Y TZIMISCÊS
liaraniïue, au souffle de son àme, un frisson guerrier parcourut la mâle assistance, et tous ces hommes qui, un moment auparavant, ne parlaient que de fuir ou de se rendre, applaudissant frénétiquement aux paroles de leur chef, jurèrent de faire encore un effort, de vaincre ou de moiu-ir avec lui. « Or jamais, ajoute le Diacre, on ne voit dans les comhats un Tauroscythe se hvrer à son vainqueur, parce qu'ils sont persuadés que ceux qui sont massacrés dans les batailles deviennent aux enfers les esclaves de ceux qui les ont tués. Pour prévenir ce malheur, dans les cas désespérés, ils se passent eux-mêmes leur éjiée à travers le corps. »
D(uic, pour mériter le bonheur dans la vie future, on résolut à Dorystolon de vaincre ou de périr. Dès le lendemain, qui, d'après Léon Diacre, était un vendredi (1), le soir, vers l'heure du soleil couchant (2), tout ce qui restait de l'armée russe, tmit ce qui pouvait encore porter une arme, guerriers, femmes ou enfants, sortit en masse de Silistrie et un combat nouveau s'engagea, peut-être \r, jikis acharné, le plus obstiné de tous ceux (pii furent livrés à ce moment sous ces murs. Une fois encore les fantassins de Scythie se ruèrent sur l'cnnenii, en colonnes serrées, hérissées (le laiires baissées, disparaissant sous les grands boucliers. Sviatoslav avait fait fermer les portes pour ôter aux fuyards tout espoir de se sauver. Le basileus opposa à ces désespérés l'élite de ses troupes, qui accoururent prendre position au-devant du camp. L'attaque des Varègues fut furieuse, violente au delà de toute expression. A coups de flèches et de javelots ils couvi'aient de blessures chevaux et cavaliers, les culbutant. De part et d'autre, c'était bien la lutte suprême. Chaque parti était résolu à périr jilutêil (jue de faire un pas en arrière.
Un moment les Grecs, fatigués par le poids de leurs armes, succom-
(1) Voy, dans Murait, op. cit.. t. I. p. 535, l'explication de la date du ~ juin proposée par cet auteur. Léon Diacre dit que ce fut le vendredi 24 juillet: or le 24 juillet de cette année 972 était un mercredi. Skylitzès donne la date du 22 juillet. — La fètc de saint Théodore, qui tombait, on le verra, le jour de cette bataille, se célèbre le 8 juin ! — Tout cela est bien confus. Voy. Lambine, op. cit., p. 154, note, et p. 180, où M. Wassilievsky s'inscrit en faux contre les conclusions de Murait et tient pour la date de la lin de juillet, indiquée par Léon Diacre.
(2) II semble que les Russes, probablement peu accoutumés à combattre sous les rayons bridants du soleil du Danube, affectionnaient pour leurs attaques ces heures si tardives; peut-Otre aussi était-ce pour profiter des ombres de la nuit. Toutefois Skylitzès n'est pas ici d'accord avec Léon Diacre, car il attribue le moment d'hésitation qu'éprouvèrent en ce jour les bataillons impériaux, au fait que « sur l'heure de midi » ceux-ci se trouvèrent épuisés par l'ardente chaleur et la soif qui les dévorait.