PREMIÈRE EXPEDITION DE JE.W EX A.SIE
leiis .SI' mit fil marelle pniir rejeiiiidre sem ai'inée I . l'robablemenl à la suite dos derniers courriers reçus, surtout de la l'ameuse lettre de reproches de l'infortuné MIeli, il a\;ul euenre liàti' son (li'part, iuipalient de venger le désastre de son lieutenant, |ieu aeeouliimi' ([u'il était à suhir de tels affronts. Nous ignorons le chillVe des forces (]u"il emmenait à sa suite ou qu'il rallia sur sa route, de celles aussi qui opéraient déjà sur la frontière du sud. Certainement le basileus commandait à une très forte armée.
Dans le volume que j'ai consacré au basileus Nicéphore Phocas, j'ai décrit longuement les expéditions de ce prince en Syrie. On peut se reporter à ces récits pour se représenter ce que furent les deux campagnes successives de Jean Tzimiscès dans ces régions. Toutes ces guerres grécoarabes d'au delà du Taurus se ressemblaient fort. C'étaient toujours plutôt d'immenses razzias passant sur les territoires envahis comme un ouragan destructeur, que de véritables expéditions de conquête : villes prises, mises à contribution, dépouillées entièrement, saccagées, brûlées, cultures dévastées, villages détruits et incendiés, forêts de palmiers coupées, populations emmenées en captivité ou chassées au loin. Ce qui caractérisait surtout ces campagnes, c'était l'impossibilité d'aboutir à un résultat définitif. La base d'opérations était trop éloignée. L'effort était trop grand pour se prolonger. Les provinces sarrasines parcourues en quelques semaines étaient trop lointaines, surtout trop vastes, souvent trop insuffisamment peuplées et cultivées, pour pouvoir être conservées. Il fallait régulièrement, une fois la mauvaise saison venue, évacuer toutes ces conquêtes. Jamais on ne pouvait y laisser de garnisons suffisantes, ni même ravitailler convenablement celles qu'on y abandonnait. On traitait bien avec les émirs ou les gouverneurs vaincus; on leur imposait, dans des conventions minutieuses, des tributs, des liens de vassalité, mais dès le printemps suivant, les derviches, les mollahs fanatiques prêchaient de nouveau la guerre sainte, et tous les traités se trouvaient oubliés avec toutes les défaites de l'an passé. De partout le guerrier sarrasin vaincu, reprenant ses
(1) Pour ces cxpi'dilions au sml du Taui'us, pour la soconde surtout, Matliicu d'Édosse est bien plus renseigné que les Uyzantins, plus niérae que les chroniqueurs arabes. La lettre de Jean Tzimiscès au roi des rois d'.\rménie, lettre que cet auteur est seul à nous faire connaître, est un document de la plus haute importance.
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armes, priant son Dieu avec une ferveur nouvelle, courait à la IVuntière au saint combat pour la Foi.
Je n'ai pas à revenir sur l'état (|ue présentaient la Syrie et le reste (le l'Asie musulmane au moment où Jean Tzimiscès et ses bandes aguerries allaient ainsi reparaître sur les rives monotones et sablonneuses du fleuve Euphrate. Le basilcus avait en première ligne devant lui les terres des deux Ilamdanides Abou Taglib et Saad. Ce dernier se trouvait pour lors dépouillé de la plus grande partie de sa principauté, occupée avec sa capitale par ses lieutenants infidèles devenus les vassaux des Grecs. A Bagdad régnait toujours l'incapable Mothi sous la tutelle de Bakhtyàr. La Syrie méridionale avec Damas et la Palestine étaient occupées par les garnisons égyptiennes du nouveau Khalife dn Kaire. Le premier effort de Jean Tzimiscès en cette première expédition asiatique de l'an 974 semble avoir eu uniquement pour objectif leKhalifat moribond de Bagdad, auquel le basileus espérait porter le dernier coup.
Aussi Jean Tzimiscès et ses soldats semblent-ils avoir pénétré sur les terres musulmanes, non point, comme c'était le plus souvent le cas pour les armées byzantines, par les défilés du Taurus cilicien, mais bien plus à l'est, tout à fait par les hautes vallées de l'Euphrate et du Tigre. Même, avant de descendre de là en Mésopotamie, Jean Tzimiscès fit, dans des circonstances qui nous demeurent assez obscures, probablement avec une portion seulement de ses troupes, une pointe du côté de l'Arménie. 11 traversa l'Euphrate, pénétra dans la province arménienne du Darôn (1) qui bordait la rive occidentale du grand lac Van, et vint camper en vue de la forteresse d'Aitziatsperd, voici à la suite de quels événements mal définis : A cette époque (c'est-à-dire en l'an 972 ou 973), dit à peu près Mathieu d'Edesse (2), des princes arméniens de sang l'oyal, les nobles, les satrapes et les principaux seigneurs de la Nation orientale (3), se réunirent auprès du roi Aschod 111, Schahi Armên, Schahanschah, c'est-à-dire roi
(I) Sur cette province d'Arrat-nie, voy. une longue note de JI. Brossel dans le t. 1 de sa Collection d'historiens ai-méniens, pp. 613-618.
(2; Je donne ce récit d'après l'Iiistorien national d'Arménie avec les corrections proposées par M. Dulaurier dans le t. I des Historiens armérticns des Croisades.
(3) Expression arménienne pour désigner la Grande Arménie de la rive orientale de l'Euphrate jusqu'à la mer Caspienne.