HEROÏSME DE MICHEL IV
verain d'aventure, parNaïssos, la Nisch actuelle, el Skopia, antique métro pôle de leur race, résidence actuelle du gouverneur impérial suprême de
toute la Bulgarie, l'escortèrenl tri phalement à la rencontre des troupes
grecques parmi les cris de joie et les chants d'allégresse. Il semblait que
l'indépendance bulgare fûl déjà un l'ail ac< pli tant l'enthousiasme était
grand. Tous les Grecs rencontrés sur la route, soldats ou fonctionnaires, furent barbaremenl mis à mort. De Ions cotes des incursions armées propagèrent le plus sanglant brigandage. Tout le pays était soulevé!
i le qui avait, je le répète, singulièrement encourage les espérances des chefs des révoltés, c'était l'état si grave de la -aidé du basileus. Ils estimaient impossible que l'infortuné souverain fût en état de les attaquer à la tète de l'armée, puisqu'il était si malade qu'à peine pouvait-il faire un mouvement, Or, à la stupéfaction générale, l'imminence du péril sembla comme galvaniser le pauvre et intrépide moribond dans sa pieuse retraite de Salonique. A la première intérieur DU RELIQUAIRE d'ort-
DOUVelle de ce dangereux Soulèvement, ''""' slavo-bysantine en métal doré du
XI ' on XII s Siè le, conservé au trésor
racontent Psellosel aussi Zonaras, Michel de la cathédrale / /f './„,„, ,-, repro-
... ,, , .. , ... i dait aux pages 13!t '-t 1S5 'lu tome II
déclara qu a tout prix d marcherait a la ,,,. ,,Épû .,,,„,,„„„„ ,., Hélène soa
tète des troupes et s'emparerait de ta '■'"""' '" ' ru'x- /"-'''/"""i •" ■■"
tères slitvons.
personne de Dolianos. « Il serait inique,
répétait-il, que celui qui n'a apporté jusqu'ici aucun agrandissement à l'Empire vienne au contraire à en perdre une parcelle, s Le malheureux prince était si malade que tous, parents et conseiller-, voyant qu'il préjugeait de ses forces, le supplièrent de renoncer à son projet. S.- frères l'empêchèrent presque de force de sortir de la ville. Lui, plein d'une pieuse ardeur, se désolait, s'estimant responsable devant Dieu de la grandeur du nom romain. Cette douloureuse agitation augmenta encore son mal. Il enfla prodigieusement. Il n'en repoussa pas moins toutes les prières des >iens, et, remédiant a -a faiblesse physique
290 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
par son énergie morale, fit lui-même ses derniers préparatifs. A la tête de l'élite de ses troupes, commandées par une élite d'officiers, il quitta Salonique par un incroyable effort de volonté et marcha droit aux Bulgares.
Sur ces entrefaites, les hostilités avaient déjà commencé dans la région du nord. Nous ne savons presque aucun détail. Il semble bien que la rébellion ait eu son siège principal dans les régions occidentales de la péninsule des Balkans, probablement aux environs d'Achrida. En effet, Skylitzès dit que le premier chef impérial qui atteignit les insurgés fut Basile Synadénos, stratigos du thème de Dyrrachion sur l'Adriatique. Ce haut fonctionnaire, au premier bruit du soulèvement bulgare, avait conduit en hâte contre les rebelles toutes les forces, probablement peu nombreuses, dont il disposait. Il espérait ainsi éteindre l'incendie avant que celui-ci n'eût eu le temps de se propager. Mais un incident fâcheux vint réduire à rien ce beau zèle. Arrivé avec ses troupes à Debra (1), quelque peu au nord d'Achrida, le malheureux stratigos fut formellement accusé par un de ses lieutenants, Michel Dermokaïtès, avec lequel il avait eu un différend, d'aspirer à la pourpre. C'était l'éternelle accusation à l'aide de laquelle on perdait un homme en vue à cette époque à Byzance. "Vous n'avons pas d'autres détails. Probablement que le stratigos de Dyrrachion fut soupçonné de n'avoir réuni ses troupes que pour se joindre avec elles aux révoltés bulgares et se faire proclamer par elles basileus, ce qui semblait facile dans l'état si grave de la santé de Michel IV. Toujours est-il que ce dernier, avisé de ces faits, ordonna de lui envoyer sous bonne garde à Salonique l'infortuné général, destitué de son commandement, et de le remplacer à la tête des forces impériales par son propre dénonciateur, Dermokaïtès. Ce fut un choix infiniment malheureux. Dermokaïtès, dont l'impéritie ne semble avoir eu d'égale que la sottise, eut tôt fait de tout mettre sens dessus dessous. Il eut surtout le tort grave de traiter avec une âpre injustice, une sordide avarice ses soldats, tant dalmates que proprement bulgares, demeurés jusque-là fidèles. Il leur retira leurs chevaux, leurs armes, leurs effets précieux,
(1) Ou Dibra.
LÈS DEUX TSAR& DOLIANOS ET TICHOMIR 291
probablement pour 1rs empêcher de passer à l'ennemi. Gela ne lil que précipiter le dénouement prévu. Tous ces divers contingents, exaspérés
par ers procédés, se soulevèrent contre leur i veau chef. Dermokaïtès
courut les plus grands dangers dans la bagarre, et n'eut que le temps de se sauver de nuit.
Alors ces mêmes soldats bulgares, jusque-là demeurés fidèles, révol tés maintenant contre leur chef impérial, redoutant la juste colère du basileus, voyant probablement aussi le. soulèvement primitif gagner du terrain, Grent à leur tour défection et proclamèrent de leur côté un second tsar de Bulgarie, un des leurs, un simple soldat, nommé Tichomir, mais qui jouissait parmi ses compagnons d'une grande réputation de bravoure et d'intelligence. Il y eut donc à ce moment-là à la fois deu\ factions ou groupements de révoltés bulgares, l'une acclamant Dolianos, l'autre Tichomir. Dolianos fut le plus avisé. Il écrivit à son rival des lettres pleines d'une affectueuse contiance, par lesquelles il sollicitait son alliance et l'appelait auprès de lui. L'autre accepta sottement. On se jura d'agir en commun et les deux chefs réunirent leurs forces. Alors Dolianos, convoquant dans une assemblée solennelle tous les Bulgares révoltés des deux camps, chefs et soldats, leur lint le plus habile langage. « Etes-vous bien entièrement persuadés, leur dit-il, que je sois le descendant de vos rois, celui du grand Samuel en particulier? S'il en est ainsi, si vous me voulez vraiment pour votre tsar, chassez Tichomir de parmi vous. Si, au contraire, vous croyez que je suis un imposteur, permettez que j'abdique, et je ne m'opposerai point à l'élévation de mon rival. De même qu'un même arbre ne peut nourrir en même temps deux rouges-gorges, de même la Bulgarie ne peut avoir deux tsars à la fois. » Sur cette comparaison poétique, le rusé partisan termina sa harangue. Un grand tumulte éclata dans la rude assemblée. Tous criaient à la fois qu'ils voulaient Dolianos pour leur unique souverain. « Vive Dolianos! » hurlaient-ils, « Dolianos est notre tsar! » L'infortuné Tichomir fut sur-le-champ lapidé comme un nouveau saint Etienne. Ainsi se termina sa courte royauté qui avait passé comme un rêve. La toute-puissance échut à Dolianos qui, concentrant à nouveau ses bandes ainsi coiisi dérablement augmentées, s'avança à marches forcées dans la direction
292 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODOR I
de Salonique contre les troupes impériales commandées par le basileus Michel.
Le récit de ers événements dans les chroniqueurs est, hélas, inliniment bref. Ceux-ci ne disent absolument rien des routes suivies, rien des localités parcourues. Nous en sommes réduits à des probabilités. Les forces bulgares révoltées, immense agglomération de bandes à peine organisées, mais formées de combattants excellents, descendirent vraisemblablement dans la direction de la mer et de Salonique par l'étroite el sauvage vallée du Slrymon.
Arrivé avec ses troupes jusqu'à l'ancienne frontière bulgare, le basileus avait fait l'admiration de tous par son incroyable énergie. Après
avoir établi le camp de l'armée dans la position la plus favorable, il avait tenu conseil. A l'étonnenicnt de tous, soutenu par une sorte de surexcitation maladive, il continuait de commander en
S< E.u de l'LuMU iin personne les opérations actives. La nuit, sur sa
célèbre chroniqueur Michel
Attaleiates. Ce sceau très couche, il respirait à peine; on le croyait mori-
précieax fait partiede ma i 1 i i> 1 1 •. - 1 1 . i ■ -,
Collection uond. A 1 aube, on Je trouvait a cheval a la tête
des troupes. 11 demeurait ainsi tout le jour,
donnant des ordres, veillant à tout, sujet d'admiration pour tous. Nous
verrons que le fameux Ilarald, tils du roi de Norvège, faisait campagne
avec sa « droujine » auprès du basileus dans cette expédition.
Hélas, tant d'énergie ne devait servir de rien. Probablement les forces
amenées par le basileus n'étaient pas en nombre suffisant pour résister à
l'armée révolutionnaire de Dolianos, grossie des contingents du thème
de Dyrrachion, qui avaient d'abord suivi la fortune de Tichomir. Michel
Attaleiates (1) dit expressément qu'aux environs de Salonique, le basileus,
lorsqu'il fut attaqué à l'improviste par les Bulgares, n'avait auprès de lui
que sa garde. Bref, ce chroniqueur, et surtout Skylitzès, racontent en
(1) Éd. Bonn, p. 9, 1. 20. C'est à peu près à cette date que commence à nous devenir vraiment utile l'excellente Chronique de cet écrivain qui raconte île visu les événements de l'an 1034 à l'an 1079. Michel Attaleiates vint probablement de Pamphylie s'établir dans la capitale entre l'an 1030 et l'an 1040. Voy. Krumbaeher, Gesch. d. byzant. Litteratur, s éd.,
p. 270. — Voy. le précieux s. u de Michel Attaleiates, qui fait partie de ma collection de
bulles de plomb byzantines, gravé ci-dessus.