‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 71 sur 132 · PL. V · texte numérisé non relu

PL. V

VERTUllE il an ; naillé, conservé à Saint-Marc de Venise.

— Très bel ouvrage d'orfévi ■ les A'-' ou .XI :- siècles. — Les q

USSAUT OU PALAIS PAR LES ËMEUTIERS

se trouvaienl la porte de la Chalcé el à sa suite le Triklinion ou caserne des Excubiteurs. Le troisième groupe d'émeutiers enfin, du côté de la vieille ville, assiège le Tzykanisterion i ou Carrousel pour h's exercices équestres des basileis établi par l'empereur Basile 1 au i\'"° siècle. Gons tantin oppose de même à ces agresseurs trois groupes principaux de défenseurs. Partout la lutte se rallume plus ardente, plus furieuse. Les partisans du basileus se défendent en désespérés.

Le carnage est immense,

Surtout parmi les assaillants, car cette foule urbaine combal presque nue et sans armes, luttant à coups de pierres el d'autres matériaux de cette sorte contre des soldats couverts de maille el supérieurement équipés. < m dit que «lance seul jour, qui fut le mardi 20 I . environ trois mille hommes de la foule constant inopolitaine périrent. Enfin, après îles heures de

massacre, après toute une journée et toute une nuit de lutte horrible, le succès vers la fin de la nuit du mardi au mercredi, demeura au plus grand nombre. Les émeutiers vinrent à bout les défenseurs du Palais.

.Vms n'avons, hélas, guère de détails sur cet effroyable envahissement de cette magnifique et séculaire demeure des basileis. Ce dul être le plus affreux pillage rendu plus dramatique encore par l'heure si matinale. On

VOS UQUE BYZANTINE de l'enlisé du couvent de Daphni, près d'Athènes. — Saint Akindynos. — XI"* Siècle. - Millet. Il ■-•-Études. C. 1360.)

i Troisième jour i de lu semaine après celle de Pâques >.

370 LES PORPHYROGÉNÊTES ZOÉ ET TUÉODORA

se battait certainement torches en mains. Skylitzès dit seulement que, forçant les portes du Palais, la foule des assaillants se précipita dans le « Sekreton » (1), brisant et détruisant tous les objets précieux qui s'y trouvaient conservés, s' emparant en outre de sommes énormes en numéraire, détruisant de même tous les registres des impositions publiques. Toutes ces bêtes fauves n'avaient qu'une pensée, se saisir du basileus exécré pour le massacrer. Lui, lorsqu'il s'était senti perdu, avait eu encore le temps, après avoir changé de vêtements pour ne pas être reconnu, de courir au petit port du Palais sur la mer de Marmara. Là, il s'était, à l'aube naissante, jeté avec le nobilissime et quelques familiers dans le dromon ou galère impériale qui avait immédiatement pris le large.

Il laissait derrière lui Zoé, qui fut aussitôt retrouvée par la foule des émeutiers et portée en triomphe. Durant ce temps, le bâtiment qui portait le fugitif cinglait en hâte le long de la rive de l'immense cité jusqu'en face du monastère de Stoudion, ce plus fameux et immense couvent constantinopolitain dont l'emplacement est aujourd'hui encore marqué par la mosquée de l'Ecuyer (2), dans le quartier de Psamatia. Mettant pied à terre précipitamment en ce point écarté de la Ville où l'émeute n'était pas encore maîtresse, l'oncle et le neveu coururent au couvent. Après s'être fait raser la chevelure, ils prirent aussitôt l'habit religieux. Puis ils attendirent avec une indicible angoisse la suite des événements. C'était le mercredi 21 avril de grand matin (3).

« Ainsi, dit Skylitzès, cette lutte terrible inaugurée à la deuxième heure du deuxième jour de la semaine qui suit celle de Pâques, le lundi 19 avril par conséquent, finit dans la nuit du troisième au quatrième », du mardi 20 au mercredi 21 par conséquent. L'Empire se trouvait maintenant avoir deux basilissœ, Zoé au Palais, Théodora à la ( irande Église. Celle-ci était la véritable maîtresse de la situation, puisque son parti avait forcé le Kalaphate à fuir et réussi à délivrer Zoé. Celle-ci, aussitôt rede-

(1) Bureaux de la Trésorerie impériale. 'Ev xrâ Eexpé-rM et non Séxtm, comme il est écrit, certainement par erreur, dans Cédrénus, II, 53'j, 7. Voy. Glycas, p. 592, ( 'Ev Sexpétoiç ». Dans Cédrénus, Sïxtov est certainement une abréviation pour Séxpeirov ou mieux £vjxpr)TOV.

(2) Imrahor-njami.

(3) » Quatrième jour de la semaine qui suit celle de Pâques » dit Skylitzès. Voy. Cédrénus, H, 878.

Z01 HARANGUE LA F0UL1 :f71

venue impératrice, conseryanl son ancienne jalousie, voulait mettre île côté sa sœur si fâcheusement extraite de son couvent, mais elle se trom pait étrangement en ne se rendant pas compte qu'elle n'était redevenue souveraine que par la grâce de sa sœur. La multitude, prise soudain de passion pour celle vieille Bile si longtemps oubliée, ne permit point à la basilissa d'agir comme elle désirait et l'obligea à prendre vraiment Théodora pour collègue. On courut chercher celle-ci à Sainte-Sophie où elle était demeurée depuis son couronnement, gardée par une portion île la foule, el oui amena en triomphe au Palais, probablement toujours sur son cheval. Le Sénat fut convoqué en hâte, ce Sénat imbécile, <jui, si peu de jours auparavant, avait, sur l'ordre de Michel, décrété la déposition de Zoé. Celle-ci, redevenue maîtresse de l'Empire, harangua d'abord les sénateurs, puis escaladant une tribune élevée, probablement celle du Kathisma, elle harangua de même la foule infinie qui l'acclamait incessamment. Quel spectacle prodigieux, et comment se le figurer!

« La basilissa, s'écrie Skylitzès, remercia le peuple, comme il était juste, pour l'intérêt si affectueux que celui-ci lui avait porté ! « Comme nous allons voir qu'elle ne put sauver le Kalaphate et dut sur ce point céder à Théodora, elle n'en conçut qu'une haine double contre sa sœur et tit d'incroyables efforts pour la tenir loin du pouvoir. Mais l'attitude du Sénat, surtout celle du peuple, lui ouvrit les yeux ainsi qu'à ses très sages conseillers. Un règne de Théodora sans Zoé était à ce moment possible, mais pas l'inverse. Zoé fut donc forcée d'accepter la réconciliation, du moins apparente, avec sa sœur.

Revenons au déplorable Michel V et à son oncle le nobilissime. Vêtus de la robe de bure, la tète rasée, afin de bien affirmer leur intention de se faire moines pour le reste de leurs jours, les deux princes espéraient attendrir ainsi le lion populaire. Hélas, ils n'apprirent que trop vile que la foule, loin de vouloir les épargner, les poursuivait avec plus d'ardeur que jamais et que, le lieu de leur retraite ayant été tôt découvert, elle les y cherchait pour les tuer, n'ayant [dus que cette idée en tèle. Dans leur désespoir, terrifiés par la crainte d'une mort cruelle, ilse jetèrent alors dans la grande église du couvent qui était dédiée au Précurseur. Comme ils attendaient de minute en minute leurs bourreaux,

:î72 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET TI1E0D0RA

ils embrassèrent avec ferveur la balustrade de l'autel, lieu de refuge très saint, inviolable. Les malheureux, persuadés que la foule n'oserait commettre le sacrilège de les en arracher, se cramponnaient désespérément à ce dernier abri.

Dès que la nouvelle de la fuite du basileus, dit I'sellns,sefût répandue dans la Ville, la foule immense qui encombrait les rues et qui tremblait encore de l'angoisse d'un revirement dans la lutte sanglante aux alentours •du Palais, éclata en manifestations de joie délirante. La terreur fit place à l'enthousiasme. Les uns couraient dans les temples, dédiant des actions de grâces à Dieu qui venait de leur donner le salut; les autres acclamaient la nouvelle augusta Tbéodora; tous dansaient, chantant par les rues, improvisant des chants de circonstance. Mais la plupart, je l'ai dit, n'avaient pour le moment qu'une pensée, retrouver le misérable Michel et se repaître de son supplice.

Tous uniformément couraient dans la direction du lointain couvent de Stoudion ne parlant que d'égorger le basileus après mille outrages, de couper son corps en morceaux. L'empressement était tel, que ceux mêmes qui entouraient les impératrices tirent comme les autres. On laissa toutefois aux princesses une garde nombreuse pour les protéger ! Heureusement pour nous, car cette curiosité nous a valu le récit dramatique de ces scènes affreuses par un témoin oculaire, heureusement Psellos fut du nombre de ceux qui désirèrent à tout prix assister au drame qui allait se passer au Stoudion. Son récit est véritablement terrifiant. « Je m'attachai, dit-il, aux pas d'un de mes amis, officier très illustre de la garde impériale, auquel je m'étais associé depuis toutes ces péripéties pour l'aider de mes conseils. Nous courûmes au galop de nos chevaux jusqu'à l'église du Stoudion que nous trouvâmes entourée d'une foule immense d'émeutiers en armes qui assaillaient de toutes parts le saint édifice pour le démolir dans leur rage folle. Nous eûmes une peine infinie à nous frayer un chemin pour y pénétrer, car une foule plus nombreuse, plus enragée, d'aspect plus terrible encore, y était déjà assemblée. Tous ces gens, roulant îles yeux furibonds, vomissaient dans un vacarme effroyable les injures et les menaces les plus abominables contre les malheureux réfugiés.

.-< I. M DR l VAT1Q0E AV S TOI DIOh

« Je 1 1 " : i n :i i — | >:i-. pris parti jusque là bien vivement. Cependant je

n'étais pas insensible aux infortunes de la basilissa /. i j'étais assez

violemment irrité contre le basileii- à cause de sa conduite abominable envers >.-i bienfaitrice. Mais quand, après avoir, avec toute la peine imaginable, fendu cette foule compacte, j'arrivai ■■> l'autel et que j'eus aperçu les deux malheureux, le basileus à genoux, tenant embrassée la Sainte Table de l'autel, le nobilissime debout, à sa gauche, tous deux mécon-

RUINES D'ANI, capitale des Roit Rois Pagratides d'Arménie an XI Siècle. — Vae

d'ensemble. On distingue la ligne Jei remparts et h- ravin :le l'Akhoarian on Arpa-Tchaï. — (Phot. commun, par M. J. de Morgan.

naissables dans leurs vêtements sordides, tant la confusion et l'épouvante de la mort altéraient leurs traits, toute ma colère s'évanouit avec la rapidité de l'éclair. Comme frappé de la foudre, je demeurai stupide et muet devant une si complète et si soudaine catastrophe. Je me mis à maudire la vie qui peut nous faire commettre des actes aussi insensés. t ii Ilot de larmes nie monta aux yeux. Touché de compassion pour une si all'reuse infortune, je me mis à sangloter et à gémir.

i Cependant la foule hurlante pressait de plus en plus les deux victimes, et toutes ces bêtes fauves menaçaient de les mettre en pièces. Et

moi, je me trouvais debout au côté droit de l'autel, versant des larmes. Alors les deux malheureux agonisants m'apercevant, me reconnurent. Voyant que je ne les injuriais pas comme les autres, mais que la pitié m'arrachait des pleurs, saisissant mon regard, ils se précipitèrent de mon côté comme pour se mettre sous ma protection. Une conversation haletante, étrange et dramatique, s'établit hâtivement entre nous. Je commençai par blâmer doucement le nobilissime de s'être joint au basileus pour maltraiter la basilissa. Puis, m'adressant à ce dernier, je lui demandai ce qu'il avait à reprocher à sa mère et sa souveraine pour avoir osé méditer centre elle un tel forfait. Tous deux tentèrent de s'excuser. Le nobilissime me jurait qu'il n'avait ni aidé, ni encouragé son neveu. Il affirmait même que s'il eût tenté de se mettre en travers des projets de celui-ci, il lui en aurait coûté les pires infortunes, « car, ajouta-t-il, en désignant du doigt le basileus, misérablement affaissé, celui-là est à tel point entêté dans ce qu'il veut faire, qu'il n'y a aucun moyen de l'en empêcher. Certes, je l'eusse tenté si c'eût été possible, et moi et les miens nous ne serions pas ainsi abîmés dans l'angoisse de la mort (1). Quant au basileus, baissant la tète, pleurant et gémissant, il ne dit que ces seules paroles : « Non, Dieu n'est pas injuste! Je subis la juste peine de mes crimes. » En même temps, il embrassait plus étroitement la Table Sainte. Tous ileux expiraient littéralement de terreur. Quant à moi, j'espérais encore que les choses en resteraient là, et je contemplais curieusement cette scène lugubre, philosophant en moi-même sur cette succession inouïe de catastrophes. Hélas, je n'en étais encore qu'au prélude de la tragédie ! »

Ce tumulte abominable durait depuis des heures, et la journée était presque écoulée. La foule en démence entourait toujours les deux fugitifs en les insultant et les foulant. Un respect superstitieux l'empêchait seul de les arracher à ce refuge très saint, infiniment vénère. .Mais elle montait la garde pour prévenir leur fuite et s'assurer qu'ils finiraient par périr. Comme le jour baissait, on vit enfin arriver un haut fonctionnaire dépêché par la basilissa Théodora avec ordre d'emmener les

(1) Ici Psellos fait une digression pour prouver à ses lecteurs la mauvaise foi du nobilissime.

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