‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 70 sur 132 · COURONNEMENT DE THÉODORA · texte numérisé non relu

COURONNEMENT DE THÉODORA

Longtemps, sous les plafonds courbes à fonds d'or, retentirent les cris incessammenl poussés par cette multitude: •< Longue vie à rhéodora, notre Mère ». <>n procéda au couronnement solennel devant tous les hauts dignitaires assemblés <>n avail certainemenl placé la vieille Porphyi'ogénète ahurie sur l'ambon pour qu'enveloppée de la robe à grands

carreaux, solennellement couronnée du diadè par le patriarche, elle

lui visible de tous ces milliers d'êtres humains dans cet édifice géant. Elle recul ainsi L'hommage de Ions les dignitaires prosternés ;'i ses pieds. Quel peintre pourrai! reproduire ces spectacles inouïs, celte plèbe byzantine délirante, tous ces hommes armés, ces prêtres en grand costume encombrant de leur foule ces espaces étincelants de mille feux, celle vieille princesse en vêtements éclatants, effarée, point de mire de tous les yeux, ces acclamations pareilles au tonnerre qui la saluaient incessamment '.

Le Kalaphate lui déclaré usurpateur el par conséquent déchu. Tous ses partisans Eurent révoqués de leurs charges, et le sort de l'infortuné fut ainsi décidé. Théodora et cette foule immense passèrent tout le reste de la iiiiiI dan- le temple de la Souveraine Sagesse I i.

Durant qu'une partie de la foule faisait ainsi cortège à Théodora, le reste de- émeutiers continuait à donner furieusement assaut au Palais Sacré défendu avec la fureur du désespoir. Du haut du Kathisma, celle tribune fortifiée si élevée au-dessus du flot populaire encombrant l'immense Hippodrome, celle tribune d'où tant de fois ses prédere— -eurs avaient donné le signal des jeux ou fièrement bravé l'émeute, en face de ces milliers de révoltés couvrant la vaste enceinte, assourdissanl de leurs vociférations incessantes les oiseaux du ciel, le Kalaphate, escorté du nobilissime el de tous les siens, pâle, hagard, s'attendant à chaque instant à être massacré, poussant en avant la vieille Zoé docile, la désignait désespérément aux assaillants qui lui répondaient par des huées. Vainement s'efforçait-il de les haranguer. Vainement leur criait-il que la basilissa Zoé étail déjà restaurée sur son trône el qu'il serait répondu favorablement à toutes les demandes populaires. 11 ne parvenait pas à

! Michel Attaleiates, op. cit., p. 16.

368 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THÊODOUA

obtenir une seconde de silence. Tous d'en bas lui hurlaient les pires injures, lui jetant une grêle de pierres, tirant sur lui à coups de flèches.

Encore une fois, il est trop tard. La foule, comme tombée en démener, coupant incessamment la voix désespérée du prince, se refuse à l'écouter et l'insulte outrageusement. Depuis longtemps la nuit était venue. A ce moment on vient précipitamment annoncer au Kalaphate le couronnement de Théodora et la marche sur le Palais d'une partie des émeutiers de Sainte-Sophie qui accourent chercher Zoé pour la placer sur le trône dans l'église à côté de sa sœur. Alors l'infortuné, comprenant enfin que tout est perdu, abandonné par ses fameux guerriers vrerings, ne songe plus qu'à sauver ses jours.

Il fait apprêter un navire de la flotte impériale pour gagner par la voie de la mer qui lui est encore ouverte le célèbre couvent de Stoudion dans l'angle sud-ouest de la Ville. Il veut y abdiquer, puis s'y faire moine, et compte échapper ainsi au sort qui le menace. Mais le nobilissime ne le permet point encore. « Il faut vaincre avec courage, s'écrie-t-il, ou périr glorieusement en basileus. » Cet avis ayant momentanément prévalu, tout ce qui se trouvait par le hasard de ces terribles circonstances enfermé dans le Palais assiégé, tout, jusqu'aux derniers valets, est armé, et le nobilissime, conservant tout son sang-froid, groupant autour de lui cette foule disparate, la dispose à nouveau aux points les plus menacés. Il s'apprête à résister jusqu'à la dernière extrémité. C'est vraiment l'effort suprême ! A cet instant précis, coïncidence bizarre, on signale l'arrivée par mer au Palais du fameux stratigos Katakalon Kékauménps, le glorieux défenseur de Messine, apportant lui-même au basileus la nouvelle du grand succès qu'il a remporté l'an d'auparavant sous les murs de cette ville sur les Sarrasins de Sicile. Cette heureuse circonstance encourage quelque peu l'empereur défaillant.

La nuit se passa dans ces transes, dans ces luttes horribles. Cependant la fin de ce drame étrange approchait rapidement. L'aube du mardi 20 se leva sur ces milliers de combattants. Les émeutiers qui entourent le Palais sont à ce moment divisés en trois groupes principaux pour l'assaillir des trois seuls côtés où on pouvait l'aborder. Les uns font assaut du côté de l'Hippodrome. Les autres attaquent le Forum Augustéon où

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