‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 76 sur 132 · PORTRAIT TRACE PAR PSELLOS DES DEUX SŒURS · texte numérisé non relu

PORTRAIT TRACE PAR PSELLOS DES DEUX SŒURS

l.inliii VIII, imiis a tracé le curieux portrail mural de ces deux étranges

souveraines à l'époq le leur courl règne commun, portrail infiniment

précieux puisque notre auteur eut l'occasion d'approcher si souvenl de ces deux augustes somrs. « Z<m;, l'aînée, nous dit-il, était vive el emportée, mais sa parole était moins facile. Théodora ne découvrait que plus lentement sa pensée, mais une fois lancée, elle parlait avec une experle célérité. Zoé, impatiente de voir ses désirs satisfaits, passait avec une égale promptitude de la joie à la tristesse, semblable au navire qui tour à tour couronne la crête des vagues, puis plonge jusqu'au fond îles abîmes. Théodora, tout au contraire, était essentiellement calme et ordonnée. Zoé affectait une prodigalité insensée qui eut épuisé un océan d'or (1). Théodora, modérée en tout, comptait avec soin l'argent qu'elle donnait, sachant bien que la source n'en était point inépuisable. »

« Pour parler franc, poursuit Psellos, et ne rien celer, ni l'une ni l'autre des deux sœurs n'avait été créée pour régner et gouverner, ni n'entendait quoi que ce soit aux finances ou à la politique. Aucune des deux n'avait l'âme forte, ni l'esprit de suite, ni la volonté ferme qui incombe à la toute-puissance. L'une comme l'autre ne savait que mêler aux affaires les plus sérieuses, les plus futiles distractions du Gynécée. Même, la sieur aînée, qu'il était de mode parmi ceux qui profitaient de ses largesses de louer pour sa générosité et pour le temps qu'elle consacrait à s'occuper de la chose publique, n'était en réalité qu'une prodigue dépourvue de jugement. Au fond, les affaires étaient ou totalement négligées ou conduites d'une manière fâcheuse autant que ruineuse. Les extravagantes dépenses des deux sieurs, leur cour entretenue sur un pied splendide épuisaient le trésor. Le Palais était bondé de courtisans experts dans l'art de la flatterie auxquels Zoé distribuait sans compter, ainsi qu'à la garde particulière des deux basilissae, les fonds destinés à l'entretien île l'armée, comme si le grand Basile n'avait eu d'autre but en remplissant les coffres du trésor que de satisfaire à ces caprices. Seuls, les hommes sages se préoccupaient de ces folies très menaçantes pour l'avenir mais qui trompaient le populaire en l'éblouissant. »

! C'était déjà le Gynécée, comme plus tard le Harem à Stamboul, qui était la mine de l'Empire!

LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET TllEOliORA

Pseilos, on le voit, se montre très sévère, probablement même très injustement sévère, pour ce gouvernement des deux sœurs qu'il accuse d'avoir préparé de loin par de folles prodigalités tous les malheurs du règne de Monomaque et des successeurs de celui-ci.

Le portrait physique des deux impératrices, tracé par notre chroniqueur, n'est pas moins intéressant. Jusqu'à la publication de son Histoire, nous n'avions pas le moindre indice à ce sujet. « Très différentes au moral, les deux sœurs l'étaient, dit-il, bien davantage encore au physique. Zoé était plus forte, mais de taille peu élevée. L'œil était grand sous un sourcil épais et sévère, le nez légèrement aquilin. Klle avait «le beaux cheveux blonds, le teint d'une blancheur éblouissante. » « A ne considérer que la parfaite harmonie de Imite sa personne, continue l'indiscret courtisan, celui qui n'aurait pas connu son âge véritable aurait presque pu la prendre pour une jeune tille. Ses chairs avaient conservé toute leur fermeté; tout était bien plein et poli chez elle; un n'apercevait ni une ride ni un contour altéré. Théodora, de taille plus élevée, (dus maigre de corps comme de visage, aux traits irréguliers, plus rapide de mouvements comme de parole, avait l'œil doux, l'abord rieur, plein d'une grâce avenante. Constamment elle était prête à une conversation vive autant qu'animée. '/.<»'• n'étail point recherchée dans sa parure. Elle ne portait ni robe brodée d'or, ni diadème, ni colliers, ni pesants pendants d'oreilles. D'une étoffe légère elle enveloppait son beau corps (1). » « (Tétait cette blonde sultane, aux grands yeux, aux sourcils menaçants, dit fort bien M. ltambaud, qui disposait de l'Empire ! »

o II fallut cependant reconnaître presque de suite que les choses ne pourraient continuer longtemps sur ce pied et (pie la défense de cet Empire réclamait un pouvoir unique, surtout un liras viril, un cerveau plus expert aux affaires, plus prévoyant des périls de l'avenir. » l'sellos qui s'exprime en ces termes s'abuse volontairement pour mieux expliquer l'arrivée de son cher Monomaque au pouvoir. Les deux sieurs étaient parfaitement capables de gouverner à elles deux l'Empire. Le contraste si grand entre leurs deux caractères fit leur faiblesse. En réalité, la lutte, bien

I Pgellos '■-( revenu plusieurs fois sur le portrait de Zoé el de sa <.i-nr yoy. |ip. uni, 127, 17S de Sun Histoire, éd. Bury.

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