AGRESSION DES RUSSES DE VLADIMIR
gneurs suédois vaincus par les rois d'Upland, les petits tenanciers mécontents de l'exiguïté de leur tenure, de la lourdeur des impôts, el de l'établissement oppressif du régime féodal, quittant leurs forteresses délabrées et les syrte's brumeuses de l'Océan (Jlacial, vinrent avec tous leurs
clans offrir leur épée à Novgorod. Celle-ci les enrôlail -ans c pter el
leur prodiguait celle belle monnaie d'or, au titre si pur, frappée par les
Arabes en Asie et une de nos jours encor i a retrouvé en si grande
quantité en Scandinavie et en Russie. ïaroslaf ajouta à celte immense année un corps d'infanterie commandé par le voïévode Vychata, et bientôt la flottille russe, « en quantités presque innombrables », ditPsellos, grandes barques monoxyles surtout, autres barques aussi pins petites, montées par cent nulle guerriers, cingla sans déclaration de guerre contre l'éblouissante Tsarigrad, but constant de tant de convoitises. C'était vraiment le pôle nord, lassé de ses frimas éternels, se précipitant, connue une avalanche, sur les tièdes et riantes contrées du midi. Le meurtre du marchand russe de Saint-Sabas n'était que le prétexte pour une expédition dès longtemps préparée. Chacun, parmi ces milliers de barbares, descendant sur sa barque le cours languissant de l'immense Volga, revoyait en son imagination sauvage les splendeurs inouïes des palais et des églises de la Ville gardée de Dieu. Chacun se promettait de rapporter sa part de butin dans son île glacée. C'était au mois de juin de cet an 1043 qui avait déjà vu tant de bouleversements! »
Il semble bien que l'Empire ait été totalement surpris. L'ouragan russe cinglait à travers la mer Noire sans rencontrer presque de résistance. Cependant Katakalon Kékauménos, nommé depuis peu gouverneur des places fortes du bas Danube, réussit à surprendre une de ces bandes du Nord qui, descendue de ses navires, exerçait de grands ravages sur la côte. Rassemblant ses forces dispersées, il avait cruellement battu ces barbares et les avait forcés à se réembarquer précipitamment.
Du reste Vladimir montrait, semble-t-il, quelque irrésolution. Au lieu de s'engager dans le Bosphore, de le franchir d'un seul élan et de pénétrer comme Oskold ou comme Oleg, comme aussi les amiraux sarrasins de jadis, jusque dans le port même de Byzance, pour donner l'assaut aux remparts, il jeta l'ancre fort loin de là, à l'entrée du détroit dans la
mer Noire, dans ce lieu poétique et sauvage plein d'une sinistre grandeur, dominé par la vieille forteresse du Hiérion, qui, aujourd'hui encore, semble aux touristes étonnés venus de Constantinople comme la gardienne des portes du pays de Barbarie s'ouvrant sur les solitudes mugissantes du Pont Euxin. Le chef barbare y débarqua ses forces, les installa dans un vaste camp retranché et demeura d'abord inactif. On s'imagine l'épouvante effroyable de la grande Ville qui depuis tant d'années n'avait pas vu l'ennemi à ses portes, et quel ennemi !
Profitant de ce court répit, Monomaque tout en poursuivant fiévreusement ses préparatifs de défense inaugurés si tardivement, essaya de négocier. La terreur régnait dans Constantinople où on était si peu préparé à cette horrible surprise. Les envoyés du basileus promirent en son nom au chef russe de donner s'il y avait lieu toutes les réparations possibles pour le meurtre du marchand, prétexte de l'agression de Vladimir. Constantin conjurait celui-ci en termes pressants de ne pas rompre pour un si mince prétexte l'état de paix déjà si ancien entre les deux nations. Mais Vladimir fit chasser ignominieusement les ambassadeurs sans même vouloir prendre connaissance des lettres impériales. Alors Monomaque, désespérant d'éviter cette lutte terrible, prit courageusement ses dispositions suprêmes L'effroyable gravité de la situation lui dicta les mesures les plus arbitraires. Tous les marchands russes très nombreux en ce moment à Uvzance, et chose bien plus extraordinaire, tous les mercenaires russes ou Scandinaves aussi qui se trouvaient par milliers dans la capitale, suspects de sympathies pour leurs compatriotes, furent appréhendés à la fois afin d'empêcher qu'ils ne fissent cause commune avec les guerriers de Vladimir. On les expédia en hâte sous bonne garde en Asie au delà du Bosphore divisés en groupes qu'on dispersa dans les divers thèmes.
Aussitôt après, le basileus qui, toujours intrépide dans les circonstances graves, voulait à tout prix payer de sa personne, prit le commandement de la flotte improvisée qui devait cingler à l'attaque de l'ennemi. C'était un dimanche au dire de Michel Attaleiates. « Notre flotte, dit de son côté Psellos, était à ce moment bien peu en état de combattre. Les navires pyrrophores, c'est-à-dire munis d'appareils destinés à projeter le fameux feu grégeois, étaient dispersés parmi toutes les stations maritimes
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accoutumées tout If Inutiles côtes de l'immense Empire. Aussi le basileus, pris an dépourvu, avait dû se contenter de faire assembler et armer quelques vieux bâtiments échappés au désastre de l'ancien ne Hutte détruite peu années auparavant dans un incendie, plus un certain nombre de
MINIATURE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de l'Histoire de Skylitzès, de la Bibliothèque Nationale de M''<h-i<i. - Monomaque marche contre Vladimir. Nouvelles négociations. — (Millet, Hl't-Êtades, C. 1268.)
lourdes galères affectées an service particulier du Palais, plus encore quelques autres navires réunis de droite et de gauche. En grande hâte un garnit de troupes tous ces bâtiments disparates. On les chargea de beaucoup de feu liquide I cl .m les envoya se ranger en bataille en face de la baie occupée par les innombrables navires ennemi- sur la côte d'Asie à l'entrée du Bosphore 1 .
Le basileus commandait en personne cette flotte improvisée, monté
l i m o l'eu grégeois ».
■i Skylitzès dit qu'on réunit toutes les trirè > impi riales el toutee qu'on put assembler
de navires légers et qu'on y fit monter tout ce qu'il y avait de troupes disponibles à Constantinople. Probablement une grande partie de ce qui restait de la flotte était en ce monienl monopolisée sur les côtés de Calabre el 'le S iiile.
Zonaras dit de même expressément que la plupart des navires grecs étaient dispersés au
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sur le dromon ou galère impériale peinte de couleur pourpre. L'élite du Sénat et du haut clergé de la capitale avait tenu à honneur de lui faire cortège. Ainsi accompagné, il avait remonté à la tête de toute l'escadre le Bosphore durant qu'une forte cavalerie suivait ses mouvements sur la rive d'Europe (1).
Les deux flottes étaient maintenant en présence à l'entrée du Bosphore dans la Mer Noire, à la station navale, dite du « Phare » (2), le « Boumili Fanaraki » actuel. Les navires impériaux étaient mouillés le long de la côte d'Europe; les navires russes occupaient la côte d'Asie (3). D'abord les deux adversaires demeurèrent en présence sans qu'aucun semblât vouloir inaugurer la lutte. « Les Busses, dit Skylitzès, qui désigne constamment ceux-ci sous le nom de « Scythes », restaient tranquillement dans le port sur la côte d'Asie. Le basileus, de son côté, attendait qu'ils engageassent le combat. Gomme le soir était venu, Constantin fit parvenir à Vladimir de nouvelles propositions de paix. Mais le chef russe renvoya cette fois encore insolemment les apokrisiaires grecs. « Je ne déposerai les armes, mandait-il à Monomaque, que busqué tu auras fait donner trois livres d'or à chacun de mes guerriers. » Le témoignage de Psellos est identique. « Vladimir, dit-il, demanda pour signer la paix la somme de mille sous d'or pour chacune de ses barques. C'est là pour les Busses, poursuit le chroniqueur, l'unique manière de compter. Une demande aussi folle provenait ou de ce qu'ils nous croyaient vraiment riches à millions, ou de ce qu'ils ne désiraient pas sérieusement la paix et ne cherchaient qu'un prétexte pour justifier leur inique agression. Aussi comme on ne fit aucune réponse à leur demande insultante, ils se préparèrent au combat. Confiants en leur grand nombre, ils ne doutaient pas un instant qu'ils n'allaient emporter d'assaut la Ville gardée de Dieu avec tout ce qu'elle contenait! »
loin pour la garde des côtes et que fort peu d'entre eux se trouvaient réunis dans la capitale lorsqu'on annonça l'arrivée des Russes.
L'expression « galères impériales « 3otcn).ixcii Tpir,pEi; » est en opposition directe avec celle de « galères des thèmes » 6ep.a-uxai xpiiQpeiç.
(1) Une grande partie de l'armée était en ce moment sur la frontière d'Arménie (voy. p. 479).
(2) « Kaxà tb toû nâvrou sTO|j.a èv tw Xsyofiévw vauXo^oûai «Pàpw. » Cédrénus, II, 552, 7.
(3) Michel Attaleiates dit que ceux-ci étaient au nomhre d'environ quatre cents.
LA BA TAILLÏ NAVALE S'ENGAGl m
La réponse insensée des Russes, dit à snn tour Skylitzès, détermina le basileus à donner sans plus de retard le signal des hostililt;s. La nuit se passa fiévreuse. Ce lui une tragique veillée îles urines. Dr 1res grand matin, la bataille annoncée avec une éclatante solennité, s'engagea aussitôt. Quel spectacle inouï! » Les Russes, dit l'sellos, remontés en foule de leurs camps retranchés sur leurs navires, avaient pris le large. Leurs vaisseaux étaient rangés sur une seule ligne allanl d'un promontoire de la baie à l'autre, ligne aussi bien disposée pour l'attaque que pour la défense. "
» H n'y eu I personne dans relie i un ne use assistance, poursuit Psellos, qui ne lût troublé jusqu'au fond de l'âme parce spectacle terrifiant de ces deux armées navales en présence, de ces milliers de combattants prêts à s'entretuer. Je me trouvais auprès du basileus assis à ses côtés sur le sommet d'une colline s'abaissanl en pente douce vers la mer. Nous assistions de là à ces tragiques et formidables événements. » Quelque temps encore les deux Hottes demeurèrent obstinément immobiles comme si chacune hésitait à engager cette action décisive. Comme la journée était déjà fort avancée, le basileus se décida enfin à donner le dernier signal. Sur son ordre le magistros Basile Théodorokanos, des vertus militaires duquel Michel Altaleiates fait le plus brillant éloge, celui-là même qui un peu auparavant commandait en Italie, avec trois galères rapides portant le feu liquide, fut commandé pour aller escarmouche!' contre la longue ligne des bâtiments russes et les inciter au combat (I). Mais lui, dédaigneux de ces préliminaires, fondit avec impétuosité sur les navires ennemis. Ceux-ci en firent autant de leur côté. La mêlée furieuse s'engagea aussitôt !
« Les navires byzantins, raconte Psellos, s'avancent rapidement à force de rames dans un ordre parfait. Les projectiles de toutes sortes, le terrible feu grégeois surtout, pleuvent de toutes parts parmi les clameurs des combattants. Les navires russes beaucoup plus nombreux se précipitent en rangs serrés sur les nôtres et s'acharnent à plusieurs à en envelopper un seul. Leurs guerriers s'efforcent d'en percer la coque à
(i) Psellus fait donner le signal par « deux grands navire?. »
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coups de longs pieux au ras de l'eau. Los nôtres du haut de leurs navires les repoussent à coups de pierres et d'avirons et les couvrent d'une horrible pluie de feu liquide. L'épouvante que leur inspire cet engin meurtrier est telle que les uns se précipitent dans l'eau pour tâcher de gagner à la nage des navires moins exposés, tandis que les autres s'agitent en désespérés ne sachant comment éviter ce jet brûlant. » Le vaillant Basile Théodorokanos incendie de la sorte sept bâtiments russes; il en coule trois qui sombrenl avec leurs équipages; il s'empare d'un onzième que ses marins prennent à l'abordage. Les Grecs massacrent une partie des défenseurs tandis que les autres fuient éperdus. L'ardent magïstros combat en tète des siens, abattant à se- pieds les Russes éperdus ou les forçant à se jeter à la mer.
Sur un autre signal du basileus, de nouveaux bâtiments impériaux entrent en ligne et assaillent avec une vigueur sans cesse accrue les Russes, de plus en plus démoralisés. Puisqu'ils n'ont pu résister aux trois grands bâtiments de Théodorokanos, comment repousseront-ils toute cette flotte'.' Au moment où un nouveau corps à corps va s'engager entre toutes ces masses flottantes, le désordre se met parmi eux; leur ligne de combat se disloque soudain. Tandis que quelques-uns de leurs navires veulent lutter encore, la plus grande partie fuient à toutes rames. A ce moment, un vie dent orage arrivant rapidement de l'est avec des tourbillons d'un vent impétueux, soulève sur cette côte peu abritée une telle tempête que des vagues formidables couvrent les barques russes déjà repoussées parla force «le ['ouragan. Elles les rejettent au large ou bien les fracassent en foule sur les abrupts rochers des îles Cyanées et sur les falaises du rivage (1). Les nôtres les poursuivent furieusement. Ils en coulent beaucoup à fond avec leurs équipages. Ils forcent la plupart des autres à s'échouer sur la rive où leurs guerriers, à peine débarqués, sont immédiatement égorgés par les troupes de pied massées tout le long de la côte. C'est une immense tuerie. La mer est rouge de sang. La grande majorité des barques russes furent ainsi prises ou détruites.
I Lu Chronique dite de Nestor semble dire que l'unique cause du désastre des Russes fut cette terrible tempête qui dispersa et fracassa leurs barques. Pure question de vanité patriotique.