‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 77 sur 132 · ZOÉ DECIDE DE SE HEMARIER · texte numérisé non relu

ZOÉ DECIDE DE SE HEMARIER

que sourde, était ardente, opiniâtre, entre leurs partisans respectifs I . chaque parti s'efforçant de faire triompher les mobiles qui, suivant lui, militaient en faveur de celle des deux qu'il désirait voir au premier rang. Heureusement pour l'Empire que la jalousie insurmontable de Zoé pour sa sœur plus jeune la décida à se chercher la pre~ mière l'époux si néces saire au salut commun.

Redoutant peut être à tort d'être finalement supplantée par Théodora, elle préféra, malgré ses soixante deux ans sonnés, se donner un troisième mari 2 . Même il esl probable que la vieille femme, toujours ardente et sensuelle, ne dût pas hésiter longtemps à prendre ce parti.

D'autre part Théodora, qu'un certain nombre de ses partisans persistaient, à vouloir pousser au premier rang, rejetait obstinément toute idée matrimoniale. On s'occupa

donc avec passion au Palais de trouver pour Zoé l'oiseau rare, le phénix, auquel allait véritablement incomber le pouvoir. Bientôt il ne fut plus question d'autre chose à la cour. Qu'on choisit ce mari tant désiré dans les rangs de l'armée ou dans ceux du Sénat, il était de toute nécessité dans l'un comme dans l'autre cas qu'il fût de très haute naissance, de

1 Msedler, op. cit., p. 23.

2 Le i roisièrae en quatorze années !

ÉGLISE BYZANTINE de Mesembria, cité de Bulgarie sur la Mer Noire. — (Phot. commun, pur M. Degrand.)

394 LES PORPHYHOGÉNËTES ZOÉ ET THÈODORA

la plus brillante fortune. On en avait assez des basileis de rencontre, sortis de l'écume du peuple, choisis parmi les aventuriers du plus bas étage. Quelques-uns, je l'ai dit, eussent préféré que ce fût Théodora qui prit un mari ; mais le parti de Zoé fut de suite bien plus nombreux, malgré que celte princesse eût été mariée déjà deux fois et qu'il s'agit, par conséquent, de troisièmes noces, toujours très mal vues de l'Eglise orthodoxe. Le choix de Zoé sembla se fixer d'abord sur un homme dont il a été souvent question dans ce livre et dont nous ne savons que peu de chose sauf que sa situation était infiniment considérable dans l'Empire, je veux parler de Constantin Dalassénos, d'une illustre famille de la plus vieille aristocratie byzantine, né à Thalassa, d'une parfaite beauté physique. « La nature, dit Psellos, semblait l'avoir d'elle-même façonné pour les plus hautes destinées. Il n'avait pas encore atteint sa dixième année que déjà la rumeur publique lui prédisait le trône, prophétie funeste qui lui avait valu les pires infortunes et avait excité contre lui les défiances jalouses de tous les gouvernants. Constantin VIII, on se le rappelle, avait un moment songé à lui pour le marier à sa tille Zoé(l). Les divers membres de la famille d'aventuriers paphlagoniens qui étaient ensuite arrivés au pouvoir s'étaient montrés infiniment inquiets de sa haute naissance, de sa situation très en vue, de sa constante popularité, de ses belles et brillantes qualités qui excitaient l'enthousiasme populaire. Michel IV, on s'en souvient aussi, l'avait fait par deux fois emprisonner dans les plus affreuses geôles, une première fois sur le triste rocher de Plati, parce que sa popularité l'effrayait et qu'il redoutait que Constantinople ne se soulevât en sa faveur d'un élan unanime (2). Le Kalaphate l'avait, il est vrai, fait remettre en liberté, mais nullement par amitié pour lui, tout au contraire pour l'envoyer dans un monastère et faire de lui un « habillé de noir », suivant l'expression de l'époque, et cela, dit le chroniqueur, non dans le désir pieux de le consacrer de force à Dieu, mais bien par haine, pour l'éloigner à jamais du but auquel il semblait viser avec opiniâtreté malgré tant d'épreuves (3).

.1 Voy. p. 55 — Voy. Mredler, o/i. cit., p. 2.

(2) Voy. pp. 166, 181, 202 et 209.

(3) Voy. p. 209

Page 1