‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 29 sur 99 · ISA · texte numérisé non relu

ISA

JEAN TZIMISCÈS

Toujours dévot, profondément religieux comme tout bon Byzantin de cette époque, Jean Tziniiscès, nous dit encore Skylitzès, fit alors graver sur sa monnaie, certainement en reconnaissance des victoires obtenues, l'image du Sauveur, de ce Christ bien-aimé qu'il invoquait chaque jour dans le petit oratoire de la (".halcé. Au revers il ordonna d'inscrire cette légende unique : « Jésus-Christ, Roi des Rois » (1). Je dirai j)lus loin comment on croit avoir retrouvé ces émissions mentionnées parle vieux chroniqueur dans certaines grandes pièces anonymes (2) de cuivre, aujourd'hui encore fort communément répandues par tout l'Orient et qui portent précisément au droit un buste nimbé du Christ, très belle œuvre du x' siècle, avec cette légende en langue grecque au revers : « Jésus-Christ, Roi des Rois ».

il> Skylitzès ajoute que d'autres empereurs conservèrent cet usage sur leurs monnaies. Voy. plus loin, à la fin du chapitre V.

(2( On appelle monnaie anonyme celle sur laquelle ne figure point le nom du personnage au nom ducpiel elle a été frappée.

Monnaie de clivre de Jean Tzinîiscês.

S^®fi5)-^5»r

COFFRET BYZASTIS. Côtés, hvirf. cla .\"'\oa da XI"" Siècle. — Adam et Eve chassés du Paradis. — Le diea l'Iutas. — 'Musée yrand-ducal a Darmstadt.)

Événements ti'Jtalie depuis l'assassinat lie Nii-épbore Phocas. — Othon I" d'Allemagne envahit le territoire byzantin, — Jean Tzimiscès remet en liberté Paudolfo Tète de Fer. — Traité de paix entre les deuv empires. — Retraite de l'armée allemande. — Mariai^e de la porphyrogénète Théophano avec l'héritier de l'empire d'Allemai^ne. — Cérémonie nuptiale célébrée à Rome, le \h avril 975. — Mort d'Othon I''.

— Avènement d'Othon II. — Evénements survenus dans les thèmes bvzantins d'Italie depuis ce moment jusqu'à la mort de Jean Tzimiscès. — Evénements de Syrie. — Les troupes africaines du Fatiraite, le nouveau maître del'Eijypte, envalûssent la Syrie.— Elles sont repoussées devant Antioche parles Byzantins.

— Expédition malheureuse du grand domestique MIeh en Mésopotamie. ^ Troubles à Bagdad. — Préparatifs de i^uerre. — Accord avec les Vénitiens pour interdire le commerce avec les Infidèles. — Première expédition de Jean Tzimiscès en .\sie. — Pointe de l'armée impériale sur territoire arménien.

— Traité avec le roi des rois de ce pays. — L'armée impériale, après avoir envahi victorieusement la Mésopotamie, se voit forcée de renoncer à attaquer Bagdad. — Retraite de Jean Tzimiscès. — Abdication du Khalife Mothi.

L a'osl que temps de passer au récit des événements survenvis depuis l'assassinat di? Xicéphore Phocas et ravènement de Jean Tzimiscès dans cette portion extrême de Tempin! d'Orient formée par les thèmes de l'Italie méridionale. Par exception je n'aurai que peu à parler, sous ce règne, des Arabes d'Afrique et de Sicile, car la paix signée avec l'émir de cette île par Nicéphore Phocas après les désastres de Rametta et de Reggio i lurail luiijnurs. J'ai raconté au chapitre treizième de mon histoire de la vie de ce basileus (1) a lutte de l'empereur de Germanie Othon le Grand ol de ses lieutenants contre les géué-

TOUR de Vlanga^Bostan. — Muraille byzantine de Constantinople sur la riie de Marmara.

(!) Un Empereur Orec au ni.iièiiie .'»iècie,pp. i>~"-

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raiix hvzantins dans k' sud de la |ifiiiiisulc depuis la fin de l'an 968 jusqu'à la mort de Nicéphorc, au mois de décembre do l'année suivante. J'ai dit l'administration réparatrice du magistros >'icéphore envoyé par son impérial homonyme pour gouverner les thèmes italiens, la marche victorieuse de Tcmpereur allemand, puis sa retraite au mois de mai 969. Les hostilités s'étaient, on se le rappelle, [lour^^uivies après le départ d'Othon.PandolfeTète de Fer, le valeureux prince de Capoue, chef des troupes allemandes en ces parages, avait été battu et pris sous Bovino et oxiiédié chargé de chahies à Byzance. Mais ce succès des Grecs avait été suivi de nouveaux revers, et le patrice Abdila avait été cruellement battu en avant d'Ascoli par les bandes des comtes Conrad et Siko. Malgré ces avantages les guerriers teutons ne s'étaient pas aventurés plus avant. Fiers de leur triomphe, ramenant un riche butin, ils avaient bicnlôl repris le chemin de Bénévenl d de la Campanie.

« Les résultats obtenus, disais-je en terminant ce chapitre de la vie de l'illustre Nicéphore (1), demeuraient fort incomplets. Les Grecs avaient été complètement battus, mais ils conservaient néanmoins tous leurs teri'itoires sauf quelques places du nord. D'autre part, le plus brave allié d'Othon, Pandolfe, était prisonnier à Byzance. Les belligérants couchaient en réalité sur leurs positions. Tout était encore à faire du côté des Allemands, et l'ardente énergie, l'obstination si connue de Nicéphore étaient garantes de l'opiniâtreté ipi'il mellrail à défendre à outrance ses thèmes italiens. Un fait capital, la prise d'Antioehc par les troupes grecques, allait précisément lui laisser les coudées plus franches du côté de l'Occident. Aussi le non moins entêté Othon, de Pavie où il passa la lin de cette année 969 et les trois premiers mois de 970, et de Ravenne où il célébra la fête de Pâques de cette année, recommença-t-il tous ses préparatifs pour diriger au printemps une nouvelle et puissante ex|)édition contre les possessions italiennes de son obstin(' rival. Il était fort occupé à réunir ainsi ses troupes lorsque la nouvelle du meurire de Xicéphorc, dans la nuit du 10 au 11 di'eenilii'e, parvint en Italie, (ie fut comme un premier coup de tonnerre dans un ciel d'orage. Tout allait de nouveau changer de face et cette catastrophe sembla devoir transformer à l'avantage exclusif des Allemands l'état de choses dans la péninsule. »

(1> Op. cit., p. 091.

OTIIOS /" EXVAHIT LE TERniTOIRE BYZANTIN 187

Othon, à rette iiouvollc ini|irL'Viic si favorable à ses intérêts, crut le moment venu, par niu' attaque violente autant que rapide, de donner le coup de grâce à la puissance grecque en Italie. A la lin de mai nous le trouvons déjà en marche en Campanie à la tète de ses guerriers. Le 2.5, il est à Cillice. Dès avant les premiers jours d'août, Naples et son territoire sont mis à feu et à sac par les Allemands, qui y commettent les plus alfreux dégâts. Ici, les envahisseurs virent apparaître deux suppliants augustes. C'étaient Aloara, l'épouse du prince captif Pandolfe, et son jeune fils encore tout enfant. Ils venaient implorer l'appui de l'empereur pour nblcnir la délivrance du prisonnier. Nous ignorons par quelles promesses Othon réussit à consoler la pleurante princesse. Certes, malgré ses richesses et ses armées, il était bien impuissant à arracher Pandolfe aux cachots de Constantinople tant qu'un accord n'aurait pas été conclu entre les deux empires.

Puis l'empereur s'avança plus luin encore vers le sud. Bientôt même nous le voyons atteindre à nouveau cette sauvage et forte ville de Bovino qui joue un grand rôle dans toutes ces guerres. Il l'attaque vivement ]'• 3 août et fait transformer par ses terribles coureurs son territoire en un désert. Nous ne savons rien de l'issue iieureuse ou malheureuse de ce siège. Les sources ne nous disent pas davantage un seul mot des futures circonstances de cette expédition. Nous ignorons lequel des deux partis eut cette fois le dessus. Ce fut une lutte obscure bien que sans merci. Heureusement, durant ce temps, les circonstances du côté de Constantinople avaient pris meilleure tournure. Le nouveau basileus d'Orient en avait assez de la délicate situation que lui créait son usurpation aux yeux de beaucoup de ses sujets, puis encore de la guerre russo-bulgare si menaçante, de la révolte de Bardas Phocas enfin. Force lui était aussi de ne pas se désintéresser entièrement de la guerre syrienne, de la lutte séculaire contre l'ennemi sarrasin en Asie. Il était en conséquence tout disposé à se montrer accommodant sur cette question d'Italie qui passionnait moins l'opinion publique à Byzance. On apprit donc avec joie au camp allemand que le successeur de l'opiniâtre Nicéphore, rompant avec l'attitude inflexible de celui-ci, cédait sur toute la ligne et consentait à traiter avec son collègue d'Occident pour épargner une plus longue guerre à ses pro-

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vinces péninsulaires, surtout pour avoir les coudées franches autre part(l). En hâte, il renvoyait à Othon en Italie son prisonnier, le fameux Tête de Fer que son prédécesseur avait tenu si durement enfermé dans un cachot de la capitale depuis la fin de l'an 969 (2). Jean Tzimiscès n'eût pu choisir pour féliciter et saluer son impérial collègue allemand un ambassadeur plus agréable au cœur de celui-ci.

Certainement ce dut être ce captif de marque qui fut l'agent et l'intermédiaire principal des négociations engagées entre les deux cours. Le patrice et stratigos Abdila reçut avec honneur à Bari et expédia de là le vaillant prince de Capoue et Bénévent au vieil empereur germanique, et celui-ci prêta bénévolement l'oreille aux avis de ce fidèle vassal. Certainement Pandolfe devait être porteur des conditions nouvelles formulées par le Palais Sacré au sujet du mariage à conclure entre le jeune prince héritier Othon et la porphyrogénète Théophano, vraisemblablement sur le pied de l'évacuation par les Allemands de l'Apulie et des autres possessions byzantines dans la péninsule.

C'est ainsi que le grand Othon de Germanie se laissa sans trop de peine persuader de donner à ses guerriers le signal de la retraite, renonçant de la sorte définitivement à la possession des portions de ce territoire qu'ils occupaient déjà et qu'ils évacuèrent aussitôt sur son ordre. Ceci était arrivé dès le commencement de l'automne de cette année 970. Puis l'empereur et ses troupes avaient pris le chemin des Hautes Abruzzes et du lac Celano. Ce fut le dernier acte de la vie militaire du vieux souverain au sud des Alpes. Il jiuuvait se montrer justement lier de l'œuvre accomplie sous son i-ègne, car si le midi de la péninsule demeurait aux mains des Grecs, lui, conservait à sa race Rome et le royaume d'Italie reconquis par lui.

Pandolfe, l'heureux négociateur, de suite réintégré dans sa principauté de Capoue et Bénévent, avait eu tôt fait de reprendre dans cette région centrale de l'Italie une situation prépondérante. Othon lui avait remis

(1) M. Zampélios, 'iTayosUïjvixâ, pp. 223 sqq., va jusqu'à attribuer le meurtre de Nicéphore aux menées du parti de la paix à Byzance, parti devenu puissant de toute rinquiétudr> qu'inspirait la situation périlleuse des possessions de l'empire en Italie. Les agissements de Jean Tzimiscès et l'orientation nouvelle de la politique italienne au Palais Sacré aussitôt après l'avènement de ce prince concordent étonnamment avec cette opinion.

(2^ Pandolfe avait été même menacé de la torture.

CO(j\ ERTURE D'EVAXûELl.UUE conservée aa trésor de Saint-Marc, à Venise. Emau.\cloisonnés sur or. Très beaa spécimen de l'orfèvrerie byzantine da X"" Siècle.

190 JEAX TZIMISCÈS

te soin tle terminer avec Jean Tzimiscès les arrangemenls matrimoniaux qu'au sortir de sa captivité à Byzance il s'était engagé à seconder de tout son zèle.

Assisté des conseils de cet homme aussi brave que prudent, qui fut certainement un des grands princes italiens de son temps, secondé aussi par le comte Ezziko (1), le vieil empereur d'Occident avait consacré le mois de septembre, passé tout entier dans les Abruzzes, à donner une solution pacifique à un certain nombre de litiges. Par son commandement les monastères de Saint-Vincent du Vullurne et de Casauria étaient rentrés en possession de plusieurs domaines qu'on refusait injustement de leur remettre. En octobre nous retrouvons déjà Othon dans les campagnes de Pérouse, occupé à son passe-temps favori de la chasse. Puis, suivant sa coutume, il s'en était retourné célébrer les fêtes de Noël de cette année 970 à Rome en compagnie du jtape et de son cousin l'évêque Théodoric de Metz, celui-là même qu'il songeait peut-être déjà à envoyer en ambassade à Byzance. C'est dans ce dernier séjour passé dans la Ville Éternelle que le grand empereur dut se rencontrer pour la première fois avec un jeune et déjà célèbre moine français, Gerberl (rAiirillac. mathématicien extraordinaire. Gerbert, qui lui fut présenté en cette qualité par le pape .lean XIII, avait, sans s'en douter, fondé de la sorte la base de sa fortune future, fortune si étroitement liée à celle de la maison othonicnne qui devait en 999 le faire proclamer pape sous le nom de Sylvestre II, le premier souverain j)ontife d'origine française.

Puis, par Orta et Pérouse, de nouveau Othon avait gagné sa chère Ravenne oii il avait fêté Pâques, qui lomliait le 16 avril, et où il avait tenu une assemblée solennelle, un champ de mai, auquel assistèrent l'andolfe Tète de Fer avec presque tous les hauts hommes d'Italie tant laïques qu'ecclésiastiques. De grandes questions y avaient été traitées. L'empereur d'Allemagne avait prolongé durant toute l'année 971 sa résidence dans cette antique cité, au caractère si original, si attachant, qu'il préférait à toutes celles de son royaume d'Italie. Il aimait à y faire de fréquents et longs séjours dans le château qu'il s'y était fait construire en dehors

(1) Ou Ezzeko.

MARIAGE DE LA l'OllP IIV IHIG EX ET E TIIEOPIIA.VO 191

des murailles, dans la lande sablonneuse, parmi les pins innombrables, sur les bords de la paresseuse rivière, château bizarre, moitié palais, moitié forteresse, dont il ne subsiste plus trace.

Un grand changement était ainsi survenu dans la situation des thèmes byzantins d'Italie, tout à l'avantage de ces malheureuses contrées dejiuis si longtemps accablées par celle iuNasion sans cesse l'enouvelée des bandes germaniques. Après tant d'années de guerre cruelle, l'avènement de Jean Tzimiscès avait enfin amené la conclusion de la paix entre les deux nations. Enfin les pauvres populations grecques de la péninsule, si fidèles, si infortunées, pouvaient respirer quelque peu ! Grâce à l'esprit éminemment polili(|ue et conciliant du nouveau basileus d'Orient, les relations, déjà très améliorées, entre les deux Etals allaient devenir bien plus étroites encore el abuulir à celle nnion entre les deux familles impériales qui fut un des fails les plus considérabk's de l'histoire de ce siècl.e à son déclin. Ce fut très ])robablement de ce séjour de Uavrnne que, Inul à la fin de l'année 971, Othon le Grand, certainenienl à la suite des négociations pacifiquement poursuivies depuis la liljéralion de Pandolfe et l'évacuation des territoires grecs par les Allemands, envoya une ambassade nouvelle à Constantinople, ambassade extraordinairement brillante, sur laquelle nous n'avons presque aucun détail, pas plus du reste que sur ces négociations si importantes qui en avaient été la préface. Nous savons seulemenlque le but et l'honrcux résultat en furent non plus la reprise de fastidieuses et . irritantes discussions diplomatiques, mais bien la réalisation enlin effective et définitive de ce fameux projet d'union d'une fille de la maison impériale macédonienne de Byzance avec l'héritier de l'empereur allemand, projet qui, depuis si longtemps caressé par Othon I" et ses conseillers, avait jusqu'ici constamment échoué devant l'orgueil intraitable et les prétentions obstinées de Nicéphore Phocas.

Jean Tzimiscès fit à l'ambassade de son collègue occidental le plus gracieux, le plus brillant accueil. La fille de Romain II et do la belle Théophano, la sœur des jeunes basileis régnants, elle-même nommée Théo- [diano (1), devenue la nièce de Jean Tzimiscès par le second mariage de

(1) Les sources et les docunuMits d'Occklent l'appellent constamment « Tliéopliannn o.

19J JEAN rZlMISCÈS

celui-ci avec Théodora, fut, dans le coui-ant du mois de novembre 971, solennellement accordée au fils de l'empereur germanique, nommé comme lui Otiion. Nous sommes à peine informés des détails de ce grand fait historique. Nous pouvons affirmer cependant que, si le nouveau basileus d'Orient consentit à abaisser, sur ce point particulier de l'union à célébrer entre les deux cours, la formidable vanité, l'orgueil séculaire du Palais Sacré à l'endroit des barbares occidentaux, ceux-ci durent se contenter de cet unique avantage, certainement très considérable. Ils eurent la jeune princesse que tant ils désiraient, mais ils n'obtinrent à cette occasion aucune cession de ces territoires byzantins d'Italie que jadis ils avaient affecté de considérer comme la dot indispensable de l'impériale fiancée. Théophano n'apporta à son époux aucune province, pas la moindre cité d'Italie. Bien au contraire, ce fut celui-ci qui dul la doter.

On était loin de ces fameuses exigences allemandes de jadis qui, lors de la malencontreuse ambassade de Luitprand, n'étaient allées à rien moins qu'à réclamer insolemment pour le douaire de la porphyrogénète désirée l'ensemble des possessions byzantines dans la péninsule. Le résultat obtenu par ce traité et cette union n'en demeurait pas moins fort important. Il assurait, il semblait du moins assurer définitivement la paix pour ces malheureux thèmes gréco-italiens. Il amenait une détente considérable dans les relations jusque-là si fâcheuses des deux grands empires qui se partageaient le pouvoir du monde. Othon I"' avait atteint son bul. Le jeune empereur son fils recevait pour épouse une fille des empereurs d'Orient. La Rome de l'Est avait reconnu officiellement la Rome de l'Ouest (1). Malheureusement nous ne possédons pas le texte du traité qui fut signé à cette occasion. Nous en sommes réduits aux conjectures.

Nous savons seulement que l'ambassade teutonne, fort nombreuse, se rendit à Constantinople pour y chercher la princesse, que l'archevêque Géro de Cologne, un Saxon, frère du margrave Thietmar, en était le chef, et que ce prélat avait avec lui quelques ducs et comtes et deux évèques. Il se pourrait que l'un de ces deux dcrniurs ait été le fameux Luitprand, qui aurait ainsi accompli à cette occasion son troisième voyage diploma-

(I) Voy. Moltmann, op. cil., note 13 de la page 12.

MARIAGE DE LA PORPUY ROGENÈTE TIIEOPUANO

li([iio à Byzaïu'c. (Iclte hypothèse, il est vrai, ne repose que sur un passage d'un hiigiographc (1), passaiic (|ui a été même, malgré l'avis contraire de i'crlz, tout à fait révoqui' en doute par Kœpke, autour d'une vie de ce prélat ambassadeur i2 . Il eùl ('li' du reste fort naturel qu'on choisit ]iour faire parliu de cette mission ce personnag;e qui, depuis tant d'années, était devenu familier avec les hommes et les choses de la capitale du monde grec

Auparavant l'archevêque (îéro avait |iass('' par Rome pour voir le pape Jean XIII, celle visite étant comme la préface de celle qu'il allait faire à Constantinople. La princesse grecque qui devait devenir une ç^ grande impératrice allemaiule lui fui remisecertainementau Palais Sacré(3) .

(1) Translatio sancli Hijmerii (SS., IV, p. 267, n» 23).

(2) De vita Luilprandi. p. 14. La dorniùrc mention qui nous soit parvenue concernant Luitprand est du 20 juillet 972. La plus ancienne mention concernant son successeur sur le siège épiscopal de Crémone est du 28 mars 973.

(3; Un passage de la chronique de Thielniar de Mersebourg, une des principales sources pour l'histoire d'Allemagne à cette époque, trouble fort les historiens. Cet auteur dit expressément que Jean Tzimiscès ne remit pas aux ambassadeurs germaniques la jeune porpliyrogéuMe qu'ils avaient demandée et que jadis Luitprand avait espéré ramener, mais bien une nièce à lui meut Théophanou : « non i'irqinem desideralam, sed nepteiii sunm

Theophanoa vocalam». La suite du récit semble indiquer que le vieil empereur y aurait vu clair dans la fraude imaginée p.ir Jean Tzimiscès, mais que, malgré loppositiou d'une partie de son entourage, il se serait décidé ii passer outre et à accepter le fait accompli.

Du Cangc ■Fam. aiig. h;/:i(iit., éd. de Venise, 1729, p. 121) avait déjii fait remarquer (|ue cette confusion qu'a l'aile Thietmar provient peut-être de l'ignorance où ce chroniqueur se trouvait des liens nouveaux qui, depuis peu, unissaient Jean Tzimiscès à la fiancée d'Othon IL 11 ne savait point que Jean, en épousant en secondes noces la sœur de Romain II, était dcvinu l'onde de Théophano, qu'on regarde d'ordinaire comme ayant été la fille do ce dernier. Celle-ci, du reste, se trouve désignée en cette qualité de nièce de Jean Tzimiscès (« lohannis consliinlinopolilani imperaloris neptis clarissima ») dans le diplôme délivré à son intention par son jeune époux le jour de leurs noces. Mais, d'autre part, fait infiniment curieux, aujourd'hui encore inexpliqué, on sait que les sources byzantines de cette époque, pas plus Léon Diacre que Skylitzès, Zonaras et Cédrénus, ne parlent jamais d'aucune fille de Romain 11 nommée Théophano et ne citent comme ét.mt née de ce basileus, outre se.? deux fils Basile

CROIX en ivrn\cil êmaillée.

Superbe œuvre byzantine du commencement da XI"" Siècle, conservée au 7'résor des Relitjieases de N'otre - Dame de Namiir.

appelée égale-

I9i JEAX TznnscÈs

Lebasileus Jean combla rambassaileur alleniaml et sa suite des? dons les plus somptueux. Le pieux prélat reçut de sa main des reliques vénérées de cette terre d'Orient si fertile en grands martyrs ; surtout, cadeau très admirable, apprécié entre tous, il reçut les ossements du corps de saint

et Constantin, que la seule princesse Anne, qui devait plus tard devenir grande-duchesse de Kiev. Aucun deux non seulement ne nomme la princesse Tliéophano. mais aucun même ne fait allusion à celle union cependant si importante. Sans les annalistes occidentaux qui nous racontent le mariage de celle princesse byzantine et plus tard sa régence en Allemagne au nom de son fils mineur, nous ignorerions juscpià son existence. Ses compatriotes ne la nonnneni pas une seule fois, pas plus à propos de son mariage qu'à toute autre occasion. Ils semblent mf'Uie ignorer l'ambassade qui vint la chercher. Ortainement ce silence est voulu.

Il est une aulre hypothèse, proposée par M. J. Mollmann. Dans sa très remarquable étude sur Théophano, cet auteur, adoptant la version de Tliietmar, s'appuyant, d'autre part, sur les termes très spéciaux par lesquels cette princesse se trouve désignée dans le diplôme impérial du 14 avril 972, s'est efforcé de prouver qu'elle n'était décidément point cette porpliyrogénète de la maison de Macédoine, cette fille de lîomain II. cette petite-fille de Constantin 'VII, cette belle-fille de Nicéphore Phocas primitivement réclamée par Otlion !"■ pour son fils (voy. op. cil., pp. 13 sqq.';. 11 a observé en elfel que yow»is dans aucun passage de la Legalio de Luilprand, la jeune princesse, fille de Romain 11 et de Théophano, que l'empereur Olhon I"' avait fait demander pour son fils par ce prélat, à la cour de Nicéphore Phocas, ne se trouve désignée sous le nom de Théophano et que le nom véritable qu'elle portait nous est demeuré inconnu. Il en conclut que la princesse à ce moment demandée par le grand empereur allemand était précisément celte princesse Anne, née le 13 mars 9lJ3, donc âgée de quatre ans seulement lors de l'ambassade de Dominique, et qui, plus tard, en 988, fut mariée au grandprince de Russie Vladimir ; mais que ce ne fut point elle qui lut définitivement envoyée en Occident lorsque les négociations engagées entre les deux cours eurent enfin abouti. Jean Tzimiscès, qui régnait à ce moment, aurait trouvé plus utile à ses intérêts particuliers d'envoyer à Olhon \'' quelque véritable nièce à lui plutôt que la petite princesse Anne, sœur de ses impériaux pupilles, laquelle du reste était bien également sa nièce, mais seulement par la nouvelle impératrice sa femme. Jamais, je le répèle, les sources occidentales ne désignent l'impératrice Théophano comme ayant été la fille do Romain II. Les arguments de M. Moltmann, bien que présentés avec talent, ne m'ont pas entièrement convaincu. Je renvoie le lecteur aux pages curieuses que cet auteur a consacrées à cette question épineuse. Je ne suis pas encore du tout convaincu que Théophano n'ait pas été vraiment la fille de Romain II, la sœur des empereurs Basile II et Constantin VIII. Voyez dans Oiesebrecht, op. cil, I., p. 8ii, la note de cet historien se ralliant à l'opinion de M. Mollmann. Voyez encore Mystakidis, op. cit.. p. 52, note 2.

Un article de M. K. L'hlirz, paru tout récemment, dans le dernier fascicule du 1. IV de la Byzantini.iclie Zeilxchrift [îi septembre 1895). résume fort exactement l'état de la question. « Bien que les chroniqueurs ne nomment jamais qu'une fille de Romain II, Anne, on ne peut pas en conclure avec M. Moltmann que ce basileus n'en ait pas eu d'autre. Toutes les circonstances politiques qui accompagnèrent et motivèrent le mariage d'Ulhon II, l'accueil si correct, si splendide, failà sa jeune épouse par la cour d'Occident, paraissent au contraire prouver d'une manière incontestable que celle-ci était bien la fille porphyrogénèle d'un basileus porphyrogénète, et non li simple nièce d'un prince à la fois régent et usurpateur. •> M. l'hlirz se refuse, en conséquence, à attacher de l'importance au fameux passage de Thietmar, base de l'argumentation de M. Moltmann. Pour lui, l'opinion ancienne qui fait de Théophano la fille de Romain II est encore la plus probable. La date de la naissance de celle princesse ne saurait être exactement fixée, puisque nous ignorons si elle était plus âgée ou plus jeune que son frère Basile II, dont la date de naissance nous est également inconnue, de même du reste que celle du mariage de leurs parents Romain II et Théophano.

MMllAGE DE LA l'OllPIlY liOG ENET E TlIEOl'IIASO 195

Panlaléoli, cniiimc r;i|i|i('l;iiciil les Ijuliiis, c'est-à-dire ilii r.iiiiciix- siiinl Pantéléinion des Byzantins, un des suints médecins dits Anaryyrcs (1; les plus populaires de l'Eglise orthodoxe, qui était conservé à Xicomédie du thème Optimale, où il avait été martyi'isé sous Dioclétien. L'emi»ereur Jean remit à l'évèque allemand ce dépôt inestimable |)Our sa ville aichiépiscopalc, oîi Géro lui m r<iii>liuir(' dans la siiilc une église cl un monastère à son nom (2). Certainement un don aussi insigne n'eût pas été fait à l'archevêque occidental si le basileus n'avail voulu du même coup causer une sainte joie à la |>auvi'e jeune piincesse qui partait seule à toujours pour la terre étrangère, |iour cette terre de coutumes et de religion si dilï'érentes, qui s'en allait pleine d'elVroi pour ces contrées nouvelles au milieu desquelles elle allait vivre désormais, pour ces rudes guerriers saxons cnchemisés de fer, pour ces villes maussades sous un ciel toujours bas, toujours gris, accoutumée qu'elle était au radieux soleil de Byzance, aux manières policées, élégantes de ses compatriotes, aux cités riantes des rives du Bosphore. Certes ce n'était pas sans un trouble profond (pi'ellc (piitlait ainsi pour une [latrie nouvelle, pour ce pays des neiges et des brouillards, les lieux charmants témoins de son enfance, bien que celle-ci, hélas, se fût écoulée au milieu de tant de tragédies.

Jean Tzimiscès avait estimé que ce serait pour la [lieuse enfant le plus grand secours en son isolement prochain que la présence en son nouvel empire d'une des plus précieuses reliques de l'Eglise grecque. En ceci il ne se trompait jioint. Tant qu'elle vécut, la tille des porphyrogénètes, la fille de Romain et de Théophano, devenue l'illustre et énergique impératrice régente d'Allemagne, témoigna de l'attachement le [dus passionné pour le couvent de Saint-Pantaléon à Cologne et combla cette communauté des

(1) Parce qu'ils ne faisaient point payer leurs soins.

(2) Le corps seul de saint Pantéléinion fut transporté à Cologne à cette occasion. Une portion de la tête du saint et un peu de son sang desséché ne furent apportés qu'en 1208 après la prise de Constanlinople, par l'entremise du fameux Henri de L'clnien. Il y avait eu dans celte ville dès le milieu du ix" siècle une église consacrée à ce saint et aux saints Côme et Damien. La nouvelle église de saint Pantaléon, transformée en 964 en l'église abbatiale, fut achevée en 'J80 seulement et consacrée le neuf des kalendes de novembre de cette année par l'archevêque Warin. Les ossements de saint Pantaléon ont, à l'époque moderne, été transportés dans une autre église de l'.olugne. Voy. le chap. sur l'église de saint Pantaléon dans le livre de L. Reischerf intitulé ; Die Bischœfe und Erzhisi'hœfe von Kœlii nebst (reschichl.e cier Kirchen und Klœsler der Stmit Kiclit, Cologne, 18U.

196 JEAN rZIMISCÈS

plus riches dons de sa cassette particulière. Lorsqu'elle mourut d'une mort très prématurée, elle voulut être inhumée dans l'église de ce monastère, et il en fut fait suivant son désir. 11 semblait à l'auguste femme qu'elle serait ainsi moins séparée de sa première patrie tant aimée (1).

Théophano emportait avec elle encore bien d'autres précieux débris de corps saints. Aucun trésor n'était en ces temps plus prisé. Probablement elle apporta la croix; conservée encore actuellement au monastère de Sainte-Croix de la ville de Verden (2).

Le musée de Cluny possède une précieuse feuille d'ivoire qui a dû être sculptée h Constantinople pour être envoyée en présent lors de ce mariage de Théophano. Othon et la jeune impératrice y sont représentés en grand costume byzantin, recevant la bénédiction du Christ debout au milieu d'eux. Le mélange de latin et de grec dans les inscriptions est quehjue ]ieu suspect. Cette plaque d'ivoire a primitivement servi de couverture à un somptueux évangéliaire jadis conservé à Epternacli, près de Trêves, aujourd'hui à Aix-la-Chapelle (3).

Quand l'ambassade germanique, sur le retour de laquelle nous n'avons aucun détail, fui arrivée en Italie l'an d'après, ramenant l'impériale iiancée, elle y trouva encore le AÙeil empereur, qui, de Ravenne où il avait passé presque toute l'année 971 et le commencement de 972, était venu célébrer la fête de Pâques à Rome. Celle-ci tombait, on le sait, cette année, le septième jour d'avril. Certainement la ]irincesse, le prélat et leur suilc avaient dû suivre le trajet ordinaire, celui qu'avait choisi Luitprand en son vovage si pénible que j'ai conté naguère (4). Cependant les augustes voyageurs durent de Corfou faire voile non pour Ancône, ainsi que l'avait fait alors le prélat diplomate, mais vraisemblablement pour Bari, résidence des gouverneurs byzantins d'Italie, oij probablement devait se trouver encore le magistros Nicéphore. C'était lui, on se le rappelle, qui était à ce moment le chef suprême des territoires italiens dans la péninsule.

(1) L'archevêque Géro fit don des os d'un des bras de saint Pantéléiraon à un de ses parents, son compagnon de voyage à Byzance, le châtelain de « Comracncio », qui l'avait supplié de lui octroyer cette faveur insigne.

(2) Voy. Du Cange, Fam. aug. byz., édit. de Venise, 1729, p. 121.

(3) J'ai donné une gravure de cet ivoire à la page G31 Je mon histoire de Nicéphore l'hocas.

(Ji) Un Empereur liijzanlin an Dixième Siècle, pp. Gj8 sqq.

mosaïque BYZANTINE du XI-"- Siècle de la Cathédrale de Sainte-Sopide, à Kici'. La Panayia bénissanf de ses deUA'mains levées.

198 JEAN TZIMISCÈS

De Bari où elle dul aborder vers le comniencemenl de 'J72, par Foggia sans Joule, la princesse, la virgo desiderata, avait atteint d'abord Bénévent. Une seconde ambassade, sous la conduite du sage évèque Théodoric ou Thierry de Metz, le |ilus intime conseiller du vieil emjiereur de Germanie, proche allié de sa l'ainiilt'. un des élèves de l'archevêque Bruns, un des rares hommes d'Occidi'iil (pii eût, à cette époque, (pielcjne connaissance de la langue grecque (1;, était allée au-devant de la fiancée tant attendue, pour la complimenter dans cette cité, une des plus vieilles d'Italie. Thierry salua Théo])hano au nom de son futur beau-père et la reçut solennellement dans cette sombre et rude ville féodale qui, aujourd'hui encore, a conservé quelque chose de l'aspect sauvage qu'elle pi-ésentait en ces temps reculés. Alors déjà l'arc admirable dressé par Trajan au pied de la colline. reli(jur superbe de la grandeur romaini', ne dut point passer inaperçu aux regards cui'ieux de la princesse et de sa suite.

L'impériale fiancée arri\ail avec une escorte nombreuse. Outre les ambassadeurs de Germanie qui étaient allés la chercher au Palais Sacré, elle amenait certainement avec elle une foule de dignitaires grecs, laïques et prélats. Elle apportait de son côté à la cour impériale allemande, probablement aussi au pape, de la part du basileus les plus somptueux cadeaux, naturellement de très précieuses reliques. Les chroniqueurs contemporains insislent à l'envi sur la splendeur de ces dons (2). La cour des Césars d'Orient avait tenu à éblouir sa sceur occidentale. Un annaliste va jusqu'à user de celle expression : cum innumeris thesaurorum divitiifi. Dans un autre récit racontant qu'Olhon III donna à l'évèque de Constance Gebhardt II, mort en 990, pour un de ses monastères, une châsse en argent conlenanl le bras de saint l'hilippe avec d'autres nombreuses et magnifiques reliques, le narrateur ajoute que « lorsque la mère du prince avail été amenée comme fiancée à Rome, elle avait apporté avec elle ce saint ossement ».

l'^nlin, au dél)ul d'avril, la lianci' ■ d'( (rient, la jeune porphyrogciièle, la future impératrice de Germanie, lit son entrée dans la cité reine oii l'atlendaieiit le pape et le tout-puissant empereur d'Occident avec

[l) Moltmann, op. cit., p. 33.

(2 Dummler, op. cit., p. 480, note 3.

MARIAGE PE LA PCiRPIIY ROGÉNÈTE TIIÉOPIIA,\0 190

son fils, le fiancé de la priiiccssi'. La joif d'Ollion ilrvnit rire jn-ofonde. Quatre années d'efforts di]tlnmati(iues soutenus par rextrènie tendresse paternelle avaient amené le résultat tant désiré. Théophano arrivait comme le plus gracieux gage de paix et d'amitié entre les deux empires si longtemps séparés par une inimitié profonde. Certes aucune union ne pouvait se présenter plus belle, jjIus flatteuse, plus assortie à la naissante gloire de la maison de Saxe. Quelle tristesse «jue nous ne possédinns sur les circonstances de ce mariage, un des |ilus illustres derhistnirr, (pie 1rs ]ilus rares renseignements épars dans (|ueli|U('s sources occidentales !

Le (lancé, le futur Ollmn il, lliéritier du grand Otlinii, iils de sa femme Adelhaïde, était <àgé d'environ dix-sept ans, né vraisemblablement au commencement de l'an 95o (1). Les chroniqueurs contemporains le dépeignent fort, hardi, viril à l'égal de son gloricaix père, énergique, prompt à l'action, ne connaissant pas la peur, gai, généreux, le teint frais, très coloré, de petite taille. Il était bon, avec les défauts impétueux de la jeunesse, cultivé comme peu d'hommes de son tenijis.

Théophano pouvait avoir de quelque peu dépassé la seizième année (2) . Les chroniqueurs d'Occident ne parlent pas de son aspect extérieur, sauf les Annales de Magdebourcj qui la disent très belle (3). Elle aussi semble avoir été très cultivée, d'une vive intelligence, d'une modestie gracieuse, « douée des plus charmantes et pudiques vertus de la femme », sage, de conduite exemplaire, virile de cœur, douce pour les humides, sévère pour les superbes. « Chose rare parmi les femmes de son temps, sa conversation était pleine d'attraits (4). » Elle allait être, on le sait, une des plus grandes princesses de son temps, et les circonstances ne devaient mettre, hélas, ipu' trop loi en lumière ses grandes qualités. A ce

il' M. Moltmann, np. cil., noto de la pap- 38, donne au confrairi' comme date de la naissance la fin de l'année 93:j.

(2j Née probablement avant ses frères, vers l'an 056, on bien encore née entre les denx. alors seulement vers OïS ou i)ï9 (Voy. Uhlirz, art. T/ieopUanoii dans VAIIf/emcuie ileiiische Biographie, 31 (1895). pp. 717-722. — Voy. encore Moltmann, o/j. cit., p. 21. Comme cet auteur se refuse à reconnaître daus Tliéophauo la fille de Romain H, si l'on adopte son opinion, on se trouve sans indication aucuue sur l'âge de cette princesse à cette époque, sauf que les Annales de Quedlinhourg nous disent qu'elle mourut en 991 (donc dix-neuf ans après) «imtimlura morte».

(i) « Vullu elegantissima. »

(4) « Facunda. » Tliietmar, C/iron.. IV, cli. 8 et 10.

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moment de son mariage, toutes les iDOuches de l'Occident célébraient ses louanges. Fille vertueuse d'une mère indigne, elle ne lui avait pris que sa beauté. Plus tard, parce qu'on ne i)0uvait rien lui reprocher, ses adversaires politiques, voyant que les grossières calomnies à l'adresse de l'amitié qu'elle

portait au fameux archevêque Jean de Plaisance ne portaient point, et cherchant à attirer sur elle l'animadversion populaire, affectèrent de la blâmer pour ses ajustements somptueux.

« Ceux-ci étaient, disaient-ils, d'un mauvais exemple pour les femmes de Germanie ! » L'hypocrisie allemande date de loin I ( )n l'accusa de « frivolité grecque et féminine » (1). Même, après sa mort, on raconta qu'une religieuse, en songe, l'avait vue plongée dans l'enfer parce que, la première, elle avait porté en Allemagne des toilettes « luxurieuses et superflues », en usage chez les Grecques ses compatrioles, mais inconnues jusque-là sur les deux rives du vieux Rhin allemand, en Germanie comme en France, « toilettes indécentes qui amenèrent d'autres femmes à pécher gravement en les imitant ». Il y a là certainement un écho affaibli de l'eifet produit jiar les modes orientales, très riches, très voyantes, étranges, quelque peu voluptueuses, sur l'austère et ignorante pruderie de cette grossière société de dévots germaniipies. Il ne faut pas oublier que, pour ces hommes pieux des bords du Rhin, ïhéo-

PLAT D ARGENT DORÉ ayant peut-être s,-rvi à contenir le pain de la messe. Belle œat7"e d'orfèvrerie byzantine da X"" ou da AY"" Siècle. — [Trésor de la cathédrale de Halberstadt .]

(1) ic l'eminea el (jrsevu levilii.i. •. Sigfbert, "(/ iinnuin 982.

NOCES IMl'ERIALES

phano était née dans une religion hérétique et maudite. Elle devait être demeurée fort attachée, tout le démontre, à ses coutumes d'Orient (1).

Huit jours après Pâques, le 14 avril de l'an 072, dimanche de la Quasimodo, jour de la fête de l'apùtre saint Thomas pour l'Église orthodoxe — presque au moment où Jean Tzimiscrs et l'armée byzantine, déjà victorieux des Russes à Péréiaslavets, inauguraient le glorieux siège de Silistrie, — au milieu de l'allégresse universelle des Italiens comme des Allemands, les noces impériales furent somjitueusement célébrées dans la basilique de Saint-Pierre, avec une ])ompe admirable, parmi un concours inouï, en présence de presque tous les princes de Germanie, accourus d'au delà des monts pour assister à ces fêtes sans précédents, en présence aussi de tous les grands d'Italie et de Rome. En face de cette multitude, le pape Jean XIII, officiant en personne, bénit, oignit et couronna de ses mains la princesse prosternée à ses pieds et lui donna, dit Lebeau, le nom d'Augusla. Tous les yeux se fixaient sur la gracieuse épousée, qui avait à ce moment gagné tous les cœurs. Le mariage, « d'après l'exemple du pieux Tobie», ne fut consommé que dans le cours de la troisième nuit qui suivit la cérémonie nuptiale. Quant au fiancé de Théo-

(1) Voy. daus .Moltmauu, o/). cU., excurs., pp. 67 i "2, uue fort intéressante dissertation de l'auteur qui s'attache à réfuter deux des pires calomnies imaginées contre TUéopbauo.

AJU^i-^-'^^-t- fJL.

IVOIRE ISVZAXTiy du .V"' on da XI-' Siècl<'. Fi'a<jin,-nl de triptijqae. Descente de croix. — {Collection Tiiiulce, à Milan).

202 JEAN rZIMISCÈS

phano, il semblait en ce moment encore un enfant délicat, mais on sentait qu'une ànie de héros, une âme haute et fière, habitait ce corps exigu (1).

i( Et cependant, s'écrie douloureusement l'historien moderne Gregorovius, de ces premières noces d'un empereur germanique avec une princesse byzantine qui semblaient devoir amener la réconciliation de l'Orient avec l'Occident, il ne sortit aucun liien véritable ! L'unique fruit de cette union fut un enfant du miracle qui, animé d'une admiration presque maladive pour la Grèce et Rome, alla jusqu'à mépriser sa patrie ! »

Le jour même des noces solennelles, le jeune Othon, du consentement de son père, fit rédiger pour sa chère fiancée un acte, le seul où le nom du vieil Othon I" ligure à côté de celui de sa belle-fille, qui réglait la question délicate du douaire attrilmé à la nouvelle impératrice. Cet acte précieux, superbement écrit en lettres dur sur partiiemin historié couleur de pourpre, existe encore aux archives de la ville de Wolfenhiittel, palpable et inestimable témoignage de cette impériale union (2). Par ce document vénéré, Théophano se trouvait dotée de biens très nombreux en Italie comme au delà lies monts, sur la sauvage mer du Nord comme sur la riante Adriatique, dans le Hartz comme sur le Rhin. En Italie, elle recevait la province d'Istrie avec le comté de Pescaire dans les Abruzzes ; au delà des monts, dans les Pays-Bas, l'île de Walcheren en Zélande, Wicheren près de Gand, avec les riches domaines de l'abbaye de Nivelles (3), puis en Allemagne les fermes impériales (4) de Boppart sur le Rhin, de Tiel sur le Wahal, d'Herford en Westphalie, de Tilledaam Kyffhaûsen et le domaine de Nordhausen, «jadis possédé, dit l'impérial fiancé, signataire du document, parla reine Mathilde, notre grand' mère », avec toutes leurs dépendances, en toute possession, libres de toute charge. Le vieil emitereur confirmait de sa main les donations de son fils.

Certainement un traité de paix et d'alliance en forme dut être signé à cette occasion entre les deux empires. Fut-ce immédiatement avant le mariage? Fut-ce dès 970, aussitôt après l'avènement de Jean Tzimiscès? Nous n'en savons rien ; mais le fait en lui-même ne saurait être mis en

(t) Il Inparvo corpore ynaxima virlus. « Vila sancti Adatberti, c. 8. (2i Voy. la planclio ci-joiiUc'.

(3) « Quatorze mille feux. "

(4) Il Curtes. >■

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