‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 24 sur 99 · Y rziMISCES · texte numérisé non relu

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l'hiver là. Quand lu jn-intenips arriva 1), il alla aux cataractes et l'ut attaqué par Kouria, prince des Petchenègues, et ils tuèrent Sviatoslav et lui coupèrent la tète. De sa tète ils firent une coupe qu'ils garnirent de métal et dans laquelle ils burent 2 . Sviénald vint à Iviev aui)rès de Yaro polk. »

Les Grecs se réjouirent du sort afTreux de Sviatoslav. Ils oubliaient qu'un siècle et demi auparavant le crâne d'un empereur grec, }sicépIiore Logothète, tombé sur le champ de bataille, avait, lui aussi, servi de coupe à son vainqueur, un roi bulgare (3).

Telle fut la tin misérable de l'héroïque prince des Ross. Il eut pour successeur à Kiev son fils Yaropolk. Les faibles débris de son armée, qui, échappant aux embûches des Petchenègues, réussirent à gagner Iuev,Y arri-

(1) Au plus lard vers la fin de février ou de mars de l'an du monde 6481, 973 de notre ère, puisque l'année russe finissait à ce moment. Voyez Kounik, dans Lambine, op. cil., pp. 58 et 59. — Tchertkov, op. cit., p. 244, dit 972 ! Mais M. Wassiliewsky et les autres historiens russes sont d'un avis contraire. Dans un article paru dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbouif/ de 1876, pp. 1 I9-1S2, article lu dans la séance du 13 avril 1871 de la Section d'Histoire et de Philologie de ladite Académie sous ce titre ; Recherches chronologiques sur la date de la mort de Sviatoslav Igorevitch, grand-prince de Kiev, M. X. Lambine, sappuyant sur le témoignage de la Chronique dite de y'eslor et aussi sur celui de Skylitzès, de Cédrénus, de Zonaras qui disent que Jean Tzimiscés entreprit cette guerre contre les Russes dans la seconde année de son règne, et non dans la troisième, s'est longuement et laborieusement efforcé de prouver que la date de cette mort devait être maintenue à l'année 972, vers le commencement du printemps. Par conséquent la grande guerre de Tzimiscès contre les Russes aurait eu lieu en 971 et non en 972. Il serait trop long de reproduire les arguments de l'auteur russe. Dans deux mémoires annexés à cette publication, MM. A. Kounik et B. 'SVassiliewsky ont victorieusement et, je le crois, définitivement réfuté la théorie de M. Lambine. M. Wassiliewsky surtout a très brillamment restitué leur valeur propre aux témoignages de Léon Diacre, de Skylitzès et des copistes ou abréviateurs de ce dernier, Cédrénus et Zonaras. U faut en définitive s'en tenir à la phrase si formelle de Léon Diacre, phrase que M. Lambine s'est vainement efforcé d'interpréter et de corriger. Elle dit que la campagne de Jean Tzimiscès contre les Russes eut lieu au printemps qui suivit l'hiver passé par le basileus à Constantinople après son mariage, célébré au mois de

novembre de la seconde année de son règne, c'est-à-dire en novembre de l'an 971. La grande guerre terminée par la prise de Dorystolon eut donc lieu dans le cours de l'an 972. Le traité aussi entre le basileus et Sviatoslav fut signé cette même année et il y a là une double erreur de la Chronique de Seslor qui dit à tort ; 1° que le traité fut signé en l'an du monde 6479, alors qu'en réalité il le fut en 6480 ; 2» que Sviatoslav fut tué au commencement du printemps de l'an 6480. En réalité, le grand-prince de Kiev fut massacré par les Petchenègues au commencement du printemps de l'an 973, c'est-à-dire de l'an du monde 6481. — M. J. J. Széznievsky a cru que celte erreur de date était une suite de l'emploi de l'alphabet glagolitique dans la rédaction du document original, alphabet glagolitique incorrectement transcrit dans la suite en caractères cyrilliques. Voy. le mémoire de M. Lambine, p. 122.

(2) Finlay, op. cit., t. II, p. 350, dit que Kouria fit graver sur cette coupe tragique ces mots : « Celui qui convoite le bien d'autrui, souvent perd le sien ». J'ignore où l'historien anglais a puisé ce renseignement.

(3) (Kroum.

RETRAITE DEii DEBRIS DE L'ARMEE RUSSE

vèrent sous la conduite du héros Svionald. Ce boïar russe, nous le savons, avait été jadis au service d'Igor; il avait été voïwode de sa veuve Olga et avait accompagné leur fils Sviafoslav dans ses expéditions au delà du Danube. Il devait être le premier après lui puisque seul avec lui il avait signé, nous l'avons vu, les traités de paix avec le basileus Jean (1).

Un vase d'argent (2), rempli jusqu'au bord de monnaies aux effigies de Nicéphore Phocas et de Jean Tzimiscès, a été trouvé au commencement de ce siècle dans un filet de pêcheurs aux rapides du Dnieper (3).

Sur ce vase, qui est aujourd'hui, m' affirme-Ion, conservé au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg (4), on lit gravée l'inscription en caractères byzantins : « Voix du Christ sur les eaux » . Cet antique débris, dernier vestige du pillage delà Bulgarie, serait-il un souvenir suprême du lugubre massacre des bandes de Sviatoslav aux cataractes du grand fleuve (3) ?

ItAS-ULLlEf llY/ASilS. — l'hiqu,: ih- hrun:;,: irprcsentant h; Christ, la Vierge, saint Jean et trois jeunes saints militaires. Très beau travail des A""" ou AT"" Siècles. — {.-Incienne Collection Michelli, à Paris).

(1) Nous avons vi.i ([ii il faut pciU-iHrc riilenlifun' avec Sphengol, le dOfcnseui' de Péréiaslavets ; voy. p. 98, note 1.

(2) Et non de bronze, comme le dit à tort Mnnili, up. cit., I, p. 'iS.

(3) Voy. Ti-.lierlkov, op. cit.. p. 203, note lUO.

(4) M. Wladimir do Rosen, conservateur du Musée, a, sur ma prière, l'ait de vaines recherches pour retrouver ce vase précieux.

\5) La Chronique de Joacliiin dans Tatisclitschef, I, Sj, dit ipie Sviatoslav, attribuant ses revers aux chrétiens, lit tuer tilieb, ordonna de l)riiler les églises de Kiev, et voulait l'aire massacrer tous les chrétiens lorsqu'il l'ut tué sur le Dnieper près de l'rolotch. ^Murait, op. cit., I, p. 748).

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Ainsi, s'éci'ie un historien russe qui, le premier, a fait de cette campagne une étude détaillée (i), se termina par une complète catastrophe la grande entreprise de Sviatoslav qui avait rêvé de transporter la puissance des Russes des steppes du nord aux rive» de la mer Xoire et aux plaines fertiles de la Bulgarie, de la Thrace et de la Macédoine. Les conséquences de ce grand événement de la fin dn x"" siècle eussent pu être si considérables pour la Russie et pour tous les Slaves du Xord, qu'il est difficile aujourd'hui de se faire une idée même approximative de tout ce qui aurait pu résulter du succès de cette gigantesque entre ju-ise du prince de Kiev (2).

Revenons à Jean Tzimiscès, le basileus viclurioux. Après celte foudroyante campagne qui avait sauvé l'empire d'un si grand péril, après avoir en quatre mois (3) détruit iiu-mée russe, pris les deux grandes cités bulgares de Péréiaslavets et de Dorystolon avec une foule de places secondaires, l'autocrator avait hâte de rentrer dans la Ville gardée de Dieu. Il consacra toutefois quelques jours encore à donner des ordres pour faire relever les remparts abattus des Ailles et des châteaux de la rive droite du Danube, redeveniic frontière de l'empire. De fortes garnisons y furent installées. La Bulgarie danubienne et transbalkanique fut purement et simplement annexée à l'empire sous forme d'un gouvernement militaire partirulier.

En commémoration de la grande victoire du 24 juillet et de l'intervention miraculeuse du Stratilate, Jean donna à Dorystolon le nom nouveau de Théodoropolis. C'était encore là une tradition des grandes guerres romaines. Dorystolon ne devait pas conserver longtemps ce nom glorieux.

Puis le basileus triomphant reprit le chemin de sa capitale, ramenant avec lui la faniilie royale de Bulgarie, les dépouilles de ses rustiques palais et les armes conquises sur quarante mille guerriers russes. Parmi les trésors les plus vénérés qu'il rappiutait. se trouvait, disent les chro-

(1) Tchcrlkov, op. cit., p. 24:i.

(2) M. Tcherikov donne le tableau des grands événements qui, suivant lui, eussent été la conséquence de la victoire des Russes dans cette guerre gréco-bulgare de l'an 912.

(3) Vojez sur la chronologie de cette campagne, sur la durée du siège de Dorystolon, sur les dates de 971 ou 972 : Tcliertkov, op. cil., pp. 234 et 251 surtout. Toutes ces quoitions délicates se trouvent là 1res complètement élucidées.

ENTRÉE TRIOMPHALE DU BA^ILEUS Hu

niqucurs, une Image très vénérée de la Théolokos avec l'Enfanl divin dans ses bras. Nous n'avons pas d'autre détail sur cette sainte Icône. Ce devait être quelqu'une de ces effigies miraculeuses dites <( Vierges non faites de main d'homme », (|ui longtemps avait accompli des miracles dans quelque sanctuaire d'une des capitales bulgares. Encore une très sainte dépouille arrachée à la piété naïve des nations vaincues pour venir grossir liiuniense trésor sacré de la Ville des basileis.

Jean Tzimiscès, vainqueur du |ii-ince des Ross et conquiTanl d'un vaste royaume, fit par la Porte Dorée l'entrée triomphale des basileis victorieux dans la Cité reine. Cette pompe dut être célébrée dans le courant du mois d'août. Je n'en redirai pas les splendeurs, toujours les mêmes, toujours également éblouissantes. J'ai décrit, dans le volume consacré à l'histoire de Mcéphore Phocas, l'ovation pédestre qui fut décernée à cet illustre capitaine à la suite île ses victoires de Crète. J'ai décrit aussi son entrée à Constantinople lors de son couronnement. Toutes ces cérémonies se ressemblaient avec quelques modifications de détails. C'était toujours le même immense, étrange et somptueux cortège formé par la cour, les dignitaires, les soldats, les captifs et les dépouilles parcourant au milieu d'une foule innombrable les rues merveilleusement parées, avec intermèdes de discours, de chants, d'acclamations répétées par les cent mille voix du peuple et des Factions. Jean Tzimiscès avait délivré l'empire d'un péril si effroyable, il avait si brillamment reconquis cette antique frontière du Danube perdue depuis tant d'années, que son triomphe parait avoir eu un éclat tout particulier, exclusivement dû à l'initiative populaire reconnaissante. Toute la foule urbaine, tous les citoyens couronnés de fleurs allèrent jusqu'en dehors des murs avec le patriarche, le clergé, la cour, le Sénat, à la rencontre de l'heureuxsouverain, acclamant son nom (1), chantant les eui)hémies d'usage, lui otfrant des couronnes et des sceptres d'or garnis de pierres précieuses. C'étaient les plus hauts fonctionnaires de la Cité, le préfet de la ville, le préteur, ([ui ])résentaient ces riches dons. La masse des citoyens se contentait d'offrir des couronnes de feuillage. Jean Tzimiscès étant autocrator et ayant mérité le grand triomphe

(1) Voy. au cluipitiv 'n il ii Auve des Céc^moniei le tpxlc officiel des acclamations d'une armée victorieuse en l'honneur du basileus.

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tlovail recevoir les liouiieui-.s complets. 11 devait pénétrer dans la Ville par la Porte Dorée, monté sur un char de forme antique, traîné par quatre chevaux blancs. On lui amena ce char splendide en dehors des Portes, les plus hauts magistrats de la capitale lui présentant leurs dons et le priant, suivant les formules obligées, de moiilrr dans ce véhicule pour célébrer le triomphe officiel.

Jean accepta les couronnes elles sceptres d'or. Suivant l'usage, il remit en échange, à ceux qui les lui offraient, une somme en or d'une valeur très supérieure. Mais aucune prière ne put décider le souverain à monter dans ce char admirable. Avec un zèle pieux, qui lui valut une popularité si possible plus grande encore dans la foule constantinopolitaine, si facilement remuée par ces spectacles de la rue, le basileus voulut que la Vierge conquise en Bulgarie, cette Icône vénérée à laquelle il tenait à attribuer une part de sa victoire, fût seule à recevoir les honneurs du triomphe et le remplaçât dans le chai'. Tontes les objections des courtisans furent vaines. Jean plaça de ses mains, dans le char éclatant, l'Icône sur le vêtement royal même des souverains de Bulgarie, somptueux costume de pourpre rapporté du trésor de Péréiaslavets. Il déposa à ses côtés la couronne de ces rois qui avait la même provenance. Etoffe et couronne devaient plus tard servir d'atours à l'Image miraculeuse.

Quand l'infini cortège se fut enfin mis en marche, on vit le char triomphal s'avancer, contenant l'Iconi;, devant qui tous se prosternaient jusqu'en terre. Derrière, sur un blanc coursier, éclatant d'or et de soie, le basileus suivait dévotement, diadème en tête, jiortnnt en mains les sceptres et les couronnes qu'on venait de lui remettre.

On traversa ainsi processionnellement la cité parée d'étoffes, de tapis, ornée de vertes guirlandes, semée de rameaux de laurier. Sous les voûtes de la Grande Eglise ruisselanlcs de lumière, les fonctions une fois de plus s'accomplirent. Jean, après les prières et les euphémies, dédia de ses mains en signe de victoire dans le temple auguste la couronne des rois bulgares.

Avant de rentrer an Grand Palais, car celui du Boucoléon paraît avoir été abandonné, momentanément dn moins, après le meurtre de Kicéphore, Jean Tzimiscès, sur le Forum Augustéon, procéda encore à

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