RETRAITE LAMENTAI1LE DES RUSSES
sance, et, malgré ce succès inespéré, les débris de ce colossal armement repriivnt I risl cnirnl la mute de Scythie. Beaucoup parmi les guerriers pusses durent suivre la voie de terre si longue, si périlleuse. Il ne restait pas assez de barques pour toute cette multitude, tanl était grand le nombre de celles qui avaient péri ou étaienl tombées aux mains des Grecs. Un devine ce que • 1 • ■ I être ce retour pédestre. Sur la rive, près de Varna,
ces fugitifs au nombre de plusieurs milliers. I bèrenl soudain sur les
troupes excellentes du fameuxi vestis Katakalon Kékauménos, l'illustre vainqueur île Messine, qui avail été désigné, on le sait, pour commander
la défense de la région du Danul I qui avait déjà battu un parti
d'envahisseurs lors du premier passage de ces hordes. Katakalon, cette luis encore, attaqua les Russes désemparés avec sa furie coutumière. Il les battit cruellement, en tua un grand nombre et fil huit cents prisonniers qu'il expédia enchaînés au basileus. Le reste s'enfuil éperdûment. Skylitzès est seul parmi les Byzantins à noter ce dernier incidenl de la retraite. Par contre la Chronique dite de Nestor, raconte que ces survivants du désastre de la Hotte russe qui se décidèrent à rentrer en Russie par la voie de terre étaient au nombre de six mille. •• lis voulurent, dit le chroniqueur, retourner en Russie, el personne de la « droujina » du prince n'alla avec eux. Le voïévode Vychata, père de Jean, dit : « j'irai avec eux. » Et il les rejoignit sur la terre ferme disant : Si je survis, ce sera avec eux, si je meurs, ce sera avec la « droujina ». « Et ils partirent dans la direction de la Russie. Mais Vychata el beaucoup d'autres parmi ceux qui axaient été jetés sur le rivage, furent pris el emmenés à Constantinople ; beaucoup de Russes eurent les yeux crevés I. Ces! certainement là le même événement que raconte Skylitzès. Vychata et se- guerriers faits prisonniers sonl les mêmes que les huit cents captifs envoyés à Monomaque par Katakalon Kékauménos.
Nous ne possédons pas d'autre détail sur le retour dans leur patrie des infortunés débris de ce! immense effort de la nation russe. « Troisans après, dit seulement la Chronique dite de Nestor, quand la paix fut
1 1 Probablement devant le peuple assemblé pour les jeus du Cirque. On leur coupa aussi le poignet droit.
476 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODOHA
conclue entre nous et les Grecs, on renvoya Vychata et les autres prisonniers survivants en Russie auprès d'Yaroslav. » Cette paix dont nous ne savons presque rien, mit pour longtemps (1) un terme aux tentatives acharnées des Russes contre Ryzance. L'affaiblissement dans lequel tomba la Russie kiévienne, après la mort d'Yaroslaw arrivée en 1054, contribua à prolonger l'état de paix entre elle et l'Empire. Sous le règne glorieux de ce prince, la Russie et sa belle capitale avec sa merveilleuse église de Sainte-Sophie subirent de plus en plus l'influence grecque, à la fois religieuse, sociale et artistique.
11 y eut encore en cette année 1043, au moment même du grand péril russe (2), une autre conspiration contre le pouvoir naissant de Monomaque. C'était la troisième en dix-huit mois, dont une terrible, celle de Georges Maniakès, sans compter la formidable agression des Russes. Cette troisième conspiration ne nous est également connue que par quelques lignes de Skylitzès et de Michel Attaleiates Voici le récit du premier, saisissant par sa brièveté (3) : « En juillet de cette même année, le sébastophore et patrice Stéphanos, le même qui, bien qu'il eut été en réalité vaincu par Georges Maniakès, avait triomphé l'un d'auparavant dans le Cirque de la mort du héros, fut, au plus brillant de sa fortune, dénoncé à Monomaque comme voulant faire proclamer basileus ;ï sa place Léon, lils de Lampros, stratigos du lointain petit thème de Malatya sur la frontière sarrasine. Stéphanos fut déporté dans un monaslère après avoir été contraint de se faire moine. Ses biens furent confisqués (4). Quant à l'infortuné Lampros, on lui creva les yeux après l'avoir cruellement torturé. Puis on le promena en triomphe dans le Cirque,
(1) Cette paix, dit la Chronique dite de Nestor, fut scellée par le mariage de Vsévolod, fils d'Yaroslav, avec une princesse grecque, laquelle, en 1053, donna à son époux un fils nommé Vladimir. Voy. Murait, op. cit., I, pp. 630 et 639. On dit généralement que cette princesse était fille de Monomaque. Je ne vois rien de pareil dans la Chronique, sauf que la princesse y est appelée « tsaritsa ».
(2) Voy. Gfrœrer, op. cit., III, p. 288, sur la date de l'expédition des Russes de Vladimir contre Constantinople.
(3) Cédrénus, II, 550, 18.
(4) G. Genovesi, sous ce titre : lllustrazione di un greco diploma che si conserva nelV Archivio générale del Regno, a publié en 1813, à Naples, un diplôme encore muni de son sceau de plomb qu'il attribue à ce personnage. Ce document n'appartiendrait-il pas plutôt à Stéphanos, le beau-frére de Michel IV, un des chefs de l'expédition de Sicile de l'an 1038.
MONOMAQl V ET LES PRES iGES
dans une parade ignomineuse. Le malheureux mourut peu après, bien certaine ni des suites de ces abominables blessures (1).
Le gouvernement 'I veau basileus avail décidément lèvent en
poupe! " La plupart, nie, nie Psellos, s'en allaient disant, forl sottement à mon avis, que toutes sortes de malheurs auraient ilù fondre sur Mono
.', ! INES D'ANl, capitale des Rois des Rois Pagratides 'l'Arménie aa XI"' Siècle. — Église de Saint-Pierre; Soarb Arhakial. — (Phot. commun, /«"■ M. J. de Morgan.
maqni' tant de l'intérieur il»' l'Empire que de l'extérieur, mais que maintenant tout allait être pour le mieux puisque la fortune lui souriait à nouveau. Lui-même était fort intéressant à écouter quand il dissertait avec passion sur les oracles et les prédictions, racontant ses songes et en expliquant la signification. Lorsqu'en présence de quelque péril imminent, tous autour de lui, plongés dans la consternation, tremblaient de
1 II y a peut-être là une confusion dans le texte de Skylitzès. Le chroniqueur semble attribuer à Lampros toutes les infortunes qui accablèrent probablement son malheureux fils, le prétendant inventé par Stéphanos, à moins que ce fils n"ait réussi à se dérober aux poursuites et qu'il ne soit vraiment là question que de son père. .Mais le texte de Michel Attaleiates rend cette hypothèse peu vraisemblable.
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tous leurs membres dé la crainte de ce qui allai! arriver, lui seul se munirait plein de confiance dans une heureuse issue, rassurant chacun, s'exprimant comme s'il n'y avait absolument rien à redouter. Je ne crois pas un instant qu'il eût les moyens de prédire l'avenir. M'est avis qu'il était tout simplement ainsi, parce que sa nature foncièrement insouciante et nonchalante était cause qu'il ne prenait jamais souci de l'avenir, se contentant de jouir du présent. Pour qu'on le laissât tranquille, il inventait force présages destinés à rassurer les trembleurs, et se garait ainsi de leurs terreurs aussi chimériques qu'assommantes. En somme, il ne craignait rien parce qu'il ne prévoyait jamais quoique ce fût. Il méprisait les événements à venir parce qu'il ne s'en souciait jamais. Le public crédule se figurait alors que quelque puissance supérieure lui communiquait cette tranquillité apparente en lui faisant connaître secrètement que l'issue de ces événements tant redoutés serait heureuse ». « Je raconte ceci, conclut philosophiquement notre écrivain, pour bien faire comprendre que le basileus n'était aucunement un devin, mais que c'est à Dieu seul qu'il nous faut reporter la bonne fin finale des événements de ce monde. »
Les derniers mois de cette terrible année, l'hiver aussi, après tant d'émotions, se passèrent sans que les chroniqueurs aient eu à noter autre chose qu'un ouragan formidable en septembre qui fit grand mal aux vignobles ( I .
La nouvelle année 1044, qui avait assez mal débuté par l'émeute populaire du neuf mars suscitée par la scandaleuse élévation de la maîtresse du basileus, Skléréna, fut surtout marquée sur l'extrême frontière orientale de l'Empire en Asie, par de graves événements, par une guerre difficile qui devait mettre fin bien rapidement à l'antique royaume chrétien de Grande Arménie et marquer le commencement de la lente agonie de cette nation infortunée entre toutes (2). J'ai dit au chapitre du règne du basileus Michel IV le Paphlagonien le début de ces événe-
(1) Cédr., II, 555, 15.
(2) Voy. sur cette ultime période du malheureux royaume d'Arménie : Gfrœrer. o/>. cit., III, chapitres XIV, XV, XVII, XVIII et XIX.