‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 99 sur 132 · DESASTRE DE L'ARMEE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

DESASTRE DE L'ARMEE PONTIFICALE

centre par Humfroy el sur les deux ailes par Richard d'Aversa el Robert Guiscard qui se couvrit de gloire. Les troupes italiennes du pape formées d'éléments hétérogènes fuirent honteusement tandis que leurs alliés teutons se battaient comme des limis et se faisaient hacher presque jusqu'au dernier. Le noble pape Léon IX, d'abord réfugié avec ses cardinaux derrière les murs de Civitate, d'où il avait assisté à la lutte, puis dépouillé et chassé par le soulèvement de la population, se rendit aux Normands qui, après s'être jetés à genoux devant lui, lui demandant sa bénédiction apostolique et la levée de l'excommunication qui pesait sur eux, le lais seront se retirer plus ou moins librement à Bénévent et lui tirent même respectueusement escorte jusqu'à cette cité. Il y lit son entrée le ■ï-\ juin 1053 el \ demeura près d'un an, en apparence libre, mais cependant prisonnier des Normands (1), livré aux exercices de la plus austère piété, songeant toujours à reprendre la lutte contre eux tant qu'il lui resterait des forces, comptant surtout pour le faire sur le concours des deux empereurs Henri III et Constantin Monomaque et leur écrivant dans ce but. Cet espoir n'était, hélas, qu'une double illusion!

« Il est probable que les Normands profitèrent de ce temps de demicaptivité du pape à Bénévent pour chercher de nouveau à lui imposer la renonciation à toute alliance avec les Grecs qui, surtout depuis le retour du remuant Argyros, demeuraient leurs pires ennemis en Italie (2). La rupture de l'alliance entre les deux puissances qui enserraient les envahisseurs francs par le nord et par le midi était pour ceux-ci une question de vie ou de mort, mais il ne semble pas que le pape ait souscrit à leurs vœux. Bien au contraire, pendant ce long séjour à Bénévent, Léon IX, plus que jamais résolu à ne pas rompre avec les Byzantins se mit, malgré ses cinquante ans, à apprendre le grec. « Le pape, dit Wibert, son biographe, voulait parvenir à lire le texte grec des Saintes Écritures. » Certainement le souverain pontife poursuivait encore un autre but. Il sentait le besoin d'entrer en relations plus directes avec le « catépano »

(1) Voy. Chalandon, op. cit., (T. 1 40 à 146, où sont fort bien exposées les preuves de la captivité réelle du pape à Bénévent. Nous ne savons pas exactement quelles concessions furent faites par Léon IX aux Normands pour racheter sa liberté. Toutefois Bénévent lui resta.

- Nous savons certainement qu'à ce moment les troupes d' Argyros tenaient encore dans Bari, Otrante, Monopoli, Trani, Siponto, etc.

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Argyros et les populations grecques encore subsistantes dans l'Italie méridionale. Par dessus tout aussi, il désirait se rendre compte par luimême d'une discussion qui venait de s'élever entre l'Eglise de Constant inople et l'Église romaine (1) et qui menaçait de lui retirer cette puissante amitié du basileus si nécessaire à ses ambitieux projets sur l'Italie méridionale! »

Le patriarche Michel Cérulaire ou plus exactement Kémularios, s'appliquant à suivre l'exemple donné deux siècles auparavant par son célèbre prédécesseur Photius, venait, en effet, pour soulever de nouvelles accusations contre l'Église romaine, de déterminer un de ses suffrai;ants, Léon, archevêque d'Achrida ou de Bulgarie, à écrire vers cette année 1053 à un évêque de l'Italie méridionale, probablement à l'archevêque Jean deTrani, alors grand ami du « catépano » Argyros, une lettre fameuse qui avait amené un débat animé et qui, finalement, devait aboutir au schisme définitif des deux Églises (I).

(1) Voyez le curieux incident mentionné par l'abbé Delarc à l'année 1021, op. rit., p. 243. — Voyez aussi Migne, Patrol. lat.. t. 142, col. 670.

(1) A partir de la captivité de Léon IX à Bénévent (juin 1053 à 12 mars 1054) et de sa mort arrivée à Rome dès le 19 avril suivant, jusqu'à l'avènement d'Isaac Comnène, le I" septembre 1057, les sources ne signalent que peu d'événements de guerre dans le sud de la Péninsule italienne. Durant les derniers mois du règne de Monomaque et les règnes si courts de Théodora et du Stratiotique, les Normands, délivrés d'un redoutable ennemi par la disparilion de ce pontife énergique, profitèrent des terribles embarras du gouvernement impérial pour avancer vivement et de tous côtés leurs conquêtes. Humfroy, tout en ayant rudement châtié les habitants delà Pouille qui avaient pris part à la fameuse conjuration de 1051, et pourvu aux besoins d'une nouvelle émigration commandée par trois autres fils de Tancrède de Hauteville, Geffroy, Mauger et Guillaume, en installant les deux premiers en Capitanate et le troisième dans la principauté de Salerne aux dépens du prince Gisulfe, successeur de Guaimar, participé enfin aux conquêtes dont je parlerai plus bas, Humfroy, dis-je, n'avait pu cependant empêcher la dynastie longobarde de rentrer à Bénévent au mois de janvier 1055. Durant ces dernières années de son gouvernement, le peu de troupes grecques, dispersées dans le pays, ne rencontraient les Normands que pour se faire battre par eux et presque toute la Calabre reconnaissait déjà ceux-ci pour maitres. La défaite du pape Léon et de ses troupes avait porté les plus rudes coups aux espérances du o catépano » Argyros qui, à partir de cet été de l'an 1053, après avoir échoué dans ses négociations avec l'empereur Henri III, erra de l'une à l'autre des villes du littoral encore soumises à Constantinople, et assista à peu près impuissant aux incessants progrès des Normands. Seule la nature si tourmentée du sol de la Pouille et des Calabres explique, après tant de victoires de ces redoutables envahisseurs, la persistance d'une lutte dont l'issue, à partir de 1053, était facile à prévoir.

Aussitôt après Civitate, Argyros, déjà mal en cour, envoya, nous le verrons, à Constantinople l'archevêque Jean de Trani pour atténuer l'effet de ces nouvelles désastreuses; mais au lieu de servir les intérêts du « catépano », l'archevêque fit, nous le verrons encore, cause commune avec ses ennemis et se prêta aux insidieuses machinations du patriarche Michel Kéroularios. La chute d'Argyros était imminente et il allait expier l'abandon de la cause patriotique si vaillamment défendue par son père, lorsque la mort de Constantin Monomaque,

MONOMAQVE RACONTÉ l'AR PSELLOS

Avant de parler de cet événement d'une si immense portée qui a marqué dans l'histoire d'un sceau ineffaçable la dernière année du règne de Constantin Monomaque, revenons une fois encore aux informations si précieuses que nuus a données sur <-e prince son favori Psellos. J'ai ilù ( ii >[ » longtemps laisser de côté ces documents de premier ordre, pour

PORTE DU NARTHEX de l'église du couvent de Vatopédi on Mont-Alhos. XI Siècle.

Millet, II- -Études, C. 171.)

m'occuper uniquement des luttes sanglantes qui se livraient sous ce règne sur les diverses frontières de l'immense Empire. Je vais achever ici de raconter d'après le grand écrivain du ximi' siècle ce qui se faisait et se disait à la cour de ce basileus durant que ses lieutenants combat-

survenue en janvier 1055, loi valut quelques années de répit. Dans le courant de cette année 1055, nous le verrons encore, accompagné de l'archevêque Nicolas de Bari, se rendre de sa personne à Constantinople pour faire connaître à l'impératrice Tliéodora la situation critique des derniers territoires grecs d'Italie et pour implorer son secours. Sa voix demeura sans écho au milieu des intrigues de cour de ce règne et du suivant.

Les Normands ne manquèrent pas de profiter de la faiblesse des Grecs pour étendre leurs conquêtes. En 1054 déjà ils s'étaient emparés de Conversant), dans la province de Bari. En 1055, ou peut-être 11)56, ils organisèrent une expédition considérable vers l'extrême sud-est de l'Italie. Elle comprenait trois corps de troupes commandés par Humfroy, Geffroy et le hmeux héros Robert Guiscard. Humfroy battit les Grecs près d'Oria, à l'est de Brindisi. Geffroy, descendant plus avant, prit Nardo et Lecce. Quant à Robert, toujours à l'avant-garde, il parvint jusqu'à Gallipoli où les Grecs ne purent tenir devant lui et se rendit maître une

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taient à toutes les extrémités de l'Empire contre les Turks, les Arabes, les Petchenègues, les Longobards et les Normands.

Psellos nous a fait le plus séduisant portrait physique de Monomaque

première fois d'Otrante, aussi de Castro, de Minervino et de Catanzaro. Voy. Lenorraant, La Grande Grèce, II, p. 276 et III, pp. 11, 39 et 243.

Les conquérants, on le voit, débordaient de tous les côtés et arrivaient aux rivages de l'Adriatique comme à ceux du golfe de Tarente et de la mer Tyrrhénienne. Les Grecs ne possédaient plus que quelques villes de la côte.

Par un hasard heureux, le paragraphe 78 du traité du Slrategicon, tant de fois cité par moi, contient sur cette prise d'Otrante les précieuses informations que voici. Parlant de la nécessité qu'il y a de surveiller les abords des remparts d'une ville assiégée, l'écrivain anonyme s'exprime en ces termes : « Je te citerai un exemple. En Italie, il est sur la mer une ville nommée Otrante. Elle était défendue par un de ses concitoyens nommé Malapezzi (Malopezzi, Malapezza, Meli Pezzi) à la tête d'une garnison composée de soldats russes et vrerings, fantassins et marins. Ce Malapezzi (MaXaitêiÇTiç) avait une nièce qui possédait une maison toute proche du rempart. Comme cette maison était ancienne et importante et appartenait à sa nièce, l'oncle décida de l'épargner et ne la fit point démolir, d'autant qu'il était sans défiance. Les Francs (c'est-à-dire les Normands), malgré leurs efforts acharnés, n'ayant pu réussir à s'emparer de vive force de la ville, leur chef ou duc imagina la ruse que voici : « Si tu m'aides à pénétrer par le rempart dans la ville, fit-il dire à la nièce de Malapezzi, je te prendrai pour femme. » Il lui jura la chose par serment et lui fit de riches présents. Entrainée par son désir, elle fit ce qu'on lui demandait. La nuit, à l'aide de cordes, elle hissa chez elle plusieurs Francs parmi les plus intelligents et les plus habiles, et ceux-là, dans l'ombre de la nuit, démolirent le mur et firent entrer ainsi un grand nombre des leurs. Avant le lever du soleil, ils fondirent à grands cris sur les défenseurs d'Otrante qui, voyant la ville pleine d'ennemis, prirent éperdument la fuite. Ce fut un désastre aussi subit qu'affreux. Malapezzi réussit presque seul à se sauver sur un navire et s'enfuit honteusement, laissant sa femme et ses enfants aux mains des Francs. »

Otrante était une des dernières villes byzantines d'Italie qui tombait ainsi au pouvoir des Normands. Elle retourna encore une fois aux mains des Grecs mais pour peu de temps, car ils la reperdirent en 1068. Voy. Slrategicon, i" éd., pp. 279 sqq, la très intéressante discussion de Wassiliewsky sur ces deux sièges consécutifs.

La Chronique de Lupus, à l'an 1034, je l'ai dit, note la mort d'un protospathaire du nom de Sikon et à l'an 1056 celle de l'archevêque Pierre de Cosenza.

Après cette campagne si brillamment couronnée par la prise d'Otrante, Robert, un moment brouillé avec Humfroy, regagna en C.dabre son château de San Marco, où il redevint le fléau des populations d'alentour. Sa renommée, sa bravoure incomparable avaient attiré auprès de lui une foule de guerriers normands à l'aide desquels il put encore attaquer victorieusement les principales cités du sud de la Calabre — Bisignano entre autres — qui jusque-là avait appartenu aux Grecs et résisté à tous ses efforts, puis Cosenza et plus au sud Martorano. Il domina dès lors dans toute la vallée du Crati. C'est à San Marco qu'il apprit, dans les premiers mois de l'an 1057, la maladie mortelle de son frère Humfroy. Il se rendit à son chevet et reçut de lui la mission de veiller comme tuteur tout-puissant sur la jeunesse de ses fils et héritiers Abaillard et Hermann. Humfroy fut pleuré de toute la Pouille qui perdait en lui un grand prince. Robert, dépouillant ses neveux, devint comte de Pouille en son lieu et place et fut élu chef des Normands dans le courant d'août. Dans ce même mois, Isaac Comnène fondait à Constantinople la dynastie qui porte son nom dans l'histoire. — A Victor II, ancien évêque allemand, élu le 13 avril 1055, en remplacement de Léon IX, après un interrègne de près d'un an, et mort lui-même à Arezzo le 28 juillet 1057, avait succédé dans ce même mois d'août suivant qui vit tant de changements, un pape également allemand du nom d'Etienne IX qui n'était autre que l'ancien ambassadeur de Léon IX à Byzance, le cardinal Frédéric de Lorraine. Le 5 octobre de l'an précédent était mort également à Bodfeld, dans le Harz, l'empereur Henri III auquel succéda son fils Henri IV âgé de cinq ans.

PORTRAIT PHYSIQUE DE MONOMAQl 1 ,,;,i

avant que la souffrance constante de sa maladie goutteuse n'eûl définiti vement altéré l'élégance de ses traits. « Constantin, dit— il probablemenl avec quelque exagération, était au moment de son avènement au trône beau d'une beauté harmonieuse, parfaite et sans rivale, beau comme Achille et Nérée. Sun visagebrûlé par le soleil était coloré. Le reste de Sun corps était d'une entière et éclatante blancheur. Sa splendide chevelure le faisait comparer par ses flatteurs à un soleil rayonnant. Il s'exprimait avec charme (l'une voix virile. Sun sourire était plein de grâce. Sa vigueur en même temps était sans égale, sans qu'il fût pour cela d'une taille exceptionnelle, tant la nature avait fait de lui un modèle achevé, tant il y avait de proportion dans ses membres et d'harmonie

dans son visage. Et cependant il n'existait pas d'h me si fort et si

vigoureux qu'il ne pût étouffer de son étreinte. S'il lui prenait fantaisie de disloquer un bras, le patient pouvait attendre bien des jours sa guérison. » Enfin, ce qui montre qu'ici encore les usages antiques se perpétuaient au milieu de la vie byzantine, Psellos loue son prince non seulement d'avoir été cavalier accompli, mais aussi d'avoir excellé dans la course à pied et dans les jeux du pentathle.

( Un an n'était pas écoulé depuis que Monomaque était devenu l'époux de Zoé, poursuit notre historien, que toute cette fleur de beauté et cette vigueur avaient presque disparu. Un mal lent, implacable, — certainement un rhumatisme goutteux, — débutant par les extrémités inférieures, déformait et ankylosait successivement toutes les articulalions des membres et de la colonne vertébrale. Bientôt le pauvre basileus dut demeurer couché ou se faire aider pour marcher.

La maladie procédait par crises. Après les pieds, les mains furent envahies, puis les épaules, puis tout le corps. « J'ai vu, dit Psellos, ses doigts si effilés se déformer, se replier, se couvrir de nodosités à tel point qu'il ne pouvait plus s'en servir, ses pieds déjetés l'un sur l'autre, ses genoux enflés au point de ne pouvoir le supporter. Il ne pouvait presque plus quitter sa couche. Quand il lui fallait paraître en public ou se rendre au conseil, il se faisait porter. Avant tout il tenait avec une opiniâtre énergie à remplir ses fonctions officielles multiples, malgré les souffrances qu'il en éprouvait. Comme il avait été excellent cavalier, il

parvenait encore à se maintenir en selle dans les cérémonies publiques, mais c'était au prix de douleurs telles qu'il en perdait le souffle. Comme ses mains enflées ne pouvaient tenir la bride, de solides écuyers de haute (aille le soutenaient de chaque côté, le portant à l'arrivée comme au départ. Malgré tant de maux son caractère demeurait plein

d'aménité. Parfois, au spectacle ou aux jeux, pour que le public ne vint pas à se douter de ses souffrances et n'attribuât point son attitude au laisser-aller, il se levait seul et s'efforçait de marcher sans l'aide de personne. Dans les processions solennelles où il devait figurer, on avait soin de veiller au bon état des rues pour que son cheval qu'il était incapable de soutenir ne vint point à trébucher. Dans l'intérieur du Palais, il se luisait constamment porter en litière. Durant ces crises qui se suivaient à intervalles très rapprochés, il éprouvait des tortures abominables, ne parvenant pas à trouver dans son lit une position qui lui fût moins pénible. Ses gens, à force de coussins et autres menus arrangements, s'efforçaient de lui procurer quelque soulagement. Il ne pouvait supporter qu'on le remuât. Parler, même tourner les yeux lui était une exaspération de douleur, aussi gardait-il une immobilité parfaite, pareil à un mort. » « Et cependant, poursuit le chroniqueur, je jure Dieu que jamais dans les pires moments

' OU] i:i: Il 'RE HE I '. I M ÎEL L 1 IRE en bn mue doré. - Travail byzantin do X"-< ou tin XI"* Siècle. — L' Annonciation.

— (Coll. Martin Le lt"y. >

MOSAÏQUE BYZANTINE PORTATIVE à fonds d'or conservée au cornent de VEsphigmenou

nu Mont-Athos. — Le Christ bénissant. — Très fin travail du XI'"C siècle. — L'encadrement d'argent est d'époque postérieure. — (Millet, H'^-Ètudes, C. 195. )

il ne lui échappa un murmure contre la volonté céleste. Voulait-on le plaindre, il vous imposait silence avec sévérité. « Dieu, disait-il, me dispense cette épreuve pour dompter mes passions qui, rebelles à la

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raison, céderont à la souffrance. » « Vraiment ce pauvre basileus philosophant parmi de telles tortures physiques semblait avoir une résignation quasi-divine. »

« Constantin Monomaque, — c'est toujours Psellos qui parle — avait encore une grande qualité qui eut pu lui coûter cher. Il était infiniment confiant. Jamais il ne prenait la moindre précaution pour se garder. Durant son sommeil aucune porte de ses appartements n'était surveillée, aucun soldat n'était de faction. Souvent tous ses gens s'en allaient à la fois le laissant seul. N'importe qui à ce moment eût pu l'approcher sans trouver personne auprès de lui. Lui reprochait-on son imprudence, il vous traitait doucement d'impie : « Je suis basileus, disait-il, par la grâce de Dieu, et c'est Dieu qui me protège. Je n'ai besoin d'aucune autre défense et méprise souverainement toute garde humaine. » Cette attitude très courageuse était en elle-même fort blâmable, conclut philosophiquement Psellos. Jamais les souverains les plus méritants, parce qu'ils se faisaient garder, n'ont estimé qu'ils manquaient de confiance envers Dieu et cette témérité de Monomaque fut cause pour lui de grands périls et de grands maux ». Ici notre chroniqueur raconte en termes aussi prolixes que confus une tentative d'assassinat dirigée contre le basileus et qui faillit réussir. C'était à l'époque où Psellos était fonctionnaire au Palais. L'auteur de cet attentat fut un scélérat d'origine étrangère, « un barbare de haute lignée », mais de vie dépravée et de mœurs ignobles. Fidèle à ses habitudes de haute prudence, Psellos ne nous a point dévoilé le nom de ce personnage. Celui-ci, dans son cynisme, osait, parait-il, se vanter d'avoir frappé de sa main quelques-uns des basileis prédécesseurs de Monomaque avant leur avènement, probablement un des deux Michel. Il faisait avec insolence étalage de cette main criminelle. «. Peu s'en est fallu plus d'une fois que je ne l'étranglasse, s'écrie Psellos, dans la rage folle où j'étais de l'entendre insulter ainsi nos princes! 0 honte! cet homme, ancien esclave acheté pour le servie.' du Palais, avait fini, grâce ta la faveur du basileus, par passer au premier rang des dignitaires, par faire même partie du Sénat ! » Naturellement ce misérable fut assez fou lui aussi pour rêver la pourpre. Profitant de ce que Monomaque

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