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les jeunes nobles, parmi les plus éprouvés et les plus intrépides soldats des armées d'Anatolie. Nous ne savons malheureusement rien de leur armement ni de leur équipement, sauf qu'il était de toute beauté, d'une richesse incomparable, et (pie tous ces guerriers portaient la cuirasse, c'est-à-dire la cotte de mailles, comme, du reste, toute la grosse cavalerie des armées impi'riales, même celle de la plupart des nations ennemies à cette époque. Probablement, la leur était dorée. Nous ignorons également quel était l'eifectif de ce corps, mais il devait être nombreux, à en juger par les services •[u'il rendit dans cette campagne. Par le jieu de mots que Léon Diacre consacre aux Immortels, ce devait être un spectacle extraordinaire que le passage de cette troupe éclatante, étincelante d'or et d'argent.
Derrière cette avant-garde, s'avançait le basileus, certainement entouré du plus brillant état-major. Il avait revêtu, nous dit le chroni([ueur, une merveilleuse armure qui l'habillait admirablement de pied en ca]). Le cheval qui le portait était dune fougue, d'une impétuosité extraordinaires. Jean Tziniiscès tenait à la main une 1res longue lance. Ou aimerait à posséder quelques détails plus précis sur cet impérial accoutrement. Jamais, à aucune époque de l'histoire byzantine, les chefs militaires ne paraissent s'être préoccupés, à un plus haut point, de se distinguer par la splendeur de leur costume de guerre. (Iliaque fois qu'un d'entre eux entre en scène, chaque fois que Léon Diacre, Skylitzès et, après celui-ci, Cédrénus décrivent un de ces combats singuliers dans lesquels les chefs des armées ennemies aimaient à se mesurer sous le regard de leurs soldats, chaque fois ces chroniqueurs ne manquent |ias d'insister sur les costumes éblouissants portés par les généraux impériaux, sur la richesse de leurs armes, l'opulent harnachement et la beauté de leurs chevaux. C'était pour tous ces chefs un moyen puissant d'action sur les âmes simples de ces multitudes guerrières, aussi bien de ceux qui combattaient sous leurs ordres que de ceux qu'ils allaient combattre. Il fallait que le général, pour être sûrement obéi, pour entraîner facilement dans les plus redoutables jiérils ces natures naïves, leur apparût dans un rayonnement quasi divin, comme un être au-dessus de l'humanité, resplendissant des feux des métaux, reluisant des plus belles couleurs, comme une sorte de combattant surnaturel. Malheureusement, aucun chroniqueur n'a daigné faii'e pour nous la description miuu-
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lieuse de ces luibillemenls sonipliieux. Cerlaiiiemciit, l'or et l'argent ciselés, incrustés, damasquinés, jieul-ètre même émaillés dans le cas d'un basileus, devaient briller de tous leurs rayons sur les casques et les diverses parties de l'armure et du harnachement. Les justaucorps étaient de couleurs éclatantes, d'étoffes rares, probablement de soie, doublées de cuir, avec des broderies et des applications de fds d'or, d'argent, de perles surtout, entremêlées de pierres précieuses et de cabochons. Les bras, les jambes étaient protégés, du moins antérieurement, par des plaques de métal poli et incrusté. Le cheval de guerre devait être également couvert d'or, peutêtre de soie, avec des pierres précieuses ou parfois des camées en guise de phaières (I). Les armes, l'épée, la lance, la masse d'armes étaient de toute richesse. De loin, Jean Tzimiscès resplendissait au soleil du Balkan comme un saint Georges légendaire.
Derrière ce chef brillant suivaient quinze iiiillc fantassins et treize mille cavaliers (2). Si ces nombres sont exacts, on sera frapp(' du chilVre énorme de la cavalerie comparé à celui de l'infanterie. Les Byzantins avaient certainement reconnu qu'ils avaient tout avantage à attaquer à cheval les Russes, mal exercés à cette tactique. En y comprenant les Immortels, Jean devait avoir une trentaine de mille hommes à sa suite.
Le reste des forces, dont Léon Diacre a également négligé de nous dire le chiffre (mais on comprend par le fait seul de l'existence de cette seconde armée quels eifectifs considérables Jean Tzimiscès entraînait au delà des monts), devait suivre plus lentement cette rapide avant-garde commandée par le basileus. Avec ce corps de seconde ligne voyageaient les immenses impedimenta d'une aussi grande agglomération de troupes, l'infinie quantité de chars portant les approvisionnements, les bagages, le matériel de guerre, le parc enfin avec toutes les machines de siège et de combat. Toutes ces forces du second rang étaient placées sous le haut
(1) Oïl appelait 0 phaières », chez les Grecs et les peuples barbares, des rangées de médaillons suspendus, d'or, d'argent et de pierres précieuses, dont se paraient les guerriers et qui décoraient la bride ou le poitrail des chevaux.
(2) Ce sont les cliilTres de Léon Diacre. Skylilzi's dit seulement <i cinq mille hommes d'inlanlerie légère et quatre mille cavaliers'). Zonaras (éd. DindorI', t. IV, p. 97) dit a quatre mille fantassins et cinr| niilli' lavuliers ». Il est vraiment bien dil'llcile de .savoir à peu près à quoi s'en tenir. Skylilzis et Zonaras sont bien plus éloignés de ces événements que Léon Diacre qui en a été le contenq)urain.
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commandement du parakimomène Basile. On voit de quel armement immense il s'agissait et combien les Russes constituaient un péril redoutable. Le basileus et son premier ministre, principal personnage de l'empire après les trois empereurs, marchaient contre eux à la tète des meilleures troupes de la monarchie.
Ainsi que Jean Tzimiscès l'avait annoncé à ses lieutenants, et contrairement, semble-t-il, à l'opinion générale de ceux-ci, le passage par cette masse d'hommes armés de ces étroits défilés, de ces sentiers abrupts du col de Dobrol (1), se fit sans encombre. Une marche rapide porta le corps d'armée du basileus sur l'autre versant des monts, par delà les gués escarpés du petit (2) et du grand Kamtchik et cela avec une facilité telle, qu'au dire même de Léon Diacre la chose sembla miraculeuse aux acteurs principaux de cette épopée. Les Russes ne paraissent vraiment s'être doutés de rien, et les Byzantins ne semblent pas avoir rencontré la moindre avant-garde de Sviatoslav. Aucune mesure n'avait été prise par le grand-prince de Kiev pour défendre ces gorges d'un accès si périlleux (3).
Dès que lîi montagne eut été fraiicliie, le basileus donna quelque repos à ses troupes dans une position naturellement très forte. Le chroniqueur décrit celle-ci comme étant une hauteur assez élevée, défendue sur chaque flanc par une rivière, probablement donc placée au confluent de deux cours d'eau ou bien encore protégée par les sinuosités d'un seul. Il serait téméraire, sur des renseignements aussi sommaires, de chercher à identifier cette localité avec quelque précision (4). C'était le Mardi Saint, deuxième jour de la Passion de Notre Seigneur. Le lendemain, Mercredi Saint, 3 avril, le basileus, faisant lever le camp, marcha avec tout son monde en colonnes serrées sur la Grande Péréiaslavets, capitale principale des
(1) C'est par ce même (lolilé que passa l'armée russe en 1829 pour aller à AiiJriiiople. Tcherlkov, op. cil., p. 19G.
(2) Ou Koiitcliouk Kauilchik ; aussi Déli Kamtchik.
(3) On ne saurait aller aussi loin que M. Biélov, op. cit., p. nS, et ne voir dans ce fait que la négligence presque voulue d'un vainqueur ! La vérité est que, pour une raison ou une autre, les Russes ne s'attendaient pas à l'attaque des Grecs.
(4) Dans la vallée du Panysos, le Sirissou ou Pravadi d'aujourd'hui, non loin de la Probaton byzantine, la Provadia ou Pravadi actuelle (voy. Kanitz, op. cil., p. 414), se trouvait une localité désignée par les chroniqueurs sous le nom de Skopélos (la Koche). On a voulu très arbitrairement y reconnaître le lieu indiqué par Léon Diacre comme choisi par Jean Tzimiscès pour y établir son campement après le passage de la montagne.