L'EUNUQUE JOANNÈS BRIGUE LE PATRIARCAT
ses actes était d'assurer la continuité de la puissance impériale dans sa famille, c'est-à-dire de fonder une dynastie paphlagonienne, et, comme la santé ,1,. Michel IV était des pins précaires, il lui semblait d'une impérieuse nécessité de prendre des précautions alors qu'il en était temps encore. Aussi le verrons-nous bientôt à l'œuvre dans ce but. Entre temps, un plan fort extraordinaire et quelque peu fantastique d'ambition personnelle que l'eunuque, non content de sa situation déjà toute puissante, tenta d'exécuter dans le courant de l'été de l'an 1037, échoua complètement. » 11 s'agissait tout simplement de l'élévation de l'Orphanotrophe au trône patriarcal, projet qui comportait naturellement comme prélude obligé la déposition du patriarche en fonctions, le vieil Alexis Stoudite (1) !
Pour amener ce premier résultat, en lui-même fort ardu, Jean, qui ne doutait plus de rien et se mourait d'envie de devenir le chef de l'Eglise, suscita très habilement une cabale de hauts dignitaires ecclésiastiques qui, gagnés par lui, en compagnie d'un certain nombre de sénateurs, conspirèrent avec son secret aveu pour faire déposer le vénérable prélat sous prétexte qu'il n'avait pas été élu canoniquement, c'est-à-dire par le suffrage des métropolitains, mais bien directement et uniquement par la volonté et le choix exclusifs du basileus Basile II mourant. Skylitzès donne les noms des chefs de cette cabale : avant tout Démétrius, évèque de Cyzique, celuilà même qui avait été nommé à ce poste par Romain Argyros tout au commencement de son règne, très propablement contre la volonté du patriarche (2), puis Antoine, dit Pachès ou l'Hébété, à cause de sa stupidité légendaire, évèque eunuque deMcomédie, un parent de l'Orphanotrophe, lui aussi tout récemment promu par le Paphlagonien (3), deux frères enfin, tous deux évèques, l'un de Sidé, l'autre d'Ancyre, plus divers autres métropolitains. Mais le patriarche Alexis, appuyé par tout le reste du haut clergé, se montra à la hauteur de ce grand péril. Il se contenta de faire aussitôt remarquer par lettres encycliques .pie si on en venait à déclarer qu'il n'avait pas été élu canoniquement, et que, par conséquent, il y avait
(i) Voy. sur ce curieux incident le chapitre IX du t. IFI des Byzantin. Gesch. de Gfrœrer.
(2) Voy. p. i':', du présent volume.
(3) Voy. p. 199 du présent volume.
eu abus, il s'en suivrait aussi logiquement que fatalement que toutes les innombrables nominations ecclésiastiques faites par lui durant son règne déjà long de onze années devraient être aussitôt annulées comme entachées de nullité et leurs titulaires déposés, qu'en outre les trois basileis couronnés par lui, et dont un était actuellement sur le trône, devraient être forcément décrétés d'anathème. « Agissez de la sorte, disait le prélat en terminant, et je descendrai aussitôt du trône patriarcal pour le céder à qui en voudra. » Cette communication fort habile décida incontinent la grande majorité des membres du haut clergé à prendre plus vivement que jamais parti pour leur chef actuel, par crainte des grands ennuis qui pourraient leur advenir, s'il venait à succomber dans cette lutte. Quant à ceux qui s'étaient ralliés à Démétrius de Cyzique et aux autres chefs de la cabale, ils furent infiniment déconcertés. Beaucoup parmi eux, en effet, avaient également été ordonnés par Alexis. Confus et tremblants, ils ne soufflèrent plus mot et se tinrent cois. Joannès dut, la mort dans l'âme, renoncer à sa chère ambition de devenir patriarche. « Mais, s'écrie Skylitzès, qui a raconté toute cette intrigue avec plus de détails que Psellos, l'avarice le dédommagea du peu de succès de ses rêves de gloire. II continua à tourmenter ses peuples et à les accabler d'exactions. »
Si le plan de Démétrius et de ses affiliés eut réussi, si le vieil Alexis se fut montré moins énergique ou s'il fut mort sous le règne de Michel IV, Joannès lui eût certainement succédé sur le trône patriarcal et se fut alors trouvé dans une situation si sûre et si élevée, si puissante surtout, qu'il eut très probablement réussi à préserver sa dynastie familiale si chère de la catastrophe finale dans laquelle elle fut entraînée par les crimes du Kalaphate ainsi qu'on le verra plus loin. Le patriarche xUexis ne fut probablement jamais que fort mal disposé pour les parvenus de Paphlagonie. Il sut, par contre, se montrer toujours un ferme et zélé partisan de la dynastie du grand Basile.
« Les accès de la maladie épileptique auxquels le basileus était sujet, dit Psellos, devinrent si fréquents, ils en arrivèrent à débuter avec une telle brusquerie, que le malheureux prince se vit réduit à mener encore