‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 93 sur 132 · PSELLOS, CONSUL DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

PSELLOS, CONSUL DES PHILOSOPHES

« dette paix i[iio Psellos voulait imposer de haute lutte à ceux ci, il fallu I l'acheter par des concessions. Dans un autre discours il annonce sa

démission de « [>ri>t< >-;ist'f.rot is », niais il n'oublie pas de vanter les sen ires ipi'il avait rendus à la chose publique ilans ce poste intéressant les rela

lions extérieures. 11 gardai I sa place de ■ veslarchis » et son titre d'e hvpertimus ». Quels étaient donc les services que l'sellns avait rendus connue préposé aux atl'aires étrangères ? Parmi les reproches qu'il adresse à son maître se rencontre celui d'avoir mal soutenu vis-à-vis des barbares la dignité de l'Kmpire et de leur avoir écrit sur un ton parfois plus arrogant et parfois plus humble qu'il ne convenait. Le Khalife d'Egypte notamment en avait pris occasion pour se montrer plus insolent. Or, lorsque l'sellns etail chargé de rédiger les dépèches adressées à ce prince musulman, sans doute il lui témoignait les égards extérieurs dus à son rang, mais il l'embarrassait de sa dialectique et l'écrasait de sa supériorité intellectuelle. La forme restait courtoise et le fond en était d'autant plus humiliant : ce qui a été de tout temps le triomphe de la diplomatie. « Il agissait, dit-il, avec les infirmités morales de son maître comme on dit qu'Hippocrate de Cos agissait avec les maladies physiques. »

« Psellos prit donc dans la nouvelle Université le titre officiel d' « hypatos « ou consul des philosophes (I) qui correspondait à peu près à celui de recteur ou de doyen dans les universités modernes. 11 commentait en chaire Démosthènes et Lysias, Aristophane et Ménandre, pariait non seulement de la Grèce, mais de l'ancienne Egypte et de la Chaldée, d'après des historiens aujourd'hui perdus. M. Sathas a publié une étude sur les commentaires de Psellos à propos de l'Iliade et donné le texte de quatre de ses Allégories homériques (2V La plus singulière fantaisie préside à ces interprétations. »

L'enseignement de Psellos eut un grand retentissement. On retrouve dans les historiens contemporains ou postérieurs comme l'écho des applaudissements universitaires qui le saluaient. Les Arabes, qui avaient un moment repris la supériorité scientifique sur les Byzantins, et qui disaient qu'à Gonstantinople il y avait « non pas des mulets, mais de vrais

(1) « Tttïto; to>v çtXoTÔ^tov ».

2 Annuaire de l'Association pour l'encourag. des et. gr., etc., année 1875.

LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET TIIEODORA

ânes», vinrent s'asseoir sur les bancs de l'école. Anne Comnène nomme encore Jean l'Italien, qui fut l'élève et l'envieux de Psellos. « Les Celtes

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au*/ 9 V

MINIATURES BYZANTINES d'un manuscrit de l'Epitome historiarura de Zonaras de la Bibliothèque de Modène. — Portraits des basileis Isaac Comnène et Constantin Monomaqvte. — (Phot. commun, par la, Soc. Historique d' Athènes sur la demande de M. Sp. Lambros.)

et les Arabes, écrivait celui-ci au patriarche Kéroularios, sont maintenant nos captifs. De l'Occident et de l'Orient on accourt au bruit de ma réputation. Le Nil arrose les terres des Égyptiens, mais c'est mon éloquence qui est leur àme Interroge les Perses et les Ethiopiens, ils te répondront qu'ils me connaissent, m'admirent et me recherchent. Récemment encore il est venu un habitant de Babylone, que poussait un insurmontable désir de s'abreuver aux sources de mon éloquence. »

Ce fut ainsi qu'à cette époque, sous l'influence de ces hommes si distingués, se mit à briller d'un nouveau lustre l'Académie de Byzance

L'ACADEMIE DE BYZ i.Y- /

depuis si longtemps plongée dans un déplorab] ibli. Chacun île ses

directeurs eut, nous l'avons vu. des attributions absolument distinctes

MINIATURES BYZANTINES 'l'un manuscrit de l'Epitome historiarum de Zonaras de la Bibliothèque de Modène. — Portraits des basilissse Zné et Théodora. — (Phot. commun, pur la Soc. Historique d'Athènes sur la demande de M. Sp. Lambros.)

tant le faible et bon Monomaque s'efforçait par tous les moyens de parer à l'émulation fébrile, de plus en plus aigre aussi, qui s'était de suite établie entre tous ces maîtres et leurs disciples réciproques Les écrits de Psellos nous démontrent clairement à chaque page avec quel zèle souvent étroit, avec quel amour passionné cet homme éminent s'occupa à remplir ses nouvelles fonctions, avec quelle passion infatigable il se mit à enseigner, a éduquer ses élèves. Cet esprit large ne craignait pas d'aborder avec eux les problèmes de la plus vieille philosophie hellénique. Platon

542 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA

fut son idéal auquel il resta toujours fidèle. Il eut ù se défendre auprès du prince dans un long mémoire contre les accusations du patriarche Kéroularios en personne, qui ne craignit pas de le taxer d'hérésie. Xiphilin qui succéda à ce dernier dans le gouvernement de l'Eglise orthodoxe lui adressa les mêmes graves reproches. De tout le monde d'alors, nous l'avons vu, les auditeurs affluaient à ses leçons de philosophie et de rhétorique. Monomaque l'idolâtrait à tel point qu'il allait jusqu'à le faire asseoir sur le trône tandis que lui-même accroupi à ses pieds écrivait sous sa dictée.

Reprenons après cette trop longue digression le récit des événements de ce règne. Immédiatement après la fin de la révolte de Tornikios, commença cette terrible guerre entre les Byzantins et les Turks Seldjoukides qui s'était bornée jusqu'ici à quelques rencontres sans grande importance, à quelques incursions de pillage et qui ne devait se terminer maintenant que quatre siècles plus tard, en 1453, par la prise d'assaut de Constantinople par les guerriers de Mohammed II (1). Nous possédons sur les faits de guerre qui eurent pour théâtre dans le cours des années 1048 et 1049 la frontière de l'Empire du côté de l'Arménie trois sortes d'informations, les unes de source grecque, les autres de source arménienne (2), et une troisième arabe, la Chronique de l'excellent historien Ibn el-Athir. Quant à Skylitzès, cet écrivain est tellement défectueux dans son récit de ces événements survenus à une si grande distance de la capitale, qu'il est de toute nécessité de contrôler constamment ses affirmations par celles des autres sources et qu'on ne peut guère admettre que celles sur lesquelles ces trois autres ordres de sources sont à peu près d'accord.

A peine les armées de Constantin Monomaque avaient-elles mis fin à la puissance séculaire des rois des rois d'Arménie qu'elles eurent en ces mêmes régions lointaines autant que sauvages à lutter contre un ennemi infiniment plus puissant et redoutable. Probablement attirées en ces con-

(1) Sur les origines des Turks, voy. Edw. Harper Parker, The origin of Ihe Turks, dans The English historical Review, II, 1896, pp. 431-445.

(2) Saint-Martin, op. cit., II, pp. 208 sqq.

GUERRE CONTRE LES SËLÙJOUKIÙES 54:i

trées parl'étal d'anarchie qui avait succédé immédiatement à ta première

occupation byzantine, des bandes seldjoukides de pins en pins nombreuses commandées par Ibrahim (1) et Kethelmousch, l'un neveu, l'autre cousin germain (2) du sultan régnant Toghroul-beg, qui venait de conquérir presque tonte la l'erse, pénétrèrent dans un but de pillage sur les territoires nouvellement acquis par les Byzantins en Arménie, particulière meut dans le Vaspouraçan qu'elles ravagèrent affreusement (8). Elles y furent fort mal reeues par les quelques troupes grecques laissées pour la défense de la frontière On se rappelle que la masse des contingents impériaux avait précipitamment repris la route de la capitale pour porter secours au basileus contre le prétendant Tornikios.

Les cavaliers seldjoukides, après ce premier contact avec les Byzantins, s'étaient vus contraints de repasser la frontière sans avoir réussi à l'aire tout le butin espéré, lbn el-Athir, Skylitzès et les sources arméniennes racontent ces événements à peu près de la même façon. Ce dut être dans le courant de l'année 1048. Les progrès incessants des Seldjoukides qui jouaient dès maintenant un rôle prépondérant dans toute l'Asie orientale, qui répandaient ainsi l'alarme jusque sur les rives de l'Euphrate, commençaient néanmoins à donner de plus en plus d'inquiétude au basileus. Il envoya proposer à leur sultan, le fameux Toghroul-beg, le « Tanggrolipix » de Skylitzès, propre petit-fils de Seldjouk, déjà maître de la plus grande partie des provinces de la Perse, enlevées par lui aux Gaznévides, un traité de paix et d'alliance qui fut d'ailleurs presque aussitôt violé (4). Un incident nouveau mit le feu aux poudres. Kethelmousch (S), ce cousin germain ou neveu (li) de Toghroul-beg dont j'ai parlé déjà (7), avait été guerroyer au nom du sultan avec des forces considérables contre Koreïsch lbn Bedran, le puissant dynaste arabe de

li Weil, op. cit., III, p. 85, confond cet Ibrahim avec Ibrahim Inal, le frère utérin île Toghroul dont il va être parlé plus bas. 2) Peut-être également « neveu ».

(3) Tchamtchian, op. cit., II, ch. 24.

(4) Sur l'historique des débuts de la puissance des Seldjoukides, voy. encore Weil, op. '■il.. III, pp. 81 sqq.

(5) Ou Koutoulmisch, KoutV>u|jloO;.

(6) 'Aveiiô;.

' Même page.

544 DES PORPHYROGÈNÈTES ZOE ET THEODORA

Mossoul (1). Après quelques succès, il avait été complètement défait dans une grande bataille dans le Diâr-Bekir, près de Sindjar, et avait dû s'enfuir honteusement. II voulut, pour regagner l'Aderbaïdjan, traverser la province du Vaspouraçan tout récemment, on le sait, annexée à l'Empire. Le « catépano » impérial qui y gouvernait pour lors était le patrice Stéphanos Likhoudès, propre iils du premier ministre Constantin Likhoudès.- Kethelmousch lit demander à ce haut fonctionnaire le libre passage pour ses guerriers à travers son commandement, s'engageant par les plus solennels serments à s'abstenir de toute agression. Stéphanos, plein de jactance, estimant à tort que les propositions du chef musulman lui étaient dictées par la peur, réunit tous ses contingents disponibles et prit vis-à-vis des Turks une attitude délibérément hostile. Kethelmousch en fut fort troublé, car ses guerriers qui venaient de subir cette cruelle défaite étaient presque tous démontés. Beaucoup même étaient sans armes. Il n'en fut pas moins réduit à accepter le combat. C'était aux portes de la ville d'Ardjisch, dans le Douroupéran, sur la rive nord du lac Van. Contre toute attente, les Turks furent vainqueurs. Les Grecs furent mis en déroute. Leur chef Stéphanos fut fait prisonnier avec beaucoup de ses soldats.

Sur la route du retour, à Tavrezion, qui est la Tauris actuelle, Kethelmousch vendit son prisonnier au dynaste de ce lieu, puis il courut trouver Toghroul-beg pour s'excuser de s'être laissé battre par Koreïsch, affirmant qu'il saurait prendre sur ce dernier une facile revanche pourvu que le sultan lui fournil des troupes en nombre suffisant. Skylitzès, duquel nous tenons ces curieux détails, dit que le chef vaincu Ht à son oncle et seigneur une description enthousiaste des richesses du Vaspouraçan, tout en insistant sur la faiblesse de ses défenseurs, de véritables femmes selon lui. Kethelmousch voulait que son maître déclarât la guerre non-seulement à Koreïsch mais aussi au basileus. Il ne réussit pas, semble-t-il, à convaincre le sultan qui, toujours irrité par sa défaite, ne songeait qu'à le faire périr. Malgré les encouragements de son subordonné, Toghroul-beg hésitait à prendre les armes contre les Crées.

(1) Cédrénus (570, 15) le nomme KapSiTio;. Voy. aussi Zonaras, XVII, 25.

GUERRl CONTRE LES SELDJOUKIDES

i || tremblait, 'lil le chroniqueur, aux seuls n s des trois derniers

basileis, Nicéphore, Jean Tzimiscès ''l Basile, persuadé que les vertus guerrières de ces héros étaienl encore celles des Romains de maintenanl ' ■

Mathieu d'Édesse place à torl déjà à l'année arménienne I9i I ces mêmes événements sur lesquels il semble du reste moins bien renseigné que Skylitzès. Au heu d'un seul chef turk Ketbelmousch, il en cite trois : i Baugh'i, Bough'i el Anazougli ► . C'esl par lui que nous savons que la

tmiAn»fwt

MINIATURE BYZANTINE d'un très précieux manuscrit de l'Histoire <le Skylitzès, Bibliothèque Nationale de Madrid. — Stèphanos, fils *'"-' Constantin Likhoudès, vaincu par les Tarks - s. — Millet, Hf-Étades, C. 1S77.

rencontre avec les troupes de Stèphanos Likhoudès eui heu près de la ville d'Ardjisch. Enfin, il raconte que 1rs vainqueurs emmenèrent le i catépano t dans la ville de Her, où il- le firent périr dans d'affreux tourments. Après avoir écorché vif le malheureux fils du premier ministre de Monomaque, il- remphrenl sa peau de foin et la suspendirent au rempart. Son père, instruit de cette catastrophe, racheta cette dépouille lamentable pour la somme énorme de dix mille pièces d'or.

Sur ces entrefaites, Kethelmousch, effrayé à juste titre par le ressentimenl de son maître, craignant pour -a vie. prit la décision de fuir et s'en alla occuper avec ses contingents la très forte place de Pasar, dans le

I Mars m là-mars 1046.

516 LES PORPIIYROGENETES ZOE ET THEODORA

pays des Chorasmiens, d'où il envoya déclarer la guerre au sultan. Celui-ci ne fît d'abord aucune attention à lui et alla en personne châtier le prince de Mossoul à la tète de toutes ses forces. Mais il fut à son tour complètement battu par celui-ci. Ce fut seulement au retour de cette déroute, que, pour passer sa colère, il alla assiéger Kethelmousch dans Pasar. Celui-ci résista héroïquement derrière les imprenables murailles de sa nouvelle cité, opérant de fréquentes et meurtrières sorties. Durant que ce siège traînait ainsi en longueur, Toghroul pour venger l'affront subi par son infidèle lieutenant lorsque celui-ci avait voulu traverser le Vaspouraçan, envoya contre les contingents impériaux de cette province une armée de vingt mille combattants sous le commandement d'un autre de ses parents, son neveu, tils de son frère, Azan dit « le Sourd » (1), avec ordre d'occuper promptement toute cette vaste région. C'était toujours encore dans le cours de l'année 1048. Cet Azan pourrait bien être le même qu'Arslan, oncle de Toghroul, un des premiers princes seldjoukides venus en Occident.

Sur ces entrefaites, de graves événements s'étaient passés dans le petit royaume voisin de Géorgie. Pakarat IV, roi de ce pays, était mortellement brouillé avec un de ses plus importants vassaux dont il a été question déjà dans cette histoire (2), Liparit 111, fils de Liparit, « éristhaw » des « éristhaws », qui possédait de grands fiefs sur la rive méridionale du Kour. Ce très puissant personnage de l'illustre clan des Orpélians émigrés jadis de Chine en Arménie, était le lils de R'ad Liparit, célèbre héros géorgien qui avait péri dans les luttes de l'an 1022 entre le vieux Basile et le roi Kéôrki (3), le petit-iils d'un autre R'ad Liparit qui avait été tué, lui aussi, l'année d'auparavant, en 1021, dans un combat contre les Grecs. Il était le plus grand personnage d'Ibérie après le roi Pakarat, maître de presque une moitié de la Géorgie et pouvait mettre sur pied à ses frais une armée considérable (4). Déjà, on se le

(1) « Kwçôç »

(2) Voy. pp. 210 sqq.

(3) Épopée, II, p. 484. Skylitzès grécise le nom arménien de « R'ad » en celui d' « Horatios ». Voy. Gfroerer, op. cit., III, p. 466. — Voy. surtout Saint-Martin, op. cit., Il, p. 222.

i Mathieu d'Édesse l'appelle « Liparit, frère de R'ad le brave et de Zwiad (ou Zevad) ».

iPFAIKES l'i GE0RGI1 547

rappelle, sous les règnes précédents, il avait tenté d'opposer à son souverain, le jeune frère de celui-ci, Démétré, réfugié chez les Grecs el qui finit revenu deux fois de Constantinople à son appel avec des troupes byzantines (1). Puis Démétré était morl el Liparit, devenu de plus en plus puissant, toujours brouillé avec son roi, toujours allié aux Grecs, était allé guerroyer avec eux contre l'émir de l'ovin 2). Ton-, ces renseignements nous soûl fournis par Y Histoire de la Géorgie (3). Cette source se tait par contre sur la suite de ces événements qui nous sont racontés par Skvlitzès et ipi'il faut, je crois, placer a peu près a celle année. Voici le récit du chroniqueur byzantin: « Le roi Pakarat, au cours de ces luttes, avait commis le pire des attentats contre la femme de Liparit. Celui-ci, outré de colère par l'énormité de ce forfait, s'était, \mt' t'ois de plus, soulevé contre son souverain félon. Toujours à l'aide de contingents grecs à lui complaisamment prêtés par le basileus, il l'avait battu, chassé, et l'avait forcé à se réfugier dans la haute Géorgie sur les flancs du Caucase. 11 avait pénétré ensuite dans le palais royal et avait odieusement vengé l'affront fait à son honneur en faisant à son tour violence à la reine-mère Mariam, sa souveraine. »

Liparit, devenu ainsi maître incontesté de tout le royaume, s'était hâté d'envoyer à Monomaque des lettres officielles lui notifiant ses succès <■[ demandant à être admis au nombre des amis et des alliés de l'Empire. Monomaque avait l'ait à ses ouvertures un accueil favorable et conclu avec lui une alliance offensive et défensive. Mais le roi Pakarat de son côté, -orlant de >on refuge, avait franchi le Phase et, par la Souanétie et l'antique Colchide, avait réussi à gagner Trébizonde d'où il avait, lui aussi, expédié des messagers au basileus pour demander à aller le trouver à Constantinople. 11 avait de suite obtenu cette autorisation et avait couru dans la capitale où il n'avait pas eu grand peine à expliquer à .Monomaque l'erreur dans laquelle il était tombé en soutenant contre son souverain légitime un vassal révolté. Monomaque avait réconcilié les deux adversaires. Pakarat était remonté sur le trône de ses pères et Liparit avait

1 Voy. pp. 21» sqq.

2 Voy. p. 196.

t Ed. Brosset, I" partie, pp. 'Is sqq, et Additions, pp. 218 sq<

548 LES POR)PHYROGÉNÈTEH ZOE ET THEODOR I

obtenu pour sa vie durant la seigneurie d'une grande partie de la Meschie sous la suzeraineté de son souverain (1). Ainsi s'était terminé ce différend un moment si violent. Ainsi l'habile politique byzantine ici comme en Arménie opposait prince contre vassal dans ces petits royaumes limitrophes «les frontières de l'Empire. Au moment du soulèvement de Tornikios, nous avons vu que Liparit, en compagnie des autres cbefs byzantins en ces parages, guerroyait au service du basileus contre l'émir de Tovin (2).

Revenons aux contingents turks envoyés contre les Impériaux du Vaspouraçan par Toghroul-beg. Leur chef Azanle sourd, dépassantTavrezion et Tiflis, avait pénétré avec ses hordes infinies à travers cette province jusqu'en pleine Arménie, mettant comme toujours tout à feu et à sang sur si m passage, massacrant tout être humain, n'épargnant même pas les enfants. Arisdaguès deLasdiverd (3) dit que les Turks s'avancèrent d'abord dans le pays de Pasen jusqu'au bourg de Vagharschavan au confluent du Mourts et de l'Araxe. Ils y saccagèrent vingt-quatre districts durant que tous les habitants de ces malheureuses contrées se réfugièrent dans la Haute Arménie, dans le canton deMananaghi, sur le mont de Sempadapert et dans la forteresse du même nom. Le « vestis » Aaron qui commandait pour lors

(1) Saint-Martin, op. cit., II, 223. L'Histoire de la Géoryic (1" partie, p. 323) raconte les mêmes faits, seulement < -llo place la venue de Pakarat et de la reine sa mère à Constantinople à une époque postérieure, c'est-à-dire après le retour de Liparit de captivité. Puis elle affirme que le séjour du roi de Géorgie à Constantinople fut un véritable exil, puisque Mononiaque le retint trois années dans cette prison dorée pour être agréable à Liparit et en reconnaissance de ce qu'il avait été fait captif pour le service des Grecs. Liparit profita de cette absence de son roi pour faire couronner le fils mineur de celui-ci, Kéôrki, sous sa tutelle à lui et sous la garde de la reine Gourandoukht, sœur de Pakarat. Voy. au même paragraphe de ïllistoire de la Géorgie le curieux épisode entre le saint athonite géorgien Kéôrki Mthatsruidel venu à Constantinople pour voir le basileus et ses propres souverains et les sorciers samaritains, sectateurs de Georges le Magicien, Il est difficile de dire qui, des Byzantins ou de la Chronique nationale, est dans le vrai pour l'époque du séjour forcé du roi Pakarat à Constantinople. — L'Histoire de la Géorgie (ibid., p. 32!); signale un nouveau séjour de la reine Mariam à Constantinople sous le court règne solitaire de Théodora. Cette basilissa ayant demandé au roi Pakarat sa fille Martha pour l'élever comme sa propre fille, celle-ci vint à Constantinople où se trouvaient en séjour sa grand'mère Mariam et le saint géorgien Kéôrki Mthatsmidel, mais elle trouva la basilissa déjà morte et retourna dans son pays non pas cependant avant que Mthatsmidel n'eut prophétisé qu'elle deviendrait un jour basilissa des Romains, ce qui arriva plus tard par son mariage sous le nom de Marie avec Michel Dukas. Voy. ibid., pp. 337 sqq, les circonstances de la vie de ce saint né vers 1014. Il fut, vers 1051, abbé du couvent ibérien de l'Athos. Monomaque fut son protecteur et sur la demande de la reine Mariam, accorda à son couvent une rente annuelle et perpétuelle d'une livre d'or.

(2) Histoire de la Géorgie, 1 " partie, p. 322.

(3) Ed. Prudhomme, p. 72.

EGLISE Dl ' OUVENT de Daphni, près d'Athènes. — (Phot. de la lapide sud, antérieure aux restaurations, commun, par M. G. Millet.)

en cette région au nom du basileus en qualité de gouverneur d'Ibérie était d'origine royale bulgare. Il était le fils du dernier souverain de ce pays Jean Vladistlav (1) et le frère de ce Prusianos dont il a été question déjà

1 Épopée, II. pp. 386 et 390.

dans cette histoire (1). Épouvanté, par cette formidable invasion, incapable de résister à ces masses immenses de cavaliers ennemis qui se dirigeaient maintenant sur la ville de (iarin (2), il réclama en hâte l'aide de Katakalon Kékauménos (3) qui commandait à Ani depuis la conquête de cette grande ville par les byzantins. A cet appel désespéré, le valeureux <c vestis », sans perdre une heure, accourt au secours de son collègue avec toutes les forces qu'il a sous la main, électrisant ses soldats par ses discours enflammés. Les sources arméniennes, Mathieu d'Edesse en particulier, désignent comme troisième chef des contingents impériaux le fameux magistros Grégoire, tils de Vaçag, qui depuis plusieurs années, nous l'avons vu, était duc impérial du petit thème voisin de .Mésopotamie. Certainement ce capitaine commandait à des troupes de nationalité arménienne.

Les chefs chrétiens tinrent un fiévreux conseil. Sur l'avis constamment audacieux de Katakalon les Impériaux feignirent de fuir en évacuant leur camp où ils abandonnèrent volontairement chevaux et bagages. Puis ils allèrent se mettre en embuscade un peu plus loin. Asan tomba facilement dans le piège. Au matin suivant il quitta ses cantonnements, longeant la rive du fleuve Stragna (i). Ne voyant paraître aucune troupe ennemie, croyant les Impériaux en fuite et s'estimant déjà maître de leur camp, il lit envahir celui-ci sur plusieurs points à la fois et ordonna le pillage. Mais, vers le soir, l'armée grecque, sortant de sa retraite, se rua subitement sur les Turks dispersés et du premier choc les mit en déroute. A/an, combattant au premier rang, tomba avec la fleur de ses guerriers. Ouelques survivants, jetant leurs armes, s'enfuirent à travers les monts jusque dans les solitudes de la Perse. C'est du seul Skylitzès que nous tenons presque tous ces détails.

Une précieuse inscription lapidaire encore aujourd'hui existante sur la muraille de la magnifique cathédrale d'Ani raconte en ternies pompeux

i li Epopée, II, pp. 387 et 390 et p. 14 du présent volume.

(2) Arisdaguès de Ladisverd, éd. Prudhomme, p. 73.

(3) Voy. Math. d'Edesse, op. cit., éd. Dulaurier, p. «1, qui raconte que ce fameux guerrier était, lui aussi, eunuque! Les sources arméniennes l'appellent « Gaménus », altération de soi) surnom grec de x£xi>|j.évo;, ambustus, « le brûlé ». Il était également « vestis ».

i Je n'ai pu identifier exactement ce cours d'eau.

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