RUINE DE LA PUISSANCE BYZANTINE EN ITALIE
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avoir désertées pour toujours, abandonnant le parti des Impériaux, se joignit à leurs ennemis. C'étaii pour les Byzantins un coup très dur que la trahison de ce chef très important. Les Normands ei leurs alliés des villes d'Apulie le nommèrent dès le mois de février suivant, 1042, dans l'église dt' Saint-Apollinaire de Mari, leur commun chef en place d'Aténulfe de Bénévent.
La puissance îles (irecs dans l'Italie méridionale semblait cette fois hien décidément perdue, à moins que de Constantinople on n'expédiai en hâte un nouveau capitaine, muni des plus énergiques instructions, à la tête d'une l'urte armée.
Les troupes grecques, à cette heure, nous disent les sources, renfermées derrière les murailles de quelques forteresses, ne se maintenaient plus que dans l'extrême sud de la
Péninsule : à Brindisi à COFFRET D'IVOIRE da Maseo Civico, de Bologne. Un
des bas-côtés. Animaux fantastiques. — Art byzantin du
Otrante, à Tarente il). xh pu da xw» Siècle.
L'année KKi'.l n'apporta aucun soulagement aux souffrances physiques toujours plus affreuses et plus incessantes du pauvre basileus. Michel IV,
(1) Skylitzès (voy. Cédr., II, p. .117) nomme encore Bari parmi les cités demeurées à ce moment fidèles à l'Empire, niais les sources originaires de cette ville même méritent ici plus de confiance. — Voy. dans Trincliera, op. cit., pp. 32 à 38, quatre documents conservés aux Archives du Mont-Cassin, documents délivrés au nom du basileus Michel IV, datés des années 11)34, 1035, 1 0 3 ! » , 1040. — De même voy. dans Capasso. Monum. ad neapol. duc. hist. pertin., II, pars prior, vingt-huit actes délivrés au nom du même basileus (n°s 449 à 476), encore aujourd'hui conservés aux archives de Naples, et dans Beltrani, op. cit., pp. 17 sqq, trois actes de même, des années 1035, 1036, 1039, conservés aux archives de Trani. Le dernier de ces actes, -iltih- d'un certain turmarque Eleuthérios, a été publié à nouveau dans l'Archivio */'ir. /icr le prov. napol., t. VII, 1882, pp. 60s sqq. — Voy. encore Aar, op. cit., p. 135, et Codice diplom. barese, duc 19 et 20. — Voy. sur la grécité des thèmes byzantins d'Italie au xi"* siècle, sur tous ces couvents basiliens, si nombreux et si florissants encore à cette époque, la précieuse et si intéressante Introduction à l'Histoire de l'Abbaye de Rossarm, par l'abbé P. Batiffol, Paris, 1891.
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de plus en plus tourmente par les crises terribles de sa terrible maladie, « par sou démon », suivant l'expression énergique de Skylitzès, rongé aussi du remords du crime qui lui avait donné le trône, ne trouvant plus aucun remède à tant de maux, s'épuisait en pratiques puériles pour apaiser la colère céleste dont ses souffrances lui semblaient la preuve éclatante. Ainsi il imagina d'envoyer par tous les thèmes comme par toutes les îles de l'Empire des messagers chargés de remettre deux sous d'or à chaque prêtre séculier, un sou d'or à chaque moine, certainement dans le désir d'obtenir ainsi une sorte de prière universelle de tant de saints personnages montant vers le ciel. Vu la foule des ecclésiastiques et des religieux, ce dut être pour le trésor une dépense colossale. Entre temps, le pauvre hasileus infirme se plaisait, au dire des mêmes chroniqueurs, à baptiser de ses mains les enfants nouveaux-nés. A cette occasion, il faisait don à chacun de ces heureux marmots d'un sou d'or plus quatre « milliaresia ». 11 distribuait d'innombrables autres aumônes, fondait des monastères (1), faisait des bonnes œuvres innombrables. Hélas, rien de tout cela n'apportait d'amélioration à son état. A sa « démonomanie » s'était jointe une grave affection du cœur, résultat fréquent et ultime de ces longs états chroniques. Une hydropisie monstrueuse le gênait effroyablement. Il ne pouvait plus s'occuper d'affaires. Toute sa pensée se concentrait sur les moyens propres à inspirer quelque pitié à son patron préféré, saint Démélrius, le grand saint militaire, protecteur de Salonique. Aussi faisait-il le plus habituellement son séjour dans cette ville, où, dans l'église du grand mégalomarlyr, aujourd'hui Kassimyeh Djami, s'élevait et s'élève ene. >re le tombeau de celui-ci, but incessant d'une immense et séculaire dévotion.
Ce qu'avait été l'existence du malheureux Michel IV en l'an 1039 le fut encore en l'an de grâce 1040. Le pauvre martyr ne quittait presque plus la tombe du saint, le glorieux Callinique ainsi que les Byzantins aimaient à l'appeler en souvenir des innombrables victoires que son
(1) Le Père J. Pargoire, dans son article de la Byz. Zeitschr., XI, intitulé « Autour de Chalcédoine », cite parmi les couvents auxentiens, c'est-à-dire bâtis sur le mont Auxence, le couvent du « vénérable Antoine », construit par le moine favori des basileis Romain Argyros et Michel IV, et le couvent de Saint-Étienne, gouverné par l'higoumène Gosmas au second quart du xime siècle.
MALADIE DV BASILEUS MICHEL IV l'A
intervention avaient values aux armes impériales depuis tanl de siècles. Couché toul ilu long du tombeau fameux dans l'ombre humide de la vieille égli^f, ce basileus étrange passait là de longues nuits en prières ardentes, en oraisons perpétuelles, cherchant vainement le sommeil « 1 1 1 ï le fuyait, suppliant à haute voix le saint de lui envoyer la guérison.
Quel drame ! Il y a quatre ans je visitais Salonique. J'entrai dans cette
vénérable mosquée Kassimyehoù la tolérance sulmane permet encore
aux ûdèles orthodoxes d'aller prier au tombeau du ^rand saint Démétrius donl c'était là l'église splendide et célèbre aujourd'hui ruinée, et d'y recueilhr le baume qui sue «lu saint cada\ re enterre depuis tant de -iecles.
Gomme je pair -ais la sombre église, il me sembla revoir ?uprès de cette
tombe sordide, aujourd'hui dépouillée de ses ornements magnifiques, l'impérial pénitent d'il y a bientôt neuf siècles, le Paphlagonien, hagard, tremblant de fièvre, défiguré par le mal terrible, couché dans les misérables haillons de quelque ascète, implorant de sa voix très humble la pitié du saint guerrier, implorant surtout le pardon de son crime, et je me disais avec stupeur que ce pitoyable suppliant ainsi prosterné était le basileus d'Orient, le successeur de Constantin, le maître tout-puissant d'une moitié du monde, le basileus Michel couronne de Dieu, l'égal de Dieu sur la terre !
Dans son espoir insensé d'obtenir la guérison, le malheureux souverain, immobilisé à Salonique auprès du tombeau lamé d'argent du grand martyr, ne s'occupait plus, je l'ai dit, de l'administration des affaires que dans les cas d'absolue ne'cessi té, en renie (tant tout le soin à POrphanotrophe, devenu de plus en plus le seul maître de l'immense Empire. Naturellement, l'opinion des chroniqueurs sur cette administration omnipotente de l'eunuque Joannès varie suivant le plus ou moins de goût qu'ils professent pour ce personnage. Psellos, nous le verrons, est en somme plutôt bienveillant, et c'est lui qui doit avoir raison puisqu'il a vu les choses de 1res près. Skylitzès, par contre, Zonaras aussi, sont impitoyables, c II n'y eut aucune action méchante que celui-ci n'accomplit, s'écrie Skylitzès T. pour tourmenter et accabler les sujets de l'Empire. » Suit une
I Cédrénus, 525, 16 et 526, 16.
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énumération certainement fort exagérée de tous les maux causés par cet homme « qui, étant très méchant, inventait toujours de nouveaux moyens honteux pour se procurer de l'argent», qui vendait toutes les charges au plus offrant, lâchant la bride à toutes les iniquités, remplissant l'Empire d'injustice, laissant ses lieutenants dépouiller impunément les malheureuses populations écrasées d'impôts, amassant sur Byzance les nuées de la vengeance céleste qui se manifestait comme toujours, en ces temps de crédule ignorance, par des phénomènes terribles, des tremblements de terre, des orages calamiteux, des pluies effroyables, des bruits souterrains effrayants, « tous phénomènes, s'écrie l'écrivain dévot (1), qui. signifiaient, je le pense, la ruine prochaine de toute cette famille de tyrans aux abominations de laquelle personne ne mettait plus le moindre obstacle ! » (2)
Tout ceci semble surtout pure médisance. Le récit suivant, également rapporté par Skylitzès dans des termes malheureusement très brefs, parait plus sérieux. « Cette même année 1040, dit-il, dans le courant du mois de mai, la sœur du basileus et de l'Orphanotrophe, Marie, la mère du césar Michel, dont je n'ai point encore parlé, et qui fut plus tard Michel V, se rendit à Ephèse pour y faire ses dévotions au tombeau fameux de saint Jean l'Evangéliste, le disciple aimé du Christ. Sur la route, cette princesse fut mise au courant de beaucoup de ces prétendues infamies perpétrées par l'administration si dure de l'Orphanotrophe. A son retour, elle en fit part à celui-ci. Après lui avoir exposé avec larmes la misère des provinces qu'elle venait de traverser, elle le supplia de mettre un terme à ces abominations. Lui se contenta de la congédier en riant très fort. « Tu parles bien comme une femme, lui dit-il, qui n'entend pas le premier mot à la politique (3). Vous autres femmes, vous n'êtes bonnes qu'à pleurer, mais point à connaître ce qu'il faut d'argent pour soutenir un Empire tel que le nôtre. »
(1) Voy. encore dans Gédrénus, II, p. 511, lignes 12 à 17, d'autres prétendues exactions de l'Orphanotrophe.
(2) En 1039, tremblements déterre, pluies torrentielles, épidémie d'angines, de diphthérite probablement. En 1040, tremblements de terre terribles le 2 février en beaucoup de localités. A Smyrne le désastre fut affreux. Outre de nombreuses victimes, les plus beaux édifices furent jetés bas.
(3) Littéralement « à la politique romaine ».
COÎ/l 7 7,' 1 L RE D'ÉVANGÉLIAIRE de la Bibliothèque Royale de Munich. — Émaax byz, i n r na du XI - Siècle. Symboles cfe Evangélistes et Inistes de Saints.
274 LES l'ORPHYROGÉNÈTES ZOÉ Et THÉOÙOHA
Tout un paragraphe du traité anonyme du Strategicon (4) tant de fois cité par moi, est ici infiniment instructif. Il faut reproduire presque en entier ce chapitre au titre suggestif : « Des abus provenant de la famille du basileus ». « Je vais vous raconter, dit à ses enfants le rédacteur anonyme contemporain, comment finit le basileus Michel le Paphlagonien. Ce défunt basileus n'avait pas d'illustres origines ; ses parents étaient de souche infime, mais il possédait de grandes qualités. » Suivent des considérations sur l'égalité des hommes devant Dieu. « Donc, comme je viens de le dire, feu le basileus Michel était orné de grandes vertus, mais il avait une parenté pauvre et nombreuse sur laquelle veillait son propre frère l'Orphanotrophe auquel il avait remis le gouvernement de l'État. Cet homme désira enrichir ses frères et leur procurer les moyens de piller le bien d'aulrui à l'insu du basileus. Les « mandatores » et autres fonctionnaires impériaux envoyés en mission dans les provinces suivirent l'exemple du premier ministre. Rencontraient-ils sur un grand chemin, en un lieu désert, fut-ce dans une auberge, un voyageur à cheval, ils l'attaquaient, s'emparaient de son cheval ou de son mulet, puis s'éloignaient en hâte. Voilà comment, par la faute de ces fonctionnaires, mais surtout par celle de ses frères, ce basileus admirable finit par être détesté pour tant d'abus qui étaient uniquement de leur faute. Partout on maudissait son nom, partout on désirait ardemment la destruction de sa race, ce qui arriva bientôt après. Quand, en effet, il se fut endormi paisiblement dans la repentance, et que son neveu fut monté sur le trône à sa place, toute la ville de Constantinople, habitants et étrangers y séjournant, se soulevèrent contre ce dernier, prenant pour prétexte qu'il avait envoyé en exil sa mère adoptive, la basilissa Zoé. Lui et toute sa famille périrent » (2). Suivent diverses considérations sur la nécessité qu'il y a pour le prince de gouverner par lui-même.
Le témoignage de Psellos, également contemporain, est, je l'ai dit, fort différent. « Jean l'Orphanotrophe, dit-il, était un homme d'une activité extraordinaire, de ressources sans bornes. L'unique mobile de chacun de
(1) Le paragr. 230.
(2) En réalité, nous le verrons, Michel et les siens, ou plutôt son seul oncle Constantin avec lui, ne furent que mutilés et enfermés dans des monastères.