TRIOMPHE DE L'ARMÉE LOYALISTE
foule impitoyable! (1) On portail après en triomphe, élevée sur une pique, la tète livide du prétendant avec les attributs impériaux de son règne éphémère puis le reste du butin. Suivaient les spathaires, 1rs manglabiles, puis 1rs VaM-ini;s Scandinaves, la lourde bâche sur l'épaule droite, puis le généralissime victorieux, le sébastophore eunuque, le basileus enfin en personne, à cheval sur un blanc coursier, grave, solennel, suivi de tous les corps de la garde. »
« Monomaquo, dit Psellos, toujours hautain sous son éclatant costume impérial, après avoir défilé avec l'immense cortège tout du long de la Mesa, le quitta pour aller s'asseoir entre les deux basilissse sur l'estrade royale dressée jadis par les soins de Jean Tzimiscès au-devant de la porte du vestibule de l'Église du Sauveur de la Chalcé. Il assista de là, assis sur un trône d'or avec les deux princesses et certainement aussi la sébaste Skléréna, à la fin de la cérémonie sur le Forum de l'Augustéon, puis il rentra dans le Palais, salué par les acclamations frénétiques de la foule. Comme il était essentiellement modéré, il n'abusa pas davantage de sa victoire. Maniakès eût été le vrai basileus pour ces temps troublés, lui l'idole de ses soldats. Monomaque, au contraire, était tout l'opposé d'un empereur guerrier!
« Cette première partie de la vie de notre basileus est superbe, conclut notre écrivain. Elle mérite les plus grands éloges, car Monomaque ne témoignait alors encore d'aucun orgueil II jouissait avec modération de ses succès. Hélas, il revint vite à ses errements accoutumés. Étant de nature indolente par amour extrême du repos, après toutes ces agitations salutaires, il retomba vite dans son inertie accoutumée, ce qui fut cause d'une catastrophe après l'autre.
La déroute dans laquelle périt Maniakès sauva l'Empire d'un péril inouï. « Barbare de naissance, humble de condition, dit fort bien M. Bréhier, cet homme extraordinaire s'était donné tout entier à cet Empire romain dont la puissance exerçait tant d'attrait sur les nomades incultes du désert. Il avait connu tous les degrés de la hiérarchie sociale,
(11 Aboulfaradj {op. cit., p. 241) donne de curieux détails sur ce triomphe. Des hérauts d'armes précédaient les prisonniers et les dépouilles des ennemis morts, criant à chaque carrefour : « C'est ici le juste châtiment de ceux qui se sont révoltés contre leur basileus légitime. »
et dans sa reconnaissance il avait dépensé sans compter son énergie pour étendre les limites dn christianisme et de l'hellénisme. Ses exploits exercèrent une telle impression sur le peuple qu'il devint un héros de légendes et que pendant longtemps à Syracuse comme à Edesse on montra la tour et le château de Maniakès (1). Mais cette société byzantine qui accueillait toutes les bonnes volontés usait pour ainsi dire les hommes. Une intrigue de cour fit de ce soldat discipliné un rebelle, et le javelot d'un guerrier obscur coupa dans sa racine un règne qui aurait compté peut-être parmi les plus glorieux de l'histoire byzantine et assuré à l'hellénisme encore de longs siècles d'existence (2). »
Durant que le sort de Maniakès se décidait dans les champs de
(1) Ces légendes se retrouvent dans les Chroniques italiennes du xmme et du xivme siècle. Une pièce en cent vers hexamètres composée par un inconnu contemporain en l'honneur du héros et de son dernier combat (Et; z'm Maviâxi]v uêp\ roO ixcjXto'j r((>wVxdc) a été retrouvée à la fois dans les bibliothèques de Vienne et du Vatican et publiée par M. Sp. Lambros ('Io-ropixà MeXerniiorea, Athènes,' 1881, p. 153). Voy. Krumbacher, Byz. Littéral urgesch., 2*' éd., p. 741. — A cette pièce de vers fait suite, dans le manuscrit de Vienne comme dans celui du Vatican, une Ëpitaphe ou plutôt un Épigramme (n° lxv) en six hexamètres pour la tombe du héros. Ces deux pièces de vers ont été définitivement attribuées par MM. L. Sternbach et V. Lundstrœm au patrice Christophoros Mitylenaios, anthypalos et juge des thèmes de Paphlagonie et des Arméniaques, un des meilleurs peètes byzantins, qui vécut surtout à Constantinople entre les années 1000 et 1050 environ et dont nous avons entre autres un Menologion en vers et des pièces également en vers en l'honneur des empereurs: Romain Argyros, pour lequel il a des paroles de compassion ; Michel IV, dont il parle ainsi que de tous les siens avec un enthousiasme servile; Michel V (pour le soutenir dans son infortune après sa chute, mais auquel il reproche sa conduite indigne envers sa bienfaitrice): et Constantin Monomaque qu'il traite fort mal: en l'honneur aussi du patriarche Michel Kéroularios (épigramme' lxi envoyé au lendemain de sa consécration comme patriarche): de Katakalon Kekauménos, etc., etc. Verni di Cristoforo patrizio editi du un codice délia monum. badia di Groltaferrata, éd. A. Rocchi, Rome, 1887). Peut-être ce patrice Christophoros est-il un seul et même personnage avec le patrice Christophoros Pirro qui, le 31 août 1057, passa au parti d'Isaac Comnène. Voy. Krumbacher, Byz. Littevaturgesch., 2de éd., pp. 737 à 740 et Byz. Zeitschr., IX, p. 600. — Voy. aussi dans l'Archivio stor. messinese de 1900 le curieux article de M. Ferd. Gabotto intitulé Lu legjenda di Vaniace. L'auteur explique comment le récit consacré à Maniakès par Aimé dans VYstoire de li Normant a fini par créer, de transformation en transformation, la légende d'un faux Maniakès qui aurait livré la Sicile aux Sarrasins au début du ix"' siècle. — Voy. dans Arisdaguès de Lasdiverd, op. cit., p. 56, le récit déformé de la révolte de Maniakès qui aurait commencé par vaincre les troupes impériales dans plusieurs combats. — Voy. encore Mathieu d'Édesse, op. cit., éd. Dulaurier, pp. 75 à 76. Cet auteur cite les contingents arméniens parmi ceux que Monomaque envoya contre le prétendant.— Wassiliewsky, La droujinu vseringo-russe, etc., 3" art., pp. 88 et 101, dit ceci : Maniakès, au dire de Skylitzès, fut suivi de beaucoup de Normands d'Italie qui, s'étant ensuite engagés au service du basileus, formèrent sous le nom de « Maniakatès » un détachement spécial dans l'armée byzantine. — Voyez encore le récent livre d'E. Kurtz sur Chistophoros Mitylenaios.
(2) Je possède dans ma collection le précieux sceau de plomb de Georges Maniakès. — Voy. la vignette de la page suivante.