‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 3)Chapitre 32 sur 99 · JEAX TZ [MIS CE S · texte numérisé non relu

JEAX TZ [MIS CE S

passait à la fin du mois de ramadhan do l'an 302, tout au couimenccnicnl de juillet de l'an 973.

Les troupes de secours, dit Ihn Klialduini, arrivèivnl dans la nuit du dernier jour du ramadhan. Dès le lendemain, i juillet, la bataille s'engagea. Les Musulmans d'Amida, racontent les clirniiiiiuiMirs arméniens (1), avaient auparavant tenté une sortie, au nombre de quatre cents, choisis parmi les plus braves, mais après uni' lutlr viidente suus les portes de la vilb' ils avaient dû rentrer précipitamnn'iit dans la jilace, laissant beaucoup de morts. L'armée romaine avait alors établi son camp sur la rive même du fleuve Tigre, dans un lieu appelé Aukal, à deux portées de flèche des murailles. C'est probablement à ce moment (ju'llibet Allah entra en scène. Une nouvelle bataille s'engagea, mais cette fois les chrétiens furent horriblement battus par les deux clnls uiu>ulmans. Voici le récit de Mathieu d'Édesse : « Quelques jours après le premier combat, il s'éleva un vent si violent cpie la terre tremblait par le liruit qu'il produisait. La poussière énorme soulevée par lui se répandit sur le camp et, condensée en nuages épais, le couvrit entièrement, tandis que cet ouragan entraînait les bagages dans le fleuve. Les hommes et les animaux, plongés dans les ténèbres, ne pouvaient ouvrir les yeux, aveuglés qu'ils étaient par les tourbillons de cette effroyable poussière. L'armée romaine se trouA^ait ainsi envc](ip|iée de tous côtés, sans issue pour sortir de cette terrible situation. Cejiiii(lanl les Infidèles, témoins de ce chtàtiment céleste. Aboyant que Dieu combattait pour eux, fondirent tous à la fois sur elle, l'épée à la main, et en firent un iinrrilile carnage. La plus grande partie l'ut exterminée. MIeh et ses princijiaux officiers furent conduits enchaînés dans Amida. Ils étaient'quarante, tous de rang élevé, tous patrices. Les chefs musulmans, voyant la défaite des chrétiens, conçurent de grandes craintes et se dirent : « Le sang que nous avons versé ne nous profitera pas. Cette nation fondra « sur nous et détruira la race des Musulmans. Eh bien, faisons amitié il « alliance avec le général et ses officiers nos captifs, et, après avoir reçu leur « serment, renvoyons-les en paix dirz eux. > Tandis qu'ils délibéraient sur ce sujet, la miuvello ilii ninirli'c de Xicéphore Phocas leur arriva » — ceci

(1) Mathieu d'Édesse et Etienne de Darùn, dit Acogh'ig.

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osl uni; erreur nianireste puisque ^icéphore Phocas avait péri quatre années auparavant. — i^ Alors ils envoyèrent les quarante à Bagdad au Khalife .Mullii, et tous y moururent. Le grand domestique adressa à l'empereur à Constanlinnplf une lullre dans laquelle il avait consigné de terribles malédictions : « Nous n'avons |ias été jugés dignes, disait-il, d'être ense- « velis suivant la coutume, dans une terre consacrée, et nous n'avons olitenu « pdur nos ossements d'autre iiliri qu'une terre maudite et la sépulture des « malfaiteurs. Non, nous ne vous reconnaissons pas pour le maître légitime « du saint empire romain. Le trépas malheureux do tant de chrétiens, leur « sang versé sous les murs d'Amida, et notre mort sur la terre étrangère « sont les griefs dont vous rendrez compte sur votre tète à Jésus-Christ « notre Dieu, au jour du jugement, si vous ne tirez pas de cette ville une « vengeance éclatante. «

L'émir Abou Taglib, auquel les prisonniers avaient été amenés, presque ciîrayé d'une si complète victoire sur un voisin si proche et si puissant, se sentant fort isolé, désireu.v de se concilier le pardon du basileus, dont on annonçait probablement déjà la prochaine venue vengeresse, fit à Mleh le plus honorable accueil et le traita, lui et ses compagnons d'infortune, avec une e.\trème douceur. Mais, ainsi que le raconte Mathieu d'Edesse, pour une raison que nous ignorons, les négociations entamées pour la libération du malheureux chef n'aboutirent point. Il fut expédié à Bagdad, et, vraisemblablement désespéré par ce revers inattendu, aigri par l'adversité au jioint d'avoir osé adresser par écrit au basileus les injustes accusations rajqjortées par le chroniqueur arménien, il mourut presque aussitôt, avant que Basile eût pu le faire racheter. Il périt du « cancer », d'après Aboulfaradj, qui, lui, le fait mourir à Mozala, plus probablement de chagrin, malgré les soins que lui prodiguèrent les médecins arabes envoyés par Abou Taglib (1). D'après Aboulféda, il serait mort au bout d'un an, empoisonné par une potion que son vainqueur lui aurait fait prendre en guise de médecine (2).

(Ij (. .\linu Taglib, dit Ibu cl-Alliir, fit tout son possible pour le guérir et réunit aulour de lui les plus habiles raéclecins, mais ce fut en vain. »

[i] J'ai dit que Léon Diacre se taisait, avec les autres écrivains byzantins, sur cette défaite des armes chrétiennes, comme sur la personne même du grand domestiiiue Mleh et le récit de ses navrantes aventures, l'ar contre, divers historiens arabes, on le voit, parlent

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Voilà à [ii'ii près tout ce que nous savons sur cette cxpédilii m terminée dune façon désastreuse dans cet été de l'an 973. La déroute du domestique entraîna la perte de toutes les conquêtes de cette campagne. Jean Tzimiscès avait à tirer une vengeance éclatante de la défaite de son lieutenant.

Lors de l'approche deMleh et de ses bandes, la terreur des populations musulmanes avait été telle, qu'elles s'étaient enfuies de toutes parts devant l'invasion byzantine. Leur épouvante eut son contre-coup jusque dans Bagdad, où tout était alors dans un affreux désordre. Les ravages exercés par le domestique dans les campagnes de Nisibe, et les souffrances sans nom éprouvées par les habitants de ces contrées avaient douloureusement ému le peuple fanatique de cette grande cité, qui avait vu avec indignation l'odieuse inaction du Khalife Mothi et de son vizir, l'émir Bakhtyàr (1). Au lieu de porter secours à ses coreligionnaires, comme c'était le devoir du chef de la Foi, Mothi avait continué à vivre au fond de son harem, livré aux plaisirs efféminés. Même après la victoire des armes musulmanes, le traitement si doux imposé pour les raisons politiques que l'on sait par Abou Taglib au chef byzantin, bourreau de leurs frères, avait encore plus exaspéré les esprits populaires, surexcités par une longue série de désastres. Les habitants en fuite des territoires ravagés de l'Al-Djezirah accouraient en foule à Bagdad, peujilant les mosquées, les tombeaux des saints, implorant le secours des bons Musulmans. « Une fois le chemin de Bagdad ouvert, criaient-ils, rien ne vous protégera contre la fureur des Grecs », et ils racontaient, dit Ibn el-Athir, toutes les atrocités commises par ceux-ci : pillage, meurtre, incendie, captivité.

Le terme de tout ceci fut une formidable sédition populaire qui éclata dans la capitale des Khalifes, une de ces séditions comme en voyaient si fréquemment les grandes cités musulmanes de cette époque. Le palais du

de désastre des Grecs, de la capture du grand domestique par les Musulmans, de sa mort en prison. Ibn Khaldoun dit que l'armée de MIeli comptait cinquante raille combattants. Aboulféda et Aboulfaradj disent que, fier du grand nombre de ses soldats, plein de mépris pour ses adversaires, il négligea de se garder et fut attaqué non loin de Majyafarikin , dans un ravin où il ne put faire usage de sa cavalerie. Ibn el-Athir donne ce même renseignement. Dans le même moment, encore, dit un de ces chroniqueurs, un autre corps de troupes grecques fut battu par Sebek, le gouverneur de Mayyafarikln.

(1) Eizz Eddaulèh Abou Mansour Bakhtyàr ;flls de Mouizz Eddaulèh, fils de Boueïh), second prince de la dynastie des Bouiides de l'Irak et de la Susiane, devenus tout-puissants à Bagdad.

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