-là finit par enlever toute confiance à l'ennemi qui combat avec vaillance. Encore une fois, suivez les traces de vos pères, ne cherchez plus votre salut dans la fuite et que l'univers entier sache que vous êtes de valeureux soldats. Ne craignez pas de combattre le peuple des Francs ; il vous est inférieur par le nombre et par la force. »

« Le « catépano », poursuit Guillaume de Pouille, prescrivit ensuite à ses soldats de descendre dans la plaine. Les Gaulois, de leur côté, détachèrent des espions pour être au courant des préparatifs de l'ennemi. » « Exaugustos, que les sources désignent presque constamment sous son nom patronymique altéré de « Bugien », avait raison de dire que, pour le nombre, l'armée des Francs était inférieure à celle des Grecs. Au dire certainement bien suspect des Annales de Bari, l'armée normande ne comptait que sept cents hommes alors que les Grecs étaient dix mille. Aussi la bataille fut-elle terriblement acharnée. Les Normands durent faire des prodiges de valeur pour compenser l'écrasante supériorité numérique de l'ennemi. Guillaume Bras de Fer, malade de la fièvre, n'ayant pu assister au commencement du combat, se tenait à distance en simple spectateur. Voyant que les siens commençaient à plier, il oublia sa maladie. Saisissant ses armes, comme un lion il se précipita dans la mêlée. Son courage, ses paroles enflammées rallièrent les Normands et décidèrent la victoire. D'après Guillaume de Pouille, Gauthier, fils d'Amicus, l'un des douze comtes élus à Aversa, se couvrit également de gloire dans cette journée et sa magnifique bravoure contribua fort à la défaite des Grecs. Les Impériaux, surtout les contingents des thèmes occidentaux, « les Macédoniens », qui avaient bravement résisté sans quitter leurs positions, les Busses aussi en grand nombre, périrent presque tous sous les coups des Normands. Le reste des soldats du basileus, les miliciens des

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