KAKIC, 11. DERNIER ROI D'ARMENIE
ments si considérables, la tnorl à très peu de distance du roi Jean Sempad
d'Arménie el de son frère \schod IV, le roi deTachirc • on L'appc
lait communément, les longues intrigues pour le choix d'un successeur .-m premier de ces princes morl sans enfants; les tentatives impies du « vestis d Sarkis pour se faire nommer roi; l'arrivée sous 1rs murs d'Ani d'une grande armée byzantine chargée d'appuyer la demande du basileus Michel en exécution de hi fameuse lettre du roi défunt Jean Sempad faisan) don de son royaume à l'Empire au moment de sa mort : la grande défaite de cette armée sous les coups des soldats du vieux général Vakhram le Paklavide; puis toutes ces opérations militaires suspendues par la mort du Paphlagonien ; les entreprises aussi deDavith Anhogh'in ou Sans- Terre, le roi Pagratide d'Agh'ouanie, l'ennemi impitoyable de l'Arménie ; sa défaite également par le même Vakhram; les nouvelles intrigues de Sarkis qui, au moment de l'arrivée de l'année de .Michel IV suus les murs d'Ani, avait joue un rôle fort louche et s'était rendu secrètement au camp des Grecs, et qui, après le départ lamentable de ceux-ci, avait trouvé moyen de rentrer dans la capitale de l'Arménie; le couronnement enfin en 1042 dans la cathédrale d'Ani, après tant de péripéties et ce long interrègne, du jeune roi KakigU, neveu de Jean Sempad, fils de son frère Aschod, par les soin- de Vahkram et de ses alliés, surtout de l'illustre neveu de ce dernier Grégoire Magistros (1).
Kakig II, qui devait être le dernier souverain d'Arménie de la race glorieuse des Pagratides, fut un prince d'une réelle valeur; mais ce n'était pas un guerrier; c'était tout au contraire un homme tendre et impressionnable, profondément religieux, un véritable savant. Plongé dans ses livres il oubliait tout au monde, joies, douleurs, même les affaires de l'État. Grâce à ses grandes qualités, détail cependant parvenu à se rendre populaire. Il avait su aussi, grâce à l'appui du catholicos Bédros et des puissants Pakhlavides, mettre à la raison le « vestis » Sarkis qu'il avait l'ail prisonnier de ses propres mains et dépouillé de tous ses biens, reprendre toutes les places envahies par les Grecs dans les guerres précédentes, battre enfin à plusieurs reprises les Turks envahisseurs (2). Ceci s'était
(1) Voy. pp. -m sqq.
2 \ oy. sur tous ces événements Tchantchian, «/'■ cit., II, pp. 126 sqq.
passé vers l'an 1042, l'année même de l'avènement de Constantin Monomaque. Dès que ce basileus fut sorti des terribles difficultés de la révolte de Maniakès et de l'agression des Russes de Vladimir, il songea à reprendre vis-à-vis de l'Arménie lointaine la politique traditionnelle de ses prédécesseurs. De plus en plus préoccupé par l'orage sans cesse grossissant des Turks Seldjoukides sur son extrême frontière orientale en Asie, le gouvernement des basileis ne cessait de convoiter chaque jour plus avidement le royaume d'Arménie dont la libre possession pouvait seule lui permettre de mettre un obstacle aussi définitif qu'infranchissable aux agressions à chaque moment plus audacieuses des terribles cavaliers de la Steppe (1).
On se rappelle que lors de la rébellion du fameux roi Kéôrki d'Aphkhasie et d'Ibérie en 1022 contre le grand Basile, Jean Sempad, roi des rois d'Arménie, ou encore « roi d'Ani », comme on le désignait d'ordinaire du nom de sa capitale, qui avait eu la maladresse de faire cause commune avec celui-ci, n'avait eu, une fois son allié vaincu, d'autre moyen pour désarmer la colère du vainqueur, que de remettre entre ses mains sa personne et ses Etats. Basile avait laissé au pauvre souverain l'usufruit de son petit royaume pour sa vie durant avec les titres de magistros et d' « archôn » à vie du territoire d'Ani et de Grande Arménie, à condition toutefois qu'après sa mort le dit royaume d'Ani reviendrait à l'Empire auquel il serait réuni définitivement. Une lettre royale avait été remise à Basile stipulant officiellement cet accord. Puis, Jean Sempad étant mort bien des années après, on a vu que Michel IV déjà avait, au nom de cette lettre royale, réclamé vainement l'exécution de la conven-
(1) Il n'entre pas dans mon plan fie raconter en détail les prodiges de valeur que firent à cette époque certains princes du Vaspouraçan, vassaux du basileus, lors de la deuxième grande invasion des Turks Seldjoukides dans leur pays même et dans les districts environnants. Voici cependant un fait qui se rattache à PMstoire de l'Empire grec : Hassan et Djendjlouk, deux fils du prince Khatchic ou pliîlôr Kakig, qui gouvernait une portion du Vaspouraçan au nom du basileus, étaient venus à Constantinople pour lui rendre leurs hommages. Ayant appris la mort de leur père et de leur autre frère Ichkhanic, ils obtinrent la permission de retourner chez eux, et, avec un corps auxiliaire de cinq mille Grecs et Arméniens, ils allèrent camper en face des Turks, dans le distreit de Her. Là. ils provoquèrent à un combat singulier les meurtriers de leur père et de leur frère, les tuèrent, pénétrèrent dans le camp ennemi et revinrent chargés de butin, après avoir fait un grand carnage. Plus tard mourut Hassan, et le basileus donna à son fils Apelgharip la principauté de Tarse en Gilicie avec ses dépendances. Voy. Tchamtchian, op. cit., If, pp. 127 sqq., et Mathieu d'Édesse, op. cit., éd. Dulaurier, p. 7:i.
RUINES D'ANl, capitale des Rois des Rois Pàgratides d'Arménie an XI (Phot. commun, par M. J. de Morgan.)
lion de l'an 1022. Monomaque, débarrassé de l'agression formidable de
Maniakès, et du non moins formidable péril russe, retrouvant dans les Archives du Palais Sacré la donation fameuse, n'eut rien de plus pressé en l'an 1044, que de profiter des embarras de l'Arménie pour réclamer, en qualité d'héritier de Basile, à son nouveau souverain Kakig II et à son plus puissant défenseur le magistros Krikorikos ou Grégoire, cette cession d'Ani et de tout le royaume de Grande Arménie jadis consentie par son oncle et prédécesseur Jean Sempad. Le malheureux Kakig qui se débattait à ce moment entre les prétentions rivales du « vestis « Sarkis et îles Pakhlavides représentés surtout parle magistros Grégoire, qui avait de plus à repousser une attaque de l'émir Abou'l Séwar de Tovin, ne se refusait pas à se reconnaître comme tous ses ancêtres le fidèle vassal du puissant hasileus de Roum. 11 ne demandait qu'à continuer à vivre en paix avec celui-ci, mais il prétendait conserver l'héritage de ses pères, refusant de se conformer au document jadis arraché par la force à son
oncle (1) par le grand Basile. Ce procès ne pouvait être vidé que par les armes. Ce fut là la fameuse guerre d'Ani qui devait se terminer si tragiquement pour la dynastie et la nation arméniennes.
Une armée byzantine sous les ordres du « vestis » Michel Iasitas (2), désigné pour être gouverneur ou « archôn » d'Ibérie, alla, dans le courant de l'an 1044 (3), attaquer le roi Kakig dans sa lointaine capitale aux monuments splendides (4). Kakig, malgré sa douceur, était vaillant. 11 s'apprêta à opposer aux envahisseurs de sa patrie la plus énergique résistance, ne pouvant admettre qu'on le traitât en ennemi alors qu'il ne nourrissait pour l'Empire que des sentiments d'amitié
Nous ne savons rien de ces premiers événements. Skylitzès (5) dit uniquement que les choses allèrent fort mal pour le « vestis » impérial et son armée. Probablement Michel Iasitas rencontra dans ces régions si âpres une résistance inattendue. On lui lit une guerre de guérillas. Il fallut envoyer presque aussitôt à son secours, pour tenter d'écraser le pauvre roi d'Arménie sous le nombre, une nouvelle armée plus forte encore sous le commandement cette fois du propre généralissime d'Asie, le domestique des Scholes d'Orient et proèdre Nikolaos, un très gros personnage dont il a été question souvent déjà dans ce livre (6), qui avait été le parakimomène eunuque du défunt basileus Constantin. Mais celui-ci ne fut pas plus heureux que son prédécesseur car il fut mis en déroute par les troupes d'Arménie sous les murs d'Ani. En même temps le basileus n'avait pas rougi d'expédier des lettres pressantes au cruel émir musulman de Tovin, le terrible Abou'l Séwar, L'Aplespharés des Byzantins (7), l'invitant à envahir de son côté le royaume de l'infortuné
1 1) Et non son « père », comme le dit constamment par erreur Skylitzès.
(2) Voy. sur l'origine peut-être ibérienne des Iasitas : Gfrœrer, op. cit., III, p. 445.
(3) Peut-être déjà en 1043. C'est la date fournie par les sources arméniennes. Voy. sur cette date de la guerre d'Asie et de la cession du royaume d'Arménie aux Byzantins : Dulauikr, Rech. sur lu Chronol. armén., p. 285.
(4) Épopée, II, note 5 de la p. 182.
(5) Cédr., II, pp. 557 sqq.
(6) Voy. entre autres pp. 5, 6 et 473. Brosset (voy. Lebeau, op. cit., XIV, 525) dit que c'était Nikolaos Kabasilas!
(7) « Ilpbç 'ATrXïjiyâprjV tqv ap*/ovra toO TtjBtou xai Tr,ç 7rep\ tov 'ApàÇïjv tiotcc[Aov Ilsp'jap- (A'vt'aç. » Ce dynaste appartenait à la famille des Beni-Sheddad qui se rattachait à la tribu kurde des Réivadis. Il régnait sur Tovin et cette portion de la Pérsarménie située sur le cours du fleuve Araxe.
IBOU'L SEWAR, SARfCIS, KRIKORlkOS 183
Kakig el à lui faire lt> plus de mal qu'il pourrait. Le domestique Nikolaos appuya cette impériale missive par la promesse de dons H de dignités considérables. Abou'l Séwar lil répondre aussitôt qu'il agirait ainsi qu'il lui était demandé pourvu toutefois que le basileus lui assurât la possession «le tous les territoires qu'il réussirai! à conquérir sur le roi d'Ani.
Monomaque confirma cet arrangement par un chrysobulle scellé de la grande luille d'or impériale réservée aux chefs d'Etal allies.
Abou'l Séwar, ayant reçu ce document solennel, rassemblant ses bordes cruelles, entra aussitôt en campagne. Ses innombrables cavaliers envahirent le territoire d'Arménie. Une foule de ville- et de châteaux du malheureux Kakig tombèrent presque aussitôt entre leurs mains. Partout, sous peine de mort, ces cruel- inlidèles forçaient les habitants à embrasser l'islamisme. En même temps l'armée du parakimomène s'avançait de nouveau en Arménie. Pris entre ces deux formidables adversaires, le malheureux souverain, désespérant de leur résister, s'efforçait de négocier avec Abou'l Séwar pour le détacher de l'alliance byzantine. 11 ressort des récits très confus des auteurs grecs qu'il réussit jusqu'à un certain point à neutraliser celui-ci, mais il ne s'en trouva pas moins dans une position désespérée, environné de toutes parts d'intrigues et de trahisons.
Avant tout, le malheureux roi cherchait à se débarrasser du perfide ■ vestis » Sarkis, qu'il soupçonnait avec raison d'être l'instigateur secret de ses ennemis. Un autre personnage ayant à ce moment à Ani une action toute différente était le célèbre magistros Grégoire ou Krikorikos pour se servir de la forme arménienne de ce nom. J'ai déjà eu l'occasion de parler de ce haut baron d'Arménie, seigneur très considérable, très connu dans l'histoire de son pays, à cause du titre élevé qu'il tenait de la cour de Byzance, sous le nom de Grégoire Magistros . 1 ', . C'est certainement la personnalité la plus marquante des annales arméniennes à cette époque. Aussi célèbre par le rôle politique qu'il joua dans son pays dans cette période si malheureuse de son histoire, que par sa vaste érudition, se- aptitudes si variées, presque encyclopédiques, ses nombreuses
(1) Voy. V. Langlois : Mémoire sur la vie el les écrits <lu prince Grégoire Magistros, due de la Mésopotamie, auteur arménien ilu XI"' siècle Journal Asiatique, h' de janvier 1869).
traductions d'auteurs anciens, ses poèmes en vers, la grammaire arménienne commentée qu'il composa, et son immense et profuse correspondance dont une faible portion nous a été conservée (1), il était issu de souche illustre, de la race royale des Arsacides de Perse, dite Souren Pakhlav. 11 était né aux environs de l'an 1000. Destiné par sa naissance au métier des armes, il avait succédé à son père, l'illustre généralissime Vaçag, dit « le Martyr », seigneur de Pèdsclmi, fort château du canton de Nik dans la province d'Ararad. En sa qualité de grand feudataire de la couronne des Pagralides, il avait été, on l'a vu, en compagnie de son oncle, également généralissime, Yakhram, un des « satrapes » ou hauts barons qui avaient le plus puisamment contribué à l'élection de Kakig comme successeur de son oncle Jean Sempad au trône d'Arménie. Mais les intrigues du « vestis » Sarkis, prince de Siounik', « l'infâme Sarkis » (2), qui le haïssait parce qu'il l'avait empêché d'usurper le trône d'Ani, le firent à ce moment tomber en disgrâce auprès du jeune roi sous l'accusation d'avoir contribué à attirer sur l'Arménie l'invasion d'Abou'l Séwar. C'était une affreuse calomnie. Krikorikos n'en fut pas moins destitué de ses charges et forcé d'abord de se retirer dans ses vastes domaines du Darôn où il chercha à se consoler en se livrant à l'étude et même à l'enseignement des lettres, puis dans le courant de l'an lOii, de se réfugiera Constantinople où il avait fait ses études dans sa jeunesse et où sa réputation dès longtemps établie d'homme de guerre, de négociateur, de savant et de philosophe, lui valut le plus flatteur accueil du basileus .Monomaque, de la cour et de tout ce qu'il y avait d'illustre dans cette ville. 11 profita de son inaction forcée pour traduire en arménien beaucoup d'ouvrages grecs et disserta publiquement avec une éloquence entraînante et persuasive dans la chaire de Sainte-Sophie avec les phili sophes grecs qui l'honorèrent de leur admiration (3). Il fit aussi à Constantinople la connaissance de deux émirs, ou « omras » arabes, fort
(1) Voy. sur cette correspondance si curieuse et si variée, à la foi dogmatique, philosophique et familière, qui a assuré jusqu'à nos jours à son auteur une réputation hors pair parmi ses compatriotes, la seconde partie du mémoire de V. Langlois, cité plus haut, pp. 20 sqq.
- C'est ainsi que le nomme presque constamment Mathieu d'Édesse.
(3) Tous ces détails nous sont fournis par les lettres mêmes du magistros.
KRIR ORIKO - MAGISTROS
lettrés, Manoutché et Ibrahim, qui avaient fixé leur résidence dans cette ville, il se lia d'amitié avec eux et chercha à les convertir à la fui chrétienne I . Monouiaque le combla de ses laveurs. C'est a ce moment qu'il
fut élevé par lui à la haute dignité de magistros. Peut-être avait-il pris avec ce monarque îles engagements secrets pour la cession tant désirée de l'Arménie à l'Empire. Quoi qu'il en soit, Kakig, apprenant la faveur
VALLEE DE L'AKJ1'jL1;IA.\ on Arpa-Tchaï [urinant une partie de Cenceinte de la \ iUe d'Ani, capitale des Rois des Rois Pagratides d'Arménie au XI"' Siècle. — Ruines d'un 'ère. — (Phot. commun, par M. J. de Morgan.)
dont Krikurikus jouissait à la cour de Byzance, conçut des craintes -erieuses sur la fidélité de son ancien général et n'hésita pas à lui adresser une lettre pleine d'amers reproches. Krikorikos répondit en protestant de son innocence, et chercha à prouver à son jeune et inexpérimenté souverain que si l'on devait accuser quelqu'un de trahison, c'était non lui, mais bien le « vestis » Sarkis. Sur ces entrefaites, les armées impé-
1 Comme le poète arabe Manoutché lui reprochait la simplicité des Évangiles : g La poésie du style est l'uuvrage des hommes, répondit-il : la simplicité convient à la Majesté divine. »Et il s'engagea à écrire en trois jours une histoire en mille distiques de l'Ancien et du Nouveau Testament depuis Adam jusqu'au deuxième avènement de Jésus-Christ. Il tint parole et le Musulman se convertit.
Wfi LES PORPHYROGÉNÉTES ZOE ET THEODORA
riales, on l'a vu, avaient envahi une fois de plus le territoire d'Ani. Il y eut alors toute une longue, subtile et te'nébreuse intrigue clans ce malheureux pays ravagé par les factions féodales, intrigue nouée entre les mandataires du basileus d'une part, de l'autre le « vestis » Sarkis et sa faction, appuyés par le catholicos d'Arménie, Bédros, pour s'efforcer d'amener le pauvre roi Kakig qui se sentait incapable de résister plus longtemps à d'aussi formidables attaques, à se rendre lui aussi à Constantinople auprès du basileus et à lui faire à cette occasion cession définitive de son royaume.
Kakig, sourd aux conseils du généralissime Vakhram et des autres nobles qui l'avaient fait roi, contiant, au contraire, dans les serments extraordinaires du basileus, serments accompagnés de l'envoi solennel du Bois de la Vraie Croix et d'autres reliques d'une valeur inestimable, prêtant surtout l'oreille aux suggestions perfides de Sarkis, se décida enfin, sur les instances de tous ces traîtres, à quitter sa capitale et à se rendre dans la Ville gardée de Dieu. Hélas! il ne devait jamais revenir dans sa patrie : « semblable au poisson accroché à l'hameçon ou à l'oiseau pris dans le piège ! » il retrouva à Constantinople son fidèle magistros Grégoire. Il avait au préalable, par une convention entourée des engagements les plus solennels, confié les clefs de sa chère cité d'Ani au patriarche Bédros avec le soin de l'administration générale et remis le gouvernement effectif de la ville à son conseiller favori Apirat avec le commandement suprême de toutes les forces militaires arméniennes. Le palais royal était laissé à la garde suspecte de Sarkis. Suivant Mathieu d'Edesse, cette convention entre le roi Kakig et ses grands fut signée « avec une plume trempée dans le mystère sacré du corps et du sang du Fils de Dieu ». Tous ces traîtres à leur roi, Sarkis en tête, le patriarche aussi, apposèrent à ce document leur signature impie.
« Constantin Monomaque, en voyant arriver ainsi l'infortuné roi Kakig, dit Arisdaguès de Lasdiverd, oublia ses serments solennels et ne se ressouvint plus de la Très Sainte Croix, de l'intervention de laquelle il s était servi. » II reçut en grande pompe le malheureux souverain, toute la Ville s'étant transportée à sa rencontre, mais il le retint auprès de lui dans une captivité dorée, lui disant : «. Donne-moi Ani, je te donnerai en
L'ARMENIE I 1 VREl W B ISIL1 Ui 481
échange la ville de Malatya, avec les districts environnants. » Kakig relu-:! énergiquement de se prêter à celte dépossession. Alors Monomaque, traître à la parole donnée, n'hésita pas à envoyer le pauvre prince en exil, i dans une île i, probablement dans un des monastères de Prinkipo.
Moi laque, raconte encore Arisdaguès de Lasdiverd, prolongeanl
ses instances, le magistros Krikorikos, lils du brave Vaçag, alla lui aussi trouver le basileus. Comprenant vite que les Grecs ne renverraient point Kakig dans son pays, il se présenta devanl Constantin à qui il remit les clefs de sa forterese de Pèdschni.
« Cependant, poursuit nuire chroniqueur, les notables d'Âni voyant que le roi Kakig ne revenait point à Aui, mais qu'il était prisonnier chez les Grecs, conçurent le projet de donner leur ville soit à Davitli (1), soit à l'émir Abou'l Séwar de Tovin, qui avait épousé la sieur de ce dernier (2), soit à Pakarat, le roi des Aphkhases (3). Le remuant catholicos Bédros, de son côté, instruit de ce dessein et se rendant bien compte que, n'importe à qui Ani appartiendrait désormais, c'en était fait de cette glorieuse cité, expédia au gouverneur byzantin des marches orientales en résidence à ce moment à Samosate (i), une lettre conçue en ces termes : « informe le basileus que s'il consent à nous donner quelque chose en retour, je lui livrerai Ani avec les autres forteresses du royaume. » Le basileus accueillit favorablement ces propositions et récompensa de suite le catholicos par de fortes sommes d'argent et la confirmation du gouvernement de la ville d'Ani et de son territoire. « C'est de la sorte, s'écrie le chroniqueur national, que les Grecs devinrent maîtres d'Ani et de tout le district de Chirag! »
D'autres historiens racontent simplement que les hauts barons
(1) Davith. roi de, l'Agh'ouanic arménienne, était fils de Goureuen. troisième fils d'Asehod III, souverain d'Ani. et appartenait par conséquent à la famille des Pagratides. Ce prince commença par agrandir les possessions paternelles, puis perdit si bien toutes ses récentes conquêtes qu'il ne lui resta même plus rien de son patrimoine, ce qui lui valut le surnom d'Anhogh'in, a sans terre », sous lequel il est connu dans l'histoire. »
2 Et non la sœur de Kakii: II, cumule le dit à tort Wassiliewsky. I.n droujina vxringonMse, ••!>'., 2de p., p. 36.
3 C'était le Pakarat IV, roi de Karthli et de Géorgie, successeur en 1"27 de son père Kéôrki I", dont il a été souvent déjà question dans cette histoire. — Voy. Histoire de la Géorgie, éd. Brosset, lre partie, note 2 de la p. 319.
(4) Il y a là quelque erreur. Bédros dut s'adresser au parakimomène Nikolaos qui ne devait pas être a Samosate en ce moment, mais bien sur quelque point du territoire d'Ani.
488 LES PORPHYROGENETES ZOE ET TIIEODORA
du royaume et les chefs de la cité d'Ani, divisés en factions rivales, se livrèrent à merci au basileus. Au nombre de quarante, ils lui envoyèrent, à l'instigation surtout de Sarkis, les clefs de leur ville en signe de soumission. « La ville d'Ani, mandaient-ils à Monomaque, est désormais tienne avec tout le territoire qui s'étend à l'orient. »
Nous ne possédons de ces événements que des récits, hélas, aussi brefs que confus, souvent contradictoires. Cependant toutes les sources sont d'accord pour aftirmer que ceu\ qui eurent la plus grande part à la conclusion de l'accord définitif entre le basileus et le roi dépossédé, furent le magistros Krikorikos, figure sympathique et honorable entre toutes, le « vestis » Sarkis, constamment traître à son pays, enfin le catholicos d'Arménie Bédros. Ce furent eux qui signèrent le traité avec le parakimomène Nikolaos, lequel avait pris ses quartiers d'hiver à Oucktick'. Ce fut la fin dernière de l'antique et glorieuse dynastie des Pagratides d'Ani I .
(1) Un certain nombre d'inscriptions en langue arménienne encore aujourd'hui conservées et publiées par M. lirusset ou par d'autres érudits, nous révèlent des détails intéressants sur cette période si douloureuse de l'histoire de l'Arménie agonisante. Une d'elles, gravée sur une des églises d'Ani (Brosset, Les ruines d'Ani, p. 19), rappelle qu'en l'an 1034 le « marzpan » Apelgharip, étant allé à Gonstantinople, suivant rescrit du roi Jean Sempad, shahinshah, pour visiter le basileus des Grecs, en rapporta une parcelle de la Vraie Croix, obtenue avec beaucoup d'efforts et de grandes dépenses. — Une autre inscription, gravée sur le mur de l'église ronde de la même ville (ibid., p. 21) 'porte qu'en l'an 1041, sous le pontificat de Ter Bedros, catholicos d'Arménie, celui-là même dont il vient d'être si souvent question, et, sousle règne de Kakiij shahinshah, un certain « Christaphor », serviteur de Dieu, a donné son patrimoine à cet établissement religieux. — Une troisième, sans date, gravée sur la face occidentale de la cathédrale d'Ani (ibid., p. 28 1, porte qu'Aaron, magistros, envoyé à Ani par le basileus, à la fleur de sa jeunesse, a élevé diverses constructions et amené l'eau pour l'usage de la garnison de la citadelle et que, par une bulle d'or de la basilissa (Zoé), divers impôts ont été supprimés. Il s'agit certainement là d'Aaron le Bulgare. — Une quatrième, non datée, 'gravée sur les parois de la belle église de Sourb Grigor à Ani ibid., p. 30, voy. la vign. de la p. 213), dit que le prince des princes Vakhram, — précisément l'illustre adversaire du traitre Sarkis, — fait une donation pieuse pour le rachat de l'âme de son fils. — Une cinquième, provenant du même édifice (ibid., p. 37 1, datée de l'an 1040, concerne encore Apelgharip, « marzpan » d'Arménie. — Une sixième et une septième (ibid., pp. 64 et 65), gravées sur la façade de l'église du monastère de Marmaraschen, aujourd'hui Khaulidja, à six ou sept verstes d'Alexandropol, portent, la première, que cet édifice a été construit entre les années 988 et 1029, sous le roi Jean Sempad, par le prince des princes Valchram Pakhlavide « anthypatos » et patrice ; la seconde, que la reine des Aphkhases et d'Arménie, fille de l'ex-roi Sénékhérim du Vaspouraçan, fait une donation pieuse. Voy. au sujet de cette dernière inscription les remarques de M. Brosset (ibid., p. 65). — Voy. encore des inscriptions concernant le roi l'akarat dans Explic. de dir. inscr. géorg., armén. et gr.. par Brosset, pp. 411 à 41a. — Voy. encore dans Mekhithard'Airivank(xiiimt siècle) (Mém. de l'Ac. imp. des Se. de St-Pët., t. XIII, 1869, Q° b quelques détails sur la prise d'Ani. — Un manuscrit de la bibliothèque du couvent patriarcal d'Edchmiadzin, contenant la traduction arménienne d'un choix de discours