PRÉTENDANTS I I.A MAIN DE LA BASIL1SSA
(iette fois les amis de Datassent >s cnirenl bien qu'il touchait au porl . Zoé se le fit amener au Palais où il se présenta en habits civils. Malheureusement pour lui, ses réponses furent si hautaines, si rudes, si méprisantes qu'il parut à tous de caractère infiniment trop indépendant. Il désappointa la basilissa accoutumée à des formes plus douée-, moins altières. Elle le congédia.
Après cela, Zoé sembla incliner un moment vers un certain Constantin, surnomme ArtoUlinès, à cause île sa fonction lioiiorilit|ue au l'alais I . actuellement t catépano ». Ce personnage était d'origine et île situation plutôt médiocres, mais sa parfaite beauté, sa prestance superbe, ses attrait- physiques en un mot, le rendaient un époux forl sortante pour cette basilissa -i sensible aux qualités extérieures 1 . Il avait autrefois exercé les fonctions modestes d' « asecretis « auprès du défunt basileus Romain Argyros et avait été à cette époque déjà si fort remarqué parla nouvelle basilissa qu'on avait été jusqu'à l'accuser assez sérieusement d'entretenir avec elle une liaison amoureuse. Mais Romain, de naturel fort peu jaloux, avait refusé d'attacher de l'importance à ces rumeurs. Plus tard cependant, Michel IV, sous prétexte de confier a Constantin Artoklinès un poste plus important . l'avait éloigné de ta capitale. Lui aussi lui mandé par Zoé. Ils n'eurent pas de peine à tomber d'accord. Tout le monde désirait le succès de cette candidature, mais la fatalité voulut qu'à ce moment un mal soudain emporta l'heureux prétendant ! Psellos se borne à mentionner le fait sans commentaire. Zonaras et Skylitzès disent qu'on soupçonna sa femme de l'avoir fait empoisonner, non qu'elle l'eût [iris en haine, dit ce dernier, mais parce qu'elle voulait renoncer à lui encore de son vivant à elle ! (3) »
Cette mort imprévue fit le bonheur d'un troisième candidat. Zoé, frustrée dans ses précédents espoirs, rappela d'un lointain exil un troisième Constantin, celui-là appelé Monomaque, fils de Théodosios, dernier rejeton de cette illustre et très riche maison de la plus haute aristocratie byzantine.
(1) 'AproxXfvric, « grand panetier ».
(2) Voy. Bury, op. cit., note 40 de la p. 259.
(3) Elle se rappelait le sort lamentable de la première épouse de Romain Argyros.
Psellos, qui a vécu de longues nnnëes dans l'intimité do Monomaque, avant de raconter l'élévation de ce personnage au trône par la volonté de la basilissa Zoé, s'exprime ainsi à son sujet : « Celui qui iinalement obtint le sceptre avec la main de Zoé fut le fils de Théodosios, nommé Constantin, dernier rejeton de l'antique race des Monomaques, personnage dont j'aurai à entretenir longuement mes lecteurs lorsque je me lancerai en leur compagnie sur l'océan de son règne qui a été plus long que tous ceux de son temps, à l'exception de celui du grand Basile, plus rempli aussi d'actions les unes louables, les autres, il faut l'avouer, franchement mauvaises. Pourquoi en effet taire la vérité? Comme j'ai longuement servi sous ce prince dans un poste élevé de haute confiance et cela dès son avènement, je n'ai pu ignorer aucun de ses actes ni publics, ni secrets. Au-- i parlerai-ji' de son règne avec plus de détails que d'aucun de ceux de ses prédécesseurs. »
Après cet emphatique préambule, Psellos passe au récit de cette romanesque élévation au trône. Monomaque, je l'ai dit, était de fort vieille et illustre race (1). Il était avec cela très beau, très riche, très élégant, amoureux du luxe, digne en un mot des plus hautes destinées, des plus augustes unions. Toute sa vie il avait été par excellence un séducteur. Les femmes raffolaient de lui. Lui-même, veuf une première fois, avait contracté un second mariage fort brillant avec la fille unique de la princesse Pulchérie, sœur de Romain Argyros, alors que ce dernier n'était point encore monté sur le trône impérial. Pulchérie avait, on le sait, épousé Basile Skléros lequel plus tard avait été privé de la vue par ordre de Constantin VIII (2). Romain Argyros qui adorait Monomaque pour ses agréments physiques, pour l'illustration de sa naissance, l'avait uni avec joie à cette fleur de grâce et de jeunesse qu'était sa nièce. Mais cette splendide alliance n'avait pas profité au nouvel époux qui n'en avait retiré aucun avantage. « Tout l'ancien entourage du grand basileus Basile le détestait, nous dit Psellos, parce que jadis son père Théodosios, de qui
(1) Voy. Bury, op. cit., note 41 de la p. 259. Voy. l'éloge de Monomaque par Psellos dans le discours funèbre en l'honneur de Likhoudès. — Arisdaguès de Lasdiverd, op. cit., p. 55, dit, s' appuyant sur une source que j'ignore, que le père de Monomaque qui se nommait Théodosios avait été au Palais « chef de la Justin- ...
(2 Voy. p. 17,
MOSAÏQUE BYZANTINE de la coupole dix chœur de Suint-Marc, à Venise. — La Vierge
et le Prophète haïe.
il tenait, parait-il, son surnom de Monomaque, avait trempé dans une conspiration contre ce basileus et avait été, lui aussi, condamné pour i tyrannie » I . On estimait généralement que le père avait ilù léguer ~a
I C'est-à-dire pour avoir tenté d'usurper l'Empire.
haine à son fils et il en était toujours demeuré sur celui-ci comme un soupçon de défiance. Aussi Basile, puis Constantin VIII, tout en ne le maltraitant point, l'avaient constamment tenu à l'écart sans lui conférer la moindre dignité. Même quand Romain Argyros fut plus tard arrivé au trône, il n'avait rien fait pour son ancien favori. Il l'avait pris cependant auprès de lui au Grand Palais où ses liens de parenté avec le souverain lui avaient fait une situation brillante bien que nullement officielle. De physionomie délicieuse, d'apparence jeune et charmante, il s'exprimait à ravir sur toute chose avec une grâce suprême, une verve caustique, une parfaite élégance, comme nul autre au monde. La basilissa Zoé avait eu constamment de l'attrait pour lui. Elle aimait à s'entretenir familièrement avec lui. Bientôt elle ne put se passer de sa conversation. Lui, de son côté, s'efforçait de mériter sa royale faveur. Elle le comblait de présents. Mais tout ceci faisait jaser et la calomnie maligne n'avait point épargné cette étrange intimité. Aussi tous à la cour, à commencer par le favori Michel, étaient persuadés que Monomaque deviendrait basileus à la mort d'Argyros. C'est pourquoi, quand ce fut au contraire Michel qui le devint, le Paphlagonien n'oublia point ses soupçons et sa jalousie. Ce fut la cause de la catastrophe qui vint subitement interrompre cette vie calme et unie. Avec sa duplicité accoutumée, Michel commença par faire bon visage à Monomaque, puis, lors de la réaction inévitable qui frappa en masse tous les fidèles du basileus défunt, il le fit envelopper habilement comme tant d'autres dans une de ces éternelles et si commodes accusations de complot contre la sûreté de l'Etat, accusation, celle-ci, probablement quelque peu justifiée (1). Il suborna de faux témoins et le fit exiler de Constantinople par l'Orphanotrophe et interner à Mételin, dans l'île de Lesbos, sur la côte d'Asie, où l'infortuné passa sept années, tout le temps du règne de son heureux rival. Puis le Kalaphate, qui avait hérité contre lui de la haine de son oncle, le maintint dans ce dur éloignement. Monomaque avait d'ailleurs raison d'avoir coniiance en sa destinée, car, aussi brusque avait été sa disgrâce, aussi soudain fut le relève-
(1) C'est du moins l'opinion de la plupart des historiens qui estiment que Constantin Monomaque avait cru le moment venu de s'engager dans quelque complot. Ces auteurs attribuent, du reste, aussi en partie la disgrâce de ce personnage à la jalousie excitée chez Michel IV par l'affection que lui témoignait la basilissa.