GUERRE AVEC L'EMIR DE TOVIN
Iasitas et le parakimomène destitués par le basileus furent remplacés, le premier comme duc d'Ibérie, par lo valeureux Katakalon KékaumriiMque nous trouvons à cette époque partout où il y avait gloire et danger I . le second en qualité de généralissime par le grand hétériarque eunuque Constantin, d'origine sarrasine. Ce personnage, dit Skylitzès, très dévoué à Monomaque, lui avail rendu les plus signalés services lors de son avènement à l'Empire. Ce lui Katakalon qui, en qualité de gouverneur
-a. ir
MINIATURE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de l'Histoire de Skylitzès, de la Bibliothèque Nationale de Madrid. — Abou'l *<-a-ar bat te Byzantins sous les murs de Tovin — Beylié, l'Habit byz.J
d'Ani, bannit vers cette époque le catholicos Bédros par mesure de sûreté publique.
Ces nouveaux chefs, aussitôt après avoir rejoint leur poste, cherchèrent à réparer le désastre de Tovin. Préférant ne pas s'attaquer tout d'abord à cette puissante forteresse, capitale de l'émirat, ils commencèrent par investir les divers châteaux du territoire d'Ani qu' Abou'l Séwar venait de conquérir et qu'il se refusait à rendre. Ils s'emparèrent ainsi des forteresses de Sainte-Marie d'Ampier et de Saint-Grégoire, véritables nids d'aigles en apparence imprenables, perchés au plus haut des monts parmi des précipices infinis. L'énergique émir tenta à maintes reprises,
(1) Sur les Katakalon, clan arménien originaire de Golonée, voy. Gfrœrer, op. cit., III, pp. 148 et il'.'.
498 LES PORPHYROGENETES ZOE ET THEODORA
durant ces sièges extraordinaires, de porter secours à ses guerriers. 11 fui chaque fois repoussé. L'eunuque Constantin se retourna ensuite contre le « kastron » de Chelidonion, sur nu abrupt promontoire à une petite distance de Tovin. Il en établit le siège en règle avec fossés et retranchements. Son attaque avait été si subite que les assiégés n'avaient pas eu le temps de s'approvisionner. Ils manquèrent bientôt du nécessaire. « Certainement, poursuit Skylitzès, ils eussent tôt succombé, si la terrible révolte du patrice Léon Tornikios n'eût subitement éclaté à ce moment même en Occident. Monomaque se vit contraint de rappeler en hâte toutes ses forces disponibles et l'eunuque Constantin dut partir à marches forcées avec son armée dans la direction de Constantinople après avoir signé la paix avec l'émir Abou'l Séwar, laissant Katakalon en Ibérie». Le soulèvement célèbre du prétendant Tornikios est du mois de septembre 1047. La guerre contre l'infatigable émir de Tovin avait donc duré deux ans déjà (1). Abou'l Séwar, avant de faire sa paix avec le basileus, avait poussé avec ses guerriers une pointe jusqu'aux portes d'Ani, exerçant sur sa route d'horribles ravages. Le héros octogénaire arménien Vakhram le Pakhlavide, « anthypatos » et généralissime, qui avait tant contribué avec son neveu le magistros Grégoire à placer Kakig sur le trône, dernier et glorieux rejeton des Arsacides, périt en combattant contre lui aux côtés des Byzantins. Lui seul, parmi ses compatriotes désespérés des malheurs de leur patrie, songeait encore à la défendre. Il eut d'abord quelques succès, mais ayant vu mourir à ses côtés son fils Krikorikos, il se jeta en désespéré sur l'ennemi, fut pris et torturé jusqu'à la mort (2). Sa mort causa en Arménie un deuil profond. Son corps, transporté au monastère de Marmaraschen fondé par lui près d'Ani, y fut inhumé à côté de celui de sa femme Sophie.
On était en automne de l'an 1047, au mois de septembre. La plus dan-
(1) Mathieu d'Édesse note également ces deux expéditions successives des forces impériales contre Tovin. — Il y eut un terrible tremblement de terre en l'année 494 de l'ère arménienne (10 mars 1045 — 9 mars 1046). Le district d'kgéghéats, l'Acilisène de Strabon, fut bouleversé (ibid., p. 79).
(2) Arisdaguès de Lasdiverd et Mathieu d'Édesse disent formellement que Vakhram périt avec son fils au désastre sous les murs de Tovin, lors de la première campagne des Grecs.
RÉVOLTE DE LÉON TORNIKIOS
gereuse de toutes les révoltes qui ensanglantèrent les premières années du règne de Constantin Monomaque, celle de Léon Toinikios, éclata subitement à cel instant précis. I»'1 tous les historiens de cette extraordinaire aventure, l'sellos e-t p.. m- mms le j dus important <t<- beaucoup, Bien qu'il n'ait jamais été qu'un écrivain de cour et qu'il s. .il j»;n- ce fait quelque peu sujet à caution, il fui parmi tous ceux qui nous en ont parlé le plus important témoin oculaire îles pire- moments île ce siège de (lonstan-
tinople ;'i la fois si c 1 el si dramatique. Il lui dans ces heures d'agonie
le plus intime conseiller, l'ami dévoué du basileus Monomaque. Michel Attaleiates, qui vint se fixer au plus tard à Constantinople en l(t:;i, fut
aussi, liés probablement, témoin oculaire de ces événe nts, ce qui rend
lrè< précieux le récit qu'il en fait, mais il n'a certainement pas été à même de voir les choses d'aussi près que Psellps qui ne quitta pas un moment le basileus durant ces longs jours d'angoisse abominable (1). Enfin, nous trouvons encore des renseignements fort précieux dans un curieux document que nous devons à un des prélat- les plus distingues de cette époque à Byzance. Le 2'.i décembre de cette même année lui", alors que le prétendant Tnrnikios était à peine vaincu, le célèbre Jean Mauropos (2), métropolitain d'Euchaïta en Asie (3), un des principaux amis de Psellos, prononça à Constantinople, peut-être devant le basileus, une remarquable harangue écrite en une langue aussi élégante qu'énergique, qui n'est autre qu'un discours d'actions de grâce à Dieu pour l'heureuse issue de cette terrible aventure dans laquelle avait failli sombrer le trône de Monomaque. Cette harangue, publiée depuis peu d'années (4), nous fournit sur la révolte de Tornikios maints détails historiques inédits (o).
(1) Les autres historiens principaux de cette révolte sont Skylitzès, et d'après lui. Cédrénus, puis Zonaras, Glycas aussi. — Sur Michel Attaleiates, voy. encore Krumbacher, op. cit., p. 269.
'I(i)âwT)ç ô IfaupÂicôuç-
3 l-x Eùgâïta, ville située à une journée de marche d'Amasia, entre les fleuves Iris et Halys.
(4) Dans l'édition d'une partie des œuvres si nombreuses de Jean Mauropos, publiée en
1882 parJ. Bollig et P. de Lagarde. La harangue en question y figure sous le n° 186, pp. 178-
195, sous le titre : Iwàwou toî ufiu>xà-cov p.r)TpoitoXtTO-j EùjjaiTcov xaPia^hploi i '>';'''-,• '-"■■■ '■',
xafaipéffEi tîjç vupawî8oç i~ii~/'>r, ôi •y.-.'-x nép.7mjv -<o; Xpurcoù •;i.-,ùr, r;j.ipav.
i Voyez sur la vie .-ik-s écrits de Jean Mauropos : R. Schûtte, mém. cité plus bas. p. 5, et KniniLiacher. u]t. cit.. pp. 171 et 74H. — Voy. surtout : un copieux article de Draeseke dans Byz. /... II. p. 4U6.
LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA
Les origines de ce mouvement qui, bien que de si courte durée, a laissé dans l'histoire de Byzance un souvenir si cruel à cause des circonstances si tragiques qui l'accompagnèrent, ont été exposées d'une façon remarquable dans le mémoire excellent que M. R. Sc-hûtte a consacré à cet événement et que je vais suivre pas à pas presque textuellement dans
mon récit (1). Le caractère à la fois faible et frivole de Monomaque, les scandales de son règne, celui de sa liaison avec Skléréna en particulier, les dilapidations prodigieuses du trésor qui indisposaient constamment contre le souverain l'opinion des masses, constituaient pour les prétendants de toute espèce et de toute qualité un excitant perpétuel à briguer ce trône si médiocrement occupé, parfois si faiblement défendu.
DETAIL D'ARCHITECTURE da'couvent d'Iviron ou Mont- ,
Athos. —XI*" siècle. (Phot. commun, par M. G. Millet.) -'e reprends le récit
de M. Schutte puisé en majeure partie dans le récit de Psellos avec quelques détails empruntés aux autres sources :
« Le règne de Constantin Monomaque, dit en substance l'érudit allemand, ne fut, pendant toute sa durée, en partie par la faute de ce prince, en partie sans qu'il y fût personnellement pour quelque chose, qu'une
(1) Der Aufsland des Léon Tornikios im lahre 1047. Eine Studie zut byzantinischen Gesch. des M Iahrhunderls, Plauen i. V, 1896. — Les pages 1 à 19 sont consacrées à l'exposé et à la discussion des sources, les pages 19 à 32 au récit même des événements.
R E 1 '0 L T E 1 1 E l E ON In UNI K I D S
longue série île périls et irinl'urlunes j r l'Empire. Sans parler du grand
Schisme qui commença à celle époque avec toutes ses redoutables et séculaires conséquences, ce fut sous ce même basileus qu'un autre fait aux suites encore plus terribles et plus considérables qui se sont perpétuées jusqu'à uns jours, commençaà prendre de l'importance. Ce règne si agité, en effet, marqua les premiers débuts de la lutte acharnée entre l'Empire et les Turks Seldjoukides, qui devait se continuer dans la suite avec les Turks Osmanlis pour se terminer quatre siècles plus tard par la prise de Constantinople et la destruction de l'Empire grec par Mohammed le Conquérant !
Jusqu'à ce moment qui marque un point tournant de l'histoire de Byzance, l'Arménie vassale (1) avait été le principal boulevard
de l'Empire pour sa défense contre les agressions des premières bandes seldjoukides accourues des profondeurs de l'Asie centrale en escadrons de jour en jour plus nombreux. Ses innombrables barons féodaux avec leurs milices nombreuses avaient jusque-là réussi à maintenir ces terribles adversaires à distance des frontières impériales. Or, précisément, ce fut Monomaque qui modifia cette séculaire institution jadis inaugurée par l'esprit prévoyant de Basile le Macédonien. Que ce fut parce qu'on redoutait à Byzance la turbulente aristocratie arménienne toujours prête à quelque usurpation, du moins à quelque rébellion, ou parce que le déficit
FRESQUE BYZANTINE de l'église cathédrale de Sainte-Sophie
île Kiev. — Xl«" Siècle. — (Soc. Im/j. rosse d' Archéol.)
'1' Couverte de fortifications par Basile II; voy. Neumann, op. cit., p. 107.
502 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODORA
financier amené par les dilapidations incessantes de ce basileus jouisseur et viveur était devenu plus béant, toujours est-il que Monomaque, nous le verrons, avait été assez imprudent pour abolir l'ancienne organisation des milices guerrières de paysans arméniens aguerris qui avait jusque-là assuré le salut de cette frontière et pour introduire en place dans ces contrées les usages établis dans le reste des provinces de l'Empire en remplaçant l'impôt du sang par les taxes accoutumées. Ainsi d'un seul coup fut anéantie la force de résistance guerrière si importante qu'opposait aux ennemis de Byzance cette vaste région vassale d'Arménie. II fallut recourir aux armées mercenaires pour défendre celte terre frontière contre l'éternelle menace de l'invasion turque. Ces mercenaires naturellement, qui ne se battaient pas pour leur patrie, pour leurs femmes et leurs enfants, comme jusqu'ici l'avaient fait les milices de paysans arméniens, offraient une force de résistance moindre. Aussi les Seldjoukides commencèrent-ils à ce moment à prendre graduellement pied en ces contrées.
« Ces mesures si dangereuses décrétées par Monomaque eurent, disonsle de suite, les rapports les plus étroits avec la rébellion dont il va être ici question. En effet, avant même que les Seldjoukides ne fussent arrivés à quelque résultat sérieux du côté de l'Arménie, ce soulèvement éclata en Europe dans un bien proche et dangereux voisinage de la capitale et sa cause la plus prochaine ne fut autre qu'un sentiment aussi universel qu'intense de mésestime envers le basileus, à la fois pour son esprit si peu militaire, pour son attitude si constamment malveillante à l'endroit de l'armée et de ses chefs, très certainement aussi pour ces mesures si impopulaires à l'endroit de l'Arménie. Tous les esprits sérieux, à Constantinople, avaient dès longtemps reconnu le péril immense qui lentement s'amoncelait sur la frontière orientale de l'Empire. Toutes les sources sont unanimes à nous dire qu'un très sérieux mécontentement s'était fait jour, dès les débuts de cette année 1047, dans le sein de l'armée d'Occident ou armée d'Europe qui avait son quartier général à Andrinople et qui était destinée à la fois à contenir les Bulgares toujours prêts à se soulever depuis qu'ils avaient été si complètement vaincus par le grand Basile et à surveiller les nations barbares d'au delà du Danube, les redmi-
REVOLTE DE LEON T0RNIK10S 503
tables IVIchonègues on particulier, constamment «Iisjk >st:> à franchir ce grand fleuve pour razzier le territoire de l'Empire. Dès longtemps, dans 1rs milieux agissants de cette grande agglomération militaire, on étail singulièrement mécontent de ce souverain affable mais efféminé auquel sa saule déplorable ne permettait jamais de sortir de Constanlinople et qui ne perdait |>as une occasion de témoigner de son peu de penchant pour tous ces vaillants guerriers et leurs non moins valeureux chefs dont il ne cessait île redouter l'union si dangereuse pour son trône encore bien vacillant. Ajoute/, a ceci ipie cette grande cité provinciale d'Andrinople se trouvai!
être précisément à Ce moment la résidence d'une foule de Chefs militaires
eu disponibilité ou même en disgrâce, exaspérés d'avoir été mis de côté par Monomaque et remplacés par d'incapables courtisans ou par des eunuques, lamentables favoris de ce souverain de Harem. Tous ces désou vn s par force n'avaient qu'une pensée : attiser parmi ces masses militaires la flamme toujours prête à s'allumer du mécontentement et de l'esprit de révolte. .Nous ne voyons pas 1res clair dans les aspirations de tous ces personnages, mais nous ne nous tromperons guère en leur assi gnant un rôle important dans le mécontentement général sans cesse grandissant parmi l'élément militaire. Cependant, il semble bien que le basileus ait cette t'ois encore réussi à calmer pour un temps ces esprits chagrins. Il avait l'ait tomber sur tous, petits et grands, chefs et soldats, une véritable manne de grâces, de cadeaux, de promotions et de dignités, si bien que pour l'instant, c'est-à-dire dans le courant du printemps de l'an 1047, le soulèvement de l'armée de Macédoine avait semblé conjuré. Mais ce n'avait été qu'une passagère apparence. En réalité, rien de ce qui avait tant excité le mécontentement de l'armée, n'avait été modifié sérieusement. L'esprit de révolte n'attendait qu'une occasion favorable; un chef surtout assez populaire pour entraîner les masses. Ce chef ne fut pas long à se révéler.
« Précisément à Andrinople de Macédoine, sa ville natale, résidait à cette époque un personnage fort considérable, Léon Tornikios ou Tornikis, ou encore Tornice, issu de l'antique autant qu'illustre race de dvnastes arméniens des Pagratides. Les Tornikios était un rameau plus jeune de la puissante maison des princes de Darôn ou Tarôn. L'intrigante bureau-
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cratie byzantine avait dès longtemps réussi à incorporer à l'Empire la plus grande partie des territoires appartenant à cette famille fort ancienne et avant en Arménie une situation considérable. Aussi Léon Tornikios ne nourrissait-il guère que de mauvais sentiments à l'endroit des spoliateurs de sa race. Ses ascendants, immigrés d'Arménie en Europe depuis environ un siècle, avaient eu beau jouir à Byzance d'une situation privilégiée au premier rang des dignitaires palatins, le vaniteux descendant des rois d'Arménie n'en dissimulait pas moins au fond du cœur une haine violente contre les Grecs détestés. C'était un homme superbe, d'aspect imposant, plein de séduction, du reste sans caractère comme sans énergie, avant tout beau parleur. Mais précisément en raison de cette apparence extérieure et de cette descendance illustre, une rumeur prophétique s'était dès longtemps répandue parmi la population d'Andrinople, fort bien disposée pour lui, que le sort destinait cet homme à une très haute place dans l'État, peut-être la plus élevée.
« Cette rumeur d'origine obscure, finalement parvenue à la connaissance de Tornikios, éveilla en lui des aspirations auxquelles il n'avait probablement jusque-là jamais songé, il est permis du moins de le conjecturer d'après son manque presque absolu de courage et son caractère si faible. Bien que par sa mère il se trouvât le cousin au second degré. du basileus Constantin Monomaque, il ne possédait point la faveur de celui-ci qui n'avait toutefois pas hésité à lui conférer toutes les dignités compatibles avec son rang, celles de patrice et de « vestiarios » en particulier. TI lui avait en outre confié à plusieurs reprises diverses missions civiles ou militaires. Cela n'empêchait qu'au fond de son cœur le basileus ne se méfiât de lui, soit que sa personne lui fût antipathique, soit que la légende populaire sur les destinées futures de cet homme sonnât mal à ses oreilles. Il se mêlait encore à tout ceci une pénible circonstance particulière. Constantin Monomaque n'avait que deux sœurs. L'une, Hélène, d'intelligence bornée, menait auprès de lui au Palais Sacré une existence retirée. La plus jeune, Euprepia, femme intelligente et de volonté, témoignait par contre de fort peu de goût pour l'indolence et les autres défauts de son impérial frère. Elle n'en parlait qu'avec humeur, presque avec mépris, fuyant ostensiblement sa société. Lorsqu'elle ne pouvait
RÉVOLTE DE LÉON TORNIKIOS
éviter de se rencontrer avec lui, elle ne lui épargnait point les plus pénibles vérités, insoucieuse de ses fureurs, semblant plutôl s'en divertir. Constantin, qui redoutait for! les sarcasmes de cette personne indépendante, n'avait pas su lui cacher l'aversion que lui inspirait Léon Tornikios. Euprepia, en vraie femme, aussitôt qu'elle s'en était aperçue, n'avait en de cesse, dans le seul but d'exaspérer s<>n frère, de témoigner à ce parent beaucoup plus jeune qu'elle le plus vif intérêt, la plus éclatante
FRESQUE BYZANTINE Je révise Cathédrale Je Sainte-Sophie de Kiev. — XI"' Siècle. — (Soc. Itnp. russe a" Archéol.)
faveur. Ceci ne fit qu'exaspérer la colère de l'empereur. Dissimulant encore, il se borna à éloigner Tornikios pour le séparer de sa sœur. C'est dans ce but qu'il l'avait nommé stratigos dans la lointaine Géorgie (1), comptant sur l'éloignement pour paralyser toute intrigue possible. De ce que le futur prétendant lit en ces régions barbares, nous ne savons rien sauf que la légende des hautes destinées auxquelles il semblait destiné le suivit là-bas. 11 en revint des rumeurs jusqu'au Palais Sacré. De là à prêter à Tornikios des projets de complot et d'usurpation que peut-être
1 Et non à Malatya. comme le dit Michel Attaleiates, op. cit.. p. 22.
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cet homme si faible ne nourrissait pas encore, il n'y avait qu'un pas. Peut-être même le basileus n'eut-il tenu aucun compte de ces bruits tendancieux si Euprepia ne l'eut exaspéré en s'obstinant à défendre Tornikios à tort et à travers. Son bien-aimé, affirmait-elle, était protégé par Dieu d'une façon si éclatante que toute la haine de Monomaque n'y ferait rien. Ces insanités eurent à la fin raison de l'esprit faible du basileus. 11 s'inquiéta sérieusement. Euprepia, en voulant trop protéger son héros, n'avait fait que précipiter sa perte. Des « basilikoi » impériaux furent expédiés en lbérie avec ordre d'en ramener aussitôt Tornikios après l'avoir fait raser et ordonné moine. Ainsi fut fait. C'était l'habituel procédé à Byzance pour se débarrasser d'un personnage gênant. Seulement le basileus, persuadé que par le fait d'avoir endossé la robe de bure, Tornikios avait cessé d'être dangereux, eut le tort grave de l'autoriser à circuler librement dans la capitale. Lui, gardant toujours l'espoir de se réconcilier avec Monomaque, mit tout en œuvre pour l'approcher et implorer sa pitié, le suppliant de ne le point condamner ainsi sur de simples bruits. Le basileus, inflexible, n'eut pour l'infortuné que froideur et moquerie et le chassa en ricanant de sa présence. Ce traitement injuste lit d'un homme jusque-là innocent un coupable. Seule, Euprepia s'opiniàtra en efforts généreux pour défendre l'infortuné auprès de son frère.
« Dans le même temps que Tornikios subissait cet injuste traitement, une foule d'intrigants dans Constantinople s'apprêtaient à exploiter le ressentiment d'un personnage aussi en vue. Plusieurs parmi ceux-ci, avant vécu jadis à ses côtés à Andrinople, savaient à quel point le peuple de cette grande cité lui était demeuré attaché. 11 y avait là des parents à lui, de nombreux fonctionnaires révoqués, des officiers supérieurs en disgrâce, beaucoup de mécontents enfin que la si facile et prompte répression d'un récent soulèvement des contingents macédoniens (1) avait d'autant plus violemment irrités que presque tous y avaient trempé la main. Tous guettaient impatiemment une occasion nouvelle de se débarrasser d'un souverain détesté. Entre tous ces éléments si divers,
(1) C'est surtout Jean Mauropos qui, dans sa harangue, fait allusion à ces événements antérieurs sur lesquels nous n'avons aucun autre renseignement.
REVOLTE DE LEON TORNIKIOS soi
il se iiuiiii in ri ;iisi''iiu'iil mu' o mspiralii m dont lYime semble avoir été, comme le démontre la marche des événements, un autre haut personnage de l'aristocratie byzantine, Jean Vatatzès, lui aussi apparenté à Tornikios.
« La famille îles Vatal/.ès étail originaire de cette ville même d'Andrinople. Quant à Jean, c'était un homme de valeur, énergique, audacieux ei brave, chef militaire expérimenté. L'occasion pour tous ces mécontents était propice de pouvoir mettre à leur tète un personnage aussi marquant, aussi populaire que l'était Tornikios à Andrinople, de race presque royale, ceint d'une sorte d'auréole mystérieuse, exaspéré par les injustices dont il étail victime. Bref, les circonstances créèrent l'homme et de ce personnage sans énergie elles firent un prétendant au trône des !>a~ileis
« Aussitôt que les conjurés, à force d'exciter le faible et mobile Tornikios, eurent définitivement enlevé son assentiment, ils le pressèrent de quitter la capitale où les circonstances étaient moins favorables et de sauner Andrinople où le terrain avait été soigneusement préparé' par eux. Le jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, quatorzième jour du mois de septembre de l'an Kl'tT, tous les chefs de la conspiration avec Tornikios, montés sur des chevaux amenés d'avance dans des endroits convenus, quittèrent secrètement Gonstantinople, sans que la police urbaine s'en fût aperçue. Telle fut leur fuite infiniment rapide qu'ils franchirent en un peu plus de vingt-qualre heures les deux cent quarante kilomètres entre la capitale et Andrinople. Toutes les sources s'accordent sur ce point. Il s'agissait de faire vite pour ne pas se laisser devancer. Donc, dès le la septembre, les conjurés se trouvaient réunis à Andrinople. Sans perdre un instant, ils s'efforcèrent d'attirer dans leur parti les nombreux contingents macédoniens mécontents qui y tenaient garnison ainsi que les généraux en disgrâce ou en disponibilité et de les exciter à de nouveaux désordres. Le nerf de la guerre, l'argent, leur faisait d'ailleurs absolument défaut. II fallut procéder par d'autres moyens. Dans les deux ou trois jours qui suivirent leur retour à Andrinople, les chefs du complot dépêchèrent de tous côtés aux troupes des émissaires clandestins chargés en place de subsides de débiter aux soldats une foule de