CARACTÈRE VRAI DE MICHEL V
des inseri[>tiims Puniques < 1 1 1 fameux lion, n'ont en général pas été admises (1).
Le supplice du basileus Michel V marqua la lin de ce règne si court en même temps que celle de cette terrible sédition. Les éineuliers, ealnn:s du coup par cette exécution, coururent rejoindre Théodora. Peut-être la vieille femme était-elle encore à Sainte-Sophie, comme l'affirme Psellos, durant que Zoé n'avait, elle, pas quitté le Palais depuis la fuite précipitée du Kalaphate. Pour en finir avec ce misérable supphcié, disons seulement que, suivant le récit de Skylitzès, lui et son oncle furent déportés chacun dans un monastère différent. Lui fut enfermée celui d'EIeimôn 2 . Le chroniqueur ne nous dit pas quel fut le lieu d'exil du nobilissime •'! .
La chute de Michel V avait eu lieu dans la journée du 21 avril Inj^. Sun règne n'avait duré que quatre mois el onze jours (4). Je rappelle que son supplice fut une nécessité politique tant on put craindre un moment ipie Zoé, à cause de la haine violente qu'elle portait à sa sœur, consentit à restaurer à ses côtés ce prince déplorable. A ce moment le roi capétien Henri Ier régnait en France.
Voici quelques considérations empruntées au mémoire de M. Bury •"> . « On s'accorde d'ordinaire, écrit l'éminenl historien anglais, à voir en Michel V une sorte d'abomination morale, de monstre dépourvu de toute qualité. Psellos et Zonaras, qui copie textuellement celui-ci, le représentent comme tel et j'ai suivi à la lettre le récit du premier de ces auteurs. Mais, en ne considérant que les seuls actes de ce prince, sans nous préoccuper outre mesure du point de vue très spécial d'un historien qui, très probablement, n'était pas impartial puisque toutes ses sympathies étaient dans le camp opposé, il nous demeure impossible de passer
(1 Voy. Gregorovius, Gesch. fier St. At/ien, II, pp. 169 sqq., et Hopf, op. cit., p. 147 el Lumbros, 'Ior trjç 'EXX<28o;, livr. 89-90, p. 281. Aucun historien grec ou autre ne fait allusion à ce prétendu soulèvement de la population de l'Attique.
2 N us devons ce renseignement à Joël. Skylitzès ajoute que les membres de la famille du Kalaphate se dispersèrent au loin.
3 Voy. dans Arisdaguès de Lasdiverd, op. cit., pp. 53-55, le curieux récit de la chute du Kalaphate.
(4) Et non quatorze mois et cinq jours comme Lebeau le dit par erreur.
(5) Op. cit., 2' art., pp. 256 à 238.
382 LES PORPHYROGÊNËTES ZOÉ Kl' THÉODORA
sur ceux-ci condamnation pure et simple. Les deux plus importants de ces actes turent certainement le bannissement de l'Orphanotrophe et celui de la basilissa. Le premier semble avoir été pure folie au point «le vue particulier désintérêts du basileus, mais ce ne fut nullement une mesure impopulaire puisque le fameux eunuque était universellement détesté. Durant sa longue administration omnipotente sous le basileus Michel IV, il s'était rendu insupportable par son intolérable dictature. Il se peut bien aussi qu'il se soit montré fort insolent envers le nouvel empereur à supposer que celui-ci ait nourri quelques velléités d'indépendance et désiré gouverner par lui-même. Quant à la déportation de Zoé, cette mesure violente est tout simplement une preuve que le Kalaphate n'avait pas su apprécier à sa valeur l'énergie des sentiments loyalistes qui prévalaient encore dans l'Empire et s'attachaient à la dynastie macédonienne comme à un point d'appui formidable. En dehors de cette considération, l'emprisonnement de la basilissa n'était pas par lui-même un acte beaucoup plus criminel que ne l'avait été l'exil du premier ministre. Très probablement Zoé n'était plus qu'une vieille femme irritante et importune, et tout naturellement nous ne sommes point tenus d'accepter pour vérité d'Évangile tout ce que Psellos nous dit de la haine terrible que Michel V, sans motif apparent, nourrissait contre elle.
« Quelques autres actes encore de ce basileus, actes accomplis en réparation de ceux perpétrés sous le règne précédent, méritent notre pleine approbation. .Michel V, nous le verrons au chapitre suivant, avait t'ait sortir l'admirable général Georges Maniakès delaprison où l'avait fait enfermer la haine de Michel IV. Il l'avait en outre nommé magistros et « catépano » des thèmes d'Italie. C'est à Michel Attaleiates que nous devons cette information (1). De même, le Kalaphate, nous l'avons vu, avait fait mettre en liberté Constantin Dalassénos qui avait été- si cruellement persécuté par l'eunuque Joannès. De même encore, il avait fait son premier ministre de l'intime ami de Psellos, de ce Constantin Likhoudès qui, plus tard, devait devenir si célèbre comme homme d'Etat plein de talents et d'honnêteté. Ce dernier choix, très à l'honneur de Michel V,
(1) Op. cit., p. 11.
CARAi TÈRE VRAI DE MICHEL V
nous esl connu par l'oraison funèbre que lil de ce grand ministre son .uni Psellos I .
i Psellos n'esl nullemenl un écrivain au-dessus du soupçon de partialité. Le récil qu'il nous a donné du règne de son | m 1 1 < 1 1 1 • ■ el Favori Michel Parapinace en esl une preuve suffisante. Dans le cas présent, il n'étail pas de sou intérêt d'écrire une seule ligne favorable au Kalaphate, comme plus tard ce ne le fui poinl non plus pour lui de dire du bien de Romain Diogène. Il avail de suite pactisé avec l'émeute, comme le lil probablement aussi son ami Likhoudès, et il fui aussi un ardent partisan
du iveau basileus Constantin Monomaque dont le pouvoir fui édifié
sur la ruine du Kalaphate.
« De l"iil ceci, nous sommes en droit de conclure que l'infortuné Michel V ne lut point après tout le prince diabolique et déplorable qu'on nous a lanl dépeint. El cette opinion va encore se fortifiant parla lecture d'un passage de Michel Aitaleiates beaucoup trop laissé de côté jusqu'ici [2). Il y est ilii textuellement qu'avant smi élévation au trôné les conceptions politiques de ce hasileus lurent aussi blâmables que généralement blâmées, niais qu'à partir de sou avènement il mérita les plus grands éloges pour saconduite très louable envers le Sénat et généralement envers (nus ses sujets, conduite supérieure à celle de tous ses prédécesseur:». Il conféra, poursuit notre historien, des honneurs et des dignités à un grand nombre de bons citoyens et lil de même preuve d'un grand zèle pour le maintien de l'ordre et l'application inexorable de la justice. 9 Ile passage remarquable sut'lil amplement pour que nous hésitions à formuler au sujet de ce prince un jugement entièrement défavi u-ahle !
o II nie paraît, poursuit encore M. Bury, que ce hasileus encore si mal connu conçut le plan audacieux d'un nouvel et vaste effort dans le -en- d'une réforme générale de l'administration, mais que l'inertie des forces conservatrices fut [dus forte que sa volonté. Il n'avait point échappé à son esprit d'observation que son prédécesseur avail été cous tammenl gênéel paralysé dans ses aspirations les meilleures par l'action
1 Sathas, op. cit., t. IV. p. 398.
2 Op. cil., p. 117. Bury, op. cit., p. 257, note 36.
LES PORl'lIYROGENÈTES ZOE ET THEODORA
déplorable et loute-puissante de sa propre famille, et il en avait conclu philosophiquement que la première condition du succès était avant tout pour lui de faire table rase de tous ses parents. Jamais son oncle l'eunuque Joannès n'aurait consenti à se rallier à ses projets de réforme ; c'est pourquoi son autre oncle, le nobilissime Constantin, qui était un simple opportuniste, lui convenait bien davantage.
« De même, pour que les projets de notre basileus eussent quelque chance d'aboutir, l'exil immédiat de Zoé s'imposait absolument, car elle était la représentante incarnée de tout l'ancien ordre de choses. La constatation très superficielle de l'abominable ingratitude de Michel envers sa bienfaitrice, combinée avec le souvenir de sa cruauté envers les siens, a terriblement noirci devant la postérité la personne comme aussi les aspirations de ce prince et totalement faussé le jugement porté sur lui par les historiens. Nous n'avons aucun motif sérieux pour jeter le blâme sur ses tendances politiques. La bévue colossale qu'il commit en exilant la basilissa est sa véritable condamnation (1). »
(1) On ne connait aucune monnaie qu'on puisse attribuer avec certitude au court règne commun de Michel V Kalaphate et de Zoé.