‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 80 sur 132 · MANIAKÈS SE DEFAIT DES ENVOYÉS IMPÉRIAUX · texte numérisé non relu

MANIAKÈS SE DEFAIT DES ENVOYÉS IMPÉRIAUX

chargée d'or et de présents pour Argyros, lui débarquée à Otrante au mois de septembre 1042, Maniakès, srerèlemenl Imu au couranl des instructions qu'elle avail reçues, vint au-devant de ces envoyés sous des dehors bienveillants el pacifiques.

La suite du récit nous esl fournie par Psellos. Le choix du chef de l'ambassade, Pai'dos, désigné pour succéder à .Mauiakrs dans son commandement et qui n'était ni un foncti taire politique distingué, ni un

chef militaire capable, qui n'avait d'autre mérite que d'être un familier

du Palais con le l'empereur, el t qui semblait avoir été ramassé dans

les carrefours », les instructions qu'il apportait, tout était impolitique. Pardos augmenta encore les difficultés présentes par son insigne maladresse. 11 imagina de cacher son arrivée, et un jour il se présenta brusquemenl à cheval devant Mauiakrs à la tête de toute son armée. Puis, -ans plus de cérémonie, il commença à l'accabler d'injures el de terribles menaces. Peut-être voulait il l'exaspérer par cette provocation et trouver l'occasion de lui porter un coup mortel. Maniakès en jugea ainsi et leva les mains pour se défendre. Aussi Pardos s'écria qu'il le primait en flagrant délit de i tyrannie » et qu'il allait le faire arrêter. Mais, en entendant ces paroles^ les soldats de Maniakès ne purent plus se contenir. Sur l'ordre de leur chef, persuadé qu'il n'y avait plus d'espoir pour lui et que l'empereur ne lui pardonnerait jamais, ils enlevèrent Pardos en un moment. L'infortuné fut aussitôt mis à mort. Tubaki, jeté d'abord en prison, éprouva le même sort en octobre. D'après Guillaume de Pouille, un de ces malheureux, Pardos probablement, par un raffinement tout oriental, fut étouffé dans une écurie sous des ordures de cheval qu'on accumula sur lui. Ces horreurs n'empêchèrent pas que le message confié à l'ambassade ne parvint à Argyros qui, à ce moment, assiégeait encore avec les Normands la ville de Trani (1).

( Les lettres impériales contenaient pour celui-ci les promesses les plus séduisantes s'il voulait servir la cause des Grecs. Monomaque lui conférait de suite les titres et les honneurs de « catépano » d'Italie, de patrice et de « vestis ». Le fils de Mélès, oubliant ce que son père avait

(1) Voy. p. 436.

souffert pour l'indépendance de la Fouille, toutes les traditions de sa

famille, ce que lui-même avait déjà fait, son alliance avec les Normands et avec les patriotes « conterati » de PApulie, ses promesses et ses serments, prêta l'oreille à ces séductions trompeuses. Son premier acte fut de faire brûler la fameuse tour de bois qui faisait l'admiration de tous et devait amener la reddition de Trani. Pierre de Gauthier, l'un des douze chefs éli i~ à Aversa, soupçonnant dès lors la trahison d'Argyros, s'emporta contre lui. Il l'aurait même massacré, si ses compagnons ne l'avaient retenu. Cet incident n'empêcha pas Argyros de poursuivre la voie funeste dans laquelle il venait de s'engager. Il fit définitivement lever aux Normands et à leurs alliés le siège de Trani et, les laissant en plan, regagna Bari avec les Barioles de son parti. Il y lit proclamer l'avènement de Monomaque el y restitua l'autorité impériale, assumant pour lui les titres qui venaient de lui être octroyés de patrice et de « vestis » impérial. »

Je remets à pins tard de raconter l'histoire de la conquête des thèmes byzantins d'Italie par les Normands. Je dirai seulement ici ce qu'il advint du rebelle Maniakès maintenant que, par le traîtreux assassinat de la mission impériale, il s'était mis ouvertement en lutte avec son souverain. La volte-face d'Argyros en laveur de Constantinople le continua dans ses idées de révolte contre le pouvoir des basileis. Au mois d'octobre, toujours dans cette année 1012. peu de jours après avoir fait massacrer les ambassadeurs à (tirante, maître incontesté de tout ce qui restait de l'Italie byzantine, il se fil proclamer par ses troupes fidèles et prit officiellement et solennellement le titre et les ornements de basileus d'Orient. Résolu à détrôner Monomaque, il défendit à ses troupes d'obéir à un autre qu'à lui. Il y réussit d'autant plus facilement, dit Skylitzès, que ses soldats, fatigués de guerroyer en pays étranger, n'avaient qu'un désir: regagner leur patrie. Il s'avança d'abord jusque sous les murs de Bari avec une forte armée.

g Sa réputation de béros dune bravoure infinie était telle, dit Psellos, qu'une foule de gens de tout âge et de toute condition vinrent demander à servir sous ses étendards. Après les avoir soumis à un examen rigoureux, persuadé qu'à la guerre la valeur primait le nombre, il garda le- plus valides et les mieux instruits dans le métier militaire, surtout

RÉ l OL II: DE M l.V/ IKÈS

ses vieux compagnons de guerre. Son plan étail de s'entendre avec Argyros, de faire de lui son collègue sur le trône, pour rétablir l'état de paix en Italie el marcher ensuite contre Gonstantinople avec leurs légions

MINIATORE BYZANTINE d'un manuscrit du XI»" -siècle [Cosmos Indicopleustes), conservé a [,f Bibliothèque du couvent du Sinaï. — Ravissement d'Élie. — (Millet, H'^-Études, tkoo . B. U8.)

réunies. Mais Argyros, demeuré fidèle à la cause de Monomaque, refusa d'entrer en négociations avec le rebelle el lui ferma les portes de Bari. Maniakès, très probablement alors, s'efforça de nouer aussi entente avec les Normands dont la neutralité du moins eut été pour lui 1res avantageuse. Guillaume de Fouille le dit expressément. Mais le souvenir demeuré très vivant du traitement brutal qu'il avait jadis infligé en Sicile aux

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guerriers du Nord empêcha ici aussi qu'il ne put réussir. La trahison d'Argyros ne de'cida pas les Normands à faire alliance avec son ennemi devenu aussi l'ennemi de l'Empire. Instruits par de récentes expériences, ils préférèrent, avec raison, ne compter que sur leurs propres forces pour atteindre leur luit en Apulie et se constituer en pouvoir indépendant cette fois sous la suzeraineté du puissant (iuaimar de Salerne. Maniakès put seulement en enrôler un petit nombre dans son armée (1).

« Après ce double échec, plutôt moral que matériel, Georges Maniakès, battant en retraite devant les forces d'Argyros, se retira dans la région sud-est de l'Italie, où les deux fortes places de Tarente et d'Otrante reconnaissaient son autorité, et mit en sûreté dans ces deux villes le butin de ses expéditions. La possession de ces ports lui permettait aussi de s'embarquer quand il le voudrait pour Constantinople. 11 était persuadé qu'on ne pourrait le déloger de ces retraites, qu'Otrante notamment était une position inexpugnable. Mais, au mois de février de l'année suivante 1043, arriva de Constantinople à Bari un armement nombreux sous le commandement du nouveau « catépano » nommé en place du rebelle, le magistros Basile Théodorokanos, le même chef, qui, jadis, avait pris part avec Maniakès à la victorieuse campagne de Sicile et partagé à cette époque sa première injuste disgrâce et sa captivité. Nous ne possédons presque aucun détail; nous savons seulement que le prétendant, assiégé dans Otrante du côté de terre par Argyros accouru de Bari avec toutes ses forces, du côté de la mer par la flotte du nouveau « catépano », en fut réduit, après diverses vicissitudes, après avoir commencé par se retirer clans une forteresse des montagnes en s'évadant d'Otrante, en fut réduit, dis-je, à abandonner définitivement l'Italie (2) pour gagner, sur la rive opposée de l'Adriatique avec les troupes du reste nombreuses qui lui étaient demeurées fidèles, le port de Durazzo, l'antique Dyrrachion, capitale des possessions byzantines en ces parages. Il s'agissait pour lui de marcher de ce point sur Constantinople, le long de

(1) Voy. Heinemann, op. cit., note 1 de la p. 33.

(2) Guillaume de Pouille fait de la dernière lutte entre Maniakès, d'une part, Argyros et le magistros Théodorokanos de l'autre, un long et assez insignifiant récit. Voy. Delarc, op. cit. note 1 de la p. 135.

RÉVOLTE DE V \N1AKÈS 443

la vieille voie « Egnatia » à la tète de ses troupes el des populations soulevées, d'y renverser le pouvoir de Hfonomaque el de Zoé el de se faire proclamer basileus à leur place. C'était une entreprise inGniment périlleuse, très possible cependant, étanl donné le peu de racines qu'avait poussées jusqu'ici la puissance de Monomaque.

Pour atteindre ce résultat, Maniakès comptait sur ses talents guerriers >i remarquables, sur l'immense réputation militaire qu'il s'était acquise, sur la fascination qu'il exerçait sur l'armée, sur ses \ ieilles troupes en particulier nui l'adoraient, sur le sentiment d'indignation aussi qu'excitait la cruelle injustice dont on avait payé ses grands services. [1 comptait encore sur la désaffection croissante pour la dynastie macédonienne amenée surtout par les bontés et les scandales des derniers règnes. Enfin el avanl tout, il était poussé par une nécessité inéluctable i|iii ne lui laissait pas le choix. Il fallait qu'il lût vainqueur ou qu'il périt île la mort des rebelles. Nous n'avons, je le répète, que bien peu de détails, niais le peu que nous savons de cet homme par les sources, nous le dépeint aussi bien au physique qu'au mural comme le type le plus partait du guerrier oriental du moyen âge, du prétendant au trône impérial d'un caractère tout à l'ait prodigieux. Le souvenir très vivant que l'histoire et la légende nul conservé de ses exploits en es! un témoignage frappant. En parlant de lui, Zonaras s'écrie : « ce Georges Maniakès, cet homme d'un courage, d'une énergie extraordinaires, à l'âme de fer, guerrier admirable, chef militaire de premier ordre ». De son côté Psellos qui nous parle de lui à l'occasion de cette marche sur Constantinople dont les débuts furent si brillants, s'exprime en termes non moins curieux : « J'ai vu de prés cet homme révoqué de son commandement d'une manière si infâme et je l'ai admiré. La nature lui avait prodigué tous les dons nécessaires à un chef militaire. Il était liant de dix pieds. 11 fallait lever les yeux d'en bas pour le contempler tant il était de taille élevée. Il avait l'expression terrible, le regard effrayant. Quand il parlait, il semblait que la foudre éclatât. Ses mains étaient faites pour jeter à bas des murailles. II avait l'impétuosité du bon. Tout le reste était à l'avenant. Sa réputation dépassait encore la réalité. 11 n'y avait pas un barbare qui ne tremblât au nom de cet homme, les uns pour

iii LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THEODOliA

l'avoir vu, les autres pour en avoir entendu parler (1). C'est Michel le Kalaphate qui l'avait envoyé pour reprendre la Sicile. Tous étaient convaincus qu'il réussirait à chasser les Arabes et serait comme un rempart contre tous leurs retours offensifs. Mais quand Constantin Monomaque, dont j'écris ici l'histoire, eut succédé à Michel détrôné, au lieu de lui envoyer de suite l'expression de sa reconnaissance et mille couronnes avec, au lieu de le traiter du mieux qu'il lui était possible, il négligea tout cela, ce qui commença par indisposer très fort le héros. Et puis, quand il se souvint enfin de lui, Maniakès, violemment irrité et qui se sentait dans une situation mauvaise, aspirait déjà ouvertement à la tyrannie. Alors Monomaque, au lieu de le traiter avec adresse et de feindre ignorer ses mauvais desseins, éclata aussitôt contre lui comme contre un homme qui aurait déjà usurpé le pouvoir. Aussi au lieu de lui envoyer des messages de paix, il lui envoya des hommes chargés de le tuer ou tout au moins de lui reprocher ses actes, de le faire fouetter, enchaîner, cl déporter ». Suit le récit de l'ambassade de Pardos et des événements violents qui suivirent.

Donc, trompant la vigilance de la (lotte impériale demeurée fidèle à Monomaque, en lévrier 1043 (2), le prétendant, embarquant sa belle armée sur ses navires, emportant aussi de grandes sommes en numémaire, réussit à franchir l'Adriatique et à aborder à Dyrrachion. Ce fut par tout l'Empire un immense émoi. Celle tentative audacieuse du plus célèbre chef militaire impérial à ce moment était pour le gouvernement naissant de Monomaque le plus redoutable des dangers. « Tout le monde, raconte Psellos, fuyait devant Maniakès sans oser lui faire face. » Tout le monde le croyait déjà basileus ! Maniakès, aussitôt débarqué, se dirigea résolument vers l'intérieur. Il comptait suivre l'antique et célèbre voie romaine, la « Via Egnatia », qui, alors encore, menait de Dyrrachion à Salonique à travers les plus vieilles provinces européennes de l'Empire. Outre ses troupes fidèles, il espérait entraîner aussi à la conquête de la

(1) Voyez encore Mana-ssès, vers 62S4 : ivr.p YiYavToiri>.a(j.o: ogOgEcp ivSpoçévr*)?, etc. l Le G octobre 11142, une comète avait paru en Orient, marchant dans la direction du couchant. Elle brilla tout ce mois. Skvlitzès dit que cet astre annonçait les calamités qui allaient éclater, c'est-à-dire la révolte de .Maniakès, la guerre avec les Serbes, etc. (Cédrénus, II, 543, 7). — Tremblement de terre à Tauris, grêle à Bagdad.

446 LES P0RP1IYR0GÉNÈTES ZOE ET THEODORA

Ville gardée de Dieu, les sauvages guerriers de Stéphanos Boïthslav dont Constantinople terrifiée venait d'apprendre la nouvelle révolte et la complète victoire sur les forces impériales envoyées contre lui.

Une parenthèse est ici nécessaire pour raconter les exploits de ce remuant personnage. Ce fameux Stéphanos Boïthslav, en effet, cet archôn ou prince des Serbes du sud, Serbes d'Herzégovine et du Monténégro, dont j'ai parlé longuement au règne de Michel IV (1), ayant réussi, comme il a été dit, à s'évader de Constantinople, et à regagner sa principauté lointaine, avait de suite solidement occupé tous les défilés de ses âpres montagnes. g De là, nous dit Skylitzès, par d'incessanles incursions de ses bandes rapides, il portait le pillage et l'incendie dans toutes les régions de l'Illyrie soumises à l'Empire et jusque dans la lointaine Macédoine. » Pour remédier à cet état de choses intolérable, le gouvernement de Monomaque, dans l'automne de l'an 1042, avait ordonné au stratigos impérial en résidence à Dyrrachion (2), le patrice Michel, fils du logothète Anastase (3), d'aller attaquer le rebelle dans ses repaires des montagnes à la tête de toutes les forces disponibles de la région, plus de soixante mille hommes, au dire de Skylitzès. Mais ce chef déplorable, amolli par une longue inaction, amen i par sa lamentable tactique une catastrophe affreuse. A la tète de soixante mille hommes, il envahit par sa frontière méridionale la contrée ennemie que Skylitzès nomme encore le pays des Triballes et qui n'était autre que le pays de Dioclée, le Monténégro d'aujourd'hui. Il y pénétra à travers les redoutables défilés de cette région âpre et montagneuse entre toutes, située au nord du lac de Seodra ou Skutari. L'armée byzantine cheminait par des sentiers abominables où deux cavaliers ne pouvaient marcher de front. Les guerriers de Boïthslav reculaient à dessein comme s'ils fuyaient devant les Impériaux. Michel, totalement incapable, ne se préoccupait même pas d'assurer sa retraite en laissant des arrière-gardes pour occuper les défilés à mesure qu'il les avait parcourus. Il se contentait de faire ravager toute la contrée par ses troupes, faisant partout le vide derrière lui.

(1) Voy. pp. 311 sqq.

(2) Skylitzès le qualifie à" « archôn de Dyrrachion ». (Cédrénus, II, 543, 11.)

(3) Voy. sur ce personnage : Cédrénus, II, pp. 583 et 634.

Ils GRECS SURPRIS PAR B0ITHS1 il 447

Lorsqu'il estima qu'on avait assez brûlé ei pillé, fail assez de prisonniers, il voulu! se retirer en suivant le chemin par lequel il étail venu. Il arriva ce qui devait arriver. Dans un profond ravin, sur la route du retour, l'armée byzantine fut attaquée par 1rs bandes serbes qui, d'en haut,

firent pleuvoir sur elle une pluie de Qèches, grêle de pierres, des

rochers énormes. Ce fut l'éternelle histoire de ces surprises d'armées régulières mal gardées, détruites par des embuscades barbares. Les légionnaires byzantins, sans avoir pu même faire usage de leurs armes, tourbillonnant sous l'orage de projectiles, périrent par milliers, écrasés suiis des roches, précipités dans des abîmes, transpercés par les flèches ennemies. Les sentiers du défilé furent à tel point encombrés de leurs cadavres qu'ils ne livraient plus passage aux fuyards ('perdus. Bref, ce fut un massacre sans nom. Skylitzès I , auquel nous devons ces détails, donne le chiffre effroyable, confirmé, on va le voir, par une source différente, de quarante mille morts du côté des Impériaux dont sept généraux ou « stratigoi ». Les malheureux débris de cette armée, par les chemins des montagnes, par les sombres sentiers des forêts, fractionnés en mille groupes, ne marchant ipie la nuit, parvinrent à rentrer enfin sur territoire grec. Le stratigos Michel fut parmi ceux qui sauvèrent leur vie.

LTn des chapitres de ce fameux traité du Strategicon qui m'a fourni déjà tant de traits curieux, tant de détails inédits, est consacré aux surprises dans les défilés des montagnes (2). Par un hasard heureux l'exemple choisi par l'écrivain anonyme contemporain est précisément la catastrophe dans laquelle périt l'armée du stratigos de Dyrrachion. Voici ce texte qui fournit d'utiles renseignements à l'appui du récit de Skylitzès. L'auteur, s'adressant à un chef d'armée, s'exprime en ces termes : « Quand tu auras pénétré en pays ennemi par d'étroits défilés (3), garde-toi de revenir par le même chemin, de peur que l'ennemi, n'ayant occupé ces passes dans l'intervalle, ne te fasse subir de grandes pertes au retour. C'est précisément ce que lit le Serbe de Trébigne (i) au

(1) Cédrénus, II, 543, 11. — Voyez aussi : Zonaras, XVII. 21 et Glycas, 594, 3.

(2) Op. cit., 2d* éd., p. 25, paragr. 71. 3 Dos « clisures ».

i « Tpipoûvioç 6 -ip^o; ». Nous ignorons pnuriiuoi Stéphanos Boïthslav est ici ainsi

« catépano » Michel de Dyrrachion, le fils du logothète, dans le pays de Dioclée, lorsqu'il lui tua plus de quarante mille de ses soldais. Ce Michel, ayant pénétré dans ce pays de Dioclée, l'avait affreusement ravagé. Au retour, il trouva les défilés par lesquels il avait passé occupés par l'ennemi qui le lit prisonnier. El cependant il avait le choix d'un autre chemin pour opérer sa retraite dans des conditions de sécurité absolue. Malheureusement pour lui il était aussi irréfléchi qu'incapable, ce qui fit sa perte. »

(le récit contemporain confirme absolument celui de Skylitzès, même pour le chiffre si considérable des pertes de l'armée byzantine. Il confirme de même que cette grande déroute des impériaux eut pour théâtre un de ces fameux défilés qui conduisent de la côte d'Illyrie au Monténégro par ses frontières méridionales, enfin il nous apprend que le « catépano » Michel fut fait prisonnier par les Serbes. La chronique du Prêtre de Dioclée (1), qui parle également de ce désastre des armes impériales en l'an 1042 fournit encore un certain nombre d'indications précieuses. Avant tout, elle nous renseigne sur le lieu précis de la défaite des Grecs. Le slratigos de Dyrrachion, dit-elle, stratigos qui est ici nommé on ne sait pourquoi « Cursilius », avait soulevé contre Stéphanos Boïthslav tous les dynastes slaves de la région, le joupan de Ilelm Lutovid, le ban de Bosnie et le joupan de Rascie. Une double attaque fut combinée entre les alliés. Les dynastes slaves devaient envahir le pays de Dioclée du côté du nord tandis que le « catépano » y pénétrerait par le sud. Pour prévenir la jonction des alliés, surtout pour éviter d'être entièrement cerné, l'archôn des Serbes, durant que le joupan de Ilelm occupait la ville de Trébigne, se jeta sur l'immense armée grecque qui venait dans sa retraite vers Dyrrachion de dépasser Antivari et se trouvait entre la mer et le lac de Skutari.

Trois des lils de Stéphanos Boïthslav, qui est ici qualifié de prince de Zenta, c'est-à-dire du Monténégro proprement dit, occupèrent d'avance les cols de la montagne tandis que lui-même avec le reste de ses forces

désigné alors que dans un autre passage du même livre (paragr. 74) il est nommé Boïthslav le Diocléen ou de Dioclée. Certainement le district de Trébigne, qui appartient aujourd'hui à l'Herzégovine, en faisait alors déjà partie.

1 Voy. Joannes Lucii de regno Daim, et Sclav., p. 2".»7.

MOSAÏQUE BYZANTINE portative représentant la Transfiguration. — XI ' Siècle. — Musée du Louvre. — La conservation de ce précieax monument est si défectueuse que j'ai dix me contenter de faire reproduire l'image qu'en a donné Lui

attaquait au plus épais de la nuit le camp des Grecs. Les avant-postes impériaux surpris furent égorgés ce qui amena une confusion extrême. Durant que les soldats grecs tourbillonnaient sur place, les trompettes de Boïthslav sonnèrent l'attaque. À ces sonneries répondirent celles de tous les hauts sommets du voisinage occupés par les fds de l'archôn. Le chroniqueur slave affirme que chacun de ceux-ci n'avait avec lui que dix guerriers! L'armée impériale ne s'en crut pas moins cernée et prit aussitôt follement la fuite. Les soldats de Boïthslav poursuivirent en les massacrant les légionnaires de Roum jusqu'aux rives du Drin lointain (1).

La grande défaite des troupes impériales aux environs du lac de Skutari avait eu lieu dans le courant de l'automne de l'an 1042. Certainement il dut y avoir un rapport étroit entre cet événement considérable et le débarquement quelques mois plus tard à Dyrrachion de Maniakès et de son armée. L'habile prétendant devait naturellement fonder les plus grandes espérances sur l'alliance et la coopération de ce puissant archôn de Serbie qui venait de détruire une nombreuse armée grecque. Malheureusement nous n'avons presqu'aucun détail. Les sources disent seulement, nous l'avons vu, que Maniakès espérait entraîner vers Constantinople les Serbes vainqueurs des armes byzantines. Le fougueux prétendant semble s'être avancé dans cette direction à la tête de toutes ses forces presque aussitôt après son débarquement, ne voulant pas laisser le temps au gouvernement de Monomaque surpris d'organiser la résistance. Sa route était toute tracée en ligne droite le long de la « Via Egnatia » à travers la Macédoine jusqu'à Salonique, puis de cette ville le long de la mer jusqu'à la capitale. De très nombreux partisans, mécontents du nouveau gouvernement de Monomaque, accouraient sous sa bannière. Certainement l'archôn des Serbes, le victorieux Boïthslav, lui envoya ses contingents.

Monomaque et les deux basilissae apprirent coup sur coup la mort

(1) Voy. Racky, Borba Yuznih Slovena, pp. 124 à 126. — En 1052, raconte Skylitzès (Gédrénus, 607, 3), Stéphanos Boïthslav étant mort, son fils Michailas (Mr/co)).»;1 lui succéda en qualité de prince (ip-^YÔ;) des Triballes et des Serbes. Ce personnage s'étant réconcilia avec le basileus, fut honoré du titre de protospathaire et admis au nombre des amis et alliés des Romains.

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