‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 62 sur 132 · TRAHISON DE MANUEL IBATZES · texte numérisé non relu

TRAHISON DE MANUEL IBATZES

quelques mots qu'à la i velle de la marche en avant de Dolianos, proba-

blemenl avec des forces bien supérieures à celles qu'on lui supposait, le malheureux basileus, harcelé par les bandes ennemies, se \il contraint d'opérer une retraite précipitée. L'armée impériale rétrograda en désordre dans la direction de la capitale, abandonnanl le camp, les bagages même de Michel et ions ceux de l'armée.

Tout l'ut pris par les Bulgares, même la garde robe du prince, grâce à la trahison d'un officier d'origine bulgare, demeuré fidèle jusque-là.

Il avait m nu Manuel Ibatzès, un lils, peut-être de celui qui >i longtemps avait tenu campagne contre le grand Basilr I . Le basileus, dont il était un des familiers, lui avait confié la sarde de l'immense convoi pendant la retraite. Le traître, qui avait accepté cette mission de confiance, passa immédiatement au parti de Dolianos, auquel il livra toute celle énorme quantité de bagages. Il fut suivi dans sa trahison, au dire de Skylitzès, par un autre haut officier de la maison du basileus, un « kitonite », ou chambellan, dont le chroniqueur a négligé de nous dire le nom, et qui, probablement, était, lui aussi, d'origine bulgare (2). Dolianos, demeuré par la mort de Tichomir seul chef de la rébel-

PLAQUE BYZANTINE ■/■■ bronsedoré.— Un des saints Théodore. — XI Siècle. — British Muséum. — Dalton, Catctl. ofearly christ. antiq.

1 Épopée, II, pp. :'.0ii sqq.

2 N'oublions pas d'indiquer que Zonaras et Psellos ne parlent pas de cette retraite précipitée du basileus racontée par Skylitzès. Zonaras, après avoir dit l'énergie admirable de Michel malade à la tête de l'armée, ajoute expressément ceci : i le basileus se pn parai) au combat, mais avant que les deux armées n'en vinssent aux mains, quelqu'un interviol qui lui procura une prompte victoire ~ans aucune peine ». Il s'agit de l'affaire d'Alousia

lion, semble avoir eu à ce moment pour quelque temps tous les atouts dans son jeu. C'était un homme d'énergie, merveilleusement prompt à l'action. Profitant de la situation si exceptionnellement favorable que lui avaient successivement et si rapidement créée la catastrophe de Synadénos, la fuite de Dermokaïtès et la retraite précipitée du basileus, il résolut de faire envahir de plusieurs côtés à la fois par ses bandes les provinces impériales du sud de la péninsule des Balkans, surprises sans défense par celte prise d'armes tout à fait inattendue. Skylitzès, qui est seul à peu près à nous parler de ces faits, les a racontés, comme toujours, dans les termes les plus brefs. Un premier corps bulgare fut expédié contre Dvrrachion. Cette grande forteresse maritime des Byzantins sur l'Adriatique, entièrement dégarnie de troupes par le départ de Synadénos et de ses soldats qui avaient depuis fait défection, se rendit, semble-t-il, sans coup férir au lieutenant de Dolianos, le « voyévode » Kaukan, le « Kaukanos » des Grecs. C'était pour les armes impériales un sanglant autant que douloureux auront. C'était pour les révoltés un premier succès de toute importance, car l'action à revers des forces byzantines parla rive de l'Adriatique s'en trouvait du coup paralysée et les contingents bulgares envahissant le territoire de l'Empire dans la direction du sud, étaient ainsi protégés sur leur flanc droit contre toute diversion de ce coté. En même temps, en effet, Dolianos expédiait à marches forcées une seconde armée sous le commandement d'un autre de ses lieutenants, Anthimos, pour envahir les grands thèmes de la Thessalie, de la Hellade et du Péloponèse, tout le sud de la Péninsule enfin. 11 semble qu'à chaque grand soulèvement de la nationalité bulgare contre l'empire de Boum tant détesté, celte tactique ail été obstinément renouvelée. Le fameux tsar Samuel avait par deux fois, aussitôt après avoir vaincu les armées byzantines, tenté de pénétrer ainsi dans la Grèce propre. U est probable que les si nombreuses tribus slaves établies dans ces régions, surtout dans le Péloponèse, éprouvaient pour les Bulgares, leurs frères de race, les plus vives sympathies. Cette fois-ci, il s'y joignait une désaffection profonde, quasi-universelle pour le gouvernement impérial, amenée, je l'ai dit à mainte reprise, par l'administration si terriblement dure et rapace de l'eunuque Joannès.

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Je laisse la parole à Skylitzès : « Anthimos et son armée, dit il, ayant franchi 1rs Thermopylrs cl pénétré en Béotie, rencontrèrent bien toi AJlakasseos, général impérial probablement le stratigosdu thème de Bellade , qui accourait avec ses contingents réunis en bâte puni- leur barrer la roule. La bataillé s'engagea sous les murs de la grande cité de Thèbes de Béotie. AJlakasseos fut cruellement battu. Une foule de ses miliciens thébains mordirent la poussière. Les solides remparts de la Cadmée semblent avoir toutefois arrêté de ce côté l'effort du généralissime bulgare et il n'est aucunement question dans les sources de l'invasion par ses bandes de l'Attique toute voisine. Par contre, le thème de

Nicopolis, c'est-à-dire toute latin propre, sauf la place forte de Nau-

pacte, probablement occupée par une trop nombreuse garnison, fit instantanément détection pour la raison que voici : LTn certain fonctionnaire byzantin, Jean Koutzomitès, collecteur des taxes pour cette province, avant traité les habitants avec la plus grande dureté, avait été, pour cause de son effroyable rapacité, massacré par ceux-ci qui étaient en majeure partie d'origine slave. Détestant le joug romain, redoutant le châtiment qui leur était réservé, Us brisèrent leurs chaînes et passèrent aux Bulgares, non tant par amour pourDolianos que par haine de l'Orphanotrophe et de son insatiable avidité. »

J'ai dit du reste que ces révoltés du thème de Nicopolis étaient euxmêmes en presque totalité de race bulgare et Skylitzès ajoute ici cette phrase significative bien précieuse pour l'histoire de la Bulgarie à celte époque, dont j'ai déjà tiré parti à un autre chapitre de ce long travail: (1) « le basileus Basile, lorsqu'il avait définitivement soumis la Bulgarie, n'avait rien voulu changer au gouvernement du pays, mais au contraire avait ordonné que l'ancien ordre de choses serait partout maintenu et que l'impôt continuerait à être perçu comme il l'était sous l'administration du tsar Samuel : c'est-à dire que tout Bulgare possédant un joug de bœufs serait tenu de payer au trésor pour l'impôt une mesure, un « modios » de blé, une mesure de millet et une cruche de vin. Mais l'Orphanotrophe avait changé tout cela et réclamé au lieu de cet impôt en nature le paieil) Épopée, H. p. 428.

296 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THÉODORA

ment en argent monnayé. Ce que les Nicopolitains ayant supporté impatiemment, ils s'étaient soulevés, et Dolianos, leur en ayant fourni l'occasion en leur envoyant cette armée de secours, ils secouèrent le joug de l'Empire pour retourner à leurs vieilles coutumes. »

Outre l'histoire de ce dangereux soulèvement du thème de Nicopolis, un heureux hasard nous a fait récemment connaître un autre incident curieux de cette marche de l'armée bulgare d'Anthimos dans la direction des thèmes du sud. Le fameux traité anonyme intitulé « le Strategicon » dont j'ai parlé tant de fois déjà, traité retrouvé depuis peu à la Bibliothèque synodale de Moscou, contient un précieux paragraphe (1) dont je reproduis ici le texte curieux :

« Démétriade, — dit notre auteur anonyme qui fut, on se le rappelle, contemporain et souvent acteur dans ces événements, — Démétriade est une cité maritime du thème de Ilellade (2), fort bien défendue d'un côté par les flots de la mer, de l'autre par de vastes marais. Dolianos, chef (3) bulgare, s'en était emparé. Il y envoya un de ses lieutenants, officier i déjà âgé et fort expérimenté, nommé Litoboès le Deabolite, parce qu'il était originaire de Deabolis (5), à la tète d'un détachement pour y tenir garnison. Le vieux chef, dès son arrivée, fit relever les murailles de la ville très délabrées et y installa ses machines d'attaque et de défense. Mais après qu'il eût ainsi fortifié la cité qu'il était chargé de garder, il se relâcha de sa surveillance croyant n'avoir plus à redouter aucune attaque du dehors, pas plus qu'aucune trahison intérieure, parce que les habitants étaient des gens simples, sans aucune pratique des choses de la guerre, et qu'en outre il leur avait fait prêter serment de fidélité à leur nouveau maître Dolianos. Mais l'insouciance, hélas, est une source constante de malheurs imprévus. Entièrement rassuré sur le sort de la place confiée à ses soins, Litoboès s'abandonnait aux plaisirs de la table et à toutes sortes de voluptés. Cependant les habitants, bien que si naïfs, instruits cependant par leurs malheurs antérieurs, firent savoir

(1) Paraçr. 71, intitnk' : o Autre récit d'une ville /irise pur la ruse ».

(2) Sur le golfe de Volo.

(3) Le te ri jxact employé par l'auteur anonyme est » toparque ».

(4) Le terme employé est « tÇeXvfxoç », mot d'origine bulgare. 5 i >u Divol.

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