AFFAIRES DE CROATIE
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de cette même cité. Toua ces noms croates sont bien éloquents el tendent à faire croire que le roi Crésimir avail fondé vers Kilo un pouvoir croate en Dalmatie. Les combats de 1018 n'curenl pas l'importance que leur al d'il me {^Chronique deDandolo,ei M. W'assiliewsky estime que vers cette date le pouvoir vénitien, presque réduil à rien en Dalmatie, y avail été remplacé par celui du roi de < îroatie. I lependant, à ce moment, la terrible lutte demi séculaire entre la Bulgarie el Byzance touchai! à sa lin dernière. L'indépendance bulgare expirait dans des torrents de sang et son sorl menaçait de devenir celui de la Croatie. Aussi Crésimir el son frère se virent-ils à ce moment contraints de se soumettre à la suprématie byzantine il).
Nous ignorons pourquoi et commenl depuis lors la Croatie vassale avait réussi à provoquer le mécontentement de son puissant suzerain, mais on se rappelle qu'en lii:2i déjà une expédition byzantine, partie d'Italie sous le commandement du fameux « catépano » Bojoannès, s'était onipare'e de la reine de (Iroatie, épouse de
Crésimir, el de leur tils el les avait envoyés prisonniers à Constantinople (2). Il est probable qu'à la suite de cet incident, la Croatie devint encore plus immédiatement vassale de l'Empire, et que Crésimir, en Croatie tout comme en Dalmatie, ne fut pins en réalité que le représentant du basileus. Il gouverna vraisemblablement la Dalmatie dans les mêmes conditions qu'avait fait Venise; c'est-à-dire que dans ces cités lointaines il eu! ses lieutenants choisis plutôt parmi les membres de sa famille, mais que ceux-ci administrèrent officiellement au nom du basileus avec les formules byzantines officielles. La preuve nous en est fournie par une série de documents latins locaux publiés par M. Backi (3) et cités par M. Wassiliewsky qui nous montrent qu'entre les années 1033 el 1036 la ville de Zara fut administrée par un certain Grégoire qui s'inti-
SCEAV DE PLOMB de l'eunuque Nicêphove, grand hétériarque du basileus Constantin VIII. — Ma Collection (voy. p. 7, note l).
(1) Voy. Cédrénus, II, 476, el Zonaras. éd. Dindorf, IV, 124. — Voy. Épopée, II, p. il.;.
(2) Épopée, II, p. 600.
(3) Docum. histor. Croatie antiquœ, éd. Racky.
318 LES PORPHYROGÉNÊTES ZOÉ ET THKODORA
tula successivement « anthypatos » ou proconsul et premier magistrat ou « protos » de la cité, puis protospathaire et stratigos de toute la Dalmatie, et qu'à cette date tous les actes judiciaires étaient promulgués aux noms des basileis Romain Argyros et Michel le Paphlagonien (1).
Ce même stratigos Grégoire est encore mentionné dans deux documents postérieurs de l'an 1007 qui nous indiquent ses origines et sa parenté. Il y est cité comme ayant été le fils de Madie ou Majus de Zara, et le neveu du frère de celui-ci, l'évèque Prestanceus, lesquels étaient eux-mêmes neveux de Majus de Golumna, premier magistrat de cette cité. « Si je m'occupe si longuement de ce Grégoire, dit M. Wassiliewsky, c'est que ma conviction est qu'il ne fait qu'un seul et môme personnage avec le toparque de Zara dont il est question dans le Strategicon (2). Les dates imposent cette identification. Dobrogne (3) a fait ses deux premiers voyages à Constantinople sous le règne de Romain Argyros, qui est nommé dans deux des documents cités plus haut des années 1033 et 1034. Il a fait le troisième sous le règne de Michel IV, lequel est également nommé dans le troisième et le quatrième de ces documents datés de l'an 1030. Il est de toute nécessité d'admettre que ce dernier voyage, si malheureux pour le pauvre stratigos, fut exécuté après cette année 1030. Les documents latins locaux le désignent sous son prénom de Grégoire, tandis que l'écrivain byzantin n'a connu que son surnom de Dobrogne. » Je n'entrerai pas dans le détail de cette discussion d'identité. L' argumentation de M. Wassiliewsky me paraît sans réplique. Je renvoie à son mémoire le lecteur désireux d'approfondir les faits. « En acceptant, ditil encore, l'identité du stratigos Grégoire des documents publiés par M. Racki et du toparque Dobrogne du récit du Strategicon, nous arrivons aux conclusions suivantes sur la situation des cités dalmates après les années 1018 et 1027 : le pouvoir immédiat sur elles est aux mains du « protos » de Zara devenu ensuite chef ou stratigos de toute la Dalmatie ; ce vice-roi au nom slave, parent du roi croate Crésimir (i), n'appartient pas à la population latine locale; il n'est pas désigné par le basileus, mais
(1) Voy. Joannis l.ucii de regno Dalmatim, etc., p. S2.
(2) Voy. p. 315 du présent volume.
(3) Aoëpwvà;.
(4) Indication fournie par des documents cites par ,\1. Wassiliewsky-
L'ÉTAT DU BAS ILEUS S'AGGRAVl 319
bien par le roi de Croatie; cependanl il es! quand même considéré comme le délégué du basileusel administre en son nom; par son titre, il esl stratigos, mais de fait il esl toparque, c'est-à-dire un gouverneur vassal bien qu'indépendant de Byzance. Probablement, ( îrégoireDobronas ouDobrogne voulut secouer le joug de son chef inférieur le roi de Croatie pour se rapprocher de son chef suprême le basileusel ce fut peut-être là h motif de ses nombreux voyages à Constantinople. Peut-être le changement de ses titres se rattache-t-il à ces séjours successifs dans la capitale et aussi à la mort du roi Crésimir arrivée en 1035? Il est clair que le gouvernemenl byzantin tendait de son côté à la restauration complète et non point seulement partielle de sa domination sur les villes de la côte adria tique. Vers l'an 1040, après la répression victorieuse de la grande insurrection bulgare par Michel IV le Paphlagonien, il atteignit enfin son but. Dobrogne mourut dans sa prison suiis le règne de Monomaque, et sa cité de Zara, d'après le témoignage direct du Strategicon, retomba alors au pouvoir îles Grecs. Elle ne leur fui reprise que vers l'an 1050 par les Vénitiens (1\
Le triomphe urbain à travers la cité en fête et jusque dans l'Hippodrome en cette année 1(111 fui le dernier effort d'un prince moribond vainqueur de la grande sédition bulgare. « Il ne se pouvait pas, dit Psellos, que le basileus parvint à dominer constamment la nature et à vaincre perpétuellement un étal de maladie plus fort que toute son énergie. A force de péricliter, il devait bien en arriver à la catastrophe finale! Ceux qui l'entouraient s'efforçaient de cacher son état au public et veillaient à ce que rien ne fut changé à l'expédition régulière des affaires. Mais il vint un moment où ceci même ne fut plus possible. Bientôt chacun dans la ville sut que les derniers moments du pauvre prince étaient proches. Alors ses parents et leurs partisans se préoccupèrent [dus activement encore des moyens de conserver en leurs mains le pouvoir après sa mort. Quant à lui, entièrement consumé par -es atroces souffrances)
I Voy. Wassiliewsky, Conseils et redis, etc., 1™ éd., :!J art., p. 167. — Le tome II des Bysant. Gesch. de Gfronr contient des chapitres fort intéressants sur l'histoire des souveraiiii ti s slavi s de l'Adriatique à cette époque et leurs rapports avec l'Empire îles basileis.
ayant perdu tout espoir de guérison malgré tant de dévotions et de supplications, sentant que sa dernière heure était venue, il ne songea plus qu'à son salut. Négligeant le pouvoir, il n'appartint plus cpj'à Dieu ! »
Abandonnant ce jour même du 10 décembre 1041 , qui devait être le dernier de sa vie, ses appartements du Palais Sacré, Michel se fit transporter à son cher monastère des Saints-Anargyres qu'il avait fondé (1). En arrivant dans l'église, il se jeta en prières, se prosternant jusqu'à terre, invoquant Dieu avec une ardeur inexprimable, tandis que les moines l'accueillaient par les chants et les litanies de circonstance. II demanda, pour mieux mourir, à devenir comme l'un d'eux, ce qui lui fut aussitôt accordé. Dépouillant les vêtements royaux, détachant de son front le diadème, il les remplaça « par les vêtements sacrés du Christ, par le casque du salut et la croix sur la poitrine ». Ce fut le pieux moine Kosmas Tzinlzoulouki, probablement un de ses confesseurs ordinaires, qui procéda à cette consécration suprême. Michel aimait fort ce saint personnage qui ne l'avait jamais quitté et qui l'initia ainsi à la vie monacale. Une fois qu'il eut ceint la robe de bure, le basileus, persuadé qu'il avait gagné son salut, ne cacha plus sa joie. Il semblait déjà détaché de cette terre, tandis que les siens, surtout son frère l'Orphanotrophe, plongés dans un abîme de douleur, ne pouvaient retenir leurs larmes. Psellos affirme que la bonne basilissa Zoé elle-même, faisant violence à ses sentiments, apprenant l'état de son ancien amant devenu son époux, dédaigneuse du scandale, courut à pied aux Saints-Anargyres pour le revoir une fois encore. Mais Michel, soit qu'il éprouvât quelque honte à la pensée de tout ce que la pauvre femme avait souffert par lui, soit qu'il désirât ne plus songer qu'à Dieu, la renvoya au Palais sans l'avoir reçue. Un peu plus tard, comme il était temps pour le nouveau religieux d'aller prier et chanter à la chapelle du couvent avec les moines ses frères, le pauvre homme se leva doucement de sa couche, demandant à chausser les sandales grossières de son nouvel état, mais celles-ci n'étaient pas encore prêtes. Désolé de ce retard, plutôt que de remettre les rouges « campagia » ou bottines de pourpre, insignes de ce qu'il avait été sur
(1) Voy. p. 286 du présent volume.
MORT DU BASILEUS MU lll I I
terre, le néophyte voulu! se rendre nu-pieds à l'église. Il avançai) pénible ment, soutenu des deux côtés sous les bras, respirant à peine, déjà presque
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PORTRAITS l'.M ULLES figurant sur la fameuse couronne royale hongroise dite de Saint- Etienne. — Voyez la vign. de I" p. 660.)
agonisant. Ses forces lui ayanl l'ail défaut, il «lut en bâte regagner son lit, ayant perdu la voix et le souffle. 11 demeura quoique temps inerte et silencieux, [mis rendit l'âme. 11 avait préalablement fait pénitence, pieusement confessé ses fautes, surtout amèrement pleuré à nouveau le meurtrr de son prédécesseur. Il expira le lll décembre, tout jeune encore, après avoir régné sept ans et huit mois I. On l'ensevelit dans son cher monastère, où il venait de rendre le dernier soupir et où il avait lui-même préparé son tombeau. « Il n'y eut à reprocher à cet empereur, dit Skylitzès, que son seul crime contre le basileus Romain, et encore la plupart en accusèrent plutôt son frère l'Orphanotrophe. Pour tout le reste, ce fut un homme bon et excellent , de bonne et honnête vie. » Zonaras dit de même 2 . Le témoignage de Psellos est encore plus favorable : « Michel,
(1) Ou sept ans et sept mois, d'après Michel Attaleiates. Voy. Murait, op. cit., I, 620. Cette même année 1041, le 1" juin, à la douzième heure, Skylitzès note un tremblement de terre. Voy. Cédrénus, II. p. .v.2.
2 Éd. Bonn, III, p. 604.
LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET TIIEOOORA
dît-il, avait fait et médité de grandes choses durant son règne. Rarement il lui était arrivé d'échouer dans ses entreprises. En toute impartialité, force m'est de convenir que la somme de ses succès dépassa de beaucoup celle de ses insuccès, et j'estime que cet homme eut vraiment la fin d'un juste. Il mourut, m'est avis, juste à point pour sa réputation, après avoir régné sept années, le jour même où il avait revêtu l'habit religieux. On lui fit de très modestes funérailles. Il fut inhumé à la gauche et tout près de l'autel (1). »
(1) Sabatier, dans son histoire de la monnaie byzantine, attribue à Michel IV, sans aucune preuve bien sérieuse à l'appui, un sou d'or concave. Le basileus y figure avec toute sa barbe, vêtu de la robe de cérémonie à grands carreaux, portant le globe et le labarum. Au revers est gravé le buste du Christ. Voy. la vignette de la p. 159. — Voy. dans Zachariae, Jus grœcorom., III, p. 17, et Gesch. </. gr.-rœm. liechts, p. 28, la mention de quelques actes et chrysobulles du basileus Michel IV. — Voy. dans Trinchera, op. cit., pp. 32 sqq., cinq documents n°5 XXVIII a XXXII datant des années 1034, 1035, 1037 et 1040 du même règne, conservés aux archives du Mont-Cassin et à la Bibliothèque de Naples. Par le troisième de ces documents en date du mois de novembre de l'an 1034, le « catépano > d'Italie et patrice Constantin Opos, confirme diverses immunités octroyées par les « catépano » ses prédécesseurs au monastère de Sainte-Marie MovurepÔTOu [Mordis Arati).
sceau de plomb de michel, ve^tarque et econome de l'église du trophéopiiore a constantinople au xi™1 siècle. — ma collection.
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COFFRET D'IVOIRE BYZ INTIffda Musée National de Florence.- Undeslongs côtés. Le Christ. La Vierge. Les deux saints Jean. — X/"w-XH"* Siècles. — Voy.
1rs vign. >lrs pp. 09, 73 et 77 .
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A \ .-ii.-iii.iir de Michel V, le Kalaphate- — Déplorable caraotére de ce prince. — La faible Zoé lui livre l'Empire ainsi qu à ses oncles. — Il est couronné. — Après avoir dissimule quelque temps, excite par le nobilîssime Constantin, il se débarrasse d'abord de son oncle, l'Orphanotrophe, en l'exilant. — Puis, trompé par l'accueil de la foule urbaine, il croit pouvoir se débarrasser aussi de la basilissa Zoé en la déportant à Prinkipo. — Violent soulèvement populaire. — Psellos. — Le Palais assiégé par la foule des ré\ l Rappel de Zoe. Théodora couronnée à Sainte-Sophie. — Après uue résistance désespérée, le
Palais est emporté d'assaut par les émeutiers. — Fuite et supplice du Kalaphate et du nobilissime, le 21 avril lu',:!. — Considérations sur la personnalité vraie de Michel V.
L'ironie perpétuelle de l'histoire, dit M. Bury, s'imposa vivement à l'esprit du philosophe qu'était Psellos, lorsqu'il se mit à nous conter dans son Histoire l'élévation au trône de .Michel V, successeur de son oncle Michel le Paphlagonien. L'Orphanotrophe Joannès n'avait machiné toute cette intrigue que pour perpétuer sa puissance à lui et maintenir la situation des siens. Et, cependant, il advint que la destinée, ou, si l'on veut, la Providence, fit précisément servir cette même circonstance pour amener sa ruine définitive et celle de toute sa famille. L'homme propose et
dora, fille de
Constant,,, VIII. Dieu dlSpOSr. „
Michel V, ce jouvenceau si extraordinairement antipathique, nous est dépeint par tous les chroniqueurs sans exception comme un homme sans principes et sans conscience, infiniment dissimulé, cachant ses haines féroces sous le masque d'une grossière bonhomie, abominablement ingrat envers ceux qui lui avaient voulu du bien. « Dés
snirrni! delà basilissa Théo-
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qu'il eut été créé césar, nous dil Psellos, — honneur auquel il n'avait certainement jamais songé dans ses rêves les plus insensés, — il imagina aussitôt de toutes nièces tout un plan d'action pour le moment bienheureux où son oncle Michel viendrait à disparaître. Le sentiment qui, chez lui, dominait tous les autres, était l'exécration des siens. Dès l'origine de son incroyable fortune, il n'eut d'autre pensée que de se débarrasser d'eux tous, surtout de son oncle Joannès, par la mort ou par l'exil, en un mot de les exterminer tous sans exception, » Plus sa haine était violente, plus son attitude envers eux était en apparence amicale, même affectueuse, mais la finesse de l'Orphanotrophe ne fut point dupe de l'affreuse dissimulation de ce neveu dénaturé, dont il soupçonnait fort exactement les sentiments vrais. Toutefois Psellos affirme que l'eunuque, imprudent pour la première fois, décida de ne prendre pour le moment à l'endroit de son déplorable neveu aucune mesure précipitée, mais, comme on dit vulgairement, de voir venir les événements. De son côté, Michel se rendit parfaitement compte de l'intensité des soupçons de Joannès. Bref, toute cette simulation de tendresse ne trompanil'un ni l'autre. Quant au pauvre basileus Michel IV, il n'avait jamais aimé son neveu. Tant qu'il vécut, il ne lui témoigna d'aucune considération, ni ne lui fit rendre aucun honneur, sauf dans les cérémonies officielles, où il figurait à son rang en qualité de césar. Il l'avait même tenu constamment hors ville, dans une sorte de demi-exil, ne le laissant venir à la cour que sur un ordre formel délivré par lui-même. Par contre, l'autre oncle du jeune homme, Constantin, qui était jaloux de son frère l'eunuque, avait de suite compris combien il pourrait lui être profitable de se mettre bien avec l'héritier présomptif du trône. Il s'était en conséquence mis à le flatter et à lui prêter de l'argent.
Les trois frères du malheureux Michel IV, persuadés dès longtemps que le pauvre homme était perdu sans espoir, préoccupés uniquement de conserver le pouvoir en leurs mains quand lui viendrait à expirer, avaient imaginé de faire publier, nous dit Psellos, une sorte d'édit impérial, soidisant promulgué par Michel IV au moment de sa mort, et qui donnait à nouveau à leur neveu ses entrées au Palais Sacré. Aussi, lorsque Michel IV, comme je l'ai raconté, le jour même qui devait être celui de sa mort,