COMBATS FURIEUX SOUS DORYSTOLOX
son cheval et s'i-laiico sur If jiriiR-o varcgue ! C'était, dit li; chroniqueur, son liabituile de s'exposer ainsi témérairement et il avait réussi de la sorte à tuer beaucoup de guerriers russes dans les combats des jours i)récédents. Donc il l'und sur Svialoslav, le Irapjiaiit à la nuque d'un vinlrnl ciiuii lie Sabre. A i'rllVdi des Russes, il réussit à précipiter le jirince de son cheval. Quel nionicnl pnur les deux armées ! Malheureusemeid pour rhrriiï(|iie Sarrasin il n'arrive pas à tuer son adversaire; la cotte de mailles et le bouclier empêchent l'arme de pénétrer. Accablé instantanément par la foule des bersakiers qui se j)récipitent au secours de leur chef, il se défend en désespéré, en égorge jilusieurs et s'impose à l'admiration de tous par son étourdissant courage. Mais on lui tue son cheval à coups de flèches. Projeté à terre, il est immédiatement haché en morceaux. Ce guerrier audacieux entre tous fut jileuré par ses anciens adversaires dont il était devenu l'allié et le sujet fidèle. Grandi sous le beau ciel de Crète, il juril en un duel glorieux sur la live du grand fleuve de Scythie. Ce combat de l'émir crétois et du prince varègue dans les champs de Bulgarie a, me send)le-t-il, la plus héroïque saveur.
Les Russes, ranimés par la mort de cet homme dont ils avaient si souvent vu étinceler sur leurs tètes le glaive redouté, jetant plus vivement leur cri de guerre, repoussent encore les impériaux, qui reculent sur lovile la ligne. C'était toujours à recommencer dans ces combats constamment corps à corps. De nouveau le basileus, pour arrêter le flottement des siens, s'élance au premier l'ang, et charge à la tète des Immortels. Les tambours de guerre roulent leurs notes éclatantes; les trompettes sonnent sur tout le front byzantin ; les cavaliers cataphractaires. qui battaient en retraite, à la vue de leur chef, font volte-face une fois encore. Tous ensemble exécutent une charge suprême. En même temps — et les pieux soldats de la Théotokos ne doutèrent point (pie ce ne fùl là un signe d'origine divine, — le ciel, après l'écrasante chaleur du jniir, s'était voilé de nuages énormes. Soudain un orage soufflant du sud éclate avec violence.
Un terrible lourbillun de vent mêlé de pluie diluvienne frappe les Russes an visage en les aveuglant d'abord sous les Ilots d'une prodigieuse poussière. Déjà ils étaient ébranlés par cet- incident inattendu. Mais un prodige bien autrement ell'rayant vient mettre le condjleà leur épouvante.
Mi JEAX TZIMISCES
A cet instant précis, les deux armées virent distinctement, dit-on, un cavalier inconnu s"élancer, monté sur un blanc coursier, à la tète des lignes romaines. 11 exhortait les soldats byzantins de la voix et du geste à se jeter sur les Russes. Il s'y précipita lui-même à plusieurs reprises, rompant à chaque fois les bataillons varègues, jetant l'effroi dans leurs rangs. Cette trouldante ajijiaritinn. en électrisant les Byzantins, exerça la plus grande influence sur l'issue de la lutte. On n'avait jamais vu auparavant ce combattant mystérieux. On ne le revit point après la bataille et ce fut vainement que le basileus, désireux de le remercier, le lit partout rechercher dans le camp romain. Tous, chefs et soldats, ces pieux lils de la Vierge, ces guerriers dévots de la fin du x°" siècle, demeurèrent convaincus que cet éblouissant cavalier était le glorieux saint Théodore Stratilate en personne, le mégalomarlyr, un des princijiaux saints militaires, patron vénéré des armées byzantines, (jui leur avait fait remporter déjà les plus brillantes victoires. C'était un des deux saints Théodore guerriers, surnommés les Calliniques pour tous les succès que leur devaient depuis des siècles les armes orthodoxes. L'autre était saint Théodore le Tyron. On plaçait à Bvzance leurs lumineuses effigies, martialement accoutrées, sur les grands étendards des flottes et des armées.
Ce jour était précisément celui de la fête onomastique du Stratilate et en même temps de sa Translation (1). C'est pour cela qu'on crut si fermement dans l'armée que le beau cavalier céleste n'était autre que l'illustre niarlyr (|ui. ayant été soldat toute sa vie, était venu combattre le bon combat en faveur de Jean Tzimiscès. Celui-ci l'avait toujours honoré d'une dévotion particulière. Il le considérait comme son patron et avait coutume de l'invoquer à la guerre comme son frère d'armes et son tout-puissant protecteur.
Le bruit courut encore, après cette ti'irilile bataille, ipie, la veille de la lutte, vers la fin de la nuit, à Constantinople, alors que tous, dans l'immense ville, étaient plongés dans l'altenle anxieuse des nouvelles
\ïj Léon Diacre, Skylitzës, Céiirénus, Zonaras disent tous trois que c'était le jour même de la ffte. On a vu que la fête de saint Théodore se célèbre en réalité le 8 juin. 11 y a là une grosse difficulté que Murait a tenté, sans grand succès du reste, de résoudre en reportant aux premiers jours de juin tous ces derniers combats sous Silistrie que Skylilzès place aux derniers jours de juillet.
LiEFMTE FIXALE DES RUSSES
du théàlro île la guerre, une nonne très dévote endormie en sa cellule avait vu en songe venir à elle la grande Théotokos avec une étincelante escorte de saints « qui semblaient des naniiiic- \ivantes ». S'adressanl à ce cortège étrange, la Reine des cienx a\ail ordonné qu'on allât chercher le martyr Stratilate, ce ijui avait été fait aussitôt. Le saint était apparu sous les traits d'un jeune guerrier tout armé. Alors la Théotokos lui avait adressé ces mots : Il Notre cher Jean (1), seigneur Théodore, livre aux Russes de furieux et bien durs combats. En cet instant même, il est terriblemeni pressé par eux. Cours à son secours avant c|iL'il ne soit trop tard, car il est vraiment en très grand péril. » « Je suis prêt à obéir à tes commandements et à ceux de Dieu » ,
AIGU/ÈRE DE CRISTAL. Œuvre arabe de la (m du A"" Siècle. (Ce vase précieux d couvercle d'or, provenant du trésor de l'aJihaye de Saint-Denis, est conservé au
Musée <lu Louvre.)
répondit le saint à la Vierge et aussitôt il disf)arut. A ce momoni, le songe ayant cessé, la religieuse s'éveilla. Personne à Ryzance ne douta que le Stratilate, ainsi avcrli [lar la Reine céleste des dangers qui' cdurait son impérial protégé, n'eût, en cette .seule nuit, pour voler à son secours,
(l) Léon Diacre ilii ; « ton Joan ». Zonaras dit: « ton cl mon ».
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franchi sur les nuées l'espace qui, par-dessus le Balkan, séparait Constantinople de Dorystolon.
Plus tard, Jean Tzinii.scès, pour mieux accréditer la foi populaire en ce miracle, fit somptueusement reconstruire depuis ses fondements l'église alors presque détruite où l'on conservait le corps « si souvent victorieux dans les combats » de saint Théodore à Eukhaneia, cité voisine de Constantinople. II changea le nom de cette ville en celui de Théodoropolis et dota l'heureuse église de grands biens et de riches revenus (1).
Quoi qu'il en soit de ces saints récits, que Jean Tzimiscès et ses pieux légionnaires aient vraiment cru voir le cavalier martyr combattant à leur tète, ou que cette apparition n'ait été qu'un dévot subterfuge imaginé par un souverain à l'esprit fertile pour surexciter le religieux enthousiasme de ses troupes, toujours esl-il que cette intervention surnaturelle, jointe à cet ouragan furieux, fit définitivement dans celle lutte de géants pencher la balance en faveur des impériaux.
Une dernière fois, se précipitant sur les pas du cavalier céleste, les escadrons chrétiens se ruèrent à l'attaque. Ce fut la fin. Les Russes, assaillis de front par le gros de l'armée, pris en queue par le magistros Bardas Skléros, qui avait réussi à les tourner, luttèrent quelques moments encore, puis, accablés par le nombi-e, cessèrent soudain toute résistance. Poussés par devant, harcelés sur leurs derrières, traqués de toutes parts par les cavaliers cataphractaires à travers la campagne où ils se jetaient éperdus, poursuivis jusque sous les murailles de la ville jiar un ennemi ivre de triomplie, leurtriangle fut dispersé et détruit. Ils laissèrent cette fois encore des milliers des leurs sur le terrain. Les uns furent égorges. D'autres périrent étouffés par la masse des fuyards. Ce grand massacre fut une digne fin à cette campagne épique. Sviatoslav, blessé, sanglant, n'échappa qu'à grand'peine, grâce à la nuit. Telle fut l'ardeur de la lutte, que presque tous les Russes survivants furent blessés.
Léon Diacre dit (jue quinze mille cinq cents barbares tombèrent dans cette seule journée, ce qui est certainement une énorme exagération.
(1) Voy. dans Ramsay, op. cit., pp. 20, 323 sqq. et 448, la discussion un peu confuse à propos d'Eukhaneia et d'Euchaïta du Pont, dont M. Ramsay, lualgrt; le témoignage de Zonaras, fait deux villes distinctes.