SIÈGE DE LA GRANDE PEREIASLAVETS
rois bulgares (1), où se trouvait concentrée une notable partie de l'armée russe (2).
Un aperc^uil encore aujourd'hui les ruines misérables de celte ville
MINIATURE BYZANTINE du Menologion hasilU'n de la Bibliotheijui- du l'atican, un di;!< plux heauv maninfcrita hi/zantins du X"" Siècle, exécuté sur le commandement du basileus Basile II. — Saints Evéïiues.
médiévale l'ameuse, à la luc;ililé acluellc de l'reslav, eu turc Eski Stamboul, sise dans une région accidentée à un j)eu plus de vingt kilomètres au sud de Choumla sur les pentes septentrionales du Balkan, dans le bassin du grand ivamliliik '\ (jui, cniilant au pied de ces hauteurs, va se jeter dans la mer Noire. Des pans de iiiiii'ailles énormes dressés dans la campagne auprès du village aclurl indi(pii'nl ilain-nicnl ipic ce heu
(1) Elle s'appnlait .linsi pour la distinguer de l'aulro citV- Itiilgaro du mi'uio nom, la Petite Péréiaslavets ou l'erlsl.iva. — Tclierlkov, op. cit., p. 224, fait ici erreur. Voy. Drinov, op. cit., cliap. IV, note 16.
(2) Voy. dans TcliertkiPV, op. '-(7., p. 22i. les raisons pour li'si|urllcs cet .iiili'ur rniil ipie la garnison russe de l'éréiaslavi'ls était liicwi iiinins nniNlireusi' ipn' m' le disnit les sources byzantines.
(3) Ou Kamtschidja. Voy. sur ces ruines Kauilz, op. cit., p. SSS.
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fut le siège d'une grande ville. Les débris de toute sorte qu'on y a rencontrés ne laissent plus aujourd'hui de doute à ce sujet. C'est bien là que fut, durant des siècles, la résidence des premiers tsars bulgares. Un édifice entre autres, le Saray, ou Saraj, comme l'appellent les habitants, se compose encore de murs épais, hauts de cinq à six mètres, formant une enceinte rectangulaire dont les côtés (uit plus de cent mètres de longueur. Était-ce là l'emplacement de l'aoul ou palais des successeurs du grand Syméon "? Ce champ de ruines a déjà fourni aux constructions de Choumla de nombreux matériaux, mais aucune fouille régulière n'y a été entreprise. Sauf Kanitz, aucun voyageur ne l'a parcouru avec quelque attention. Preslav demeure encore une énigme devant laquelle la curiosité s'arrête impuissante à en pénétrer les mystères. On sait seulement que dès longtemps la Grande Péréiaslavets avait été choisie pour résidence par les tsars bulgares à cause de sa position commandant deux des principaux passages du Balkan. Ituinée par l'empereur Xicéphore Logothète, elle avait été relevée si magnifiquement par Syméon, que la nouvelle ville (I aux maisons de pierre et de bois de toutes couleurs, aux églises revêtues de marbre, d'or et de riches peintures, où le prince, chargé de perles, de colliers et de bracelets, trônait, l'épée d'or au côté, au milieu de ses boïars étincelants de joyaux précieux », acquit bientôt une grande célébrité. A partir de la catastrophe dont allait la frapper Jean Tzimiscès, la Grande Péréiaslavets ne fit que déchoir jusqu'à ce cpi'elle fut tombée aux mains des Turcs, qui en ont fait la ruine d'aujourd'hui.
Au moment de l'approche des Grecs, le conimandement dans cette place de guerre était aux mains du clii'l' varègue Sphengel (1), « le troisième dans l'armée russe après Sviatoslav » (2), ce dernier se trouvant retenu à Dorystolon, la grande forteresse du bas Danube, aujourd'hui Silistrie, j)robablement par la nécessité de repousser l'attaque de la flotte impériale. « Cette dernière ville, aussi appelée Dristra, était la tête et
(1) «Svankel». C'est le Sphagellos ou Sphangellos des Byzantins. M. BuAoY,op. cit., p. 179, et après lui M. Drinov, op. cit., p. 104, identifient ce personnage avec le boiar Sviénald des Chroniques russes (Svenaldus) qui fut au service d'Igor dès 943, suivant le témoignage de la Chronique dite de Nestor. Le même chef se trouve cité dans le traité avec Jean Tzimiscès. Il est mentionné pour la dernière fois en S'ÎT.
(2) Skylitzès dit le « second ».
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comme le nœud de tout le système de furtifications destiné à défendre les passages du fleuve, du pont de Trajan et de la tour de Théodora au fossé de la Dobroutcha et à la citadelle de Gaput-Bovis » (1). Sphengel et ses soldats étaient, semble-t-il, absolument sans défiance, ne se doutant pas (pie les Grecs eussent franciii le Balkan.
L'armée s'était avancée silencieusement. Soudain, comme on approchait du camp ennemi établi sous les remparts mêmes de Péréiaslavets, au signal convenu, tous les instruments de musique, les trompes de guerre, les trompettes, les cors sonnent à la fois. L'air releiilit du bruitdes cymbales et des tambours dont les roulements vont se répercuter tout le long des flancs des vallées. Un effroyable tumulte emplit l'atmosphère. Cavaliers et fantassins impériaux, poussant d'incessants cris de guerre, se précipitent en masses })rofondes dans la direction des Russes, qui s'efforcent de se grouper. Revenus de leur premier émoi, ces braves, saisissant leurs armes, jetant sur l'épaule leurs immenses pavois, poussant tous ensemble ces longs mugissements par lesquels ils s'excitent récipro- (piement au combat, courent se ranger en bataille dans la vaste plaine très riche qui entoure la métropole bulgare. Sur-le-champ un combat furieux s'engage, horrible mêlée corps à corps. Longtemps la lutte demeura indécise entre les gigantesques fantassins du Dnieper et les soldats byzantins. Ceux-ci faisaient des miracles de valeur, mais les Russes, moins nombreux, se défendaient en désespérés.
Sentant (pi'il faut en finir sous peine d'avoir le dessous, Jean, qui avait gardé les Innnortels en réserve, les lance en une charge éperdue sur l'aile gauche des Ross. Ces admirables cavaliers, en troupe compacte, donnant de l'éperon à leurs chevaux, fondent la lance en avant sur les piétons varègues massés en forme de coin. Malgré leur froide bravoure, ceux-ci ne peuvent soutenir ce choc accablant. .Mal préparés à ce genre de lutte qui les trouble et les effraie, ils ne savent parer l'attaque de ces lourds lanciers bardés de fer; ils rompent les rangs, lâchent pied et se sauvent, horriblement bousculés par les Immortels. Leur déroute, en découvrant le centre de l'armée, entraine successivemoiil (l'iui-cl [mis l'aile droite dans une retraite préci-
(1) Couret, up. cil., |). nu.
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pitée. Tous les Russes fuient vers la ville. Les Immortels les poursuivent de toutes parts, les poussant de la lance, coupant à travers la campagne le chemin de la retraite à beaucoup d'entre eux. La plaine se couvre de cadavres. De nombreux Russes sont faits prisonniers. Enfin les derniers fuyards se sont engouffrés sous les grandes portes de bois bardées de fer de Péréiaslavets. Sphengel, qui était demeuré dans la place avec la réserve, craignant à chaque seconde de voir les Byzantins se jeter dans les rues à la suite de ses soldats, fait fermer toutes les issues. Alors les Russes en déroute reprennent leurs esprits. Séparés des Immoi'tels par ces formidables murailles, ils se rallient à la voix de leurs chefs. Unis à ceux qui n'ont pas encore combattu, ils gravissent les remparts, qu'ils couronnent de leurs masses, et parviennent enfin à arrêter l'attaque furieuse des Byzantins en les accablant du haut des tours de volées de traits et de toute espèce de projectiles.
Cette bataille de Péréiaslavets du .3 avril, premier combat au delà du Balkan, fut jtour les Russes un grand désastre. Léon Diacre affirme avec une évidente exagération que huit mille cinq cents des leurs périrent (1). La nuit seule mit fin à la lutte. Les impériaux campèrent au pied des murs probablement en bois plutôt qu'en pierres (2) qui protégeaient leurs ennemis décimés.
Kalocyr, le traître, auteur principal de cette guerre, se trouvait dans Péréiaslavets. Il sut de suite que le basileus, si facile à reconnaître à son costume éclatant, commandait en personne ce premier corps. Très ému par cette venue pour lui si grosse de périls et qui, à elle seule, suffisait pour annoncer une lutte des plus sérieuses, il n'eut (pi'une pensée, prévenir au plus tôt Sviatoslav campé, je l'ai dit, à Dorystolon sur le Danube, avec le reste des siens. Lorsque la nuit eut fait cesser le combat, le hardi aventurier, réussissant à se glisser hors de la ville, se jeta à bride abattue sur la route du nord (3).
(1) Zonaras, par contre, dit que les Russes qui reçurent le premier choc des impériaux n'étaient pas huit mille en tout.
(2) Tchertkov, op. cit., note de la p. 226.
(3) Je continue à suivre ici de préférence le récit de Léon Diacre. Celui de .Skylilzis et de Cédrénus, plus confus, est assez différent, mais parait moins vraisemblable. Skylilzès semble dire, ce qui est absolument faux (voy. Tchertkov dans Biélov, op. cit., p. l'ig), que Sviatoslav, averti par Kalocyr, put encore accourir assez à temps pour porter secours à ses