PREMIÈRE EXPEDITION DE JEAN EN ASIE
SERMOA' dans unt: Mosquée a DaijdaiJ. — Le frcdicatuar porte le costume noir desAbbassides. {Miniature d'un très ancien manuscrit arabe, appartenant à M. Ch. Schefer).
des rois d'Arménie, le l'agralide, cinquième souverain de la brillante dynastie nationale déjà séculaire des Pagratides d'Ani, dit Oghormadz, le
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Miséricordieux, à cause de son inépuisable charité envers les pauvres (1). Oans le nombre de ces princes étaient l'h'ilibbé, roi de Gaban (2), petit Klal de la province de Siounic, dans la portion orientale de l'Arménie, le roi Gourgen l" des Agh'ouans ou de l'Albanie méridionale, un des fds du roi Aschod, Apas, son neveu, prince héréditaire de la seigneurie de Ivars, Sénékérim Jean enfin prince de Rèschdounik', frère cadet du roi du Vaspouraçan, de la puissante famille des Ardzrouniens qui possédait cette vaste province et faisait remonter ses origines à Adrémélech, fils de Sennachérib, roi d'x\ssyrie. C'est ce prince Sénékérim Jean qui, devenu à son tour roi du Vaspouraçan en l'an 1003, devait dix-huit ans plus tard céder ses États au basileus Basile II. Il y avait encore là son frère aîné, Kakig (iiiiirgen, le roi actuel du Vaspoui-açaii, ainsi que toute la maison de Sacdun, c'est-à-dire les seigneurs de ce district, l'un des plus considérables di' la province d'Aghdsnik'h, l'Arzanène des historiens byzantins, limitrophe vers l'ouest de la Mésopotamie arménienne. Tous ces seigneurs établirent leur camp dans le district de liark'h (3), un des seize districts de la province de Douroupéran, dont la capitale était l'antique cité de Manaskerd (4), aujourd'hui Malazguerd, à une faible distance de la rive gauche de l'Euphrate. Les forces réunies de tous ces princes s'élevaient à quatrevingt mille hommes environ (5). Des envoyés du basileus Jean, qui n'avait pas vu sans irritation cette concentralion d'une telle masse de guerriers si près de la frontière de l'empire, vinrent à eux. Ils virent toute la nation arménienne ainsi réunie sous les armes en un même lieu et revinrent en faire part à Jean Tzimiscès. Ils ramenaient avec eux deux personnages arméniens considérables : Léon le Philosophe, également désigné sous le nom de l'anlaléon (0), et le prince Sempad ïhor'netsi, prince du district de Dchahan, dans la troisième Arménie. Ceux-ci étaient députés auprès du
(1) A sa mort, on ne trouva pas une pièce de monnaie dans son trésor. Sous son règne, les beaux monastères couvrirent l'Arménie. La reine Khosrovanoisch seconda puissamment son époux dans ses pieux desseins et bâtit elle-même de nombreux couvents.
(2) Ou roi de P'harhisos. — Ph'ilibbé est le nirme uniii que Philippe.
(3) Le Xâpxa du Porphyrogénète.
(4) Ou Manavazagucrd, la MavtîixispT des Hyzanlins.
(5) Murait, op. cit., I, p. o58, dit à tort 8,000.
(6) C'est ainsi que son nom se trouve inscrit dans la suscription de la lettre à lui adressée par le basileus Jean, lettre dont il sera question plus loin.
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basileus pour lui ('Xiili(iuer la couduitu du mi ri «aluu'r sa colt'iT qui avait été grande, nous on aurons la preuve par un mot de sa lettre au docteur Pantaléon. Ils se rendirent à Constantinople en compagnie des envoyés byzantins. L'empereur leur lit le meilleur accueil. Léon reçut les litres de raboimabed n\\ cherdes docteurs, et de piiiiosiiphe. Le prince Scnipad, admis au rang des pr(dospathaires, l'ut élevé à la dignité de magistros. Il fut le premier Arménien, disent les liislnrifus nationaux, qui soit nuMitionné comme ayant été décoré de ce titre considérable.
« Les envoyés arméniens, poursuit l'bistorien national, établirent paix et alliance entre remjMre grec et le loi Ascbod. Puis Jean Tzimiscès — nous voici arrivés à la grande expédition de 074 —se mit en marche. » Il se dirigea d'abord sin- l'Arménie, voulant évidemment se rendre compte par lui-même de la silualinn très agitée de ce royaume limitri)phe et vassal, désirant pacifier les dernières résistances, recevoir directement l'hommage des princes du jiays. Ce fut, nous l'avons vu, par le Darôn qu'il pénétra sur le territoire arménien. C'était là le district le plus considérable parmi les seize composant la province de Douroupéran, à cheval sur l'Euphrate. Le Douroupéran forme encore aujourd'hui la province de ce nom comprise dans le pachalik de Van. Le canton de Darôn occupait toute la rive occideidale du grand lac Van comme la province du Vaspouraçan en occupait la rive orientale, en sorte que ces deux jirovinces se touchaient par leurs frontières du nord et du sud (1). Etendu sur les deux rives du fleuve Aradzani, le Darôn descendait au sud jusqu'à la ville de Mousch et aux montagnes de Sini et de Saçoun. Ce fut le lief célèbre des iManiigoniens jusqu'au milieu du ix" siècle. Depuis ce moment c'était une possession de la dynastie des Pagratides. Une de leurs branches devint celle des nouveaux princes de Darôn qui avaient à la cour de Roum les titres d'archôn et de curopalate. Le Darôn fut encore la patrie de Moïse de Khoren et d'Etienne dit Açogh'ig, tous deux historiens nationaux d'Arménie.
Un accident qui semble avoir vivement impressionné le pii'ux Léon Diacre, marqua le passage de l'Eujdirale par l'armée byzantine. L'hy|io-
(1) Au nord, sur sa limilc nrienUilc, le Darùn onuriiiait encore an grand canlim d Apahounik,dont le chef-lieu étail Manazkerd.
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graphes Nicétas. sorte de secrétaire impérial, personnage très sage et très savant, tout jeune encore, probablement un ami de notre chroniqueur, s'était pour sa mauvaise étoile fait adjoindre à l'expédition d'Asie. Son vieux père tout en larmes l'avait vainement conjuré de ne point le quitter pour courir à tant de péril;;, le suppliant de demeurer auprès de lui pour lui fermer les yeux. Lui. sourd à ses prières, aussitôt équipé, avait rejoint l'armée. Pris de vertige en franchissant l'Euphrate très rapide, il tomba de cheval et fut aussitôt entraim'-. dette tin misL'rable, dit Léon Diacre, lui If
RUINES de la lillc d Ani, capitale du Roi des Rois Pagratides d'Arménie a la fin da X"" siecli'. Cathédrale. Raines d'Eglises. Ravin de l'Akhourian.
digne chàlinienl de sa conduite envers son père. C'est à peu près tout ce que cet auteur nous raconte du séjour du basileus et de son armée en Arménie. Le peu que nous savons de ces faits nous vient de Mathieu d'Edesse.
L'armée byzantine remonta la longue vallée de l'Euphrate oriental. Parvenu à Mousch, la capitale du Darôn, à l'entrée d'une vaste plaine, Jean Tzimiscès fit halte devant Aitziatsperd (1), très ancienne place forte du
(1) Aïdziats, Aïdzis, Ardzèvis (Forteresse des Chèrres) existait ili'jii comme très forte place au \w siècle, d'après le témoignage de rhistoricn Jean Mamigonicn.
L ARMÉE niVÉltlALE ES ARMESIE
pays. lîvidemmoiii rarnu'c arménienne était demeurée concentrée en ces parages, attendant son arrivée. La situation semble avoir été fort indécise. La |tromière nuit, les troupes impériales furent très vivement inquiétées par les fantassins du pays de Saçoun (1), qui appartenaient au parti
RUINES de In ville d'Ani, capitale du Roi des Rois Pagratides d'Arménie à la pn tia X"" siècle.
Cathédrale.
ennemi de Byzance, mais les hostilités n'allèrent pas plus loin. Les gouvernants arméniens, convaincus probablement de l'inutilité de la résistance, entrèrent aussitôt en pourparlers avec le basileus.
« Les chefs et les docteurs arméniens, dit Mathieu d'Edesse, s'étant rendus auprès deTzimiscès, lui présentèrent la lettre de Vahan, l'ex-catho-
(1) Pays (l'Armrnic situé au milieu des inoiitagiies, au midi de Bitlis, sur les rivières qui servent à former le Tigre (Saint-Marlin, op. cit., t. I, p. 164).
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licos d'Arménie. Il reçut ce message et ceux qui en étaient chargés avec bienveillance et une haute distinction. » Ter Vahan(l), archevêque de Siounie, province d'où surgirent toutes les hérésies en Arménie à cette époque, avait succédé en 963 à ter Ananias sur le siège de saint Grégoire l'IIluminateur dans cette suprême dignité de l'Eglise arménienne (2). Il résidait a Arghina (3), aujourd'hui encore gros bourg arménien sur la rivière Akhourian, à quelques milles d'Ani, sur la route qui va d'.Uexandropol, l'antique Goumri, à la ^ille royale des Pagratides, où le siège du gouvernement spirituel de la monarchie n'avait pas encore été établi. Jadis (4) il avait adhéré au concile de Chalcédoine et en avait accepté la foi, se ralliant ainsi aux rites grec et grégorien. Une fois sur le trône patriarcal, s'appuyant sur le parti géorgien ou ibérien, encore dit parti des Xacharars, il avait promulgué les décrets de ce concile fameux, s'efforçant d'amener ainsi la réconciliation des Eglises grecque et arménienne, alors déjà si profondément divisées. Par l'intermédiaire de l'évèque Théodore de Mélitène, il leur avait adressé à toutes deux d'instantes communications écrites.
Mais ces tentatives de pacification n'avaient point été du goût delà nation arménienne et bientôt, vers l'an 967, de nombreux hauts personnages ecclésiastiques à la tète d'un très important parti national s'étaient refusés à accepter davantage les canons du concile hérétique. Sur l'ordre du roi Aschod, inquiet de ces changements, un concile de ces dissidents s'était même plus tard réuni à Ani, simple petite forteresse encore à cette époque, concileen suite duquel Vahan avaitété solennellement contraint de résigner sa charge, même de se réfugier auprès du roi Abou Sahl du Vaspouraçan, fils de Kakig, qui avait adopté sa croyance et le tenait pour le successeur légitime de saint Grégoire. Ter Vahan espérait réveiller en ce pays la vieille haine pour les Pagratides. Stéphanos, troisième abbé de Sevanga, le charmant monastère insulaire du grand lac de ce nom (.j), ayant été élu
(!) Ou Vahanic.
(2) Voy. A. 1er Mikelian, Die armenische kirche in ihren Bezlehtingen :ur bi/zantinischen, pp. 76,77. L'élévation de Vahan à la digoité patriarcale, dit Matbicu d'Édesse (édit. Dulaurier, p. 2yi, eut lieu sur les indications de son prédécesseur et sur l'ordre commun du basileus Jean Tziniiscès et du roi .\schod.
(3) Ou Arkina.
(4) Voy. Tchamtchian, op. cil., II, 89.
(5) C'était à cette époque la pépinière des catUolicos d'Arménie. On aperçoit encore ce
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patriarche à sa place en 970, avait aussitôt excommunié son prédécesseur en compagnie de son royal protecteur. Vahan, fort irrite de ce procédé, lui avait, du reste, aussitôt rendu la pareille. .Uors Stéphanos III avait tenté de se saisir de la personne de son adversaire, mais il était tombé luimême en 972 aux mains du roi du Vaspouraçan, qui le retint captif dans une (le ses citadelles jusqu'à sa mort, arrivée quelques mois après. Ter Kakig l"', i)arent de feu le catliolicos Anania et évêque d'Arsharounik, un des membres du concile qui avait destitué ter Vahan, lui avait succédé en 972 sur le trône patriarcal. Ce prélat avait rétabli quelque calme dans les esprits et fermé par ses paroles doctrinales la bouche aux- hérétiques. Lui aussi était allé établir sa résidence dans cette petite ville d'Arghina, sur les rives du sinueux Akhourian, l'Arpa-lchaï d'aujourd'hui. Quatre belles églises, dont une vaste cathédrale, y furent élevées par ses soins. Quant à Vahan, toujours exilé au Vaspouraçan, il y avait }iiiursuivi avec un zèle opiniâtre, du fond de cette retraite, ses tentatives de réconciliation entre les deux Eglises et avait entretenu, semble-t-il, à cet effet, de nombreuses relations avec Jean Tzimiscès et ses jeunes collègues impériaux, les conjurant de s'intéresser à ses efforts. Mais Jean, considérant que la déposition de Vahan avait eu lieu régulièrement dans un concile, s'était constamment refusé à pi'endre parti dans cette afiaire (1 . Le scandale des deux catliolicos avait persisté.
Ce qui précède n'en explique pas moins |)Ourquoi, aussitôt après l'arrivée du basileus en Arménie, celui-ci entra en négociations non seulement avec le roi Aschod et ses grands feudataires, mais aussi avec Vahan ipii demeurait, malgré son exil, le chef s[tirituel reconnu des partisans de l'union religieuse avec Conslantinople (2). Ces négociations, sur lesquelles nous ne sommes que très incomplètement informés, eurent un résultat favorable, et une convention fut signée entre les deux souverains et les
deux nations, au camp d'Aitziatsperd probablement. Nous ignorons, hélas,
monastère de la route qui coinhiil de la station de Delidjan à Érivaii. La situation en est ravissante, dans une petite ile, à quelques centaines de mètres du rivage.
(1) « Ce ne fut qu'en y"G, dit Li'Ijcuu, après la mort de Jean Tzimiscès, que le traili' d'union fut conclu e.itre les deux Kglises, sous le règne naissant de Basile 11 et de Constantin, très peu de temps après la mort du patriarche Valian. »
(2) Vahan mourut avant 'J77, après i|uinze années de patriarcat, y compris les années d'exil.
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quel en fut le texte. Nous savons seulement que, Jean Tzimiscès ayant demandé que les troupes d'Aschod se joignissent aux siennes dans sa campagne contre les Infidèles, ce prince s'engagea à lui fournir un corps de dix mille de ses soldats choisis parmi les plus braves, tous |iarfaitement équipés. Ces troupes excellentes allaient être, on le verra, d'un secours puissant pour le basileus dans le cours de ses opérations militaires en Syrie, et contribuèrent pour une grande part au succès de ces belles expéditions. Depuis, la coutume d'avoir dans les armées byzantines des troupes arméniennes auxiliaires se maintint constamment jusqu'à la réunion définitive de l'Arménie à la couronne impériale. De même Jean Tzimiscès réclama pour ses troupes des vivres et des approvisionnements qu'Aschod s'empressa de lui fovu-nir avec libéralité, « après quoi Jean renvoya au roi d'Arménie ses ambassadeurs, entre autres le docteur Léon, les évèques et les chefs arméniens, comblés des marques de sa munificence ».
Tout ce récit n'est pas aussi clair qu'on le désirerait. Il est fort à regretter que nous ne jiossédions sur ces faits que des indications aussi sommaires. Voici comment les choses me semblent s'être passées. Il y avait en ce moment deux partis on présence sur cette terre d'Arménie où les questions religieuses ont toujours occupé une si grande place, l'un tenant pour le patriarche déposé Vahan et l'union spirituelle avec les Grecs — c'était le parti favoralde au basileu^. • — l'aulre passioiiiiéinonl hostile, voulant la continuation de la rupture avec l'Église byzantine. Probablement, comme les affaires menaçaient de prendre mauvaise tournure, le roi des rois Aschod, le roi du Vaspouraçan, et les autres princes arméniens vinrent en armes prendre position sur la rive de l'Euphrate pour surveiller de plus près les mouvements du basileus qui tenait à pacifier l'Arménie avant de marcher à la conquête de Bagdad. Là vinrent les trouver les mandataires de celui-ci chargés de quelque ultimatum. On les renvoya en compagnie d'une ambassade arménienne dirigée ])ar Léon le Philosophe et le prince Sempad. Ces personnages furent très favorablement accueillis à Constantinople , et des préliminaires de paix durent être signés. Puis le basileus, quittant sa capitale, se mit en marche, ramenant avec lui les envoyés arméniens. De l'autre côté de l'Euphrate l'attendait l'armée