DIE DE MICHEL IV
ni
davantage la plus solitaire vie de reclus. Quand ses devoirs de souverain exigeaient qu'il tint une audience publique, des tentures de pourpre avec des domestiques chargés de les faire mouvoir étaient disposées de telle manière qu'an plus léger symptôme annonçant l'invasion d'un accès, alors que l'œil du basileus se voilail quelque peu ou qu'il commençait à agiter la tête, on pouvail instantanément le soustraire à la vue de l'assis tance qu'on congédiait aussitôt. I>e même quand il cheminait à travers la cité', qu'il fût à pied ou à cheval, il était constamment environné d'une troupe de gardes qui formaient cercle autour de lui pour le cacher de suite aux veux de la foule si un : ès venait à le surprendre. /f. ' /^fédlEMiA
Os accès étaient terribles, mais *%\ § lt^i'<^'mr} x\
leur durée était courte. Le malade se remettait très vite et sa raison demeurait intacte. Il ne lui restait en apparence rien de cette crise affreuse. Ce qui était le [dus horrible, c'était la soudaineté de l'invasion. Souvent il tombait presque
subitement de cheval et il fallait le rapporter en hâte au Palais. Un jour qu'il traversait un petit ruisseau et que ses gardes étaient à quelque distance, saisi brusquement, il tomba à l'eau en se débattant. Les passants le contemplaient avec pitié, mais personne ne songeait à le secourir I .
« Dans les intervalles des accès, quand le basileus retrouvait quelque santé, son activité redevenait souvent encore immense et sans cesse en mouvement, dit Psellos. Rien ne lui échappait de l'administration intérieure de l'État, ni de ce qui concernait la garde des frontières. 11 disputait celles-ci, celles du Nord comme du Midi, par tous les moyens en
(1) Voy. une description saisissante, en apparence fort exacte, de ces terribles accès dans Manassès, éd. Bonn, p. 2fi0. Arisdaeuès de Lasdiverd, éd. Prud'homme, p. 43, dit que Michel avait voué son âme au démon et qu'il habitait presque constamment Salonique « auprès d'une m sgii i une » ! Beaucoup parmi les contemporains superstitieux du pauvre souverain furent de Bel avis, estimant qu'un démon habitait en lui, les uns disant que c'était en punition des crimes par lesquels il était parvenu a l'Empire; les autres, parce qu'il s'était donné au prince de l'enfer pour y parvenir.
x EAU de plomb du fameux eunuque Joannès l'Orphanotrophe, frère et premier ministre du basileus Michel IV le Paphloijonien. — Ma Collection. La légende signifie : Seigneur, prête secours à ton serviteur Jean, moine et orphanotrophe.
son pouvoir, à tous les ennemis de l'Empire, envoyant des ambassades avec des cadeaux aux souverains étrangers, renforçant les garnisons des forteresses limitrophes. » « Intimidées par une aussi constante vigilance, les puissances voisines se tenaient tranquilles, poursuit le narrateur témoin oculaire. Aucune d'elles ne bougeait, ni le Khalife d'Egypte, ni celui de Bagdad, ni le sultan des Turks Seldjoukides (1). Les uns entretenaient avec nous les relations les plus amicales. Les autres se maintenaient en paix par crainte de l'activilé guerrière de notre prince (2). Il avait remis entièrement à son frère l'eunuque la direction et le soin des finances et la majeure partie de l'administration intérieure, mais il s'était réservé le soin exclusif des questions militaires et la direction de l'armée. A mesure que sa terrible maladie s'aggravait, il semblait veiller avec plus de sollicitude au salut de l'Empire comme s'il ne souffrait d'aucun mal. »
L'ennuque toutefois n'était pas sans s'apercevoir que les forces de son malheureux frère allaient déclinant chaque jour. Effrayé parle nombre
(1) Psellos nomme constamment celui-ci le « souverain des Perses ».
(2) Ibn el-AthirilX, p. 336) rapporte cependant à cette époque extrême de la fin du règne du malheureux Michel IV, à l'année de l'Hégire 432 (sept, lilifl-aoùt 1041), le fait de guerre suivant sur la frontière asiatique de l'Empire, qui n'est mentionné par aucun chroniqueur byzantin. « Cette année-là, dit-il, eut lieu un combat entre une armée égyptienne envoyée par Al-Douzbéri et les troupes grecques. Les Musulmans furent vainqueurs. Or voici quelle fut la cause de cette guerre : Le basileus grec avait conclu une trêve avec le Khalife Al Mostançerbillâh, souverain d'Egypte, comme nous en avons fait mention. A un moment donné, le fils de Saleh Ibn Mirdâs se mit à correspondre avec lui et chercha à se le rendre favorable. Saleh, auparavant, avait déjà correspondu avec lui, cherchant à s'assurer son appui contre Al-Douzbéri, craignant que celui-ci ne lui enleva Rakkah. Al-Douzbéri l'ayant appris, menaça le fils de Saleh, qui nia tout et protesta de son dévouement.
« Sur ces entrefaites, un certain nombre de guerriers de la tribu de Kilâb pénétrèrent dans le gouvernement d'Apamée, qu'ils ravagèrent et où ils pillèrent plusieurs localités. Une troupe de soldats grecs vint les attaquer, les battit et les chassa de la région. Informé de ces faits, le gouverneur égyptien d'Alep fit sortir de cette ville les marchands francs, puis envoya au duc d'Antioche l'ordre de faire sortir de sa ville les marchands musulmans: Celui-ci s'emporta contre le messager, voulut le faire mettre à mort, puis le renvoya. Le gouverneur d'Alep fit alors informer Al-Douzbéri de ce qui se passait, et l'avertit que ses forces étaient prêtes à entrer en campagne. Al-Douzbéri équipa alors ses propres troupes et leur fit prendre les devants. Elles se heurtèrent à une armée grecque partie de la même manière, et les deux parties se rencontrèrent entre les villes de Hamah et d'Apamée. Le combat fut des plus acharnés. Finalement Allah fit triompher les musulmans et humilia les infidèles, qui prirent la fuite. Beaucoup d'entre eux furent tués, et le neveu de l'empereur fait prisonnier. On donna, pour sa rançon, des sommes considérables et un grand nombre de prisonniers musulmans. A partir de ce moment, les Grecs se tinrent sur leurs gardes. » — J'ignore quel pouvait être ce a neveu » du basileus fait prisonnier par les troupes d'Egypte.