PL. IV
MOSAÏQUE BYZANTIN! ' ■ .près d'Athènes.
aux Limbes (Mil
Le Christ
SJ RPRISE DE DÊMÉTRIADE
secrètement au duc impérial h Salonique qu'il eûl à envoyer quelqu un p0ur reprendre la ville. Ce haul fonctionnaire expédia aussitôl à Démé triade avec des vaisseaux et destroupesun certain « pantheotes » ? Zepe qui débarqua ses In. mines en un lieu caché non loin du port. Alors les habitants, secrètemenl avertis de la présence de cette troupe, se saisirent du
ÉGLISE du fameux couvent de la Lavra au Mont-Athos fondé par saint \thanase au .Y"' Siècle. — Façade sud. — (Millet, Btts-Éiudes, B. 81.)
chef bulgare el île ses hommes, et les livrèrent pieds et poings lies au lieutenant de l'empereur. »
Ce fait de guerre, inconnu jusqu'ici, se rapporte certainement à l'expédition d'Anthimos dans les thèmes du sud.
Cependant les hostilités traînaient en longueur, lorsque, dans le courant du mois de septembre de cette même année 1040, survint un autre événement fort inattendu, l'apparition d'un nouveau prétendant bulgare. Il survivait encore à celle époque un fils de l'ancien tsar de Bulgarie, Aaron, un des fameux « (lomitnpoules », le frère aine de Samuel, assassiné, on se le rappelle, suivante années auparavant, vers le commencement de
298 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THÉODORA
la grande guerre bulgare, vers l'an 980 (1). C'était le second des fds de ce prince (2), le meilleur des deux, au dire de Psellos. 11 avait été, encore au berceau, sauvé du massacre que smi oncle Samuel avait fait de toute sa famille et avait nom Alousianos. C'était un esprit brillant et charmant, du [dus noble caractère. Il avait longtemps vécu à la cour à Constantinople, traité plutôt en otage toujours surveillé qu'en hôte royal. Il n'avait appris que tard le secret de sa naissance. Skylitzès ajoute qu'il était patrice et stratigos du lointain petit thème frontière de Théodosiopolis en Asie. Psellos se contente de dire qu'il avait été constamment tenu à l'écart par le basileus, avec défense formelle de sortir de son commandement ou de venir à Constantinople sans une autorisation formelle. Fort aigri par cette longue vie de disgrâce et de réclusion constantes, il rêvait incessamment, malgré son âge déjà avancé, de reprendre la lutte nationale contre les Crées, mais il n'en trouvait pas le moyen. Survint la révolte de Dolianos. Il y vit aussitôt une occasion à saisir! « Il espérait bien vaincre le basileus ! » s'écrie Psellos; « mais, en place de cela, par les voies admirables de Dieu, il devint la cause principale du triomphe de celui-ci. »
Lorsque cet Alousianos eût appris que ses compatriotes révoltés avaient choisi pour chef un simple bâtard, un aventurier impudent, oubliant femme et enfants, sans communiquer son projet à personne, il résolut soudain de faire, lui aussi, défection après avoir abandonné son poste lointain où l'avait appelé la confiance très limitée de son souverain. Suivi de quelques partisans dévoués confiants en son étoile, il se lança à travers l'Asie .Mineure sous un déguisement. Skylitzès raconte qu'à ce moment précisément il était particulièrement exaspéré contre le basileus et son premier ministre pour un criant déni de justice. Comme il avait été calomnieusement accusé d'avoir commis quelque illégalité dans son lointain gouvernement, l'Orphanotrophe, sans même se donner la peine d'examiner son cas, avait exigé de lui un présent énorme de cinquante livres d'or, plus la cession d'une très belle terre qu'il possédait du chef de sa femme dans le lointain thème de Charsian en Asie. Vainement, pour se faire rendre justice, s'était-il à plusieurs reprises adressé au
I Épopée, I. p. 606.
(2) L'autre était Jean Vladistlav.
LE PRETENDANT BULGARl \LOUSIANOS
basileus en personne. Ses suppliques n'avaient jamais été écoutées. Ce l'ut le désespoir qu'il éprouva d'une telle iniquité qui le décida à tenter la grande aventure par laquelle il allai! à jamais dlustrer son nom.
S.iu- le costume d'un suidai mercenaire arménien, se disant au service «le Basile Théodorokanos et chargé par celui-ci d'uni' mission auprès du basileus à Salonique, Alousianos sut déjouer toutes les poursuites dans sa course mystérieuse à travers l'Asie. Sa subite disparition
en un i nenl si critique avait vivement inquiété les autorités impériales
qui cherchèrent de toutes paris à le faire arrêter. Psellos nous dit qu'il connaissait fort bien Alousianos el que celui-ci avait pour lui une grande amitié. « Plus tard, dit— il, il me raconta s'être à ce moment approché par deux ou 1 1-< » î — fuis du basileus sans qu'on le reconnut. » Le
chroniqueur plac I épisode à Constantinople où Michel IV était d
revenu entre sa rapide retraite et son retour à Salonique. « J'ignorais
à ce moment >•<> le !<>ih ses amis la fuite d'Alousianos », ajoute-t-il;
a il réussit même à égarer la vigilance 1 toujours en éveil de l'Orphanotrophe.
Trompant ainsi tout le monde, Alousianos parvint, sous son déguisement, non seulement à traverser toute l'Asie, et, ce qui était peut-être plus difficile,- à sortir de Constantinople, mais encore à atteindre les lointains districts en pleine révolte de sa terre natale. Ce fut à Ostrovo, la vieille cité nivale de Bulgarie, qu'il rejoignit enfin son prétendu neveu Dolianos, qui s'y trouvait avec le gros de ses forces. Conservant provisoirement l'incognito, il commença par sonder le terrain avec une extrême prudence. Il parlait à la foule de son père le tsar Aaron comme si celui-ci ne lui avait point tenu par les liens du sang. Il s'informait également, au cas où un des Bis de ce souverain si populaire viendrait à réapparaître, si on ne préférerait point cet héritier légitime de la couronne au faux prétendant actuel. Comme il n'obtenait à ce sujet de tous côtés que des réponses favorables, il se décida à se l'aire reconnaître secrètement d'un de ses compatriotes qu'il savait être un ardent partisan de sa race. Celui-ci, qui l'avait très bien connu jadis, le considéra fixe-
(i) LittéralfrriHnt i vigilance à plusieurs yeux ».
:tim
LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
nient après celte foudroyante révélation, puis, l'ayant subitement reconnu, tomba à ses genoux, baisant ses pieds. Pour lever ses derniers doutes, il le pria de lui laisser voir un signe velu qu'il devait, parait-il, porter au coude droit, et comme ce signe était là bien visible, l'autre, étreignant follement le tils légitime de ses rois, le couvrit de mille baisers.
Les deux hommes s'étanl rapidement concertés, s'ouvrirent de leur projet à un certain nombre d'autres fidèles qui, presque tous, se rallièrent avec transporl à la cause d'Alousianos, le fils de leur roi. II y eut donc à nouveau deux chefs à la tète de l'insurrection bulgare, deux chefs ayant chacun ses partisans nombreux autant que dévoues. Dolianos, lorsqu'il avait fait connaissance de son nouveau compétiteur, avait bien été forcé de lui faire le plus joyeux accueil. En secret il tremblait que les Bulgares ne lui pré- FRAGMENT férassent ce rejeton régulier de leur race royale. Les deux
d'une plaque de
stêatite de ma rivaux, en apparence d'accord, se partagèrent le coin-
Collection d'an , . IT , • ■ , i ■ .ii .
, . .. , , mandement. Ils semblaient vivre dans les meilleurs termes.
très [m travail
bysantin du pn réalité, il n'y avait entre eux que haine et méfiance. A7»«- Siècle.
Ici se place l'incident militaire capital de celte
formidable rébellion, le siège de Salonique par l'armée bulgare. Le fait même d'avoir osé s'attaquer à la seconde cité de l'Empire aux retranchements immenses, aux murailles inexpugnables, nous en dit plus long sur la puissance de la révolte bulgare, sur le nombre, la discipline et la force de ses armées que ne pourraient le faire bien des récits détaillés. Nous ne possédions jusqu'à il y a très peu de temps sur ce grand fait d'armes que quelques lignes bien courtes de Skylitzès. « Dolianos, nous dit-il, qui avait déjà envoyé Allakasseos en Illyrie et Anthimos vers le sud, donna encore quarante mille soldats à Alousianos (sur lequel il semble donc avoir conservé jusque-là une certaine suprématie) avec mission d'aller mettre le siège devant Salonique. C'était à la fin de ce même mois de septembre de l'an 1040 qui avait déjà vu tous ces grands événements. Alousianos, arrivé sous les murs de la métropole byzantine, la fit cerner par ses soldats du côté de terre par un immense fossé, puis il attaqua immédiatement le rempart avec la dernière énergie à l'aide de toutes ses machines de guerre et
SIÈGl l'i SALONIQUE PAR LES BULGARES
de toutes ses hélépoles. L'assaui furieux dura six jours. Repoussé sur toute la ligne par la vaillance de la garnison commandée par un certain Constantin, parent du basileus, probablement son frère le grand domestique, et parcelle des habitants, désespérant de prendre par la force une aussi grande cité, le prétendant bulgare se vit contraint d'établir un siège en règle. Celui-ci durait depuis quelque temps déjà, lorsque dans la journée du 2ti octobre I , jour de la fête de saint Démétrios, glorieux patron de la cité, la population tout entière accourue au tombeau du mécalomartvr, se mil en
prières. Chacun usa avec dévotion du baume fameux, de la n myre », qui suait de son tombeau. Toute la nuit les oraisons passionnées en commun se succédèrent. Ce fut une « pannychide « auguste de supplications
solennelles, un des spectacle- les plus extraordinaires et les plus impressionnants de la vie religieuse médiévale orientale. Au matin, tous les hommes valides, réconfortés par ces pieux exercices, saisissant leurs armes, d'un bond coururent aux portes. Toutes celles-ci, à un signal, s'ouvrirent à la fois vomissant un Ilot de combattants qui se précipitèrent sur l'armée bulgare ! « Avec les milices urbaines, raconte Skylitzès, était également sortie la légion des Mégathymiens a 1 . c'est-à-dire des « Grands cœurs ». M. Wassiliewsky a prouvé dans un mémoire presque fameux 3 que, par cette désignation quelque peu étrange, il fallait entendre la célèbre garde vaering ou russe dont j'ai eu si souvent déjà à raconter les exploits. Elle avait jadis suivi le basileus à Salonique et s'y trouvait à ce moment, alors que lui s'attardait encore dans la capitale. L'attaque furieuse à l'improviste par tous ces combattants rendus redoutables parleur désespoiret leur zèle dévot, réussit au delà de toute
RELIQUAIRE D'OR BYZANTIN conservé aa British Maseam. — Œuvre charmant'' des A on XI Siècles.
1 Murait, op. cit., I, 619.
2 To :i™î :i-, Meyaflûnwv. Cédrénus, II, o32, 11. (3) La rlroujina rseringo-russe, etc.
302 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET TIIEODORA
espérance. Les suidais d'Alousianos, complètement surpris, furent culbutés avant d'avoir pu former leurs rangs. Incapables de résister à un si formidable effort, ils s'enfuirent en désordre. C'est qu'en tète des assaillants, raconte encore le pieux chroniqueur, galopait le glorieux mégalomartyr Démétrios en personne, guidant l'armée romaine, forçant tous les obstacles accumulés sur son chemin. Ce miracle fut certifié sous serment par de nombreux Bulgares faits prisonniers dans la déroute. Tous déclarèrent avoir vu bondir à la tète des légions romaines un jeune et superbe cavalier de la personne duquel se détachaient incessamment des globes de feu portant de toutes parts l'incendie dans les rangs bulgares. Ce n'est pas la première fois que j'ai eu dans cette histoire à mentionner ces récits miraculeux à peu près toujours identiques l). Ont-ils constamment trouvé leur origine dans la simple dévotion populaire surexcitée par les événements de guerre, ou bien n'était-ce point là quelque pieuse supercherie imaginée par les chefs pour relever le moral des plus poltrons, aussi des plus crédules? C'est ce qu'il serait difficile de décider.
Plus de douze mille Bulgares périrent dans cette déroute. Un nombre égal tomba aux mains des vainqueurs qui les vendirent à l'encan (2). Le reste s'enfuit avec Alousianos et rejoignit Dolianos, demeuré en arrière avec le reste de l'armée rebelle.
Dans ce bref autant que précieux récit de Skylitzès aucune mention n'est faite de la présence du basileus Michel à Salonique durant ce siège de la cité qui lui était devenue si chère, pas même lorsqu'il est parlé de sa garde Scandinave. Il semble donc probable que la versiun de Psellos soit la vraie et que le malheureux basileus si malade était à ce moment à Constantinople où il était accouru, nous dit Michel Attaleiates (3), aussitôt après sa retraite précipitée, pour y assembler de nouveaux renforts. Sa garde va-ring, au contraire, rentrée directement à Salonique, avait pris part à cette défense victorieuse, dont m mis savons heureusement depuis peu quelque chose de plus.
Jusqu'à ces dernières années, en effet, je l'ai dit, nous ne connais-
(1) Epopée, I. p. 144.
(2) Ces chiffres fournis par Skylitzès sont probablement très exagérés.
(3) Op. cil., p. 9, 1. 22.
SIÈGE Dl SALONIQUE l'Ai; LES BULGARES
sions ce siège extraordinaire de la seconde ville de l'Empire par les bandes bulgares soulevées que par 1rs quelques lignes de Skylitzès que je viens de citer. Ni Zonaras ni Psellos n'en soufflenl mot. Maintenant nous sommes un peu mieux renseignes, grâce toujours à ce précieux traité anonyme du Strategicon, retrouve depuis peu, qui est devenu presque familier aux lecteurs de l'Épopée. < m y lit un paragraphe relatif à ce grand événement militaire du règne de Michel IV. Disons de suite que ce nouveau récitdu siège de Salonique est sensiblement différent de celui de Skylitzès. D'après le Strategicon, le siège, ou plutôt l'attaque de la ville par les Bulgares, n'aurait duré en tout que vingt-quatre heures. Pour Skylitzès, ce siège aurail èlè beaucoup plus prolongé et les Bulgares aussi auraient témoigné de qualités militaires bien autrement sérieuses. Il y a entre les deux récils encore bien d'autres dill'érences, mais moins importantes. Auquel des deux devons-nous plutôt ajouter foi? M. Wassiliewsky, qui a l'ail de celle question une étude approfondie, se déclare fort embarrassé pour répondre (1).
Quoi qu'il en soit, voici le texte de ce passage du Strategicon (2). L'auteur, qui n'était autre que le propre petit-fils du rédacteur de la première portion du manuscrit (3), nous raconte qu'il prit part personnellement à celle défense fameuse de cette grande cité grecque contre les force- bulgares soulevées. Je cite textuellement : « Situ pars en guerre contre quelque nation, ville ou place forte, commence par établir ton camp el par \ disposer ton armée, mais ne l'installe pas trop près de l'ennemi, pour qu'il ne puisse pas te faire surveiller par ses espions. » Suit comme toujours dans ce livre Y exemple destiné à illustrer le précepte militaire dont je viens de donner l'intitulé: « Ecoute par quelles tribulations ont passé certains chefs qui n'ont point observé ces précautions. Il est une ville: Salonique, qu'Âlousianos vint attaquer à la tête d'une foule de Bulgares. Mais il négligea de fortifier son camp i , ni ne sut l'établir dans un lieu propice. Tel qu'il était accouru avec son armée,
I Op. cit., 1" éd., 1" art., p. 258. 2) Paragr. 63.
•■ Voy. Épopée, I. p. 627.
; Le détail esl bien nettement en contradiction avec le récit probablement moins précis de Skylitzès.
304 LES PORP IIYROG ÉNÈTES ZOE ET THEODORA
tel il voulut attaquer de suite le rempart. Cependant ses guerriers étaient fatigués par des marches et des fatigues telles, qu'elles eussent exténue les plus vigoureux. Aussi, avant même d'avoir songé à dresser leur camp, s'étaient-ils de suite répandus de tous côtés, les uns pour étancher leur soif, les autres pour faire pâturer leurs montures, d'autres dans le désir de reposer leurs membres fatigués. Quand les défenseurs de la ville eurent constaté de leurs yeux cet immense désordre, opérant une brusque sortie, ils fondirent sur les Bulgares dispersés et les mirent honteusement en fuite. Les uns furent massacrés ou bien moururent de soif ou d'autres privations. Le reste, enfermés comme des brebis dans un parc, furent faits prisonniers. Alousianos lui-même, ce parfait guerrier, s'enfuit solitaire après avoir jeté sa cotte de mailles. Songe à ces choses et qu'elles soient pour toi un exemple! »
Ce n'est pas tout encore ! Ce même auteur anonyme du Strategicon, qui fait un si bel éloge des vertus militaires d'un adversaire, nous révèle encore ce détail bien intéressant, presque romanesque, que, parmi les guerriers aux côtés desquels il combattait pour le basileus sur le rempart de l'antique cité de saint Démétrios, figurait le célèbre héros Ilarald, le fds du roi de Norvège, dont le nom fameux est revenu dans ces pages à plusieurs reprises déjà (1). Voici ce passage très précieux. Au paragraphe 246 de son livre (2), parlant de ce Ilarald, l'écrivain anonyme, Nikolitza, le petit-fils de l'auteur principal du manuscrit, s'exprime, nous l'avons vu plus haut(3), à peu près en ces termes : « Après la conquête de la Sicile, Ilarald s'en retourna avec ses hommes auprès du basileus et celui-ci l'honora du rang de manglabite. Après cela il survint une insurrection de Délianos en Bulgarie (4), et Ilarald se mit en marche à la suite du basileus ayant avec lui son détachement (5), et il accomplit contre l'ennemi des hauts faits dignes de sa valeur et de la noblesse de ses origines. Moimême, je combattais alors pour le basileus de toutes les forces de mon
(1) Voy. pp. 228 sqq. du présent volume. (2 I'. 'J7 de la 2" éd.
3 Voy. p. 231.
(4) J'ai dit que dans le Strategicon le nom de l'agitateur bulgare se trouve constamment écrit AeXtâvo;.
S C'est-à-dire sa « droujine ».
// IRALU I SALOA IQl !
âme el j'étais présent à ses côtés quand nous arrivâmes à Mosynopolis (1). Le basileus, [unir récompenser Harald des fatigues de cette dernière campagne, le nomma au rang des spatharocandidats. »
Certainement, Harald, dans celle guerre contre les révoltes bulgares, dans celle héroïque défense de Salonique, faisait partie de celle fameuse
PLAQUE D'IVOIRE BYZANTINE conservée an British Muséum. — Fragment de coffret. Mise an Tomhean. — X ■'■-XI"" Siv-le. — Dalton, Catal. of early christ, antia.)
légion « îles Grands cœurs » mentionnée par Skylitzès(2). 11 était un des chefs, sinon le chef principal de cette fraction de la garde vœring détachée à Salonique pour la garde du basileus qui séjournait presque constamment dans cette cité. Chose bien curieuse, nous possédons encore d'autres confirmations du rôle si considérable joué par notre héros lors de la révolte bulgare, et cela dans des sources d'origine toute différente ! Parlant de son héros Harald, le scalde Tiodolf parmi des litres divers lui ilonne celui de « dévastateur de la Bulgarie » ! Puis encore Adam de Brème, l'historien allemand, raconte qu'il gagna des batailles « sur mer contre les Sarrasins, sur terre contre les Scythes », qui sont certainement ici les Bulgares! (3)
i, I « 'Ev HeatvoO iciXei. »
- Vuy. p. 301.
Voy. toutes ces questions si curieuses, si passionnantes, ilu siège de Salonique, de la légion des - Grands cœurs », tûv MiyaO-Jutov, de la présence de Harald parmi eux, de saint Démétrios, du chef aveugle, dis aventures amoureuses du héros Scandinave à Gonstantinople, traitées d'une manière infiniment intéressante par M. Wassiliewsky dans son mémoire inti-
Après ce grand désastre de Salonique, l'inimitié secrète ne fit que croître entre Dolianos et Alousianos, les deux chefs de la révolte. L'un était honteux de sa défaite, l'autre n'y voyait que trahison. Aussi ne cessaient-ils de se dresser des embûches réciproques, chacun cherchant avec passion l'occasion de se débarrasser de son rival. Ce fut, raconte Skylitzès, Alousianos qui prit les devants. De connivence avec quelquesuns de ses familiers, sous prétexte d'un festin, il attira Dolianos dans un guet-apens. Quand son malheureux rival se trouva accablé de débauche et de boisson, il le lit saisir et lui fit crever les yeux et couper le nez avec un couteau de table avant qu'aucun de ses partisans se doutât de la chose.
Les récits des chroniqueurs varient quelque peu sur la suite des événements. Skylitzès dit qu'aussitôt après son forfait, Alousianos s'enfuit de l'armée bulgare et courut faire sa soumission au basileus, qui séjournait pour lors avec les forces impériales dans celte ville de Mosynopolis, où l'auteur anonyme du Strategicon nous dit aussi qu'il se trouva à ce moment auprès de son souverain. Psellos, qui a été témoin oculaire, et qu'il faut donc croire de préférence, donne quelques détails de plus. « Alousianos, dit-il, devenu chef unique des Bulgares révoltés, refusa d'abord de faire sa soumission au basileus et marcha à nouveau contre lui. Il l'attaqua, mais fut battu (1) et dut s'enfuir. Alors, découragé, inquiet pour les siens, il fit tenir au basileus des propositions secrètes offrant de se soumettre lui et son peuple à condition qu'on lui assurât des biens, des terres et des honneurs. Fidèle à la politique traditionnelle de Byzance, le basileus, trop heureux d'être débarrassé à si bon compte de cette terrible sédition, accepta les avances du fils d'Aaron. Les deux adversaires eurent une entrevue secrète où fut réglée la scène théâtrale qui devait terminer cette
tulé : La droujina vseringo-russe, etc., pp. 126 à 137. — Voy. sur le prétendu voyage rie Harald et de ses compagnons au Pirée, Gregorovius, Gesch. d. St. Athen, I, 167. — Voy. à propos de la construction d'une église varégue, la Panagia Varangiotissa, à Constantinople à cette époque, par Harald et ses compagnons, malgré la résistance du basileus, ibid., pp. 137 à 139. — Dans les Sagas, Harald, après son retour à Constantinople, va combattre uni armée de païens sur les frontières de l'Empire. Il les bat avec le secours de saint Olaf qui lui apparaît monté sur un cheval blanc Pour accomplir un vœu, il fonde au retour une église à Constantinople. Il y a là certainement une réminiscence de saint Démétrios apparaissant aux défenseurs de Constantinople.
(1) Michel Attaleiates insiste sur les résolutions si promptes du basileus Michel et sur les rapides et grands préparatifs faits par lui à Constantinople pour triompher de l'insurrection bulgare.
SOI M ISS I Oh DE LÀ lu LGARIÊ 301
lutte sanglante. AJousianos, à l.-i tète de ses troupes, s'avança comme pour livrer bataille aux impériaux. C'étail au devanl des remparts 1 1 » - Mosynopolis. Abandonnant subitemenl son armée stupéfaite, le traître alla tomber aux pieds du basileus et implora sa grâce! »
Pour prix «le s;i trahison, AJousianos lui créé magistros el comblé d'honneurs. Toutefois Michel IV semble s'être défié de lui puisqu'il l'envoya sous escorte de Mosynopolis à Constantinople à son frère l'Orphanotrophe qui eut probablement ordre de le tenir quelque temps encore sous une étroite surveillance.
Nous ignorons quelle impression fil sur les Bulgares la défeclion honteuse si inattendue de leur chef, issu de leurs tsars glorieux. Psellos dit seulement que, déjà très divisée, se trouvant sans chef, cette nation se trouva aussitôt vaincue et lit de toutes parts sa soumission au basileus. Skylitzès ajoute quelques détails. Suivant ce chroniqueur, Michel IV, après avoir expédié Alousianos à Constantinople, quittant les cantonnement- île Mosynopolis à la tète de l'armée, se serait rendu d'abord à Salonique. De là, malgré son affreux état de soullVance, ce prince intrépide n'hésita pas à s'enfoncer en pleine Bulgarie pour y procéder en personne à la pacification nécessaire. II y retrouva le malheureux mutilé Dolianos qu'il envoya à Salonique. Puis il parcourut courageusement l'intérieur de ces contrées sauvages. Manuel Ibalzès, réunissant probablement autour de lui les derniers combattants bulgares demeurés fidèles à la cuise, de l'indépendance nationale, avait élevé de puissants retranchements en bois au devant de la place forte de Prilapon. L'ardent partisan se flattait, dit le chroniqueur, d'arrêter là la marche en avant du basileus et de demeurer maitre de l'intérieur de la Bulgarie. Mais Michel, à la tête de ses troupes, détruisii rapidement ces obstacles, bouscula en un clin d'oeil le système défensif du partisan bulgare, s'empara de ce dernier chef de la révolte puis, ayant tout replacéen Bulgarie dans l'état d'autrefois, ayant aussi réintégré les « stratigoi » impériaux à la tête des divers thèmes, il s'en retourna à Constantinople pour y jouir des honneurs du triomphe. Michel Attaleiates T dit que dans cette poursuite de la réhel-
I Kd. Bonn, p. 10.
308 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THÉODOHA
lion expirante, l'énergique souverain s'avança avec l'armée, à travers une contrée infiniment difficile jusqu'à Triadilza, l'ancienne Serdica, cl jusqu'en Illvrie, c'est-à-dire probablement jusqu'à Dyrrachion, triomphant partout des dernières résistances. De son côté, l'écrivain anonyme du Strategieon, dans son chapitre 80 consacré à exposer le danger des sorties mal combinées dans une ville assiégée, cite l'exemple suivant qui se rapporte à cette brillante campagne en Bulgarie du basileus moribond. « II existe, dit-il, une forteresse bulgare, nommée Boïana. Le basileus Michel, pénétrant en Bulgarie durant la guerre contre cette nation et se dirigeant sur Triadilza, qui est Sofia, parvint jusqu'à cette forteresse (1) défendue par une belliqueuse garnison de boliades bulgares commandés par un certain Botkos. S'enorgueillissant de leur bravoure, ces hommes, comme honteux de demeurer à l'abri dé leurs murailles, sortirent pour combattre le basileus. Mais dès que le combat fut engagé, ces illustres Bulgares tournèrent les talons au plus fort de la lutte, et quand ils voulurent rentrer dans la ville, les Bomains y entrèrent pèle-mèle avec eux et s'en emparèrent après avoir fait un grand massacre de ses défenseurs. » Ce précieux détail inédit que nous fournit le Strategieon concorde tout à fait avec le récit de Michel Attaleiates.
Nous ignorons ce que devinrent Allakasseos et Anthimos, ainsi que leurs armées. La Bulgarie était pacifiée, écrasée une fois de plus (2). Dans cette année 1041, nous ne savons à quelle date exactement, la foule constanlinopolitaine, émue d'un si tragique spectacle, acclama dans la Ville gardée de Dieu l'entrée triomphale de ce victorieux basileus mourant qui voulait expirer debout ':> ". Michel le Paphlagonien ramenait derrière son blanc coursier une multitude de prisonniers bulgares, les plus illustres boliades, Ibatzès, le malheureux Dolianos enfin, si effroyablement mutilé ! Aucun historien ne nous a dit si Alousianos aussi suivit le cortège du vainqueur, mais c'est moins probable (4).
I Boïana est située au sud de Sofia, au pied du fameux mont Vitoch : Boïâvoç, Boïavôç, Boi'ùiv.
(2) Voy. dans Gelzer, Der Patriarchat von Achrida, p. 8, la liste des archevêques d'Achrida de cette époque, métropolitains de Bulgarie d'origine grecque, qui avaient succédé aux archevêques autocéphales de race bulgare. Voy. du même (Krumbacher, op. cit., p. 1002) la triste situation faite à l'Église bulgare par le haut clergé grec triomphant.
(3) Michel Attaleiates dit que le basileus célébra un double triomphe a pied et à cheval, i .Mathieu d'Édesse a consacré le paragr. LU de son Livre 1" à l'historique de la rébellion bulgare de l'an 1040.
PLAQUE D'IVOIRE BYZANTINE servant de couverture à un manuscrit conservé à la
Bibliothèque Royale de Munich. — Le Crucifiement. — XI'" ou XII- Siècles.
L'historien contemporain Psellos nous raconte qu'il vit de ses yeux cette entrée extraordinaire. La population entière de l'immense Ville était accourue à la rencontre du basileus et de ces milliers de soldats et de captifs. Psellos vit passer le malheureux prince sur son cheval. Il semblait un cadavre. Ses mains, démesurément enflées, avaient peine à tenir les
310 LES PORPIIYROC.ÉNÈTES ZOÉ ET TIIEODORA
rênes. Ses traits étaient à tel point défigurés par l'œdème qu'ils en étaient méconnaissables. Après cette entrée, qui fut un spectacle splendide, Michel figura aussi à l'Hippodrome où il fit défiler la masse des captifs devant la foule urbaine assemblée. « Il montra ainsi aux Romains, s'écrie Psellos, que l'amour de la patrie peut ressusciter les morts et que le zèle pour les grandes actions peut triompher de la plus extrême débilité physique. » Après tant de fatigues vaillamment subies, on porta au Palais Sacré le pauvre souverain défaillant (1).
Les chroniqueurs placent à cette même année 1 040, dont la seconde partie fut remplie toute entière par la sédition bulgare, quelques autres faits moins importants.
Skylitzès note brièvement une conspiration contre le basileus, dans laquelle furent compromis de nombreux hauts personnages de la capitale et dont les chefs principaux furent Michel Kéroularios, si célèbre depuis comme patriarche de Constantinople, et son beau-frère Jean Makrembolite. Les conjurés furent exilés et faits moines et leurs biens confisqués. Je reviendrai plus lard sur ces faits obscurs.
Le même chroniqueur parle encore d'un second complot qui fut, celui-ci, dirigé contre le grand domestique des Scholes d'Orient, Constantin, le frère du basileus, alors que ce personnage exerçait son commandement en Asie, en résidence à Mesanakta. Ce dut être quelque conspiration militaire d'un caractère très sérieux, car lorsqu'elle eut été découverte, on creva les yeux à Michel Gavras, à Théodose Mésanyctès (2) et à beaucoup d'autres officiers. Quant au patrice et exarque Grégoire Taronite, de la grande famille princière arménienne de ce nom, qu'on
(1) Probablement le fameux guerrier Harald défila aux côtés du basileus avec ses Voerings dans ce triomphe. Nous le verrons encore prenant part au soulèvement contre Michel le Kalaphate. Quelques années après, le héros Scandinave quitta lîyzance après dix ans de guerres en Orient, et revint en 1046 en Scandinavie partager avec son neveu Magnus le lion l'autorité royale. Il périt comme l'on sait, en 1066, à la bataille de Stanfordbridge, en Angleterre. Il avait régné vingt ans sur la Norvège, et fut beau-frère du roi Henri Ier de France. Le comte Riant, op. cit., p. 12.1, est d'avis que sa visite aux Lieux Saints en 1034, affirmée par tous les Skaldes contemporains, ne peut être révoquée en doute. Les Sagas ne nous ont laissé les noms que de trois de ses compagnons. Voy. la suite dans Riant, op. cit., p. 124, et dans Gregorovius, Gesch. d. St. Athen, p. 171.
(2) Ou Mésonyctès? Voy. Epopée, I, pp. 102 et 743.
/ / /•/;/ V( / SERBE B01THSLA I 311
accusait d'avoir été te véritable instigateur de ce vement, il lut
expédié par Constantin à son frère l'Orphanotrophe à Coiisl.-mt iimple cousu dans une peau de bœuf fraîchement tué. (>n n'avait laissé que d'étroites ouvertures pour la bouche et les yeux. La peau en se rétractant et se desséchant comprimait jusqu'à les briser les membres du malheureux ainsi broyé dans son effroyable prison. Grégoire Taronite dut arriver à l'Orphanotrophe dans un tel état que celui-ci n'eut probablement qu'à le laisser mourir sans avoir à l'envoyer au supplice.
Nous De savons rien de pins sur ers conspirations qui nous ouvrent un dramatique aperçu sur l'insécurité extrême, la dureté de ces temps terribles I .
Skylitzès ra kte encore (pie le 6 août de cette même année loti), à
la suite d'uni' sécheresse intense qui avait tari fontaines et rivières, éclata dans l'arsenal de Constantinople (2) un incendie terrible qui détruisit tous les bâtiments de la flotte de guerre réunis en ce lieu avec leurs apparaux. Ce fut un grand désastre.
Un autre fait rapporté à cette même date à peu près par Skvlitzès, se rattache peut-être aux événements contemporains de Bulgarie dont je viens de parler si longuement. Voici le récit du chroniqueur : « Tandis que le basileus résidait à Salonique, son frère l'Orphanotrophe lui envoya par bateau la somme très considérable de mille livres d'or, c'est-à-dire dix « kentinaria », — probablement pour les frais de la guerre contre le prétendant Dolianos. Le navire qui portait ce trésor, entraîné par des vents contraires, au lieu d'aborder à Salonique. s'en alla jusque dans l'Adriatique où il finit par périr sur la côte illvrienne. Là, Stéphanos Bogislaw ou Boithslav (3), de la famille de saint Vladimir, prince ou archôn de la Serbie maritime, seigneur de Zenta, de Stamnos, de Dioclée ou Trébigne, marié à une petite-tille du grand tsar Samuel de Bulgarie, prédécesseur célèbre des princes actuels de Monténégro, s'empara de tout cet or. Ce personnage, que le gouvernement impérial avait longtemps
(1) Voy. cependant plus loin, au chap. VII à propos de Michel Kérouiarios.
(2) 'Ev TT, 'E;ïpTT,<JEl.
', Ou a Dobroslav » ou encore « Vojslav ». Le Dobroslav du Prêtre de Dioclée et le Boithslav de Skylitzès sont une seule et même personne. Voy. Joannis Lucii de régna Daim. etc., Presbyt. Diocleatis Hetjnum Slavorum, p. 207, et aussi Gfrœrer, op. cit., III, pp. 164 sqq.
312 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THËODORA
retenu à Constantiriople pour l'empêcher «le faire valoir ses droits de succession au Irùne de Serbie, avait réussi à se sauver récemment de sa prison et à regagner son pays d'origine. Après avoir d'abord feint de demeurer le vassal soumis de l'Empire, il s'était ensuite fait proclamer souverain indépendant par les nations serbe et dalmate réunies. Profitant des embarras de l'Empire, il avait alors occupé toute la contrée environnante et en avait expulsé Théophile Érotikos, stratigos impérial du thème de Dalmatie. Tous les Grecs tombés aux mains de l'usurpateur avaient été impitoyablement massacrés. C'est probablement grâce au trouble amené par la grande révolte bulgare que Stéphanos Boïthslav avait pu triompher si aisément du lieutenant du basileus en ces parages. La Serbie, on le sait, jadis soumise à nouveau à l'Empire par Basile le Bulgaroctone (1), s'en était détachée à lamort de Bomain Argyros. Mais depuis quelques années elle était rentrée sous la domination impériale (2), lorsque survint la rébellion de Stéphanos Boïthslav. Désireux de ne pas laisser le temps à ce dernier de s'affermir, le gouvernement de l'Orphanolrophe avait expédié en toute hâte pour le combattre une petite année sous la conduite d'un certain Arménopoulos dont le nom même indique l'origine. Arménopoulos s'était avancé par la voie de terre jusqu'aux rives lointaines du lac de Zenta, dans les gorges de la Montagne Nuire, mais là il s'était fait battre complètement par les contingents de l'usurpateur. Ce n'est qu'après cette victoire que Stéphanos Boïtshlav s'était saisi du navire chargé de l'or impérial. Le basileus lui écrivit en termes pressants, pour lui réclamer cette somme, le conjurant de ne pas faire de cette affaire un nouveau casus belli. Mais l'archôn des Serbes n'ayant tenu aucun compte de ses lettres, Michel se décida à envoyer contre lui un nouveau corps d'armée sous le commandement cette fois d'un de ses eunuques, Georgios Probatas, le même que nous avons vu employé peu auparavant en Sicile (3). Ce chef, fort inexpérimenté, semblet-il, s'engagea imprudemment avec ses troupes dans ce terrible pays, un desplus accidentés, des plus impraticables du monde, où toute marche
(1) Épopée, II, p. il.'i.
(2) Voy. p. 203 du présent volume.
(3) Voy. p. 225 du présent volume.
MOSAÏQUES BYZANTINES de l'église du couvent de Daphni, prés d'Athènes. — Coupole, haie et Salomon. — XI— Siècle. — Millet, Il < Etudes, B. 319.)
militaire était quasi impossible, où les embûches étaient si faciles à établir. «Il n'en ressortit qu'avec la plus extrême difficulté, se contente de nous dire Skylitzès, non sans y avoir laissé presque toute son armée. » Nous ne saurions rien de plus si un chapitre du Strategicon ne venait une
314 LES PORPIIYROGEMETES ZOE ET TIIEO\IWRA
fois de plus nous révéler quelques curieux détails inédits et nous renseigner d'une manière effective sur les luttes de Stéphanos Boïthslav avec les Byzantins. Un des chapitres il de ce précieux traité, consacré à exposer le danger qu'il y a pour le gouvernement du basileus à contracter alliance avec les petits princes ou top arque s voisins, raconte par quelles ruses le prince, qu'il nomme une fois « toparque de Zenta et de Stamnos », une autre fois « seigneur de Trébigne »,et qui n'était autre que Stéphanos Boïthslav, réussit à s'emparer de la personne du slratigos byzantin de Baguse (2), Katakalon le Klyzoménite (3). C'était le stratigos qui avait commencé par accabler le prince serbe de témoignages d'une fausse amitié. Boïthslav avait feint d'être dupe de ces démonstrations et s'était donné comme le plus humble serviteur du basileus. Finalement, il avait consenti à ce que le stratigos fut sur sa demande parrain de son fils nouveau-né. On s'était donné rendez-vous au bord de la mer sur les limites des deux territoires pour célébrer les fêtes du baptême. Naturellement chacun des deux adversaires prépara une embûche pour l'autre. Boïthslav, plus ingénieux, eut le dessus. A un signal donné, des hommes embusqués se saisirent du stratigos, de son fils, de ses compagnons et les emmenèrent garrottés à Stamnos sur les « dromons » mêmes ou navires rapides que le perfide officier byzantin avait fait préparer pour enlever son adversaire. Ce curieux récit est certainement un épisode de la lutte de l'archôn de Serbie contre les lieutenants du basileus Michel IV. 11 nous fournit ce renseignement précieux que Baguse à ce moment obéissait à un fonctionnaire impérial.
Avant de quitter la région de l'Adriatique, signalons encore un autre curieux passage de ce fameux traité anonyme du « Strategicon », qui nous a fourni déjà tant de renseignements inédits et qui nous éclaire sur la situation à cette époque des grandes cités de la côte dalmate à l'endroit du basileus. Le paragraphe 220 intitulé : « Comme quoi il ne faut pas mentir au basileus », est ainsi conçu : Si lu es un homme sage, ne mens pas devant le basileus et ne le trompe pas par des propos fallacieux
(1) Le chap. 74.
(2) En slave « Doubrovnik ».
(3) C'est-à-dire : originaire de Klyzoménès, peut-être Klazomene d'Asie.