‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 74 sur 132 · SOU D OR DE LA BASILISSA THEODORA, FILLE DE CONSTANTIN VIII · texte numérisé non relu

SOU D OR DE LA BASILISSA THEODORA, FILLE DE CONSTANTIN VIII

ii il VERCLE d'un coffret île bois recouvert de sculptures d'os représentant Vénus et Mars entre de ers armés. — Travail byzantin d'origine italienne des XI ■■■' ou XII ■• -

— M à Bologne. Graven, //, h.)

CDUAPDTRE ¥

Cour1 Miti de / t Théodora- — Zoe épouse Constantin Monomaque qui devient basileus

sous le nom de Constantin IX. — Itebuts du nouveau règne à trois. — Caractère du nouveau basileus Caractère des basilissa Zoé el Théodora. — Sklerêna. maîtresse de Monomaque. — Premières mesuri s d'Italie. Révolte et mort de Georges Maniakès — Affaires de Serbie. Mi ! .1 Kéroularios élu patriarche Révolte d'Erotikos en Chypre. - Terrible agression des Rus Vladimir. -- Autres conspirations. Fin du royaume d'Arménie. — Kakig 11 détrôné. — Guerre avec Abou'l S Tovin. Révolte rameuse de Léon Tornikios.

SOI D'OR du ' le us Constantin Monomaque.

Um fois de plus il h v avail plus en présence sur le trône que les deux vieilles sœurs, filles de Constantin VIII. dernières héritières légitime- île la dynastie île Macédoine!

L'embarras îles membres du Sénat, auxquels il incombait, en fin de compte, de mettre un terme à cette crise terrible, alors que celui qui l'avait *i imprudemment provoquée venait de disparaître dans l'horreur d'une affreuse mutilation et dans la solitude d'un monastère, ne laissait pas que d'être extrême. Tous ces hauts dignitaires professaient un respect essentiellement dynastique pour celle des deux basilissœ qui, depuis son retour précipité de Prinkipo,

était demeurée au Palais, et qui, étant l'aînée, représentait plus exactement les droits imprescriptibles de la tradition. Mais c'était la proclamation émanée de la sœur cadette Théodora, toujours encore retranchée dans Sainte-Sophie avec ses partisans, qui avait vraiment mis un terme à l'entreprise audacieuse de Michel V et qui avait en somme sauvé l'Empire! Faire régner conjointement les deux sœurs était fort malaisé. Nul n'ignorait combien peu elles s'aimaient, combien surtout depuis des années Zoé avait accablé sa sœur plus jeune de sa haine jalouse, de ses dédains altiers. Que de fiévreuses allées et venues il dut y avoir entre Sainte-Sophie et les appartements du Gynécée au Grand Palais; que de colloques animés autanl (pie mystérieux! Enlin, très subitement, la crise se trouva très promptement et très heureusement dénouée par les avances pleines d'affabilité faites contre toute attente par la basilissa Zoé à sa sœur plus jeune. Pour la première fois, la hautaine basilissa, cédant probablement à la nécessité, ou bien assurée de continuer à occuper le premier rang, daigna se montrer avenante pour sa sœur cadette. Elle manda au Palais la vieille tille et l'invita, « bien contre son gré », affirme Skylitzès, à partager les gloires et le fardeau du pouvoir.

Théodora, quittant enfin l'asile grandiose où elle attendait que son sort fut réglé, entourée par des milliers d'amis inconnus, accourut à cet appel. Un immense cortège populaire la suivait acclamant frénétiquement les deux sœurs. Zoé, ouvrant ses bras à son ancienne victime, la serra sur son cœur avec une apparente sincérité, puis ce nouveau et bizarre gouvernement de deux vieilles femmes régnant sur le plus vaste empire du monde à cette époque commença (1).

Théodora, fidèle à ses goûts de retraite, s'effaça de suite devant sa sœur aînée. Constamment elle lui témoigna d'une déférence voulue. Tout en acceptant de partager le pouvoir, elle accepta que Zoé eût en toute circonstance la suprématie, se considérant elle-même comme la première ,1e ses sujettes. Hélas, nous voudrions tant savoir quels furent dans cette tragique soirée du 21 avril de l'an 1042, dans les profondeurs silencieuses

(1) La troisième fille que Constantin VIII avait eue de son mariage avec la basilissa Hélène, l'aînée île toutes, Eudoxie, qui s'était faite religieuse, était morte, je l'ai dit, avant cette année 1042 qui vit le règne simultané de Zoé et de Théodora.

<:orvi:n.\i i//:,vv <<ï\nn\r DES DEUX SOEURS 387

(lu Gynécée impérial, les entretiens des deux ;intiipii-> -inu-s, dernierrejetons de l'illustre descendance macédonienne, ainsi remontées l'une à côté de l'autre sur le trône de cel immense Empire, au dernier déclin de leurs uns, réunies au Palais Sacre après tanl d'années de haineuse défiance par la plus étrange <•! la plus subite des révolutions. Quelles pensées n'échangèrent-elles poinl sur le passé terrible, sur le présenl si incertain, sur l'avenir gros de menaces? Eurent-elles une parole de pitié pour la bête fauve aux coups de laquelle elles avaient failli succomber, maintenant abattue à leurs pieds sanglante el mutilée? <m a vu que

Théodora, probablement obsédée par la crainte d'un revire ni qui lui

serait fatal, lit échouer les velléités de commisération de sa sœur plus humaine.

« Donc, l'Empire, s'écrie emphatiquement Psellos, tomba aux mains de ces 'leux: illustres sœurs. Alors, pour la première fois, aotre époque vit la salle du Gynécée impérial transformée en conseil suprême de l'Empire! Les deux gouvernements, le civil et le militaire, obéirent plus docilement à ces deux souveraines qu'ils ne l'eussent fait à un basileus I . J'ignore si jamais la Providence aima aucune autre famille impériale d'un aussi grand amour que celle de ces deux femmes, mais alors qu'il est avéré que la fortune de cette race fut jadis édifiée sur des bases aussi irrégulières que criminelles, j'admire qu'elle ait pu néanmoins produire des rameaux et des fleurs d'une aussi rare vigueur. Chacun îles membres de cette famille était d'une taille el d'une beauté incomparable-!

« Lesdeux souveraines, poursuit notre écrivain, ne procédèreni point, comme il en est coutume en pareille occurence, par soudaine- el totales transformations dans les cadres de l'administration. Elles se contentèrent d'en expulser tous les membres de la famille du Kalaphate ainsi que ses plus chauds partisans, conservant à leur service tous les autres fonctionnaires militaires ou civils qui étaient demeuré- en charge sous le court règne de ce prince, assurées qu'elles étaient de leur attachement et de leur fidélité dynastique. Pour témoigner de leur gratitude, tous ceux-ci s'appliquèrent avec tout le zèle imaginable à remplir au mieux leurs

:;sv

/ ES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA

fe:

fonctions/ Les affaires de l'État continuèrent donc à être gérées, les audiences quotidiennes à être tenues exactement comme il en avait été de tout temps. » Psellos affirme que le gouvernement de ces deux vieilles princesses fut accueilli par de plus grandes démonstrations de loyalisme qu'il n'y en avait eu pour aucun des basileis leurs prédécesseurs.

i'.e même Psellos, en sa langue prétentieuse, nous a décrit un de ces étranges conseils de l'Empire auxquels il assistait en vertu de sa charge, conseils présidés solennellement par les deux sœurs assises côte à côte sur le trône, Théodora se trouvant placée un peu au-dessous de sa sœur. A leurs côtés se tenaient les « licteurs », c'est-à-dire les manglabites armés du lourd bâton ferré, les spathaires et les gardes russes ou Scandinaves, les fameux Va>rings, portant la terrible hache sur l'épaule droite. Derrière ce premier groupe étaient placés les principaux personnages de la cour et les conseillers ordinaires des souveraines. Tout alentour, environnant ceux-ci, se tenait un second cercle de gardes. Toute cette foule de personnages conservait le maintien le plus respectueux, tous immobiles, les yeux fixés à terre. Derrière ceux-ci encore on apercevait les membres du Sénat et les dignitaires des trois ordres, tous disposés par rangs à quelque distance les uns des autres.

C'est en présence de cette haute et imposante assemblée qu'on procédait à l'expédition et à l'enregistrement de toutes les plus importantes affaires publiques, questions de taxes et d'impôts, réceptions d'ambassadeurs, litiges à juger ou conventions à conclure, toutes les questions enfin qui constituent le gouvernement d'un grand Empire. Les divers chefs de ministères décidaient d'ordinaire directement de la presque totalité des menues questions journalières. Parfois cependant, quand la nécessité s'en faisait sentir, les souveraines exprimaient « avec une impériale gravité » leur avis ou dictaient une réponse.

Page 1